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Exercice 2 : Sous-espaces propres

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit EE un espace vectoriel sur K\mathbb{K} (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E).

L’objectif de ce problème est d’étudier la structure et les propriétés fondamentales des sous-espaces propres de uu, ainsi que d’explorer des applications liées à la commutativité d’endomorphismes et au polynôme minimal, notions centrales pour les concours Mines-Ponts et Centrale-Supélec.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Définition et indépendance linéaire Soit λ\lambda une valeur propre de uu et Eλ(u)=ker⁡(u−λIdE)E_\lambda(u) = \ker(u - \lambda \text{Id}_E) le sous-espace propre associé. a) Rappeler pourquoi Eλ(u)E_\lambda(u) est un sous-espace vectoriel de EE. b) Soient λ1,λ2,…,λk\lambda_1, \lambda_2, \dots, \lambda_k des valeurs propres distinctes de uu et soient x1,x2,…,xkx_1, x_2, \dots, x_k des vecteurs non nuls tels que pour tout i∈{1,…,k}i \in \{1, \dots, k\}, xi∈Eλi(u)x_i \in E_{\lambda_i}(u). Montrer par récurrence sur kk que la famille (x1,…,xk)(x_1, \dots, x_k) est libre.

  2. Stabilité et endomorphismes induits Soit FF un sous-espace vectoriel de EE stable par uu (c’est-à-dire u(F)⊂Fu(F) \subset F). On note uFu_F l’endomorphisme induit par uu sur FF défini par ∀x∈F, uF(x)=u(x)\forall x \in F, \, u_F(x) = u(x). a) Soit λ\lambda une valeur propre de uFu_F. Montrer que λ\lambda est une valeur propre de uu. b) Établir une relation générale entre les spectres Sp(uF)\text{Sp}(u_F) et Sp(u)\text{Sp}(u) (le cas échéant, est-ce une inclusion stricte ou une égalité ?).

  3. Application à la commutativité Soit v∈L(E)v \in \mathcal{L}(E) tel que u∘v=v∘uu \circ v = v \circ u. a) Montrer que tout sous-espace propre E\1(λ)E_\1(\lambda) de uu est stable par vv. b) En déduire que si uu est diagonalisable et que tous ses sous-espaces propres sont de dimension 11, alors tout endomorphisme vv qui commute avec uu est un polynôme en uu. c) Analyse critique du modèle : La condition « tous les sous-espaces propres sont de dimension 11 » est-elle nécessaire pour qu’un endomorphisme commutant soit un polynôme en uu ? Proposer un contre-exemple si elle ne l’est pas.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Q1.b) Procéder par récurrence. Pour l’hérédité, appliquer l’endomorphisme (u−λkIdE)(u - \lambda_k \text{Id}_E) à la relation de liaison ∑i=1kxi=0\sum_{i=1}^k x_i = 0 pour éliminer le terme en xkx_k.
  • Q2.a) Revenir à la définition d’une valeur propre : l’existence d’un vecteur propre non nul. Attention à bien préciser que ce vecteur appartient à FF.
  • Q3.a) Soit x∈Eλ(u)x \in E_\lambda(u). Calculer u(v(x))u(v(x)) en utilisant la relation de commutation.
  • Q3.b) Utiliser une base de vecteurs propres de EE et évaluer vv sur chaque vecteur de cette base.

a) Par définition, Eλ(u)=ker⁡(u−λIdE)E_\lambda(u) = \ker(u - \lambda \text{Id}_E). Comme le noyau d’un endomorphisme est toujours un sous-espace vectoriel de l’espace de départ, Eλ(u)E_\lambda(u) est un sous-espace vectoriel de EE.

b) Démontrons par récurrence sur k≥1k \ge 1 la proposition P(k)\mathcal{P}(k) : « Toute famille (x1,…,xk)(x_1, \dots, x_k) de vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes (λ1,…,λk)(\lambda_1, \dots, \lambda_k) est libre. »

  • Initialisation (k=1k=1) : Soit x1∈Eλ1(u)x_1 \in E_{\lambda_1}(u) tel que x1≠0x_1 \neq 0. Une famille composée d’un unique vecteur non nul est clairement libre. P(1)\mathcal{P}(1) est vraie.
  • Hérédité : Supposons que la propriété P(k)\mathcal{P}(k) soit vraie pour un certain k≥1k \ge 1. Soient λ1,…,λk+1\lambda_1, \dots, \lambda_{k+1} des valeurs propres deux à deux distinctes et (x1,…,xk+1)(x_1, \dots, x_{k+1}) des vecteurs non nuls tels que xi∈Eλi(u)x_i \in E_{\lambda_i}(u) pour tout i∈{1,…,k+1}i \in \{1, \dots, k+1\}. Supposons qu’il existe une relation de liaison : ∑i=1k+1αixi=0(avec (α1,…,αk+1)∈Kk+1)\sum_{i=1}^{k+1} \alpha_i x_i = 0 \quad (\text{avec } (\alpha_1, \dots, \alpha_{k+1}) \in \mathbb{K}^{k+1}) Appliquons l’endomorphisme (u−λk+1IdE)(u - \lambda_{k+1} \text{Id}_E) à cette relation : (u−λk+1IdE)(∑i=1k+1αixi)=0(u - \lambda_{k+1} \text{Id}_E)\left(\sum_{i=1}^{k+1} \alpha_i x_i\right) = 0 Par linéarité : ∑i=1k+1αi(u−λk+1IdE)(xi)=0\sum_{i=1}^{k+1} \alpha_i (u - \lambda_{k+1} \text{Id}_E)(x_i) = 0 Or, pour tout i∈{1,…,k+1}i \in \{1, \dots, k+1\}, u(xi)=λixiu(x_i) = \lambda_i x_i, donc (u−λk+1IdE)(xi)=(λi−λk+1)xi(u - \lambda_{k+1} \text{Id}_E)(x_i) = (\lambda_i - \lambda_{k+1})x_i. La somme devient : ∑i=1kαi(λi−λk+1)xi+αk+1(λk+1−λk+1)xk+1=0\sum_{i=1}^{k} \alpha_i (\lambda_i - \lambda_{k+1}) x_i + \alpha_{k+1}(\lambda_{k+1} - \lambda_{k+1})x_{k+1} = 0 Soit : ∑i=1kαi(λi−λk+1)xi=0\sum_{i=1}^{k} \alpha_i (\lambda_i - \lambda_{k+1}) x_i = 0 Par hypothèse de récurrence, la famille (x1,…,xk)(x_1, \dots, x_k) est libre. Par conséquent, tous les coefficients de cette combinaison linéaire sont nuls : ∀i∈{1,…,k},αi(λi−λk+1)=0\forall i \in \{1, \dots, k\}, \quad \alpha_i (\lambda_i - \lambda_{k+1}) = 0 Les valeurs propres λ1,…,λk+1\lambda_1, \dots, \lambda_{k+1} étant deux à deux distinctes, on a λi−λk+1≠0\lambda_i - \lambda_{k+1} \neq 0 pour tout i∈{1,…,k}i \in \{1, \dots, k\}. On en déduit que : ∀i∈{1,…,k},αi=0\forall i \in \{1, \dots, k\}, \quad \alpha_i = 0 En réinjectant dans la relation initiale, il vient αk+1xk+1=0\alpha_{k+1} x_{k+1} = 0. Puisque xk+1≠0x_{k+1} \neq 0, on a nécessairement αk+1=0\alpha_{k+1} = 0. La famille (x1,…,xk+1)(x_1, \dots, x_{k+1}) est donc libre. P(k+1)\mathcal{P}(k+1) est vraie.

Par le principe de récurrence, la propriété est démontrée pour tout k≥1k \ge 1. ■\blacksquare


a) Soit λ∈Sp(uF)\lambda \in \text{Sp}(u_F). Par définition, il existe un vecteur non nul x∈Fx \in F tel que uF(x)=λxu_F(x) = \lambda x. Puisque uFu_F est l’endomorphisme induit, on a uF(x)=u(x)u_F(x) = u(x). Ainsi, u(x)=λxu(x) = \lambda x avec x∈Fx \in F et x≠0x \neq 0. Comme F⊂EF \subset E, xx est un vecteur non nul de EE tel que u(x)=λxu(x) = \lambda x. Par conséquent, λ\lambda est une valeur propre de uu. ■\blacksquare

b) D’après la question précédente, on a l’inclusion Sp(uF)⊂Sp(u)\text{Sp}(u_F) \subset \text{Sp}(u). Cette inclusion peut être stricte. Par exemple, soit E=R2E = \mathbb{R}^2 et uu l’endomorphisme de matrice A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 2 \end{pmatrix} dans la base canonique. Le polynôme caractéristique est χu(X)=(1−X)(2−X)\chi_u(X) = (1-X)(2-X), donc Sp(u)={1,2}\text{Sp}(u) = \{1, 2\}. Si l’on considère le sous-espace F=Vect((1,0))F = \text{Vect}((1, 0)), on vérifie que u(F)⊂Fu(F) \subset F (car u(1,0)=1⋅(1,0)u(1,0) = 1 \cdot (1,0)). L’endomorphisme induit uFu_F a pour matrice (1)\begin{pmatrix} 1 \end{pmatrix}, donc Sp(uF)={1}\text{Sp}(u_F) = \{1\}. Ici, Sp(uF)={1}⊊{1,2}=Sp(u)\text{Sp}(u_F) = \{1\} \subsetneq \{1, 2\} = \text{Sp}(u).


a) Soit Eλ(u)E_\lambda(u) un sous-espace propre de uu associé à la valeur propre λ\lambda. Soit x∈Eλ(u)x \in E_\lambda(u). Montrons que v(x)∈Eλ(u)v(x) \in E_\lambda(u), c’est-à-dire que u(v(x))=λv(x)u(v(x)) = \lambda v(x). Puisque uu et vv commutent (u∘v=v∘uu \circ v = v \circ u), on a : u(v(x))=(u∘v)(x)=(v∘u)(x)=v(u(x))u(v(x)) = (u \circ v)(x) = (v \circ u)(x) = v(u(x)) Or, comme x∈Eλ(u)x \in E_\lambda(u), on a u(x)=λxu(x) = \lambda x. Par conséquent : u(v(x))=v(λx)=λv(x)u(v(x)) = v(\lambda x) = \lambda v(x) Le vecteur v(x)v(x) appartient bien à Eλ(u)E_\lambda(u). Le sous-espace Eλ(u)E_\lambda(u) est donc stable par vv. ■\blacksquare

b) Supposons que uu soit diagonalisable et que dim⁡(Eλ(u))=1\dim(E_\lambda(u)) = 1 pour toute valeur propre λ\lambda. Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base de EE constituée de vecteurs propres de uu associés aux valeurs propres (λ1,…,λn)(\lambda_1, \dots, \lambda_n) (qui ne sont pas nécessairement distinctes, mais chaque espace propre étant de dimension 1, chaque λi\lambda_i répète sa multiplicité). Soit v∈L(E)v \in \mathcal{L}(E) commutable avec uu. D’après la question 3.a), chaque droite Eλi(u)=Vect(ei)E_{\lambda_i}(u) = \text{Vect}(e_i) est stable par vv. Cela signifie que pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, il existe un scalaire μi∈K\mu_i \in \mathbb{K} tel que : v(ei)=μieiv(e_i) = \mu_i e_i Nous cherchons un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] tel que v=P(u)v = P(u). Une telle condition équivaut à exiger que pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\} : P(u)(ei)=P(λi)ei=μieiP(u)(e_i) = P(\lambda_i) e_i = \mu_i e_i Il suffit donc de trouver un polynôme PP tel que : ∀i∈{1,…,n},P(λi)=μi\forall i \in \{1, \dots, n\}, \quad P(\lambda_i) = \mu_i Soit {σ1,…,σp}\{\sigma_1, \dots, \sigma_p\} l’ensemble des valeurs propres distinctes de uu. Les scalaires μi\mu_i associés à des vecteurs propres d’une même valeur propre σj\sigma_j sont nécessairement égaux (si eie_i et eje_j sont colinéaires, la stabilité par vv impose le même coefficient scalaire). Par interpolation de Lagrange, il existe un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] de degré inférieur ou égal à p−1p-1 tel que : ∀j∈{1,…,p},P(σj)=μj\forall j \in \{1, \dots, p\}, \quad P(\sigma_j) = \mu_j Pour ce polynôme PP, on a alors P(u)(ei)=P(λi)ei=μiei=v(ei)P(u)(e_i) = P(\lambda_i) e_i = \mu_i e_i = v(e_i) pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. Les endomorphismes vv and P(u)P(u) coïncident sur une base de EE, donc v=P(u)v = P(u). Tout endomorphisme commutant avec uu est bien un polynôme en uu. ■\blacksquare

c) Analyse critique du modèle : La condition « dim⁡(Eλ(u))=1\dim(E_\lambda(u)) = 1 pour tout λ\lambda » n’est pas nécessaire. Contre-exemple: * Soit E=KnE = \mathbb{K}^n et u=IdEu = \text{Id}_E. Les sous-espaces propres se réduisent à un seul espace E1(u)=EE_1(u) = E, dont la dimension est nn (qui peut être strictement supérieure à 11 si n≥2n \ge 2). Tout endomorphisme v∈L(E)v \in \mathcal{L}(E) commute avec l’identité (IdE∘v=v∘IdE\text{Id}_E \circ v = v \circ \text{Id}_E). Pourtant, vv est simplement n’importe quel endomorphisme de EE. En choisissant vv tel que sa matrice dans une base ne soit pas diagonalisable (ou n’appartienne pas à l’algèbre engendrée par l’identité, ce qui est impossible puisque v=v⋅IdEv = v \cdot \text{Id}_E … attention !).

Précision du contre-exemple : Si u=IdEu = \text{Id}_E, alors tout endomorphisme vv commute avec uu et s’écrit trivialement v=v(IdE)v = v(\text{Id}_E), qui est bien un polynôme en uu (de degré 00 ou 11). Considérons plutôt uu diagonalisable dont un espace propre a une dimension supérieure ou égale à 22. Soit E=R2E = \mathbb{R}^2 et uu l’endomorphisme associé à la matrice (1001)\begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix}. Alors u=IdEu = \text{Id}_E, et tout endomorphisme commute avec uu. Prenons E=R3E = \mathbb{R}^3 et uu défini par la matrice (200020003)\begin{pmatrix} 2 & 0 & 0 \\ 0 & 2 & 0 \\ 0 & 0 & 3 \end{pmatrix}. Les valeurs propres sont λ1=2\lambda_1 = 2 (espace propre de dimension 22) et λ2=3\lambda_2 = 3 (espace propre de dimension 11). Soit vv un endomorphisme dont la matrice dans la base canonique est B=(010−100005)B = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 \\ -1 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 5 \end{pmatrix}. On vérifie par calcul matriciel que AB=BAAB = BA. Cependant, vv ne peut pas s’écrire sous la forme d’un polynôme en uu car les matrices commutant avec une matrice diagonale par blocs ne forment pas nécessairement une algèbre engendrée par un seul polynôme si les blocs ont des dimensions ≥2\ge 2 (ici le bloc 2×22 \times 2 permet des rotations qui ne sont pas des polynômes scalaires). Par conséquent, la condition de dimension 11 est une condition suffisante mais non nécessaire pour certains spectres triviaux, et son absence permet l’existence d’endomorphismes commutants non polynomiaux.