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Exercice 2 : Trajectoires de phase

Problème : Étude qualitative et portraits de phase d’un système différentiel non linéaire

Section titled “Problème : Étude qualitative et portraits de phase d’un système différentiel non linéaire”

Soit E=R2munidesastructureeuclidiennecanonique.OnconsideˋrelesysteˋmediffeˊrentielautonomenonlineˊairedeˊfinipourE = \mathbb{R}^2 muni de sa structure euclidienne canonique. On considère le système différentiel autonome non linéaire défini pour t \in \mathbb{R}parlevecteurd′eˊtatpar le vecteur d'étatX(t) = \begin{pmatrix} x(t) \ y(t) \end{pmatrix}$ :

{x˙=x−y−x(x2+y2)y˙=x+y−y(x2+y2)\begin{cases} \dot{x} &= x - y - x(x^2 + y^2) \\ \dot{y} &= x + y - y(x^2 + y^2) \end{cases}

Ce type de système intervient en physique pour modéliser des oscillateurs non linéaires couplés, notamment dans l’étude des bifurcations de Hopf. L’objectif de ce problème est de déterminer le comportement global des trajectoires de phase dans le plan (x,y)(x,y).


I. Étude préliminaire et changement de variables

Section titled “I. Étude préliminaire et changement de variables”
  1. Exprimer le système en coordonnées polaires (r,θ)(r, \theta) définies par x=rcos⁡(θ)x = r \cos(\theta) et y=rsin⁡(θ)y = r \sin(\theta) pour r>0r > 0.
  2. En déduire un système différentiel découplé vérifié par r(t)r(t) et θ(t)\theta(t).

II. Étude des points d’équilibre et de la stabilité linéaire

Section titled “II. Étude des points d’équilibre et de la stabilité linéaire”
  1. Déterminer les points d’équilibre du système dans le plan cartésien (x,y)(x,y).
  2. Écrire la matrice jacobienne du système au voisinage de l’origine (0,0)(0,0). Préciser la nature de ce point d’équilibre par l’étude de ses valeurs propres.
  3. Qu’en est-il de la stabilité non linéaire de l’origine ?

III. Trajectoires et comportement asymptotique

Section titled “III. Trajectoires et comportement asymptotique”
  1. Résoudre l’équation différentielle en r(t)r(t) obtenue à la question 2 pour une condition initiale r(0)=r0>0r(0) = r_0 > 0 quelconque.
  2. Déterminer la limite de r(t)r(t) lorsque t→+∞t \to +\infty selon les valeurs de r0r_0.
  3. Décrire qualitativement l’allure des trajectoires de phase et identifier l’existence éventuelle d’un cycle limite.
  1. Proposer une analyse critique des limites physiques de ce modèle mathématique lorsque r→+∞r \to +\infty et r˙→−∞\dot{r} \to -\infty.

  • Q1 & Q2 : Penser à calculer ddt(r2)=2(xx˙+yy˙)\frac{d}{dt}(r^2) = 2(x\dot{x} + y\dot{y}) et ddt(arctan⁡(y/x))\frac{d}{dt}(\arctan(y/x)) ou à utiliser les relations trigonométriques usuelles.
  • Q4 : Linéariser le champ de vecteurs au voisinage de (0,0)(0,0). Le système s’écrit X˙=AX+o(∥X∥)\dot{X} = A X + o(\|X\|).
  • Q6 : L’équation en rr est une équation de Bernoulli. Poser u=r−2u = r^{-2} pour la ramener à une équation linéaire du premier ordre.
  • Q9 : S’interroger sur la conservation de l’énergie et la réaction du système pour des amplitudes rr très grandes.

I. Étude préliminaire et changement de variables

Section titled “I. Étude préliminaire et changement de variables”

1. Passage en polaires : On a r2=x2+y2r^2 = x^2 + y^2. En dérivant par rapport au temps tt :

2rr˙=2xx˙+2yy˙  ⟹  rr˙=x(x−y−xr2)+y(x+y−yr2)2r \dot{r} = 2x\dot{x} + 2y\dot{y} \implies r\dot{r} = x(x - y - x r^2) + y(x + y - y r^2)

En développant :

rr˙=x2−xy−x2r2+xy+y2−y2r2=(x2+y2)−(x2+y2)r2=r2−r4r\dot{r} = x^2 - xy - x^2 r^2 + xy + y^2 - y^2 r^2 = (x^2 + y^2) - (x^2 + y^2)r^2 = r^2 - r^4

Puisque r>0r > 0, on simplifie par rr :

r˙=r(1−r2)\dot{r} = r(1 - r^2)

Pour l’angle θ\theta, on a x=rcos⁡θx = r \cos\theta et y=rsin⁡θy = r \sin\theta, donc tan⁡θ=yx\tan\theta = \frac{y}{x}. En dérivant :

(1+tan⁡2θ)θ˙=y˙x−yx˙x2  ⟹  θ˙cos⁡2θ=(x+y−yr2)x−(x−y−xr2)yr2cos⁡2θ(1 + \tan^2\theta)\dot{\theta} = \frac{\dot{y}x - y\dot{x}}{x^2} \implies \frac{\dot{\theta}}{\cos^2\theta} = \frac{(x+y-yr^2)x - (x-y-xr^2)y}{r^2\cos^2\theta}

En développant le numérateur :

θ˙=x2+xy−xyr2−(xy−y2−y2r2)r2=x2+y2r2=r2r2=1\dot{\theta} = \frac{x^2 + xy - xy r^2 - (xy - y^2 - y^2 r^2)}{r^2} = \frac{x^2 + y^2}{r^2} = \frac{r^2}{r^2} = 1

2. Système découplé : Le système en coordonnées polaires est :

{r˙=r(1−r2)θ˙=1\begin{cases} \dot{r} &= r(1 - r^2) \\ \dot{\theta} &= 1 \end{cases}

II. Étude des points d’équilibre et de la stabilité linéaire

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3. Points d’équilibre : Un point d’équilibre (x0,y0)(x_0, y_0) annule le champ de vecteurs, soit x˙=0\dot{x} = 0 et y˙=0\dot{y} = 0. En coordonnées polaires, cela équivaut à r˙=0\dot{r} = 0, donc r(1−r2)=0r(1 - r^2) = 0. Puisque r≥0r \ge 0, on a deux cas :

  • r=0r = 0, ce qui correspond au point (0,0)(0,0).
  • r=1r = 1, ce qui correspond au cercle unité x2+y2=1x^2 + y^2 = 1. Si r=1r=1, les équations donnent θ˙=1≠0\dot{\theta} = 1 \neq 0, donc tous les points du cercle x2+y2=1x^2 + y^2 = 1 sont des points d’équilibre du système dynamique (le système tourne à vitesse angulaire constante le long de ce cercle). Attention : les points d’équilibre stricts du système autonome (où la vitesse est nulle partout) se réduisent à l’origine (0,0)(0,0), car θ˙=1\dot{\theta} = 1 empêche la nullité du vecteur vitesse sur le cercle r=1r=1. Le cercle r=1r=1 est en réalité une orbite fermée (cycle limite).

4. Matrice jacobienne en (0,0)(0,0) : Le champ de vecteurs F(x,y)=(x−y−x(x2+y2)x+y−y(x2+y2))F(x,y) = \begin{pmatrix} x - y - x(x^2+y^2) \\ x + y - y(x^2+y^2) \end{pmatrix} est de classe C\1\mathcal{C}^\1. Sa matrice jacobienne J(x,y)J(x,y) est :

J(x,y)=(1−3x2−y2−1−2xy1−2xy1−x2−3y2)J(x,y) = \begin{pmatrix} 1 - 3x^2 - y^2 & -1 - 2xy \\ 1 - 2xy & 1 - x^2 - 3y^2 \end{pmatrix}

Au point (0,0)(0,0) :

J(0,0)=(1−111)J(0,0) = \begin{pmatrix} 1 & -1 \\ 1 & 1 \end{pmatrix}

Les valeurs propres de J(0,0)J(0,0) vérifient det⁡(J(0,0)−λI)=(1−λ)2+1=0\det(J(0,0) - \lambda I) = (1-\lambda)^2 + 1 = 0, soit (λ−1)2=−1(\lambda - 1)^2 = -1, ce qui donne :

λ=1±i\lambda = 1 \pm i

La partie réelle des valeurs propres est strictement positive (Re(λ)=1>0\text{Re}(\lambda) = 1 > 0). L’origine est donc un foyer instable.

5. Stabilité non linéaire : Puisque la partie réelle des valeurs propres de la linéarisée en (0,0)(0,0) est strictement positive, le théorème de Lyapunov (ou de Grobman-Hartman pour l’instabilité) garantit que l’origine est également instable pour le système non linéaire.


III. Trajectoires et comportement asymptotique

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6. Résolution de l’équation en r(t)r(t) : L’équation r˙r−1(1−r2)−1=1\dot{r}r^{-1}(1-r^2)^{-1} = 1 est à variables séparables (pour r≠0r \neq 0 et r≠1r \neq 1). En utilisant la décomposition en éléments simples :

1r(1−r2)=1r+r1−r2\frac{1}{r(1-r^2)} = \frac{1}{r} + \frac{r}{1-r^2}

On intègre entre 00 et tt :

ln⁡(r)−12ln⁡(∣1−r2∣)=t+C\ln(r) - \frac{1}{2}\ln(|1-r^2|) = t + C

En posant u(t)=r(t)−2u(t) = r(t)^{-2}, l’équation r˙=r−r3\dot{r} = r - r^3 devient (en divisant par r3r^3) :

r˙r3=1r2−1  ⟹  −12u˙=u−1  ⟹  u˙+2u=2\frac{\dot{r}}{r^3} = \frac{1}{r^2} - 1 \implies -\frac{1}{2}\dot{u} = u - 1 \implies \dot{u} + 2u = 2

L’équation linéaire homogène a pour solution uh(t)=Ke−2tu_h(t) = K e^{-2t}. Une solution particulière est up=1u_p = 1. Ainsi :

u(t)=1+(u0−1)e−2tavecu0=1r02u(t) = 1 + (u_0 - 1)e^{-2t} \quad \text{avec} \quad u_0 = \frac{1}{r_0^2}

En revenant à r(t)r(t) :

r(t)=11+(1r02−1)e−2tr(t) = \frac{1}{\sqrt{1 + \left(\frac{1}{r_0^2} - 1\right)e^{-2t}}}

7. Comportement asymptotique :

  • Si r0=1r_0 = 1, alors u0=1u_0 = 1, donc r(t)=1r(t) = 1 pour tout tt (le système est sur le cercle).
  • Si r0>0r_0 > 0 et r0≠1r_0 \neq 1, alors lim⁡t→+∞e−2t=0\lim_{t \to +\infty} e^{-2t} = 0, ce qui implique : lim⁡t→+∞r(t)=1\lim_{t \to +\infty} r(t) = 1 Le rayon tend vers 11 quel que soit le rayon initial non nul.

8. Description qualitative et cycle limite : Puisque θ˙=1>0\dot{\theta} = 1 >0, les trajectoires tournent constamment dans le sens trigonométrique autour de l’origine.

  • Si 0<r0<10 < r_0 < 1, alors r˙>0\dot{r} > 0 : le rayon augmente au cours du temps et spiralé vers le cercle r=1r=1.
  • Si r0>1r_0 > 1, alors r˙<0\dot{r} < 0 : le rayon diminue et spiralé vers le cercle r=1r=1. Le cercle unité x2+y2=1x^2 + y^2 = 1 est donc un cycle limite globalement attractif (pour tout r0>0r_0 > 0).

9. Analyse critique des limites physiques :

  • Comportement pour r→+∞r \to +\infty : Le terme non linéaire cubique −r3-r^3 est prépondérant dans l’équation de r˙\dot{r} lorsque rr est grand. Physiquement, cela représente un amortissement non linéaire très fort (dissipation d’énergie proportionnelle au cube de l’amplitude). En réalité, dans les systèmes physiques macroscopiques (comme les circuits électroniques ou les structures mécaniques), des termes d’ordres supérieurs (en r5r^5, r7r^7, etc.) ou des saturations d’amplificateurs opérationnels interviennent. Le modèle suppose implicitement que la structure mathématique reste valide pour des énergies arbitrairement grandes, ce qui violerait le principe de conservation ou de résistance des matériaux (limite de plasticité ou de claquage diélectrique).
  • Instabilité à l’origine : Le terme linéaire +r+r force l’amorçage des oscillations à partir du bruit thermique (r0>0r_0 > 0). Toutefois, un système réel possède des seuils d’activation et des fluctuations stochastiques que le modèle déterministe idéalise parfaitement, masquant les temps de transit ou les phénomènes de battement transitoire.