On munit l’espace vectoriel E=R3 de sa base canonique notée B0=(e1,e2,e3).
On note M3(R) l’algèbre des matrices carrées d’ordre 3 à coefficients réels, I3 la matrice identité et 03 la matrice nulle.
Soit f l’endomorphisme de E canoniquement associé à la matrice :
A=10−1−121103
L’objectif de ce problème est d’étudier la réduction de la matrice A sous une forme trigonale simplifiée (dite forme de Jordan élémentaire) par un changement de base explicite, puis d’en exploiter la structure pour calculer les puissances An, déterminer son commutant et résoudre une équation matricielle quadratique.
Noyau de l’endomorphisme auxiliaire
On pose N=A−2I3 et on note g=f−2idE.
Déterminer une base et la dimension du sous-espace vectoriel ker(g)=ker(A−2I3). L’endomorphisme f est-il une homothétie ?
Nilpotence de N
Calculer explicitement N2, puis N3. Quel est l’indice de nilpotence de N ?
Construction d’une base adaptée
On pose le vecteur e3′=010, puis e2′=g(e3′) et e1′=g(e2′).
a. Calculer les composantes de e2′ et e1′ dans la base canonique.
b. Démontrer que la famille B′=(e1′,e2′,e3′) forme une base de E.
Matrice de passage et inversion
a. Écrire la matrice de passage P=Pass(B0,B′).
b. Justifier l’inversibilité de P par un calcul de déterminant, puis déterminer P−1 par la méthode du pivot de Gauss ou par résolution de système linéaire.
Forme semblable
Déterminer la matrice T=MatB′(f). Vérifier rigoureusement par le calcul matriciel direct l’égalité :
A=PTP−1
Puissances de T
On décompose T sous la forme T=2I3+J.
a. Donner l’expression de la matrice J et vérifier sa nilpotence.
b. À l’aide de la formule du binôme de Newton (dont on justifiera l’emploi), exprimer Tn sous forme matricielle explicite pour tout entier naturel n≥2.
Puissances de A
En déduire l’expression explicite de la matrice An en fonction de n pour tout n∈N.
Commutant de T
On appelle commutant de T l’ensemble C(T)={M∈M3(R)∣MT=TM}.
Montrer qu’une matrice M=adgbehcfi commute avec T si et seulement si elle commute avec J. En déduire la forme générale des matrices de C(T), puis montrer que C(T)=Vect(I3,J,J2).
Commutant de A
En utilisant la matrice de passage P, établir que C(A)={PMP−1∣M∈C(T)}. Quelle est la dimension de C(A) ?
Équation matricielle X2=T
On cherche à résoudre dans M3(R) l’équation :
(ET):X2=T
a. Montrer que si X est solution de (ET), alors X∈C(T).
b. En déduire toutes les solutions de (ET).
c. Combien l’équation (EA):Y2=A admet-elle de solutions dans M3(R) ?
Pour la question 1 : Poser le système linéaire homogène associé à (A−2I3)X=0 avec X=xyz.
Pour la question 3 : Pour prouver qu’une famille de 3 vecteurs de R3 est une base, il suffit d’établir sa liberté (par exemple en montrant que toute combinaison linéaire nulle est triviale).
Pour la question 6 : Vérifier que 2I3 et J commutent avant d’appliquer la formule du binôme. La nilpotence de J tronquera la somme à seulement trois termes non nuls.
Pour la question 8 : Écrire explicitement les produits MJ et JM, puis identifier coefficients par coefficients.
Pour la question 10 : Si X2=T, alors XT=XX2=X3=X2X=TX. Ainsi, X commute avec T et s’écrit obligatoirement sous la forme X=αI3+βJ+γJ2.
Calculons la matrice N=A−2I3 :
N=1−20−1−12−21103−2=−10−1−101101
Soit X=xyz∈R3. Le système NX=0 s’écrit :
⎩⎨⎧−x−y+z=00=0−x+y+z=0
En soustrayant la première équation à la troisième :
(−x+y+z)−(−x−y+z)=0⟺2y=0⟺y=0
En réinjectant y=0 dans l’une des équations, on obtient −x+z=0, soit z=x.
L’ensemble des solutions est :
\ker(g) = \left\{ \begin{pmatrix} x \\ 0 \\ x \end{pmatrix} \;\middle|\; x \in \mathbb{R} \right\} = \mathrm{Vect}\begin{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 \\ 0 \\ 1 \end{pmatrix} \right)
Le vecteur u=101 étant non nul, (u) constitue une base de ker(g) et :
dimker(g)=1
Comme ker(g)=E (ou encore A=2I3), f n’est pas une homothétie.
Calculons N2 :
N2=−10−1−101101−10−1−101101
Calcul pas à pas de chaque coefficient :
Ligne 1 :
c11=(−1)(−1)+(−1)(0)+(1)(−1)=1+0−1=0
c12=(−1)(−1)+(−1)(0)+(1)(1)=1+0+1=2
c13=(−1)(1)+(−1)(0)+(1)(1)=−1+0+1=0
Ligne 2 : coefficients tous nuls car la deuxième ligne de N est nulle : (000).
Ligne 3 :
c31=(−1)(−1)+(1)(0)+(1)(−1)=1+0−1=0
c32=(−1)(−1)+(1)(0)+(1)(1)=1+0+1=2
c33=(−1)(1)+(1)(0)+(1)(1)=−1+0+1=0
Ainsi :
N2=000202000=03
Calculons N3=N2N :
N3=000202000−10−1−101101=000000000=03
Puisque N=03, N2=03 et N3=03, l’indice de nilpotence de N est égal à 3.
a. Calculons e2′=Ne3′ et e1′=Ne2′=N2e3′ :
e2′=−10−1−101101010=−101e1′=000202000010=202
b. Montrons que B′=(e1′,e2′,e3′) est une famille libre.
Soient λ1,λ2,λ3∈R tels que λ1e1′+λ2e2′+λ3e3′=0. Cela correspond au système :
202−101010λ1λ2λ3=000⟺⎩⎨⎧2λ1−λ2=0λ3=02λ1+λ2=0
Par addition et soustraction des lignes 1 et 3, on obtient 4λ1=0⟹λ1=0 et 2λ2=0⟹λ2=0. La deuxième ligne donne immédiatement λ3=0.
La famille B′ est donc une famille libre de trois vecteurs dans un espace vectoriel de dimension 3 : c’est une base de E.
a. La matrice de passage P est formée par les colonnes des composantes des vecteurs de B′ dans la base B0 :
P=202−101010
b. Calculons le déterminant de P en développant selon la troisième colonne :
det(P)=1⋅(−1)2+322−11=−(2⋅1−(−1)⋅2)=−(2+2)=−4
Puisque det(P)=−4=0, la matrice P est inversible.
Déterminons P−1 en résolvant le système PX=Y, avec X=xyz et Y=abc :
⎩⎨⎧2x−y=az=b2x+y=c(L1)(L2)(L3)
(L3)+(L1)⟹4x=a+c⟺x=41a+41c
(L3)−(L1)⟹2y=c−a⟺y=−21a+21c
(L2)⟹z=b
On en déduit l’expression de P−1 :
P−1=41−21000141210=411−20004120
Par conséquent, la matrice de f dans la base B′ est :
T=MatB′(f)=200120012
D’après la formule de changement de base, A=PTP−1.
Vérifions cette relation par calcul matriciel direct en calculant PT et AP :
PT=202−101010200120012=2⋅2+0+002⋅2+0+02⋅1−1⋅2+002⋅1+1⋅2+00−1⋅1+01⋅20+1⋅1+0=404004−121AP=10−1−121103202−101010=2−0+20+0+0−2+0+6−1−0+10+0+01+0+30−1+00+2+00+1+0=404004−121
On a bien PT=AP, ce qui équivaut à A=PTP−1.
a. On a T=2I3+J avec :
J=000100010
Calculons les puissances successives de J :
J2=000000100,J3=03
Ainsi, Jk=03 pour tout k≥3.
b. La matrice 2I3 commute avec toute matrice de M3(R), en particulier avec J : (2I3)J=J(2I3)=2J.
On peut donc appliquer la formule du binôme de Newton pour n≥2 :
Tn=(2I3+J)n=∑k=0n(kn)Jk(2I3)n−k=∑k=0min(n,2)(kn)2n−kJk
Pour n≥2, cette somme comporte exactement 3 termes :
Tn=2nI3+n2n−1J+2n(n−1)2n−2J2
Sous forme matricielle explicite :
Tn=2n00n2n−12n0n(n−1)2n−3n2n−12n(Remarque : cette formule reste valide pour n=0 et n=1).
Comme T=2I3+J, on a pour toute matrice M∈M3(R) :
MT−TM=M(2I3+J)−(2I3+J)M=2M+MJ−2M−JM=MJ−JM
Par conséquent, MT=TM⟺MJ=JM.
Soit M=adgbehcfi. Calculons MJ et JM :
MJ=adgbehcfi000100010=000adgbehJM=000100010adgbehcfi=dg0eh0fi0
L’égalité MJ=JM équivaut à l’identification terme à terme :
Colonne 1 : d=0, g=0, et 0=0.
Colonne 2 : a=e, d=h⟹h=0, et g=0.
Colonne 3 : b=f, e=i⟹a=e=i, et h=0.
Il en résulte que M est de la forme :
M=a00ba0cba=a100010001+b000100010+c000000100=aI3+bJ+cJ2
La famille (I3,J,J2) est échelonnée par rapport aux sur-diagonales, elle est donc libre.
Ainsi, C(T)=Vect(I3,J,J2) et dimC(T)=3.
Soit N∈M3(R).
NA=AN⟺N(PTP−1)=(PTP−1)N⟺(P−1NP)T=T(P−1NP)
Posons M=P−1NP. Alors NA=AN⟺M∈C(T)⟺N=PMP−1 avec M∈C(T).
On a donc :
C(A)={PMP−1∣M∈C(T)}
L’application ϕ:M3(R)→M3(R),M↦PMP−1 est un automorphisme d’espace vectoriel (d’inverse N↦P−1NP).
L’image du sous-espace vectoriel C(T) par ϕ est le sous-espace C(A), d’où :
dimC(A)=dimC(T)=3
De plus, puisque PJkP−1=(PJP−1)k=(A−2I3)k, on a aussi :
C(A)=Vect(I3,A,A2)
a. Soit X une matrice vérifiant X2=T. Alors :
XT=X(X2)=X3=(X2)X=TX
Donc toute solution X commute avec T, c’est-à-dire X∈C(T).
b. D’après la question 8, toute solution s’écrit sous la forme X=αI3+βJ+γJ2, avec (α,β,γ)∈R3.
Calculons X2 en utilisant la nilpotence J3=03 :
X2=(αI3+βJ+γJ2)2=α2I3+2αβJ+(2αγ+β2)J2
On veut X2=T=2I3+J. Par liberté de la famille (I3,J,J2), cela équivaut au système :
⎩⎨⎧α2=22αβ=12αγ+β2=0
Résolvons ce système réel :
α=±2.
β=2α1=±221=±42.
γ=−2αβ2=−±221/8=∓1621=∓322.
L’équation (ET) possède donc exactement deux solutions réelles distinctes :
X1=2I3+42J−322J2=2004220−322422X2=−X1=−200−42−20322−42−2
c. Pour l’équation (EA):Y2=A, posons X=P−1YP.
Alors Y2=A⟺(PXP−1)2=PTP−1⟺PX2P−1=PTP−1⟺X2=T.
L’application X↦PXP−1 étant une bijection de M3(R) sur lui-même, l’équation Y2=A admet exactement le même nombre de solutions que (ET), c’est-à-dire exactement 2 solutions dans M3(R) :
Y1=PX1P−1etY2=−Y1