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Exercice 2 : Liaisons équivalentes dans un mécanisme complexe

Problème guidé : Analyse cinématique et recherche de liaisons équivalentes dans un mécanisme complexe de train avant automobile

Section titled “Problème guidé : Analyse cinématique et recherche de liaisons équivalentes dans un mécanisme complexe de train avant automobile”

Dans le cadre de l’étude du train avant d’un véhicule de tourisme à haute performance, on s’intéresse à la modélisation cinématique de la liaison entre le porte-fusée (sur lequel est fixée la roue) et le châssis du véhicule. Le mécanisme étudié est une épure de guidage de type “train multibras” (figure conceptuelle).

On définit le repère lié au châssis R0=(O,x⃗0,y⃗0,z⃗0)R_0 = (O, \vec{x}_0, \vec{y}_0, \vec{z}_0), considéré comme galiléen.

  • L’axe (O,x⃗0)(\text{O}, \vec{x}_0) représente l’axe longitudinal du véhicule (dirigé vers l’avant).
  • L’axe (O,y⃗0)(\text{O}, \vec{y}_0) représente l’axe transversal (dirigé vers la gauche).
  • L’axe (O,z⃗0)(\text{O}, \vec{z}_0) est vertical (dirigé vers le haut).

Le porte-fusée (solide SS) est relié au châssis (solide 00) par l’intermédiaire de quatre branches indépendantes modélisées par des barres ou des bras articulés par des rotules ou des pivots. Plus précisément, on isole un sous-ensemble du mécanisme comportant :

  1. Un bras supérieur B1\text{B}_1 raccordé au châssis par un pivot d’axe (A1,y⃗0)(\text{A}_1, \vec{y}_0) et au porte-fusée SS par une rotule de centre C1\text{C}_1.
  2. Un bras inférieur avant B2\text{B}_2 raccordé au châssis par une rotule de centre A2\text{A}_2 et au porte-fusée SS par une rotule de centre C2\text{C}_2.
  3. Un bras inférieur arrière B3\text{B}_3 raccordé au châssis par une rotule de centre A3\text{A}_3 et au porte-fusée SS par une rotule de centre C3\text{C}_3.
  4. Une biellette de direction B4\text{B}_4 raccordée à la crémaillère (fixe dans R0R_0 pour cette étude) par une rotule en A4\text{A}_4 et au porte-fusée en C4\text{C}_4 par une rotule.

Données géométriques et ordres de grandeur réalistes :

Section titled “Données géométriques et ordres de grandeur réalistes :”
  • Les dimensions caractéristiques du porte-fusée sont de l’ordre de LC=300 mm\text{LC} = 300\text{ mm}.
  • Les jeux fonctionnels dans les articulations rotules sont estimés à Δj=0,05 mm\Delta j = 0{,}05\text{ mm}.
  • Les efforts maximaux transmis dans la biellette de direction lors d’un freinage en appui atteignent Fmax⁡=4500 NF_{\max} = 4500\text{ N}.

  1. Modélisation locale : Pour chacun des 4 bras Bi\text{B}_i (i∈{1,2,3,4}i \in \{1, 2, 3, 4\}), préciser la nature des liaisons aux extrémités et déterminer le torseur cinématique de la liaison équivalente entre le solide SS et le châssis 00 induit par chaque bras pris isolément.
  2. Mobilité et nombre cyclomatique : Établir le graphe des liaisons du mécanisme constitué du châssis 00, du porte-fusée SS et des 4 branches B1,B2,B3,B4\text{B}_1, \text{B}_2, \text{B}_3, \text{B}_4. Calculer le nombre cyclomatique yy du graphe et en déduire la mobilité utile MuMu et la mobilité interne MiMi du mécanisme.
  3. Recherche de la liaison équivalente globale : Par application de la composition des torseurs cinématiques ou par intersection des torseurs d’ազկակցություն (liaisons), déterminer la nature et les caractéristiques géométriques (centre, axes) de la liaison équivalente globale Leq(S→0)L_{eq}(S \to 0).
  4. Analyse critique et limites du modèle : En raisonnant sur les ordres de grandeur des efforts et des dimensions, analyser l’hypothèse de “corps rigides” pour les bras. Quel phénomène physique négligé dans l’approche cinématique pure vient perturber le comportement réel du mécanisme ?

  • Question 1 : Un bras rigide à deux rotules se comporte comme une bielle transmettant uniquement un effort uniaxial selon sa ligne de centres. Quel est l’impact sur le torseur cinématique associé ?
  • Question 2 : Rappeler la formule de Grübler-Kutzbach pour les mécanismes spatiaux : Mo−Mi=6(n−1)−∑i=1p(6−Idi)Mo - Mi = 6(n - 1) - \sum_{i=1}^{p} (6 - \text{Id}_i) où Idi\text{Id}_i est l’indicateur de mobilité de la liaison ii.
  • Question 3 : Procéder par association de liaisons en parallèle. L’intersection des espaces vectoriels des torseurs cinématiques permet de trouver le torseur global.
  • Question 4 : Penser aux deformabilités élastiques locales (contacts sphériques) et globales (flexion des bras) face aux efforts intenses (4500 N4500\text{ N}).

  • Bras B1\text{B}_1 (Pivot + Rotule) : Le bras B1\text{B}_1 est en liaison pivot d’axe (A1,y⃗0)(\text{A}_1, \vec{y}_0) avec 00 et rotule de centre C1\text{C}_1 avec SS. C’est un sous-ensemble indéformable. Le torseur cinématique de B1B_1 par rapport à 00 permet une rotation autour de y⃗0\vec{y}_0. Sa transmission géométrique impose que le mouvement de C1\text{C}_1 par rapport à 00 soit un cercle centré sur (A1,y⃗0)(\text{A}_1, \vec{y}_0).
  • Bras B2,B3,B4\text{B}_2, \text{B}_3, \text{B}_4 (Bielles à deux rotules) : Ce sont des solides soumis à deux actions mécaniques (aux points Ai\text{A}_i et Ci\text{C}_i). Ce sont des bielles. Le torseur cinématique de la liaison équivalente entre SS et 00 induite par une bielle Bi\text{B}_i autorise 5 rotations (toutes sauf celle dont l’axe est porté par la ligne (AiCi)(\text{A}_i\text{C}_i) si on considère le mouvement relatif du solide SS). Plus rigoureusement, le torseur cinématique {V(Bi/0)}\{\mathcal{V}(\text{B}_i/0)\} exprime que la vitesse de translation le long de (AiCi)(\text{A}_i\text{C}_i) est nulle au premier ordre, ce qui restreint un degré de liberté de translation.
  • Nombre de solides n=6n = 6 (Châssis 00, Porte-fusée SS, et les 4 branches B1\text{B}_1 à B4\text{B}_4).
  • Le graphe présente des boucles fermées. Le nombre cyclomatique est y=L−N+1y = \text{L} - \text{N} + 1. Avec L=8L = 8 liaisons élémentaires et N=6N = 6, y=8−6+1=3y = 8 - 6 + 1 = 3.
  • Application de la formule de mobilité (espace à 3 dimensions, 66 degrés de liberté par mouvement) : La liaison pivot de B1/0\text{B}_1/0 offre 1 ddl, la rotule C1\text{C}_1 offre 3 ddl. Les bielles B2,B3,B4\text{B}_2, \text{B}_3, \text{B}_4 possèdent des liaisons rotules-rotules (équivalent à 5 ddl chacune). Le calcul rigoureux conduit à une mobilité utile Mu=1Mu = 1 (correspondant à la commande de direction ou au débattement de suspension selon le blocage de la crémaillère) et des mobilités internes Mi=3Mi = 3 (liées aux rotations propres des bielles sur elles-mêmes autour de leur axe (AiCi)(\text{A}_i\text{C}_i), qui n’ont aucune influence sur le mouvement de la roue).

3. Recherche de la liaison équivalente globale Leq(S→0)L_{eq}(S \to 0)

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L’intersection des torseurs cinématiques des 4 branches contraint le mouvement du porte-fusée SS par rapport au châssis 00 :

  • La bielle B2\text{B}_2 et la bielle B3\text{B}_3 fixent deux points du porte-fusée par rapport à des points du châssis, créant virtuellement un axe instantané de rotation.
  • L’adjonction du bras B1\text{B}_1 et de la biellette de direction B4\text{B}_4 surcondea le système.
  • Résultat : L’intersection cinématique de ces 4 conditions géométriques indépendantes restreint le mouvement général de S/0S/0 à un seul degré de liberté.
  • Par identification, la liaison équivalente Leq(S→0)L_{eq}(S \to 0) est une liaison pivot d’axe optimisé (axe de braquage virtuel, non matérialisé physiquement par une broche mécanique, passant par les rotules de pivotement virtuel haut et bas).
  • Hypothèse de rigidité vs Réalité : Sous l’effet des efforts maximaux Fmax⁡=4500 NF_{\max} = 4500\text{ N} (notamment dans la biellette B4\text{B}_4), les lois de la résistance des matériaux montrent que les bras subissent des déformations élastiques (flexion, compression). Un raccourcissement ou un allongement de seulement ΔL=0,1 mm\Delta L = 0{,}1\text{ mm} d’une bielle induit une variation parasite de l’angle de braquage (phénomène de toe-change induit par l’effort).
  • Jeux fonctionnels : Les jeux de Δj=0,05 mm\Delta j = 0{,}05\text{ mm} dans les rotules provoquent des micro-débattements non modélisés par le torseur cinématique rigide pur, créant de l’hystérésis dans la réponse du mécanisme et une sensibilité aux vibrations (shimmy).
  • Conclusion critique : Le modèle cinématique rigide est indispensable pour la synthèse géométrique de l’épure de direction (cinématique pure), mais il est strictement insuffisant pour l’analyse vibratoire et le comportement dynamique fin, où le couplage élastocinématique (flexibilité des liaisons et des corps) prédomine.