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Exercice 2 : Densités et théorème limite central

Concours Blanc - Correction détaillée : Densités et Théorème Limite Central

Section titled “Concours Blanc - Correction détaillée : Densités et Théorème Limite Central”

En tant qu’examinateur de CPGE (filière MP), j’attends des candidats non seulement une maîtrise technique des calculs d’intégrales et de sommations, mais aussi une rigueur absolue dans la manipulation des densités, la justification des hypothèses de convergence et une analyse critique des résultats obtenus.


Soit (Ω,A,P)(\Omega, \mathcal{A}, P) un espace probabilisé. On considère une suite (Xn)n≥1(X_n)_{n \ge 1} de variables aléatoires indépendantes et de même loi (i.i.d.). Pour tout n≥1n \ge 1, on pose Sn=∑k=1nXkS_n = \sum_{k=1}^n X_k.


Partie I : Étude d’une loi à densité de référence

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On considère la variable aléatoire X1X_1 dont la densité ff est définie par : f(x)={λe−λxsi x≥00si x<0f(x) = \begin{cases} \lambda e^{-\lambda x} & \text{si } x \ge 0 \\ 0 & \text{si } x < 0 \end{cases} où $\lambda > est un paramètre réel strictement positif.

Q1. Vérification de la condition de densité et calculs d’espérance et de variance

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Question: ** Montrer que ff est bien une densité de probabilité. Calculer l’espérance E(X1)E(X_1) et la variance V(X1)V(X_1) de X1X_1.

Correction de l’examinateur : Pour qu’une fonction ff soit une densité de probabilité, elle doit satisfaire deux conditions :

  1. ff est positive ou nulle sur R\mathbb{R}.
  2. ff est continue par morceaux sur R\mathbb{R} et son intégrale sur R\mathbb{R} vaut 11.

Vérification : Par définition, pour x<0x < 0, f(x)=0f(x) = 0 et pour x≥0x \ge 0, λ>0\lambda > 0 et e−λx>0e^{-\lambda x} > 0, donc f(x)≥0f(x) \ge 0 pour tout x∈Rx \in \mathbb{R}.

Calcul de l’intégrale : ∫−∞+∞f(x) dx=∫0+∞λe−λx dx\int_{-\infty}^{+\infty} f(x) \, dx = \int_0^{+\infty} \lambda e^{-\lambda x} \, dx Cette intégrale impropre est convergente. Soit A>0A > 0 : ∫0Aλe−λx dx=[−e−λx]0A=1−e−λA\int_0^A \lambda e^{-\lambda x} \, dx = \left[ -e^{-\lambda x} \right]_0^A = 1 - e^{-\lambda A} En passant à la limite lorsque A→+∞A \to +\infty, on obtient : ∫−∞+∞f(x) dx=lim⁡A→+∞(1−e−λA)=1\int_{-\infty}^{+\infty} f(x) \, dx = \lim_{A \to +\infty} (1 - e^{-\lambda A}) = 1 La fonction ff est donc bien une densité de probabilité (loi exponentielle de paramètre λ\lambda).

Calcul de l’espérance E(X1)E(X_1) : L’espérance existe si et seulement si l’intégrale ∫−∞+∞xf(x) dx\int_{-\infty}^{+\infty} x f(x) \, dx converge absolument. ∫0+∞xλe−λx dx\int_0^{+\infty} x \lambda e^{-\lambda x} \, dx À l’aide d’une intégration par parties (licite car les fonctions sont de classe C1\mathcal{C}^1) en posant u=xu = x et v′=λe−λxv' = \lambda e^{-\lambda x} : ∫0Axλe−λx dx=[−xe−λx]0A+∫0Ae−λx dx=−Ae−λA+[−1λe−λx]0A\int_0^A x \lambda e^{-\lambda x} \, dx = \left[ -x e^{-\lambda x} \right]_0^A + \int_0^A e^{-\lambda x} \, dx = -A e^{-\lambda A} + \left[ -\frac{1}{\lambda} e^{-\lambda x} \right]_0^A Par croissance comparée, lim⁡A→+∞Ae−λA=0\lim_{A \to +\infty} A e^{-\lambda A} = 0. Ainsi : E(X1)=1λE(X_1) = \frac{1}{\lambda}

Calcul de la variance V(X1)V(X_1) : On calcule d’abord le moment d’ordre 2, E(X12)E(X_1^2), par intégration par parties : ∫0+∞x2λe−λx dx=[−x2e−λx]0+∞+∫0A2xe−λx dx=2λE(X1)=2λ2\int_0^{+\infty} x^2 \lambda e^{-\lambda x} \, dx = \left[ -x^2 e^{-\lambda x} \right]_0^{+\infty} + \int_0^A 2x e^{-\lambda x} \, dx = \frac{2}{\lambda} E(X_1) = \frac{2}{\lambda^2} D’après la formule de König-Huygens : V(X1)=E(X12)−(E(X1))2=2λ2−(1λ)2=1λ2V(X_1) = E(X_1^2) - (E(X_1))^2 = \frac{2}{\lambda^2} - \left(\frac{1}{\lambda}\right)^2 = \frac{1}{\lambda^2}


Q2. Densité de la somme de deux variables indépendantes

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Question: ** Soit X1X_1 et X2X_2 deux variables aléatoires indépendantes suivant la même loi exponentielle de paramètre λ\lambda. Déterminer la densité de la variable S2=X1+X2S_2 = X_1 + X_2.

Correction de l’examinateur : Puisque X1X_1 et X2X_2 sont indépendantes et à densités, la densité de leur somme S2S_2 s’obtient par le produit de convolution de leurs densités : fS2(x)=∫−∞+∞fX1(t)fX2(x−t) dtf_{S_2}(x) = \int_{-\infty}^{+\infty} f_{X_1}(t) f_{X_2}(x - t) \, dt Les densités étant nulles sur \'&] -\infty, 0 [, le produit fX1(t)fX2(x−t)f_{X_1}(t) f_{X_2}(x - t) est non nul si et seulement si t≥0t \ge 0 et x−t≥0x - t \ge 0, c’est-à-dire 0≤t≤x0 \le t \le x (pour x≥0x \ge 0). Si x<0x < 0, fS2(x)=0f_{S_2}(x) = 0.

Pour x≥0x \ge 0 : fS2(x)=∫0x(λe−λt)(λe−λ(x−t)) dt=λ2e−λx∫0x1 dt=λ2xe−λxf_{S_2}(x) = \int_0^x (\lambda e^{-\lambda t}) (\lambda e^{-\lambda (x - t)}) \, dt = \lambda^2 e^{-\lambda x} \int_0^x 1 \, dt = \lambda^2 x e^{-\lambda x} Ainsi : fS2(x)={λ2xe−λxsi x≥00si x<0f_{S_2}(x) = \begin{cases} \lambda^2 x e^{-\lambda x} & \text{si } x \ge 0 \\ 0 & \text{si } x < 0 \end{cases} (Note de correction : On reconnait ici une loi gamma G(2,λ)\mathcal{G}(2, \lambda)).


Partie II : Convergence et Théorème Limite Central (TLC)

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On se place à nouveau dans le cas général où les (Xn)n≥1(X_n)_{n \ge 1} sont i.i.d., d’espérance μ=E(X1)\mu = E(X_1) finie et de variance σ2=V(X1)>0\sigma^2 = V(X_1) > 0 finie.

Question: ** Énoncer précisément le Théorème Limite Central pour la suite (Xn)n≥1(X_n)_{n \ge 1}. On posera une variable centrée et réduite notée TnT_n.

Correction de l’examinateur : C’est un classique absolu de concours. La rédaction doit être chirurgicale.

Définition de la variable centrée et réduite : Pour tout n≥1n \ge 1, E(Sn)=nμE(S_n) = n\mu et V(Sn)=nσ2V(S_n) = n\sigma^2 (par indépendance). On pose : Tn=Sn−E(Sn)V(Sn)=Sn−nμσn=1σn∑k=1n(Xk−μ)T_n = \frac{S_n - E(S_n)}{\sqrt{V(S_n)}} = \frac{S_n - n\mu}{\sigma \sqrt{n}} = \frac{1}{\sigma \sqrt{n}} \sum_{k=1}^n (X_k - \mu)

Énoncé du Théorème Limite Central (TLC) : La suite des variables aléatoires (Tn)n≥1(T_n)_{n \ge 1} converge en loi vers une variable aléatoire ZZ suivant la loi normale centrée réduite N(0,1)\mathcal{N}(0, 1). C’est-à-dire que pour tout x∈Rx \in \mathbb{R} : lim⁡n→+∞P(Tn≤x)=Φ(x)=12π∫−∞xe−t2/2 dt\lim_{n \to +\infty} P(T_n \le x) = \Phi(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}} \int_{-\infty}^x e^{-t^2/2} \, dt


Q4. Application numérique et approximation

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Question: ** On prend λ=1\lambda = 1 pour la loi exponentielle de la Partie I. Soit n=100n = 100. En utilisant le TLC, donner une approximation numérique de la probabilité P(S100>110)P(S_{100} > 110). (On pourra exprimer le résultat à l’aide de la fonction de répartition Φ\Phi de la loi N(0,1)\mathcal{N}(0,1)).

Correction de l’examinateur : D’après la Partie I, pour λ=1\lambda = 1 :

  • μ=E(X1)=1λ=1\mu = E(X_1) = \frac{1}{\lambda} = 1
  • σ2=V(X1)=1λ2=1\sigma^2 = V(X_1) = \frac{1}{\lambda^2} = 1, donc σ=1\sigma = 1.

Pour n=100n = 100 : E(S100)=100×1=100E(S_{100}) = 100 \times 1 = 100 σn=1×100=10\sigma \sqrt{n} = 1 \times \sqrt{100} = 10

On cherche à évaluer P(S100>110)P(S_{100} > 110). Transformons l’inégalité pour faire apparaître T100T_{100} : P(S100>110)=P(S100−10010>110−10010)=P(T100>1)P(S_{100} > 110) = P\left(\frac{S_{100} - 100}{10} > \frac{110 - 100}{10}\right) = P(T_{100} > 1)

Par passage à la limite grâce au TLC (n=100n = 100 étant grand, l’approximation est usuellement admise) : P(T100>1)≈P(Z>1)=1−P(Z≤1)=1−Φ(1)P(T_{100} > 1) \approx P(Z > 1) = 1 - P(Z \le 1) = 1 - \Phi(1) En sachant que Φ(1)≈0,8413\Phi(1) \approx 0{,}8413 : P(S100>110)≈1−0,8413=0,1587P(S_{100} > 110) \approx 1 - 0{,}8413 = 0{,}1587


Partie III : Analyse critique des résultats

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Question: ** Discuter la pertinence de l’approximation obtenue à la question Q4. Que se passerait-il si n=2n = 2 au lieu de n=100n = 100 ?

Analyse de l’examinateur (Points clés attendus dans la copie) :

  1. Sur la taille de l’échantillon (n=100n = 100) : Le Théorème Limite Central est un résultat asymptotique (n→+∞n \to +\infty). Pour n=100n = 100, l’approximation gaussienne est généralement très bonne, en particulier pour une loi exponentielle dont la distribution, bien que dissymétrique, possède des moments de tous ordres finis. L’erreur commise est de l’ordre de O(1n)\mathcal{O}\left(\frac{1}{\sqrt{n}}\right) (théorème de Berry-Esseen), soit ici environ 10%10\%, ce qui valide l’utilisation pratique de l’approximation.

  2. Sur le cas de petites valeurs de nn (n=2n = 2) : Si l’on posait n=2n = 2, l’approximation par le TLC serait aberrante et mathématiquement non rigoureuse.

    • Justification : D’après la Partie I (Q2), la somme S2S_2 possède une densité explicite fS2(x)=xe−x1[0,+∞[(x)f_{S_2}(x) = x e^{-x} \mathbf{1}_{[0, +\infty[}(x), qui est fortement asymétrique (dissymétrique vers la gauche). La loi de T2T_2 est donc très éloignée d’une loi normale N(0,1)\mathcal{N}(0,1) (qui est symétrique). Appliquer le TLC pour n=2n=2 ignorerait l’asymétrie prononcée de la loi sous-jacente. Il conviendrait alors d’utiliser directement la densité exacte fS2f_{S_2} pour calculer la probabilité recherchée par intégration.