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Exercice 2 : Gradient et différentielle

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) l’espace vectoriel des matrices carrées réelles d’ordre n≥2n \ge 2. On rappelle que EE peut être muni de la norme euclidienne issue du produit scalaire canonique, dit produit scalaire de Frobenius, défini pour A,B∈EA, B \in E par : ⟨A,B⟩=Tr⁡(A⊤B)=∑i=1n∑j=1nai,jbi,j\langle A, B \rangle = \operatorname{Tr}(A^\top B) = \sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n a_{i,j} b_{i,j} La norme associée est notée ∥A∥=⟨A,A⟩\|A\| = \sqrt{\langle A, A \rangle}.

On considère l’application f:E→Rf : E \to \mathbb{R} définie pour tout A∈EA \in E par : f(A)=Tr⁡(A3)−3Tr⁡(A)f(A) = \operatorname{Tr}(A^3) - 3 \operatorname{Tr}(A)

L’objectif de ce problème est d’étudier la différentiabilité de ff, de calculer sa différentielle et son gradient, puis de rechercher et classifier ses extrema locaux.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Continuité et différentiabilité a) Justifier que l’application ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur EE et exprimer sa différentielle df(A)df(A) pour une matrice A∈EA \in E quelconque et un accroissement H∈EH \in E. b) Rappeler la définition du gradient de ff en AA, noté ∇f(A)\nabla f(A), dans l’espace euclidien (E,⟨⋅,⋅⟩)(E, \langle \cdot, \cdot \rangle). Déterminer explicitement ∇f(A)\nabla f(A) en fonction de AA.

  2. Recherche des points critiques a) Établir qu’une matrice A∈EA \in E est un point critique de ff si et seulement si 3A2−3In=03A^2 - 3I_n = 0, où InI_n désigne la matrice identité d’ordre nn. b) En déduire l’ensemble des points critiques de ff.

  3. Étude locale et nature des extrema a) Justifier que ff est de classe C2\mathcal{C}^2 sur EE et calculer la différentielle seconde d2f(A)(H,H)d^2f(A)(H, H) pour A,H∈EA, H \in E. b) Soit A0=InA_0 = I_n. Étudier la nature du point critique A0A_0 à l’aide de d2f(A0)d^2f(A_0). c) Soit A1=−InA_1 = -I_n. Étudier la nature du point critique A1A_1 à l’aide de d2f(A1)d^2f(A_1).

  4. Analyse globale et critique du modèle a) L’espace EE étant de dimension finie, que peut-on dire de l’existence d’extrema globaux pour ff ? b) Analyse critique : L’application ff admet-elle un maximum global sur EE ? Justifier rigoureusement en considérant les directions diagonales.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Pour calculer la différentielle, on pourra utiliser la linéarité de la trace et développer f(A+H)−f(A)f(A+H) - f(A) en négligeant les termes d’ordre supérieur ou égal à 22 en HH. Pour le gradient, utilisez le théorème de représentation de Riesz qui relie df(A)(H)df(A)(H) à ⟨∇f(A),H⟩\langle \nabla f(A), H \rangle.
  • Question 2 : Pensez à exploiter la cyclicité de la trace sous le produit scalaire pour identifier proprement le gradient.
  • Question 3 : La formule de Taylor-Young à l’ordre 2 permet de conclure quant à la nature des extrema locaux lorsque la différentielle seconde est définie (positive ou négative stricte).
  • Question 4 : Pour l’étude globale, pensez à examiner le comportement de ff le long d’une droite vectorielle ou sur les matrices diagonales lorsque les coefficients tendent vers l’infini.

a) L’application A↦A3A \mapsto A^3 est une application polynomiale en les coefficients de la matrice AA (composée de produits matriciels, qui sont des applications bilinéaires). La trace est une application linéaire. Par conséquent, ff est une fonction polynomiale des coefficients (ai,j)1≤i,j≤n(a_{i,j})_{1 \le i,j \le n} de AA. Elle est donc de classe C∞\mathcal{C}^\infty sur EE.

Soit A∈EA \in E et H∈EH \in E un accroissement. Calculons f(A+H)f(A+H) : f(A+H)=Tr⁡((A+H)3)−3Tr⁡(A+H)f(A+H) = \operatorname{Tr}((A+H)^3) - 3\operatorname{Tr}(A+H) Développons (A+H)3(A+H)^3 : (A+H)3=(A2+AH+HA+H2)(A+H)=A3+A2H+AHA+AH2+HA2+HAH+H2A+H3(A+H)^3 = (A^2 + AH + HA + H^2)(A+H) = A^3 + A^2H + AHA + AH^2 + HA^2 + HAH + H^2A + H^3 En regroupant les termes d’ordre 1 en HH et en utilisant la linéarité de la trace : Tr⁡((A+H)3)=Tr⁡(A3)+Tr⁡(A2H+AHA+HA2)+O(∥H∥2)\operatorname{Tr}((A+H)^3) = \operatorname{Tr}(A^3) + \operatorname{Tr}(A^2H + AHA + HA^2) + \mathcal{O}(\|H\|^2) Par la propriété cyclique de la trace (Tr⁡(XYZ)=Tr⁡(YZX)=Tr⁡(ZXY)\operatorname{Tr}(XYZ) = \operatorname{Tr}(YZX) = \operatorname{Tr}(ZXY)), on a : Tr⁡(AHA)=Tr⁡(A2H)etTr⁡(HA2)=Tr⁡(A2H)\operatorname{Tr}(AHA) = \operatorname{Tr}(A^2H) \quad \text{et} \quad \operatorname{Tr}(HA^2) = \operatorname{Tr}(A^2H) Ainsi : Tr⁡((A+H)3)=Tr⁡(A3)+3Tr⁡(A2H)+O(∥H∥2)\operatorname{Tr}((A+H)^3) = \operatorname{Tr}(A^3) + 3\operatorname{Tr}(A^2H) + \mathcal{O}(\|H\|^2) De plus, Tr⁡(A+H)=Tr⁡(A)+Tr⁡(H)\operatorname{Tr}(A+H) = \operatorname{Tr}(A) + \operatorname{Tr}(H). Finalement : f(A+H)=f(A)+3Tr⁡(A2H)−3Tr⁡(H)+O(∥H∥2)f(A+H) = f(A) + 3\operatorname{Tr}(A^2H) - 3\operatorname{Tr}(H) + \mathcal{O}(\|H\|^2) L’application H↦3Tr⁡((A2−In)H)H \mapsto 3\operatorname{Tr}((A^2 - I_n)H) est linéaire et continue (car EE est de dimension finie). Donc ff est différentiable en AA et : ∀H∈E,df(A)(H)=3Tr⁡((A2−In)H)\forall H \in E, \quad df(A)(H) = 3\operatorname{Tr}((A^2 - I_n)H)

b) Par définition, le gradient ∇f(A)\nabla f(A) est l’unique vecteur de EE tel que : ∀H∈E,df(A)(H)=⟨∇f(A),H⟩\forall H \in E, \quad df(A)(H) = \langle \nabla f(A), H \rangle En écrivant le produit scalaire de Frobenius : ⟨∇f(A),H⟩=(∇f(A)⁡⊤H)\langle \nabla f(A), H \rangle = \operatorname{(\nabla f(A)}^\top H) Or, on a df(A)(H)=3Tr⁡((A2−In)H)df(A)(H) = 3\operatorname{Tr}((A^2 - I_n)H). En identifiant avec le produit scalaire Tr⁡(∇f(A)⊤H)\operatorname{Tr}(\nabla f(A)^\top H), et sachant que la trace est symétrique par transposition (ou en choisissant la base canonique), on obtient : ∇f(A)=3(A2−In)⊤=3(A⊤ ⁣2−In)\nabla f(A) = 3(A^2 - I_n)^\top = 3(A^\top\!^2 - I_n) (Remarque : si l’on se place dans le cas où les matrices sont symétriques, on aurait ∇f(A)=3(A2−In)\nabla f(A) = 3(A^2 - I_n), mais ici E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) sans restriction de symétrie, donc A⊤A^\top intervient par transposition).


a) Une matrice A∈EA \in E est un point critique de ff si et seulement si ∇f(A)=0E\nabla f(A) = 0_E, ce qui équivaut à : 3(A⊤ ⁣2−In)=0E  ⟺  A⊤ ⁣2=In3(A^\top\!^2 - I_n) = 0_E \iff A^\top\!^2 = I_n Correction rigoureuse : Le gradient nul équivaut aussi à l’annulation de la différentielle pour tout HH, soit A2−In=0EA^2 - I_n = 0_E. En effet, si Tr⁡((A2−In)H)=0\operatorname{Tr}((A^2 - I_n)H) = 0 pour toute matrice HH, en choisissant H=(A2−In)⊤H = (A^2 - I_n)^\top, on obtient ∥A2−In∥2=0\|A^2 - I_n\|^2 = 0, soit A2=InA^2 = I_n.

b) Les points critiques de ff sont donc les matrices A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) telles que A2=InA^2 = I_n. Cet ensemble contient notamment InI_n et −In-I_n, mais aussi une infinité d’autres matrices (par exemple, toute matrice de symétrie non triviale, ou des matrices par blocs, etc.).


a) ff étant polynomiale, elle est de classe C2\mathcal{C}^2 sur EE. Fixons un point A∈EA \in E. La différentielle seconde d2f(A)d^2f(A) s’obtient en différentiant l’application H↦3Tr⁡((A2−In)H)H \mapsto 3\operatorname{Tr}((A^2 - I_n)H) par rapport à AA dans la direction d’un second accroissement K∈EK \in E. En posant g(A)=A2g(A) = A^2, on a dg(A)(K)=AK+KAdg(A)(K) = AK + KA. Ainsi : d2f(A)(H,K)=3Tr⁡((d(A2)(K))H)=3Tr⁡((AK+KA)H)d^2f(A)(H, K) = 3\operatorname{Tr}((d(A^2)(K))H) = 3\operatorname{Tr}((AK + KA)H) Pour K=HK = H, on obtient la forme quadratique : d2f(A)(H,H)=3Tr⁡((AH+HA)H)=3Tr⁡(AH2+HAH)d^2f(A)(H, H) = 3\operatorname{Tr}((AH + HA)H) = 3\operatorname{Tr}(AH^2 + HAH) Par cyclicité de la trace, Tr⁡(HAH)=Tr⁡(H2A)\operatorname{Tr}(HAH) = \operatorname{Tr}(H^2A), donc : d2f(A)(H,H)=3Tr⁡(AH2+H2A)=6Tr⁡(AH2)d^2f(A)(H, H) = 3\operatorname{Tr}(AH^2 + H^2A) = 6\operatorname{Tr}(AH^2)

b) Étude en A0=InA_0 = I_n : On a d2f(In)(H,H)=6Tr⁡(InH2)=6Tr⁡(H2)=6∥H∥2d^2f(I_n)(H, H) = 6\operatorname{Tr}(I_n H^2) = 6\operatorname{Tr}(H^2) = 6\|H\|^2. Pour tout H≠0EH \neq 0_E, d2f(In)(H,H)=6∥H∥2>0d^2f(I_n)(H, H) = 6\|H\|^2 > 0. La forme quadratique est définie positive. Par la condition suffisante d’extremum local, A0=InA_0 = I_n est un minimum local strict de ff.

c) Étude en A1=−InA_1 = -I_n : On a d2f(−In)(H,H)=6Tr⁡((−In)H2)=−6Tr⁡(H2)=−6∥H∥2d^2f(-I_n)(H, H) = 6\operatorname{Tr}((-I_n)H^2) = -6\operatorname{Tr}(H^2) = -6\|H\|^2. Pour tout H≠0EH \neq 0_E, d2f(−In)(H,H)=−6∥H∥2<0d^2f(-I_n)(H, H) = -6\|H\|^2 < 0. La forme quadratique est définie négative. Par conséquent, A1=−InA_1 = -I_n est un maximum local strict de ff.


a) L’espace E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est de dimension finie (n2n^2), mais l’ensemble de définition de ff est tout l’espace, qui n’est pas compact. Le théorème des bornes atteintes (Weierstrass) ne s’applique donc pas directement pour garantir l’existence d’un maximum ou d’un minimum global.

b) Analyse critique du modèle : Étudions le comportement de ff sur les matrices diagonales. Soit A=diag⁡(x1,x2,…,xn)A = \operatorname{diag}(x_1, x_2, \dots, x_n) une matrice diagonale. On a : f(A)=∑i=1n(xi3−3xi)f(A) = \sum_{i=1}^n (x_i^3 - 3x_i) Considérons la fonction d’une variable réelle h(x)=x3−3xh(x) = x^3 - 3x. On a lim⁡x→+∞h(x)=+∞\lim_{x \to +\infty} h(x) = +\infty et lim⁡x→−∞h(x)=−∞\lim_{x \to -\infty} h(x) = -\infty. Si l’on choisit par exemple x1=tx_1 = t (avec t→+∞t \to +\infty) et x2=⋯=xn=0x_2 = \dots = x_n = 0, alors : f(A)=t3−3t→t→+∞+∞f(A) = t^3 - 3t \xrightarrow[t \to +\infty]{} +\infty De même, en faisant tendre tt vers −∞-\infty, f(A)→−∞f(A) \to -\infty. Conclusion critique : L’application ff n’est ni majorée ni minorée sur EE. Par conséquent, ff n’admet aucun extremum global (ni maximum global, ni minimum global) sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), bien qu’elle admette des extrema locaux stricts en InI_n et −In-I_n.