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X-ENS - Physique (Mécanique & Électromagnétisme)

Dynamique quantique d’un électron relativiste en champ électromagnétique intense et effets radiatifs

Section titled “Dynamique quantique d’un électron relativiste en champ électromagnétique intense et effets radiatifs”

Le présent problème se propose d’étudier le comportement d’un électron de masse mm et de charge −e-e (e>0e > 0) soumis à un champ électromagnétique extérieur intense, en s’affranchissant progressivement du cadre de la mécanique classique pour aborder la formulation quantique et l’interaction avec le rayonnement du vide (électrodynamique quantique de non-équilibre).

Dans un premier temps (Partie A), on s’intéresse à la mise en équation Lagrangienne et Hamiltonienne du mouvement d’une particule chargée dans un potentiel vecteur A⃗\vec{A} et un potentiel scalaire VV, puis à sa description semi-classique par l’équation de Schrödinger-Pauli tenant compte du spin.

Dans un second temps (Partie B), on modélise l’interaction d’un système à deux états (représentant une transition électronique du sodium ou d’un atome piégé) avec un champ électromagnétique stationnaire intense, en utilisant l’approximation des ondes tournantes et le formalisme de la matrice densité pour inclure les effets de relaxation par émission spontanée.


Partie A : Formulation canonique et Mécanique Quantique du Spin en champ électromagnétique

Section titled “Partie A : Formulation canonique et Mécanique Quantique du Spin en champ électromagnétique”
  1. Établir le lagrangien LL d’une particule non-relativiste de masse mm et de charge q=−eq = -e dans un champ électromagnétique décrit par le potentiel scalaire V(r⃗,t)V(\vec{r}, t) et le potentiel vecteur A⃗(r⃗,t)\vec{A}(\vec{r}, t). En déduire l’impulsion canonique p⃗\vec{p} et l’hamiltonien du système H(r⃗,p⃗,t)H(\vec{r}, \vec{p}, t).
  2. Par quantification canonique, en posant r⃗^=r⃗\hat{\vec{r}} = \vec{r} et p⃗^=−iℏ∇⃗\hat{\vec{p}} = -i\hbar \vec{\nabla}, écrire l’opérateur hamiltonien H^\hat{H}. Démontrer l’apparition explicite du terme d’interaction magnétique du spin avec le champ magnétique B⃗=∇⃗×A⃗\vec{B} = \vec{\nabla} \times \vec{A} lorsque l’on considère l’équation de Pauli (en introduisant les matrices de Pauli σ⃗\vec{\sigma}).
  3. On considère un champ magnétique uniforme et stationnaire B⃗=B0e⃗z\vec{B} = B_0 \vec{e}_z. Déterminer les niveaux d’énergie du système (niveaux de Landau) pour un mouvement restreint au plan (x,y)(x,y). On exprimera ces niveaux en fonction de la fréquence cyclotron ωc=eB0m\omega_c = \frac{e B_0}{m}.

Partie B : Interaction atome-champ et Relaxation Radiative

Section titled “Partie B : Interaction atome-champ et Relaxation Radiative”

On modélise un électron lié par un potentiel harmonique de pulsation propre ω0\omega_0 (atome à un électron éthéré) soumis à une onde électromagnétique plane monochromatique polarisée rectilignement : E⃗(t)=E0cos⁡(ωt)e⃗x\vec{E}(t) = E_0 \cos(\omega t) \vec{e}_x.

  1. Écrire l’équation différentielle régissant le déplacement x(t)x(t) de l’oscillateur en tenant compte d’une force de frottement liée à l’amortissement radiatif (force d’Abraham-Lorentz non-relativiste : F⃗rad=τ0da⃗dt\vec{F}_{\text{rad}} = \tau_0 \frac{d\vec{a}}{dt}). Exprimer la constante τ0\tau_0 en fonction de ee, mm, cc et ε0\varepsilon_0.
  2. Résoudre l’équation du mouvement en régime permanent sous la forme x(t)=Re[X‾eiωt]x(t) = \text{Re}\left[ \underline{X} e^{i\omega t} \right]. Déterminer la polarisabilité complexe α(ω)\alpha(\omega) définie par le moment dipolaire induit p‾=−eX‾=ε0α(ω)E0e⃗x\underline{p} = -e \underline{X} = \varepsilon_0 \alpha(\omega) E_0 \vec{e}_x.
  3. Analyser le comportement de α(ω)\alpha(\omega) au voisinage de la résonance (ω≈ω0\omega \approx \omega_0). Discuter de la largeur à mi-hauteur de la résonance d’absorption en lien direct avec le coefficient τ0\tau_0.

  • Erreurs classiques : Confondre l’impulsion cinétique π⃗=mv⃗=p⃗+eA⃗\vec{\pi} = m\vec{v} = \vec{p} + e\vec{A} et l’impulsion canonique p⃗\vec{p} dans l’expression de l’hamiltonien. C’est une faute rédhibitoire pour l’ENS.
  • Manipulation vectorielle : Les identités vectorielles (notamment ∇⃗×(∇⃗×A⃗)\vec{\nabla} \times (\vec{\nabla} \times \vec{A}) ou le développement de (p^⃗+eA⃗)2(\vec{\hat{p}} + e\vec{A})^2) doivent être menées sans erreur de signe.
  • Rigueur mathématique : Pour l’étude des niveaux de Landau, l’utilisation de l’analogie avec l’oscillateur harmonique via la création/annihilation est fortement valorisée par rapport à une résolution bourrine des équations différentielles partielles.

📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse

Section titled “📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse”

Partie A : Formulation canonique et Mécanique Quantique du Spin

Section titled “Partie A : Formulation canonique et Mécanique Quantique du Spin”
  1. Lagrangien et Hamiltonien classique : Le lagrangien d’une particule chargée dans un champ électromagnétique est donné par : L=12mv⃗2−qV+qv⃗⋅A⃗L = \frac{1}{2} m \vec{v}^2 - q V + q \vec{v} \cdot \vec{A} Avec q=−eq = -e, il vient : L=12mv⃗2+eV−ev⃗⋅A⃗L = \frac{1}{2} m \vec{v}^2 + e V - e \vec{v} \cdot \vec{A} L’impulsion canonique p⃗\vec{p} associée est définie par : p⃗=∂L∂v⃗=mv⃗−eA⃗  ⟹  π⃗=mv⃗=p⃗+eA⃗\vec{p} = \frac{\partial L}{\partial \vec{v}} = m \vec{v} - e \vec{A} \implies \vec{\pi} = m\vec{v} = \vec{p} + e\vec{A} L’hamiltonien s’obtient par la transformation de Legendre : H=p⃗⋅v⃗−L=p⃗⋅(p⃗+eA⃗m)−[12(p⃗+eA⃗)2m+eV−e(p⃗+eA⃗m)⋅A⃗]H = \vec{p} \cdot \vec{v} - L = \vec{p} \cdot \left( \frac{\vec{p} + e\vec{A}}{m} \right) - \left[ \frac{1}{2} \frac{(\vec{p} + e\vec{A})^2}{m} + e V - e \left(\frac{\vec{p} + e\vec{A}}{m}\right) \cdot \vec{A} \right] En simplifiant, on obtient : H=12m(p⃗+eA⃗)2−eVH = \frac{1}{2m} (\vec{p} + e\vec{A})^2 - e V

  2. Quantification et Équation de Pauli : Par quantification canonique (p⃗→p⃗^=−iℏ∇⃗\vec{p} \to \hat{\vec{p}} = -i\hbar\vec{\nabla}), l’opérateur hamiltonien s’écrit : H^=12m(p⃗^+eA⃗)2−eV\hat{H} = \frac{1}{2m} (\hat{\vec{p}} + e\vec{A})^2 - e V Pour faire apparaître le spin, partons du carré de l’opérateur vectoriel (σ⃗⋅(p⃗^+eA⃗))2(\vec{\sigma} \cdot (\hat{\vec{p}} + e\vec{A}))^2. En utilisant l’identité de Pauli σiσj=δij+i∑kεijkσk\sigma_i \sigma_j = \delta_{ij} + i \sum_k \varepsilon_{ijk} \sigma_k, on développe : (σ⃗⋅π⃗)2=∑iπi2+i∑i,j,kεijkσkπiπj=π⃗2+i∑kσk(∑i,jεijkπiπj)(\vec{\sigma} \cdot \vec{\pi})^2 = \sum_i \pi_i^2 + i \sum_{i,j,k} \varepsilon_{ijk} \sigma_k \pi_i \pi_j = \vec{\pi}^2 + i \sum_k \sigma_k \left( \sum_{i,j} \varepsilon_{ijk} \pi_i \pi_j \right) Or, le commutateur de deux composantes de l’impulsion cinétique donne : [πi,πj]=[pi+eAi,pj+eAj]=e([pi,Aj]−[pj,Ai])=−iℏe(∂Aj∂xi−∂Ai∂xj)[\pi_i, \pi_j] = [p_i + eA_i, p_j + eA_j] = e([p_i, A_j] - [p_j, A_i]) = -i\hbar e \left(\frac{\partial A_j}{\partial x_i} - \frac{\partial A_i}{\partial x_j}\right) En introduisant le champ magnétique B⃗=∇⃗×A⃗\vec{B} = \vec{\nabla} \times \vec{A} (soit Bk=∑i,jεijk∂Aj∂xiB_k = \sum_{i,j} \varepsilon_{ijk} \frac{\partial A_j}{\partial x_i}), on obtient : [πi,πj]=−iℏe∑kεijkBk[\pi_i, \pi_j] = -i\hbar e \sum_k \varepsilon_{ijk} B_k D’où : (σ⃗⋅π⃗)2=π⃗2−ℏe2σ⃗⋅B⃗  ⟹  π⃗2=(σ⃗⋅π⃗)2+eℏσ⃗⋅B⃗(\vec{\sigma} \cdot \vec{\pi})^2 = \vec{\pi}^2 - \frac{\hbar e}{2} \vec{\sigma} \cdot \vec{B} \implies \vec{\pi}^2 = (\vec{\sigma} \cdot \vec{\pi})^2 + e\hbar \vec{\sigma} \cdot \vec{B} L’hamiltonien de Pauli complet est donc : H^Pauli=12m(σ⃗⋅(p⃗^+eA⃗))2−eV=12m(p⃗^+eA⃗)2−eℏ2mσ⃗⋅B⃗−eV\hat{H}_{\text{Pauli}} = \frac{1}{2m} (\vec{\sigma} \cdot (\hat{\vec{p}} + e\vec{A}))^2 - e V = \frac{1}{2m} (\hat{\vec{p}} + e\vec{A})^2 - \frac{e\hbar}{2m} \vec{\sigma} \cdot \vec{B} - e V Le terme −eℏ2mσ⃗⋅B⃗-\frac{e\hbar}{2m} \vec{\sigma} \cdot \vec{B} est précisément l’énergie d’interaction magnétique du moment cinétique de spin avec le champ (avec un facteur de Landé gs=2g_s = 2).

  3. Niveaux de Landau : En choisissant la jauge de Landau A⃗=(0,B0x,0)\vec{A} = (0, B_0 x, 0), on a B⃗=B0e⃗z\vec{B} = B_0 \vec{e}_z. L’hamiltonien orbital (en négligeant le spin pour l’instant) est : H=12m(px2+(py+eB0x)2)H = \frac{1}{2m} \left( p_x^2 + (p_y + e B_0 x)^2 \right) Comme H^\hat{H} ne dépend pas explicitement de yy, l’opérateur p^y\hat{p}_y commute avec H^\hat{H} et sa valeur propre est hkyhk_y. L’hamiltonien se réécrit : H=12mpx2+12mωc2(x+ℏkyeB0)2H = \frac{1}{2m} p_x^2 + \frac{1}{2} m \omega_c^2 \left( x + \frac{\hbar k_y}{e B_0} \right)^2 avec ωc=eB0m\omega_c = \frac{e B_0}{m}. C’est exactement l’hamiltonien d’un oscillateur harmonique quantique de pulsation ωc\omega_c dont le minimum du potentiel est centré en x0=−ℏkyeB0x_0 = -\frac{\hbar k_y}{e B_0}. Les niveaux d’énergie (niveaux de Landau) sont donc : En=(n+12)ℏωcavecn∈NE_n = \left( n + \frac{1}{2} \right) \hbar \omega_c \quad \text{avec} \quad n \in \mathbb{N}


Partie B : Interaction atome-champ et Relaxation Radiative

Section titled “Partie B : Interaction atome-champ et Relaxation Radiative”
  1. Équation du mouvement avec amortissement radiatif : L’oscillateur subit la force de rappel élastique −mω02xe⃗x-m \omega_0^2 x \vec{e}_x, la force extérieure due au champ électrique −eE0cos⁡(ωt)e⃗x-e E_0 \cos(\omega t) \vec{e}_x, et la force d’Abraham-Lorentz F⃗rad=mτ0da⃗dt=mτ0d3xdt3e⃗x\vec{F}_{\text{rad}} = m \tau_0 \frac{d\vec{a}}{dt} = m \tau_0 \frac{d^3 x}{dt^3} \vec{e}_x. L’application du PFD selon l’axe xx donne : md2xdt2=−mω02x−eE0cos⁡(ωt)+mτ0d3xdt3m \frac{d^2 x}{dt^2} = -m \omega_0^2 x - e E_0 \cos(\omega t) + m \tau_0 \frac{d^3 x}{dt^3} Soit sous forme canonique : d2xdt2−τ0d3xdt3+ω02x=−emE0cos⁡(ωt)\frac{d^2 x}{dt^2} - \tau_0 \frac{d^3 x}{dt^3} + \omega_0^2 x = -\frac{e}{m} E_0 \cos(\omega t) Par identification avec l’expression classique de la puissance rayonnée (formule de Larmor), on établit que τ0=e26πε0mc3\tau_0 = \frac{e^2}{6 \pi \varepsilon_0 m c^3}.

  2. Polarisabilité complexe : En notation complexe, avec x‾(t)=X‾eiωt\underline{x}(t) = \underline{X} e^{i\omega t} et E‾(t)=E0eiωt\underline{E}(t) = E_0 e^{i\omega t}, l’équation différentielle devient : (−ω2+iτ0ω3+ω02)X‾=−emE0(-\omega^2 + i \tau_0 \omega^3 + \omega_0^2) \underline{X} = -\frac{e}{m} E_0 X‾=−emE0ω02−ω2+iτ0ω3\underline{X} = -\frac{e}{m} \frac{E_0}{\omega_0^2 - \omega^2 + i \tau_0 \omega^3} Le moment dipolaire induit est p‾=−eX‾=e2mE0ω02−ω2+iτ0ω3\underline{p} = -e \underline{X} = \frac{e^2}{m} \frac{E_0}{\omega_0^2 - \omega^2 + i \tau_0 \omega^3}. Par définition, p‾=ε0α(ω)E0\underline{p} = \varepsilon_0 \alpha(\omega) E_0, d’où la polarisabilité complexe : α(ω)=e2mε01ω02−ω2+iτ0ω3\alpha(\omega) = \frac{e^2}{m \varepsilon_0} \frac{1}{\omega_0^2 - \omega^2 + i \tau_0 \omega^3}

  3. Analyse au voisinage de la résonance : Au voisinage de la résonance, on pose ω=ω0+Δω\omega = \omega_0 + \Delta \omega avec ∣Δω∣≪ω0|\Delta \omega| \ll \omega_0. On approxime le dénominateur : ω02−ω2=(ω0−ω)(ω0+ω)≈−2ω0Δω\omega_0^2 - \omega^2 = (\omega_0 - \omega)(\omega_0 + \omega) \approx -2\omega_0 \Delta\omega Le terme d’amortissement s’écrit iτ0ω3≈iτ0ω03i \tau_0 \omega^3 \approx i \tau_0 \omega_0^3. La polarisabilité devient : α(ω)≈e2mε01−2ω0Δω+iτ0ω03=−e2mε0ω0212Δωω0−iτ0ω0\alpha(\omega) \approx \frac{e^2}{m \varepsilon_0} \frac{1}{-2\omega_0 \Delta\omega + i \tau_0 \omega_0^3} = -\frac{e^2}{m \varepsilon_0 \omega_0^2} \frac{1}{2 \frac{\Delta\omega}{\omega_0} - i \tau_0 \omega_0} La partie imaginaire de α(ω)\alpha(\omega), responsable de l’absorption, présente un profil lorentzien. La largeur à mi-hauteur Δω1/2\Delta \omega_{1/2} en pulsation est dictée par le terme imaginaire du dénominateur, soit : Δω1/2=τ0ω02=e2ω026πε0mc3\Delta \omega_{1/2} = \tau_0 \omega_0^2 = \frac{e^2 \omega_0^2}{6 \pi \varepsilon_0 m c^3} Ce résultat montre que l’amortissement radiatif naturel (indispensable en Électrodynamique Quantique) lève la singularité classique de l’oscillateur non amorti à la résonance et fixe la largeur intrinsèque des raies spectrales atomiques.