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Exercice 2 : Capacité thermique des solides (Modèle d Einstein)

Problème guidé : Capacité thermique des solides – Modèle d’Einstein

Section titled “Problème guidé : Capacité thermique des solides – Modèle d’Einstein”

La détermination de la capacité thermique molaire à volume constant CvC_v des solides cristallins a constitué l’un des triomphes de la physique statistique au début du XXe siècle. Alors que la loi classique de Dulong et Petit (1819) prévoit une valeur indépendante de la température égale à 3R3R, les mesures expérimentales à basse température montrent une décroissance inattendue de CvC_v qui s’annule au zéro absolu.

En 1907, Albert Einstein propose le premier modèle microscopique quantique pour résoudre cette anomalie. On se propose d’étudier ce modèle, d’en analyser les limites et de le confronter aux données expérimentales.

  • Constante des gaz parfaits : R≈8,314 J⋅K−1⋅mol−1R \approx 8{,}314\text{ J}\cdot\text{K}^{-1}\cdot\text{mol}^{-1}
  • Constante de Boltzmann : kB≈1,38×10−23 J⋅K−1k_B \approx 1{,}38 \times 10^{-23}\text{ J}\cdot\text{K}^{-1}
  • Nombre d’Avogadro : NA≈6,02×1023 mol−1\mathcal{N}_A \approx 6{,}02 \times 10^{23}\text{ mol}^{-1}
  • Pour le cuivre (Cu)(\text{Cu}), la température caractéristique d’Einstein θE\theta_E est de l’ordre de 240 K240\text{ K}.

On considère un cristal parfait constitué de NN atomes identiques. Dans le modèle d’Einstein, on assimile les vibrations de chaque atome dans le réseau cristallin à un oscillateur harmonique quantique tridimensionnel indépendant. De manière équivalente, le système est modélisé par 3N3N oscillateurs harmoniques quantiques unidimensionnels indépendants, tous de même pulsation propre ωE=2πνE\omega_E = 2\pi \nu_E.

  1. Rappeler l’expression des niveaux d’énergie EnE_n d’un oscillateur harmonique quantique unidimensionnel de pulsation ωE\omega_E, où nn est un entier naturel.
  2. Écrire la fonction de partition canonique zz d’un tel oscillateur à la température TT. On posera β=1kBT\beta = \frac{1}{k_B T} et l’on introduira la température d’Einstein θE=ℏωEkB\theta_E = \frac{\hbar \omega_E}{k_B}.
  3. En déduire l’énergie interne moyenne UU du cristal, composé de 3N3N oscillateurs indépendants.
  4. Exprimer la capacité thermique molaire à volume constant CvC_v du solide en fonction de TT, θE\theta_E et RR.

II. Étude asymptotique et analyse critique

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  1. Étudier le comportement de CvC_v aux hautes températures (T≫θET \gg \theta_E). Retrouve-t-on la loi classique de Dulong et Petit ?
  2. Étudier le comportement de CvC_v aux très basses températures (T≪θET \ll \theta_E). Le modèle est-il en accord qualitatif et quantitatif avec la réalité physique (Cv∝T3C_v \propto T^3 selon la loi de Debye) ?
  3. Analyse critique : Tracer schématiquement l’allure de Cv(T)C_v(T) selon le modèle d’Einstein et comparer avec les données expérimentales (on pourra discuter de la forme de la décroissance à basse température). Quelles sont les limites de l’hypothèse d’Einstein ?

  1. Q1 : Penser à l’énergie du point zéro.
  2. Q2 : La fonction de partition d’un système à états discrets est z=∑ne−βEnz = \sum_n e^{-\beta E_n}. Reconnaître une série géométrique.
  3. Q3 & Q4 : Utiliser la relation entre l’énergie interne moyenne d’un système et sa fonction de partition, puis dériver par rapport à TT (ou β\beta).
  4. Q5 & Q6 : Effectuer des développements limités de la fonction exponentielle (exp⁡(x)≈1+x\exp(x) \approx 1 + x ou équivalents dominants) lorsque l’argument tend vers 00 ou +∞+\infty.
  5. Q7 : Pour aller plus loin, Einstein a supposé une fréquence unique ωE\omega_E, ce qui revient à négliger le caractère acoustique des vibrations collectives du réseau (modes de phonons de basse fréquence).

  1. Niveaux d’énergie : Les niveaux d’énergie d’un oscillateur harmonique quantique 1D sont donnés par : En=(n+12)ℏωEavec n∈NE_n = \left(n + \frac{1}{2}\right)\hbar \omega_E \quad \text{avec } n \in \mathbb{N}

  2. Fonction de partition d’un oscillateur : La fonction de partition s’écrit : z=∑n=0+∞e−βEn=∑n=0+∞e−βℏωE(n+1/2)=e−βℏωE2∑n=0+∞(e−βℏωE)nz = \sum_{n=0}^{+\infty} e^{-\beta E_n} = \sum_{n=0}^{+\infty} e^{-\beta \hbar \omega_E (n + 1/2)} = e^{-\frac{\beta \hbar \omega_E}{2}} \sum_{n=0}^{+\infty} \left(e^{-\beta \hbar \omega_E}\right)^n En posant θE=ℏωEkB\theta_E = \frac{\hbar \omega_E}{k_B}, on a βℏωE=θET\beta \hbar \omega_E = \frac{\theta_E}{T}. La somme est une série géométrique de raison q=e−θE/T<1q = e^{-\theta_E / T} < 1 : z=e−θE2T1−e−θETz = \frac{e^{-\frac{\theta_E}{2T}}}{1 - e^{-\frac{\theta_E}{T}}}

  3. Énergie interne du cristal : Le cristal est formé de 3N3N oscillateurs indépendants. L’énergie interne moyenne est donc : U=3N⟨E⟩=−3N∂ln⁡z∂βU = 3N \langle E \rangle = -3N \frac{\partial \ln z}{\partial \beta} Exprimons d’abord ln⁡z\ln z : ln⁡z=−θE2T−ln⁡(1−e−θET)=−βℏωE2−ln⁡(1−e−βℏωE)\ln z = -\frac{\theta_E}{2T} - \ln\left(1 - e^{-\frac{\theta_E}{T}}\right) = -\frac{\beta \hbar \omega_E}{2} - \ln\left(1 - e^{-\beta \hbar \omega_E}\right) En dérivant par rapport à β\beta : ⟨E⟩=−∂ln⁡z∂β=ℏωE2+ℏωEe−βℏωE1−e−βℏωE=ℏωE(12+1eθET−1)\langle E \rangle = -\frac{\partial \ln z}{\partial \beta} = \frac{\hbar \omega_E}{2} + \hbar \omega_E \frac{e^{-\beta \hbar \omega_E}}{1 - e^{-\beta \hbar \omega_E}} = \hbar \omega_E \left(\frac{1}{2} + \frac{1}{e^{\frac{\theta_E}{T}} - 1}\right) L’énergie interne totale est donc : U=3NkB[θE2+θEeθET−1]U = 3N k_B \left[ \frac{\theta_E}{2} + \frac{\theta_E}{e^{\frac{\theta_E}{T}} - 1}\right]

  4. Capacité thermique molaire CvC_v : Par définition, Cv=(∂U∂T)VC_v = \left(\frac{\partial U}{\partial T}\right)_V. Pour une mole, N=NAN = \mathcal{N}_A et R=NAkBR = \mathcal{N}_A k_B : Cv=3R∂∂T(θEeθET−1)C_v = 3R \frac{\partial}{\partial T} \left( \frac{\theta_E}{e^{\frac{\theta_E}{T}} - 1} \right) En effectuant la dérivée : Cv=3R(θET)2eθET(eθET−1)2C_v = 3R \left(\frac{\theta_E}{T}\right)^2 \frac{e^{\frac{\theta_E}{T}}}{\left(e^{\frac{\theta_E}{T}} - 1\right)^2}


II. Étude asymptotique et analyse critique

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  1. Régime des hautes températures (T≫θET \gg \theta_E) : Si T≫θET \gg \theta_E, alors θET≪1\frac{\theta_E}{T} \ll 1. On réalise un développement limité de l’exponentielle ex≈1+xe^x \approx 1 + x avec x=θETx = \frac{\theta_E}{T} : eθET−1≈θETe^{\frac{\theta_E}{T}} - 1 \approx \frac{\theta_E}{T} En remplaçant dans l’expression de CvC_v : Cv≈3R(θET)21(θE/T)2=3RC_v \approx 3R \left(\frac{\theta_E}{T}\right)^2 \frac{1}{(\theta_E/T)^2} = 3R Conclusion: * On retrouve exactement la loi de Dulong et Petit, ce qui valide le modèle à haute température.

  2. Régime des très basses températures (T≪θET \ll \theta_E) : Si T≪θET \ll \theta_E, alors θET≫1\frac{\theta_E}{T} \gg 1. Le terme eθETe^{\frac{\theta_E}{T}} devient prépondérant devant 11 au dénominateur : Cv≈3R(θET)2eθET(eθET)2=3R(θET)2e−θETC_v \approx 3R \left(\frac{\theta_E}{T}\right)^2 \frac{e^{\frac{\theta_E}{T}}}{\left(e^{\frac{\theta_E}{T}}\right)^2} = 3R \left(\frac{\theta_E}{T}\right)^2 e^{-\frac{\theta_E}{T}} Analyse critique : Lorsque T→0T \to 0, le terme exponentiel e−θE/Te^{-\theta_E/T} l’emporte devant la divergence algébrique en 1/T21/T^2. Par conséquent, Cv→0C_v \to 0 lorsque T→0T \to 0, ce qui est qualitativement correct et corrige le défaut majeur de la physique classique.

  3. Limites du modèle d’Einstein : Bien que qualitatifs, les résultats d’Einstein échouent quantitativement à très basse température.

    • Modèle d’Einstein : Décroissance exponentielle Cv∝e−θE/TC_v \propto e^{-\theta_E / T}.
    • Réalité expérimentale (et modèle de Debye) : Décroissance en puissance Cv∝T3C_v \propto T^3 (loi en T3T^3 de Debye).

    Justification physique : L’hypothèse d’Einstein suppose que tous les atomes vibrent à la même fréquence indépendante ωE\omega_E. Or, dans un solide réel, les vibrations sont collectives (propagation d’ondes élastiques ou phonons). Il existe un spectre continu de fréquences allant de zéro jusqu’à une fréquence maximale, ce qui autorise des modes de très basse énergie à basse température, conduisant à la loi en T3T^3.