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Exercice 1 : Variables aléatoires discrètes et à densité

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit (Ω,A,P)(\Omega, \mathcal{A}, \mathbb{P}) un espace probabilisé complet. On s’intéresse dans ce problème à un modèle hybride de durée de vie d’un système électronique composé d’un composant de commande (régie par une loi discrète) et d’un composant de puissance (régie par une loi à densité).

Pour tout le long du problème, on définit :

  1. Une variable aléatoire discrète NN représentant le nombre d’impulsions subies par le système avant un premier incident mineur, suivant une loi géométrique de paramètre p∈]0,1[p \in ]0, 1[, notée G(p)\mathcal{G}(p). Sa loi est donnée par : ∀n∈N∗,P(N=n)=(1−p)n−1p\forall n \in \mathbb{N}^*, \quad \mathbb{P}(N = n) = (1-p)^{n-1}p
  2. Une variable aléatoire XX à densité, positive, représentant le temps de fonctionnement continu du composant de puissance jusqu’à défaillance majeure, suivant une loi exponentielle de paramètre λ>0\lambda > 0, notée E(λ)\mathcal{E}(\lambda). Sa densité est : ∀x∈R,fX(x)=λe−λx1[0,+∞[(x)\forall x \in \mathbb{R}, \quad f_X(x) = \lambda e^{-\lambda x} \mathbf{1}_{[0, +\infty[}(x)

On suppose que les variables NN et XX sont indépendantes.

Le gestionnaire du système s’intéresse à la variable aléatoire YY définie par le temps effectif de bon fonctionnement avant l’arrêt total, modélisée par le produit Y=N⋅XY = N \cdot X. L’objectif de ce problème est d’étudier la loi de YY, son espérance, sa variance, ainsi que d’analyser le comportement asymptotique de ce modèle lorsque le paramètre pp tend vers 00.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Rappels et préliminaires : Rappeler l’espérance et la variance de NN et de XX. Justifier que NN et XX admettent des moments d’ordre kk pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*.
  2. Loi du produit et densité : Soit y>0y > 0. Exprimer l’événement {Y≤y}\{Y \le y\} à l’aide de NN et XX. En déduire, en utilisant la formule des probabilités totales, que YY est une variable aléatoire à densité, et déterminer explicitement sa fonction de répartition FYF_Y ainsi que sa densité fYf_Y.
  3. Moments de YY : Étudier l’existence de l’espérance E(Y)\mathbb{E}(Y) et de la variance V(Y)\mathbb{V}(Y). Calculer E(Y)\mathbb{E}(Y) en fonction de pp et λ\lambda.
  4. Analyse asymptotique du modèle : On s’intéresse au régime où les impulsions deviennent extrêmement rares, c’est-à-dire p→0+p \to 0^+. Déterminer un équivalent simple de E(Y)\mathbb{E}(Y) lorsque p→0+p \to 0^+. Comment se comporte la variabilité relative du système dans ce même régime ?
  5. Analyse critique du modèle : Le choix de modéliser le temps effectif par le produit Y=N⋅XY = N \cdot X sous l’hypothèse d’indépendance est-il physiquement réaliste ? Discuter des limites de ce modèle probabiliste.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utilisez les formules usuelles des lois géométrique et exponentielle. Pour l’existence des moments, rappelez qu’une variable bornée ou à support dans N\mathbb{N} ou R+\mathbb{R}^+ admet des moments si la série ou l’intégrale converge (ce qui est toujours le cas pour ces lois usuelles).
  • Question 2 : Exprimez P(Y≤y)\mathbb{P}(Y \le y) en conditionnant par rapport à la variable discrète N=nN = n. Utilisez l’indépendance entre NN et XX. Intervertissez sommation et intégration (ou probabilité) en justifiant la convergence absolue.
  • Question 3 : Utilisez le théorème de transfert ou l’intégration de la densité pour calculer E(Y)\mathbb{E}(Y) et E(Y2)\mathbb{E}(Y^2). Pensez à permuter série et intégrale (ou espérance) via le théorème de Fubini-Tonelli pour les séries à termes positifs.
  • Question 4 : Faites un développement limité ou un équivalent classique de 1−pp\frac{1-p}{p} lorsque p→0p \to 0. Pour la variabilité relative, étudiez le coefficient de variation σ(Y)E(Y)\frac{\sigma(Y)}{\mathbb{E}(Y)}.

  • Pour la variable N∼G(p)N \sim \mathcal{G}(p) : E(N)=1petV(N)=1−pp2\mathbb{E}(N) = \frac{1}{p} \quad \text{et} \quad \mathbb{V}(N) = \frac{1-p}{p^2} Puisque NN prend ses valeurs dans N∗\mathbb{N}^*, pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, E(Nk)=∑n=1+∞nk(1−p)n−1p\mathbb{E}(N^k) = \sum_{n=1}^{+\infty} n^k (1-p)^{n-1} p. Cette série converge absolument car le terme général croît géométriquement moins vite que (1−ϵ)−n(1-\epsilon)^{-n} avec 1−p<11-p < 1.
  • Pour la variable X∼E(λ)X \sim \mathcal{E}(\lambda) : E(X)=1λetV(X)=1λ2\mathbb{E}(X) = \frac{1}{\lambda} \quad \text{et} \quad \mathbb{V}(X) = \frac{1}{\lambda^2} Pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, E(Xk)=∫0+∞xkλe−λx dx=k!λk\mathbb{E}(X^k) = \int_{0}^{+\infty} x^k \lambda e^{-\lambda x} \, \mathrm{d}x = \frac{k!}{\lambda^k} (par convergence des intégrales de Gamma).

Soit y>0y > 0. Par définition, Y=N⋅XY = N \cdot X. Comme N≥1N \ge 1 et X≥0X \ge 0, on a Y≥0Y \ge 0. Pour y≤0y \le 0, P(Y≤y)=0\mathbb{P}(Y \le y) = 0. Pour y>0y > 0 : P(Y≤y)=P(NX≤y)=∑n=1+∞P(nX≤y et N=n)\mathbb{P}(Y \le y) = \mathbb{P}(NX \le y) = \sum_{n=1}^{+\infty} \mathbb{P}(nX \le y \text{ et } N = n) Par indépendance de NN et XX : P(Y≤y)=∑n=1+∞P(X≤yn)P(N=n)\mathbb{P}(Y \le y) = \sum_{n=1}^{+\infty} \mathbb{P}(X \le \frac{y}{n}) \mathbb{P}(N = n) Sachant que P(X≤yn)=1−e−λyn\mathbb{P}(X \le \frac{y}{n}) = 1 - e^{-\frac{\lambda y}{n}} pour yn≥0\frac{y}{n} \ge 0, et 00 sinon (mais ici y>0y>0 et n≥1n \ge 1), on a : FY(y)=∑n=1+∞(1−e−λyn)(1−p)n−1pF_Y(y) = \sum_{n=1}^{+\infty} \left(1 - e^{-\frac{\lambda y}{n}}\right) (1-p)^{n-1} p Par linéarité et sommation de la série géométrique ∑n=1+∞(1−p)n−1p=1\sum_{n=1}^{+\infty} (1-p)^{n-1} p = 1 : FY(y)=1−∑n=1+∞e−λyn(1−p)n−1pF_Y(y) = 1 - \sum_{n=1}^{+\infty} e^{-\frac{\lambda y}{n}} (1-p)^{n-1} p La fonction FYF_Y est continue sur R\mathbb{R}, de classe C1\mathcal{C}^1 sur ]0,+∞[]0, +\infty[ (par dérivation terme à terme d’une série de fonctions normalement convergente sur tout compact de ]0,+∞[]0, +\infty[). Par conséquent, YY admet une densité fYf_Y obtenue en dérivant FY(y)F_Y(y) pour y>0y > 0 : fY(y)=FY′(y)=∑n=1+∞λne−λyn(1−p)n−1psi y>0f_Y(y) = F_Y'(y) = \sum_{n=1}^{+\infty} \frac{\lambda}{n} e^{-\frac{\lambda y}{n}} (1-p)^{n-1} p \quad \text{si } y > 0 Et fY(y)=0f_Y(y) = 0 si y≤0y \le 0.

Puisque NN et XX sont indépendantes et admettent des moments de tout ordre, Y=NXY = NX admet des moments de tout ordre, en particulier : E(Y)=E(N⋅X)=E(N)⋅E(X)\mathbb{E}(Y) = \mathbb{E}(N \cdot X) = \mathbb{E}(N) \cdot \mathbb{E}(X) En remplaçant par les espérances respectives : E(Y)=1p×1λ=1pλ\mathbb{E}(Y) = \frac{1}{p} \times \frac{1}{\lambda} = \frac{1}{p\lambda}

De même, pour le moment d’ordre 2 : E(Y2)=E(N2X2)=E(N2)⋅E(X2)\mathbb{E}(Y^2) = \mathbb{E}(N^2 X^2) = \mathbb{E}(N^2) \cdot \mathbb{E}(X^2) On calcule E(N2)=V(N)+(E(N))2=1−pp2+1p2=2−pp2\mathbb{E}(N^2) = \mathbb{V}(N) + (\mathbb{E}(N))^2 = \frac{1-p}{p^2} + \frac{1}{p^2} = \frac{2-p}{p^2}, et E(X2)=2λ2\mathbb{E}(X^2) = \frac{2}{\lambda^2}. Ainsi : E(Y2)=2−pp2×2λ2=2(2−p)p2λ2\mathbb{E}(Y^2) = \frac{2-p}{p^2} \times \frac{2}{\lambda^2} = \frac{2(2-p)}{p^2 \lambda^2} La variance de YY vaut alors : V(Y)=E(Y2)−(E(Y))2=4−2pp2λ2−1p2λ2=3−2pp2λ2\mathbb{V}(Y) = \mathbb{E}(Y^2) - (\mathbb{E}(Y))^2 = \frac{4 - 2p}{p^2 \lambda^2} - \frac{1}{p^2 \lambda^2} = \frac{3 - 2p}{p^2 \lambda^2}

Lorsque p→0+p \to 0^+ (impulsions extrêmement rares) :

  • L’espérance devient : E(Y)∼p→0+1λp→+∞\mathbb{E}(Y) \underset{p \to 0^+}{\sim} \frac{1}{\lambda p} \to +\infty
  • Étudions le coefficient de variation CV(Y)=σ(Y)E(Y)CV(Y) = \frac{\sigma(Y)}{\mathbb{E}(Y)} : σ(Y)=V(Y)=3−2ppλ\sigma(Y) = \sqrt{\mathbb{V}(Y)} = \frac{\sqrt{3-2p}}{p\lambda} CV(Y)=3−2ppλ1pλ=3−2p→p→0+3CV(Y) = \frac{\frac{\sqrt{3-2p}}{p\lambda}}{\frac{1}{p\lambda}} = \sqrt{3-2p} \underset{p \to 0^+}{\to} \sqrt{3} Le coefficient de variation reste constant (proche de 3\sqrt{3}) lorsque pp devient petit. Cela signifie que la dispersion relative autour de la moyenne reste du même ordre de grandeur que la moyenne elle-même : le système conserve une incertitude relative importante malgré l’accroissement de la durée de vie moyenne.
  • Réalisme physique : Le modèle pose Y=N⋅XY = N \cdot X. Cela suppose que chaque impulsion multiplie linéairement ou réinitialise l’échelle du temps de défaillance du composant de puissance. En pratique, les processus de dégradation (vieillissement thermique, fatigue des matériaux) sont souvent cumulatifs ou additifs (modèles de type contrainte-résistance ou processus stochastiques continus comme les processus de gamma ou de Wiener), et non multiplicativement découplés par une variable géométrique indépendante.
  • Hypothèse d’indépendance : L’indépendance entre NN (le nombre d’impulsions) et XX (le temps de résistance unitaire) est mathématiquement commode mais physiquement fragile : un système subissant des impulsions fréquentes ou intenses a tendance à voir son composant de puissance s’user plus rapidement, brisant ainsi l’indépendance.