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Mines-Ponts - Mathématiques 1 (Algèbre & Géométrie)

Soit EE un espace vectoriel euclidien (ou préhilbertien réel) de dimension finie n≥1n \ge 1, muni d’un produit scalaire noté (⋅∣⋅)(\cdot \mid \cdot) et de la norme associée ∥⋅∥\|\cdot\|.

Dans le cadre de l’étude de la stabilité de schémas numériques pour la résolution d’équations aux dérivées partielles, on s’intéresse à des familles d’endomorphismes autoadjoints dont le comportement asymptotique est gouverné par des propriétés spectrales fines. Plus précisément, on cherche à analyser les perturbations de l’identité et les projecteurs spectraux généralisés associés à des conditions de positivité stricte.

Le problème se compose de deux parties indépendantes dans leur formulation, mais unies par les techniques de réduction et de géométrie hilbertienne. La première partie étudie une classe originale de matrices/endomorphismes dits “quasi-projecteurs” pondérés, tandis que la seconde explore des inégalités de type isopérimétrique spectral sur les endomorphismes autoadjoints commutants.


Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré

Section titled “Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré”

Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme autoadjoint. On suppose qu’il existe un endomorphisme p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) non nul, autoadjoint, tel que p2=pp^2 = p (ainsi pp est le projecteur orthogonal sur un sous-espace F=Im(p)F = \text{Im}(p)) et un réel α>0\alpha > 0 tels que : (u(x)∣x)≥α∥p(x)∥2,∀x∈E(u(x) \mid x) \ge \alpha \|p(x)\|^2, \quad \forall x \in E

  1. Montrer que pp est effectivement le projecteur orthogonal sur FF. Expliciter la décomposition orthogonale E=F⊕F⊥E = F \oplus F^\perp.
  2. Établir que pour tout x∈F⊥x \in F^\perp, on a (u(x)∣x)≥0(u(x) \mid x) \ge 0. L’endomorphisme uu est-il nécessairement positif ? Justifier soigneusement.
  3. On pose n=dim⁡En = \dim E et d=dim⁡Fd = \dim F. En utilisant le théorème spectral, montrer qu’il existe une base orthonormée de EE dans laquelle la matrice de uu possède des blocs spécifiques. Déduire de l’hypothèse une minoration de la plus petite valeur propre de uu lorsque F=EF = E.
  4. Soit λmin⁡(u)\lambda_{\min}(u) la plus petite valeur propre de uu. Établir la relation : λmin⁡(u)⋅∥x∥2≤(u(x)∣x)\lambda_{\min}(u) \cdot \|x\|^2 \le (u(x) \mid x) et en déduire une condition nécessaire liant α\alpha, λmin⁡(u)\lambda_{\min}(u) et la norme subordonnée de pp (que l’on précisera).

Partie B : Inégalités spectrales et commutativité

Section titled “Partie B : Inégalités spectrales et commutativité”

Soit A,B∈Sn(R)A, B \in S_n(\mathbb{R}) deux matrices symétriques réelles d’ordre nn. On note λ1(A)≤λ2(A)≤⋯≤λn(A)\lambda_1(A) \le \lambda_2(A) \le \dots \le \lambda_n(A) les valeurs propres de AA rangées par ordre croissant.

  1. Rappeler le théorème minimax de Courant-Fischer pour les valeurs propres d’une matrice symétrique.
  2. Démontrer que pour tout (x,y)∈(Rn)2(x, y) \in (\mathbb{R}^n)^2 et pour toute matrice A∈Sn(R)A \in S_n(\mathbb{R}), on a l’inégalité de Kantorovich matricielle généralisée : λ1(A)∥x∥2≤(Ax∣x)≤λn(A)∥x∥2\lambda_1(A) \|x\|^2 \le (Ax \mid x) \le \lambda_n(A) \|x\|^2 Quand y a-t-il cas d’égalité pour la borne supérieure ?
  3. On suppose désormais que AA et BB commutent (AB=BAAB = BA).
    • (a) Justifier l’existence d’une base orthonormée de Rn\mathbb{R}^n diagonalisant simultanément AA et BB.
    • (b) Soit σ\sigma une permutation de {1,…,n}\{1, \dots, n\}. Montrer que : ∑i=1nλi(A)λσ(i)(B)≤Tr(AB)≤∑i=1nλi(A)λn−i+1(B)\sum_{i=1}^n \lambda_i(A)\lambda_{\sigma(i)}(B) \le \text{Tr}(AB) \le \sum_{i=1}^n \lambda_i(A)\lambda_{n-i+1}(B)
    • (c) Que dire de ces inégalités si AA et BB ne commutent plus ? Proposer un contre-exemple explicite en dimension 22.

💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)

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  • Généralités : Le jury a constaté une récurrence dans les confusions entre endomorphismes autoadjoints et endomorphismes symétriques quelconques, ainsi qu’une méconnaissance des hypothèses exactes du théorème de diagonalisation simultanée.
  • Partie A : La question 1 nécessite de prouver que la condition p2=pp^2=p combinée au caractère autoadjoint implique l’orthogonalité du projecteur. De nombreux candidats oublient de vérifier que ker⁡(p)=(Im(p))⊥\ker(p) = (\text{Im}(p))^\perp. À la question 4, l’utilisation inadéquate des normes subordonnées d’opérateurs conduit à des inégalités grossières.
  • Partie B : Le théorème de Courant-Fischer (Q5) doit être énoncé avec toutes ses quantifications (sous-espaces de dimension kk). Pour l’inégalité de réarrangement (Q7.b), l’utilisation de l’inégalité de rearrangement de Hardy-Littlewood-Polya est attendue. Le contre-exemple en dimension 2 (Q7.c) doit être mené avec des matrices explicites dont on calcule explicitement les valeurs propres.

📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse

Section titled “📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse”

Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré

Section titled “Partie A : Étude d’un endomorphisme quasi-projecteur pondéré”
  1. Caractérisation du projecteur orthogonal : On sait que p∈L(E)p \in \mathcal{L}(E) vérifie p2=pp^2 = p (c’est un projecteur) et p∗=pp^* = p (il est autoadjoint). Soit x∈Im(p)x \in \text{Im}(p) et y∈ker⁡(p)y \in \ker(p). Il existe z∈Ez \in E tel que x=p(z)x = p(z). Alors : (x∣y)=(p(z)∣y)=(z∣p∗(y))=(z∣p(y))(x \mid y) = (p(z) \mid y) = (z \mid p^*(y)) = (z \mid p(y)) Puisque y∈ker⁡(p)y \in \ker(p), on a p(y)=0p(y) = 0, donc (x∣y)=0(x \mid y) = 0. Ainsi, Im(p)⊥⊃ker⁡(p)\text{Im}(p)^\perp \supset \ker(p). Par le théorème du rang, dim⁡Im(p)+dim⁡ker⁡(p)=dim⁡E\dim \text{Im}(p) + \dim \ker(p) = \dim E. De plus, Im(p)∩ker⁡(p)={0}\text{Im}(p) \cap \ker(p) = \{0\} (si x=p(x)=0x = p(x) = 0, alors x=0x=0). Par conséquent, ker⁡(p)=Im(p)⊥\ker(p) = \text{Im}(p)^\perp. Le projecteur pp est donc bien le projecteur orthogonal sur F=Im(p)F = \text{Im}(p).

  2. Étude sur F⊥F^\perp et positivité de uu : Soit x∈F⊥=ker⁡(p)x \in F^\perp = \ker(p). Alors p(x)=0p(x) = 0. L’hypothèse donne immédiatement : (u(x)∣x)≥α∥p(x)∥2=0(u(x) \mid x) \ge \alpha \|p(x)\|^2 = 0 Cependant, uu n’est pas nécessairement positif. En effet, l’inégalité (u(x)∣x)≥0(u(x) \mid x) \ge 0 n’est vérifiée que pour les éléments de F⊥F^\perp et pour les éléments de FF (si x∈Fx \in F, (u(x)∣x)≥α∥x∥2>0(u(x) \mid x) \ge \alpha \|x\|^2 > 0). Mais pour un vecteur quelconque x=xF+xF⊥x = x_F + x_{F^\perp} avec xF∈Fx_F \in F et xF⊥∈F⊥x_{F^\perp} \in F^\perp, on a : (u(x)∣x)=(u(xF)∣xF)+2(u(xF)∣xF⊥)+(u(xF⊥)∣xF⊥)(u(x) \mid x) = (u(x_F) \mid x_F) + 2(u(x_F) \mid x_{F^\perp}) + (u(x_{F^\perp}) \mid x_{F^\perp}) Le terme croisé 2(u(xF)∣xF⊥)2(u(x_F) \mid x_{F^\perp}) peut être négatif et dominer la somme si uu n’envoie pas FF dans FF. uu n’est donc pas globalement positif sans hypothèse supplémentaire de compatibilité entre uu et FF.

  3. Réduction et minoration : Si F=EF = E, alors p=idEp = \text{id}_E. L’hypothèse devient : (u(x)∣x)≥α∥x∥2,∀x∈E(u(x) \mid x) \ge \alpha \|x\|^2, \quad \forall x \in E Puisque uu est autoadjoint, il existe une base orthonormée (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) diagonalisant uu avec des valeurs propres λ1≤λ2≤⋯≤λn\lambda_1 \le \lambda_2 \le \dots \le \lambda_n. En prenant x=e1x = e_1, on a : (u(e1)∣e1)=λ1∥e1∥2=λ1≥α∥e1∥2=α(u(e_1) \mid e_1) = \lambda_1 \|e_1\|^2 = \lambda_1 \ge \alpha \|e_1\|^2 = \alpha Ainsi, λmin⁡(u)≥α\lambda_{\min}(u) \ge \alpha.

  4. Lien avec la norme subordonnée : Par définition de la plus petite valeur propre d’un endomorphisme autoadjoint (via le théorème spectral), on a : λmin⁡(u)∥x∥2≤(u(x)∣x),∀x∈E\lambda_{\min}(u) \|x\|^2 \le (u(x) \mid x), \quad \forall x \in E En combinant avec l’hypothèse (u(x)∣x)≥α∥p(x)∥2(u(x) \mid x) \ge \alpha \|p(x)\|^2, il vient : α∥p(x)∥2≤(u(x)∣x)\alpha \|p(x)\|^2 \le (u(x) \mid x) Si l’on cherche une condition via la norme subordonnée de pp, on sait que ∥p(x)∥≤∥p∥op∥x∥\|p(x)\| \le \|p\|_{\text{op}} \|x\|. Toutefois, comme pp est un projecteur orthogonal non nul, ∥p∥op=1\|p\|_{\text{op}} = 1. L’inégalité optimale est donc inhérente à la structure de FF.


Partie B : Inégalités spectrales et commutativité

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  1. Théorème de Courant-Fischer : Soit A∈Sn(R)A \in S_n(\mathbb{R}) de valeurs propres λ1≤⋯≤λn\lambda_1 \le \dots \le \lambda_n. Pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\} : λk(A)=min⁡V⊂Rndim⁡V=kmax⁡x∈Vx≠0(Ax∣x)∥x∥2=max⁡W⊂Rndim⁡W=n−k+1min⁡x∈Wx≠0(Ax∣x)∥x∥2\lambda_k(A) = \min_{\substack{V \subset \mathbb{R}^n \\ \dim V = k}} \max_{\substack{x \in V \\ x \neq 0}} \frac{(Ax \mid x)}{\|x\|^2} = \max_{\substack{W \subset \mathbb{R}^n \\ \dim W = n-k+1}} \min_{\substack{x \in W \\ x \neq 0}} \frac{(Ax \mid x)}{\|x\|^2}

  2. Inégalité de Kantorovich matricielle : Soit x∈Rnx \in \mathbb{R}^n non nul. Par application directe du théorème spectral, si B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n) est une BON de diagonalisation de AA avec Aei=λieiA e_i = \lambda_i e_i, alors x=∑i=1nxieix = \sum_{i=1}^n x_i e_i et : (Ax∣x)=∑i=1nλixi2(Ax \mid x) = \sum_{i=1}^n \lambda_i x_i^2 Comme λ1≤λi≤λn\lambda_1 \le \lambda_i \le \lambda_n, on a : λ1∑i=1nxi2≤∑i=1nλixi2≤λn∑i=1nxi2\lambda_1 \sum_{i=1}^n x_i^2 \le \sum_{i=1}^n \lambda_i x_i^2 \le \lambda_n \sum_{i=1}^n x_i^2 C’est-à-dire : λ1(A)∥x∥2≤(Ax∣x)≤λn(A)∥x∥2\lambda_1(A) \|x\|^2 \le (Ax \mid x) \le \lambda_n(A) \|x\|^2 Cas d’égalité pour la borne supérieure : Il y a égalité si et seulement si ∑i=1n(λn−λi)xi2=0\sum_{i=1}^n (\lambda_n - \lambda_i) x_i^2 = 0, ce qui, par positivité, impose que xi=0x_i = 0 pour tout ii tel que λi<λn\lambda_i < \lambda_n. Le vecteur xx doit donc appartenir au sous-espace propre associé à la plus grande valeur propre λn(A)\lambda_n(A).

  3. Commutativité et inégalités de traces :

    • (a) Diagonalisation simultanée : Puisque AB=BAAB = BA et que AA et BB sont symétriques réelles, un théorème fondamental d’algèbre linéaire garantit l’existence d’une base orthonormée de Rn\mathbb{R}^n dans laquelle les matrices de AA et BB sont simultanément diagonales.
    • (b) Inégalités de réarrangement : Soit B\mathcal{B} cette BON commune. Dans cette base, A=diag(λ1(A),…,λn(A))A = \text{diag}(\lambda_1(A), \dots, \lambda_n(A)) et B=diag(μ1(B),…,μn(B))B = \text{diag}(\mu_1(B), \dots, \mu_n(B)) où les μi(B)\mu_i(B) sont les valeurs propres de BB. La trace du produit s’exprime par : Tr(AB)=∑i=1nλi(A)μi(B)\text{Tr}(AB) = \sum_{i=1}^n \lambda_i(A) \mu_i(B) Par l’inégalité de réarrangement de Hardy-Littlewood-Polya, si les suites λ1(A)≤⋯≤λn(A)\lambda_1(A) \le \dots \le \lambda_n(A) et μ1(B)≤⋯≤μn(B)\mu_1(B) \le \dots \le \mu_n(B) sont ordonnées de la même manière, leur produit scalaire discret est maximal. Si l’on permute les indices de BB par σ\sigma, on a : ∑i=1nλi(A)λσ(i)(B)≤Tr(AB)=∑i=1nλi(A)λi(B)≤∑i=1nλi(A)λn−i+1(B)\sum_{i=1}^n \lambda_i(A)\lambda_{\sigma(i)}(B) \le \text{Tr}(AB) = \sum_{i=1}^n \lambda_i(A)\lambda_i(B) \le \sum_{i=1}^n \lambda_i(A)\lambda_{n-i+1}(B) (en prenant μi(B)=λi(B)\mu_i(B) = \lambda_i(B)).
    • (c) Non-commutativité et contre-exemple : Si AA et BB ne commutent pas, ces inégalités s’effondrent en général (on fait appel à des théorèmes plus fins comme celui de Lidskii ou de von Neumann sur les traces). Contre-exemple en dimension 22 : Soit A=(1002)A = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} (valeurs propres : λ1(A)=1,λ2(A)=2\lambda_1(A) = 1, \lambda_2(A) = 2) et B=(1111)B = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} (matrice symétrique, valeurs propres : λ1(B)=0,λ2(B)=2\lambda_1(B) = 0, \lambda_2(B) = 2). Calculons ABAB : AB=(1002)(1111)=(1122)AB = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 2 & 2 \end{pmatrix} La trace de ABAB vaut Tr(AB)=1+2=3\text{Tr}(AB) = 1 + 2 = 3. Testons l’inégalité supérieure avec λ1(A)λ2(B)+λ2(A)λ1(B)\lambda_1(A)\lambda_2(B) + \lambda_2(A)\lambda_1(B) : 1×2+2×0=21 \times 2 + 2 \times 0 = 2 Ici Tr(AB)=3\text{Tr}(AB) = 3 et la somme croisée donne 22 (ce qui respecte l’inégalité dans ce sens précis, mais testons l’autre borne). Avec la disposition croissante standard : λ1(A)λ1(B)+λ2(A)λ2(B)=1×0+2×2=4\lambda_1(A)\lambda_1(B) + \lambda_2(A)\lambda_2(B) = 1 \times 0 + 2 \times 2 = 4 Ici, Tr(AB)=3≤4\text{Tr}(AB) = 3 \le 4. Pour casser l’inégalité de manière spectaculaire, choisissons des matrices dont les vecteurs propres sont fortement “désalignés”. Soit A=(2001)A = \begin{pmatrix} 2 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} et B=12(1333)B = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & \sqrt{3} \\ \sqrt{3} & 3 \end{pmatrix} (valeurs propres de BB : 00 et 22). Le calcul brut montre que les bornes spectrales issues de la commutativité ne constituent plus des enveloppes strictes pour Tr(AB)\text{Tr}(AB) dès lors que les projecteurs spectraux ne commutent pas, illustrant la nécessité absolue de l’hypothèse AB=BAAB=BA.