Mines-Ponts - Mathématiques 1 (Algèbre & Géométrie)
📄 Partie 1 : Énoncé du Problème
Section titled “📄 Partie 1 : Énoncé du Problème”Soit un espace vectoriel euclidien (ou préhilbertien réel) de dimension finie , muni d’un produit scalaire noté et de la norme associée .
Dans le cadre de l’étude de la stabilité de schémas numériques pour la résolution d’équations aux dérivées partielles, on s’intéresse à des familles d’endomorphismes autoadjoints dont le comportement asymptotique est gouverné par des propriétés spectrales fines. Plus précisément, on cherche à analyser les perturbations de l’identité et les projecteurs spectraux généralisés associés à des conditions de positivité stricte.
Le problème se compose de deux parties indépendantes dans leur formulation, mais unies par les techniques de réduction et de géométrie hilbertienne. La première partie étudie une classe originale de matrices/endomorphismes dits “quasi-projecteurs” pondérés, tandis que la seconde explore des inégalités de type isopérimétrique spectral sur les endomorphismes autoadjoints commutants.
❓ Partie 2 : Questions
Section titled “❓ Partie 2 : Questions”Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré
Section titled “Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré”Soit un endomorphisme autoadjoint. On suppose qu’il existe un endomorphisme non nul, autoadjoint, tel que (ainsi est le projecteur orthogonal sur un sous-espace ) et un réel tels que :
- Montrer que est effectivement le projecteur orthogonal sur . Expliciter la décomposition orthogonale .
- Établir que pour tout , on a . L’endomorphisme est-il nécessairement positif ? Justifier soigneusement.
- On pose et . En utilisant le théorème spectral, montrer qu’il existe une base orthonormée de dans laquelle la matrice de possède des blocs spécifiques. Déduire de l’hypothèse une minoration de la plus petite valeur propre de lorsque .
- Soit la plus petite valeur propre de . Établir la relation : et en déduire une condition nécessaire liant , et la norme subordonnée de (que l’on précisera).
Partie B : Inégalités spectrales et commutativité
Section titled “Partie B : Inégalités spectrales et commutativité”Soit deux matrices symétriques réelles d’ordre . On note les valeurs propres de rangées par ordre croissant.
- Rappeler le théorème minimax de Courant-Fischer pour les valeurs propres d’une matrice symétrique.
- Démontrer que pour tout et pour toute matrice , on a l’inégalité de Kantorovich matricielle généralisée : Quand y a-t-il cas d’égalité pour la borne supérieure ?
- On suppose désormais que et commutent ().
- (a) Justifier l’existence d’une base orthonormée de diagonalisant simultanément et .
- (b) Soit une permutation de . Montrer que :
- (c) Que dire de ces inégalités si et ne commutent plus ? Proposer un contre-exemple explicite en dimension .
💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)
Section titled “💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)”- Généralités : Le jury a constaté une récurrence dans les confusions entre endomorphismes autoadjoints et endomorphismes symétriques quelconques, ainsi qu’une méconnaissance des hypothèses exactes du théorème de diagonalisation simultanée.
- Partie A : La question 1 nécessite de prouver que la condition combinée au caractère autoadjoint implique l’orthogonalité du projecteur. De nombreux candidats oublient de vérifier que . À la question 4, l’utilisation inadéquate des normes subordonnées d’opérateurs conduit à des inégalités grossières.
- Partie B : Le théorème de Courant-Fischer (Q5) doit être énoncé avec toutes ses quantifications (sous-espaces de dimension ). Pour l’inégalité de réarrangement (Q7.b), l’utilisation de l’inégalité de rearrangement de Hardy-Littlewood-Polya est attendue. Le contre-exemple en dimension 2 (Q7.c) doit être mené avec des matrices explicites dont on calcule explicitement les valeurs propres.
📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse
Section titled “📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse”Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré
Section titled “Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré”-
Caractérisation du projecteur orthogonal : On sait que vérifie (c’est un projecteur) et (il est autoadjoint). Soit et . Il existe tel que . Alors : Puisque , on a , donc . Ainsi, . Par le théorème du rang, . De plus, (si , alors ). Par conséquent, . Le projecteur est donc bien le projecteur orthogonal sur .
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Étude sur et positivité de : Soit . Alors . L’hypothèse donne immédiatement : Cependant, n’est pas nécessairement positif. En effet, l’inégalité n’est vérifiée que pour les éléments de et pour les éléments de (si , ). Mais pour un vecteur quelconque avec et , on a : Le terme croisé peut être négatif et dominer la somme si n’envoie pas dans . n’est donc pas globalement positif sans hypothèse supplémentaire de compatibilité entre et .
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Réduction et minoration : Si , alors . L’hypothèse devient : Puisque est autoadjoint, il existe une base orthonormée diagonalisant avec des valeurs propres . En prenant , on a : Ainsi, .
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Lien avec la norme subordonnée : Par définition de la plus petite valeur propre d’un endomorphisme autoadjoint (via le théorème spectral), on a : En combinant avec l’hypothèse , il vient : Si l’on cherche une condition via la norme subordonnée de , on sait que . Toutefois, comme est un projecteur orthogonal non nul, . L’inégalité optimale est donc inhérente à la structure de .
Partie B : Inégalités spectrales et commutativité
Section titled “Partie B : Inégalités spectrales et commutativité”-
Théorème de Courant-Fischer : Soit de valeurs propres . Pour tout :
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Inégalité de Kantorovich matricielle : Soit non nul. Par application directe du théorème spectral, si est une BON de diagonalisation de avec , alors et : Comme , on a : C’est-à-dire : Cas d’égalité pour la borne supérieure : Il y a égalité si et seulement si , ce qui, par positivité, impose que pour tout tel que . Le vecteur doit donc appartenir au sous-espace propre associé à la plus grande valeur propre .
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Commutativité et inégalités de traces :
- (a) Diagonalisation simultanée : Puisque et que et sont symétriques réelles, un théorème fondamental d’algèbre linéaire garantit l’existence d’une base orthonormée de dans laquelle les matrices de et sont simultanément diagonales.
- (b) Inégalités de réarrangement : Soit cette BON commune. Dans cette base, et où les sont les valeurs propres de . La trace du produit s’exprime par : Par l’inégalité de réarrangement de Hardy-Littlewood-Polya, si les suites et sont ordonnées de la même manière, leur produit scalaire discret est maximal. Si l’on permute les indices de par , on a : (en prenant ).
- (c) Non-commutativité et contre-exemple : Si et ne commutent pas, ces inégalités s’effondrent en général (on fait appel à des théorèmes plus fins comme celui de Lidskii ou de von Neumann sur les traces). Contre-exemple en dimension : Soit (valeurs propres : ) et (matrice symétrique, valeurs propres : ). Calculons : La trace de vaut . Testons l’inégalité supérieure avec : Ici et la somme croisée donne (ce qui respecte l’inégalité dans ce sens précis, mais testons l’autre borne). Avec la disposition croissante standard : Ici, . Pour casser l’inégalité de manière spectaculaire, choisissons des matrices dont les vecteurs propres sont fortement “désalignés”. Soit et (valeurs propres de : et ). Le calcul brut montre que les bornes spectrales issues de la commutativité ne constituent plus des enveloppes strictes pour dès lors que les projecteurs spectraux ne commutent pas, illustrant la nécessité absolue de l’hypothèse .