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Cours : Algèbre bilinéaire et géométrie euclidienne

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie. La geometrie euclidienne repose sur l’introduction d’un produit scalaire, permettant de definir les notions d’orthogonalite, de norme et de distance.

  • Forme bilineaire : Une application f:E×E→Rf : E \times E \to \mathbb{R} est dite bilineaire si elle est lineaire par rapport a chacune de ses variables.
  • Forme bilineaire symetrique : ff est symetrique si pour tout (x,y)∈E2(x, y) \in E^2, f(x,y)=f(y,x)f(x, y) = f(y, x).
  • Forme bilineaire symetrique positive : Pour tout x∈Ex \in E, f(x,x)≥0f(x, x) \ge 0.
  • Produit scalaire : C’est une forme bilineaire symetrique, positive et definie, c’est-a-dire : ∀x∈E,(f(x,x)=0  ⟹  x=0E)\forall x \in E, \quad (f(x, x) = 0 \implies x = 0_{E}) Un espace vectoriel muni d’un tel produit scalaire (note ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle) est un espace euclidien.
  • Norme euclidienne associee : Pour tout x∈Ex \in E, ∥x∥=⟨x,x⟩\|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}.
  • Inegalite de Cauchy-Schwarz : ∀(x,y)∈E2,∣⟨x,y⟩∣≤∥x∥∥y∥\forall (x, y) \in E^2, \quad |\langle x, y \rangle| \le \|x\| \|y\| avec egalite si et seulement si xx et yy sont colineaires.
  • Orthogonalite : Deux vecteurs xx et yy de EE sont orthogonaus (note x⊥yx \perp y) si ⟨x,y⟩=0\langle x, y \rangle = 0. Le theoreme de Pythagore s’applique alors : ∥x+y∥2=∥x∥2+∥y∥2\|x + y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2.
  • Adjoint d’un endomorphisme : Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E). Il existe un unique endomorphisme, note u∗∈L(E)u^* \in \mathcal{L}(E), appele adjoint de uu, tel que : ∀(x,y)∈E2,⟨u(x),y⟩=⟨x,u∗(y)⟩\forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle
  • Endomorphismes symetriques (ou auto-adjoints) : Un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) est dit symetrique si u=u∗u = u^*, soit : ∀(x,y)∈E2,⟨u(x),y⟩=⟨x,u(y)⟩\forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle

📐 2. Theoremes fondamentaux & Demonstrations cles

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Theoreme 1 : Reduction des endomorphismes symetriques (Theoreme spectral)

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Tout endomorphisme symetrique u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) est diagonalisable dans une base orthonormee (BON) de EE.

Demonstration (par recurrence sur la dimension n=dim⁡(E)n = \dim(E)) :

  • Initialisation (n=1n = 1) : Tout endomorphisme d’un espace de dimension 1 est homothetique, donc represente par une matrice 1×11 \times 1 dans n’importe quelle BON, le resultat est immediat.
  • Heredite : Supposons le resultat vrai pour tout espace euclidien de dimension n−1n-1. Soit EE de dimension nn et u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) symetrique. Considerons la fonction f:x↦⟨u(x),x⟩f : x \mapsto \langle u(x), x \rangle definie sur la sphere unite S={x∈E∣∥x∥=1}S = \{x \in E \mid \|x\| = 1\}. Puisque SS est compacte et ff continue, ff atteint son maximum en un vecteur e1∈Se_1 \in S. Par le calcul differential (multiplicateurs de Lagrange), e1e_1 est vecteur propre associe a une valeur propre reelle λ1\lambda_1. Posons F=Vect(e1)⊥F = \text{Vect}(e_1)^\perp. Comme uu est symetrique, FF est stable par uu : ∀x∈F,⟨u(x),e1⟩=⟨x,u(e1)⟩=⟨x,λ1e1⟩=λ1⟨x,e1⟩=0\forall x \in F, \quad \langle u(x), e_1 \rangle = \langle x, u(e_1) \rangle = \langle x, \lambda_1 e_1 \rangle = \lambda_1 \langle x, e_1 \rangle = 0 Donc u(x)∈Fu(x) \in F. L’endomorphisme induit uF:F→Fu_F : F \to F est symetrique et dim⁡(F)=n−1\dim(F) = n-1. Par hypothese de recurrence, il existe une BON (e2,…,en)(e_2, \dots, e_n) de FF formee de vecteurs propres de uFu_F. Finalement, (e1,e2,…,en)(e_1, e_2, \dots, e_n) est une BON de EE formee de vecteurs propres de uu. ■\blacksquare

Theoreme 2 : Orthogonalisation de Gram-Schmidt

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Toute base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) de EE peut etre transformee en une base orthonormee (u1,…,un)(u_1, \dots, u_n) par l’algebre lineaire, telle que pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, Vect(e1,…,ek)=Vect(u1,…,uk)\text{Vect}(e_1, \dots, e_k) = \text{Vect}(u_1, \dots, u_k).


  1. Reduction d’une matrice symetrique reelle : Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) telle que A=A⊤A = A^\top.

    • Determiner le polynome caracteristique χA(λ)=det⁡(λIn−A)\chi_A(\lambda) = \det(\lambda I_n - A).
    • Trouver les valeurs propres reelles (elles le sont toutes d’apres le theoreme spectral).
    • Determiner les sous-espaces propres associes Eλ=ker⁡(λIn−A)E_\lambda = \ker(\lambda I_n - A).
    • Appliquer l’algorithme de Gram-Schmidt dans chaque EλE_\lambda si dim⁡(Eλ)≥2\dim(E_\lambda) \ge 2 pour obtenir des BON de chaque sous-espace propre.
    • Par orthogonalite des sous-espaces propres d’un endomorphisme symetrique, la reunion de ces BON forme une BON de EE. La matrice de passage PP est alors orthogonale (P−1=P⊤P^{-1} = P^\top).
  2. Reconnaissance et reduction d’une forme quadra-tique : Soit q:E→Rq : E \to \mathbb{R} une forme quadratique associee a une matrice symetrique A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

    • Methode de Gauss : Decomposer qq en une somme de carres lineairement independants pour obtenir la signature (p,q)(p, q) de qq.
    • Methode de reduction orthogonale : Diagonaliser la matrice AA dans une BON pour obtenir q(x)=∑i=1nλiXi2q(x) = \sum_{i=1}^n \lambda_i X_i^2 dans de nouvelles coordonnees.

  • Attention aux endomorphismes non symetriques : Un endomorphisme quelconque peut tres bien n’avoir aucune valeur propre reelle (ex: rotation d’angle π/2\pi/2 dans le plan). N’appliquez jamais le theoreme spectral a un endomorphisme qui n’est pas auto-adjoint !
  • Confusion entre matrice orthodiagonalisable et matrice orthogonale :
    • Une matrice A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) est orthogonale si A⊤A=InA^\top A = I_n.
    • Une matrice est orthodiagonalisable si elle est symetrique (A=A⊤A = A^\top). Ne dites pas qu’une matrice orthogonale est symetrique.
  • Oubli de la normalisation dans Gram-Schmidt : L’etape de orthogonalisation donne des vecteurs orthogonaux vkv_k, mais il ne faut pas oublier l’etape de normalisation (uk=vk∥vk∥u_k = \frac{v_k}{\|v_k\|}) si l’on souhaite une base orthonormee.
  • Positivite stricte vs positivite large : Une matrice symetrique dont les valeurs propres sont toutes ≥0\ge 0 est positive. Si elles sont toutes >0> 0, elle est definie positive. Veillez a bien verifier la stricte positivite lors de l’etude de produits scalaires ou de normes.