Exercice 2 : Extremums locaux et multiplicateurs de Lagrange
🌐 Énoncé du problème / Étude de cas
Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”Dans le cadre de la conception d’un réacteur chimique cylindrique étanche, les ingénieurs cherchent à optimiser les dimensions du réacteur pour minimiser les pertes thermiques tout en garantissant un volume réactionnel utile imposé.
La modélisation thermique montre que les pertes de chaleur surfaciques à travers les parois (cylindriques et les deux disques formant les bases) dépendent du rayon et de la hauteur du cylindre. Soit la surface totale externe du réacteur, modélisée par : Le volume utile du réacteur est fixé à une valeur constante , ce qui impose la contrainte géométrique :
Néanmoins, les contraintes industrielles et mécaniques imposent des limites opérationnelles strictes :
- Pour des raisons d’intégrité structurelle face aux pressions internes, le rayon et la hauteur doivent appartenir à l’ouvert .
- Le modèle mathématique néglige l’épaisseur des parois et les effets de bord aux jonctions. Les ingénieurs doivent s’interroger sur la validité de ce modèle si ou devient trop petit ou trop grand devant l’épaisseur standard des matériaux ().
Le problème se propose de déterminer les dimensions optimales minimisant la surface sous la contrainte de volume, puis d’analyser la pertinence physique du modèle obtenu.
❓ Questions progressives
Section titled “❓ Questions progressives”- Étude préliminaire et topologie : Justifier que la fonction est de classe sur . L’ensemble des contraintes est-il un fermé de ? Est-il compact ?
- Recherche d’extremum sans contrainte (hypothétique) : Déterminer les points critiques de sur . Ont-ils un sens par rapport au problème d’optimisation sous contrainte ?
- Application du théorème des multiplicateurs de Lagrange : a. Établir l’existence d’un lien entre les gradients de et de aux points réalisant un extremum lié sur . b. Résoudre le système d’équations ainsi obtenu et montrer qu’il existe un unique point critique lié .
- Nature de l’extremum : En étudiant la restriction de à la contrainte ou en utilisant la hessienne bordée, démontrer que le point réalise un minimum global de sur . Exprimer et en fonction de .
- Analyse critique et ingénierie : a. Application numérique : Pour un volume utile , calculer les valeurs approchées de et (en mètres). b. Discussion critique : Le cahier des charges impose que l’épaisseur des parois soit négligeable devant et . Si l’on choisit un matériau d’épaisseur , évaluer l’erreur relative commise sur le volume et la surface si l’on applique directement le modèle idéal. Le modèle est-il valide aux extrêmes de la plage de fabrication (par exemple si ) ?
💡 Pistes & Indications
Section titled “💡 Pistes & Indications”- Question 1 : Pensez à utiliser l’image réciproque d’un singleton par une application continue pour la fermeture de . Un ensemble non borné ne peut pas être compact dans .
- Question 3 : Vérifiez que la différentielle de la fonction de contrainte ne s’annule en aucun point de (qualification de la contrainte). Introduisez le lagrangien .
- Question 4 : Exprimez en fonction de grâce à la contrainte pour ramener l’étude à une fonction d’une seule variable réelle .
- Question 5 : Pour l’analyse critique, pensez à quantifier les approximations géométriques ().
📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats
Section titled “📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats”1. Étude préliminaire et topologie
Section titled “1. Étude préliminaire et topologie”La fonction est une fonction polynomiale en et , elle est donc de classe sur . L’ensemble des contraintes est défini par où définie par est continue (car ). Comme est un fermé de , par continuité de , est un fermé de (et donc de ). Cependant, n’est pas borné : si l’on choisit pour , alors conduit à des points dont la norme tend vers . Par conséquent, n’est pas compact (le théorème des bornes atteintes de Weierstrass ne s’applique pas directement globalement sans précaution).
2. Recherche d’extremum sans contrainte
Section titled “2. Recherche d’extremum sans contrainte”Les dérivées partielles premières de sur sont : Le système donne et , ce qui n’a pas de solution dans . La fonction n’admet aucun point critique sur .
3. Multiplicateurs de Lagrange
Section titled “3. Multiplicateurs de Lagrange”Soit . La contrainte est définie par . Calculons le gradient de : Pour tout , comme et , on a . La contrainte est donc régulière (qualifiée). D’après le théorème des multiplicateurs de Lagrange, s’il existe un extremum lié en , il existe un réel tel que : Soit le système :
4\pi R_0 + 2\pi H_0 + \lambda (2\pi R_0 H_0) = 0 \\ 2\pi R_0 + \lambda (\pi R_0^2) = 0 \\ \pi R_0^2 H_0 = V_0 \end{cases}$$ De la deuxième équation, comme $\pi R_0 \neq 0$, on tire : $$2 + \lambda R_0 = 0 \implies \lambda = -\frac{2}{R_0}$$ En injectant $\lambda$ dans la première équation : $$4\pi R_0 + 2\pi H_0 - \frac{2}{R_0}(2\pi R_0 H_0) = 0 \implies 4\pi R_0 + 2\pi H_0 - 4\pi H_0 = 0 \implies 4\pi R_0 - 2\pi H_0 = 0$$ On en déduit la relation fondamentale : $$H_0 = 2R_0$$ En reportant dans la contrainte de volume : $$\pi R_0^2 (2R_0) = V_0 \implies 2\pi R_0^3 = V_0 \implies R_0 = \left(\frac{V_0}{2\pi}\right)^{1/3}$$ Et par conséquent : $$H_0 = 2\left(\frac{V_0}{2\pi}\right)^{1/3} = \left(\frac{4V_0}{\pi}\right)^{1/3}$$ Il existe un unique point critique lié $(R_0, H_0)$. #### 4. Nature de l'extremum Exprimons la surface en fonction de la seule variable $R$ sur $\mathcal{C}$ en posant $H = \frac{V_0}{\pi R^2}$ : $$s(R) = 2\pi R^2 + 2\pi R \left(\frac{V_0}{\pi R^2}\right) = 2\pi R^2 + \frac{2V_0}{R}$$ Étudions $s$ sur $]0, +\infty[$ : $$s'(R) = 4\pi R - \frac{2V_0}{R^2} = \frac{4\pi R^3 - 2V_0}{R^2}$$ Le signe de $s'(R)$ est celui de $2\pi R^3 - V_0$. - Pour $R \in ]0, R_0[$, $s'(R) < 0$ (la fonction est strictement décroissante). - Pour $R \in ]R_0, +\infty[$, $s'(R) > 0$ (la fonction est strictement croissante). De plus, $\lim_{R \to 0^+} s(R) = +\infty$ et $\lim_{R \to +\infty} s(R) = +\infty$. Par conséquent, le point $R_0 = \left(\frac{V_0}{2\pi}\right)^{1/3}$ réalise un **minimum global** de $s$ sur $]0, +\infty[$. Le réacteur minimise ses pertes thermiques surfaciques lorsque sa hauteur est exactement égale à son diamètre ($H_0 = 2R_0$). #### 5. Analyse critique et ingénierie - **a. Application numérique :** Pour $V_0 = 1\,\text{m}^3$ : $$R_0 = \left(\frac{1}{2\pi}\right)^{1/3} \approx 0{,}542\,\text{m} \quad (\text{soit } 54{,}2\,\text{cm})$$ $$H_0 = 2R_0 \approx 1{,}084\,\text{m}$$ - **b. Discussion critique des limites du modèle :** * *Effet de l'épaisseur :* Si l'on considère une épaisseur de paroi $\delta = 0{,}02\,\text{m}$ ($2\,\text{cm}$), les dimensions intérieures sont $R_0$ et $H_0$, mais les dimensions extérieures réelles (qui dictent les échanges thermiques) sont $R_{\text{ext}} = R_0 + \delta$ et $H_{\text{ext}} = H_0 + 2\delta$. L'erreur relative sur les dimensions est de l'ordre de $\frac{\delta}{R_0} \approx \frac{0{,}02}{0{,}542} \approx 3{,}7\%$, ce qui reste acceptable pour un avant-projet, mais modifie légèrement l'optimalité théorique stricte. * *Limites du modèle aux extrêmes :* Si $V_0 = 10^{-3}\,\text{m}^3$ ($1\,\text{L}$), alors $R_0 \approx 0{,}054\,\text{m}$ ($5{,}4\,\text{cm}$). Avec une épaisseur de matériau $\delta = 5\,\text{mm}$, l'épaisseur représente près de $10\%$ du rayon. **L'hypothèse d'une surface mince s'effondre** : les effets de bord géométriques (rayons de raccourcissement, volume des fonds bombés réels) ne sont plus négligeables et le modèle mathématique idéalisé conduit à une erreur d'optimisation majeure. Le modèle mathématique diverge de la réalité physique.