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Exercice 1 : Compacité et connexité

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit E=C([0,1],R)E = \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}) l’espace vectoriel normé des fonctions continues de [0,1][0, 1] dans R\mathbb{R}, muni de la norme infinie définie par : ∀f∈E,∥f∥∞=sup⁡t∈[0,1]∣f(t)∣\forall f \in E, \quad \|f\|_\infty = \sup_{t \in [0, 1]} |f(t)|

On s’intéresse dans ce problème à la structure topologique de certaines parties de EE, en particulier à l’interaction entre la compacité et la connexité par arcs.

Soit AA la partie de EE définie par : A={f∈E∣f(0)=0, f(1)=1, ∀(x,y)∈[0,1]2, ∣f(x)−f(y)∣≤∣x−y∣}A = \left\{ f \in E \mid f(0) = 0, \, f(1) = 1, \, \forall (x, y) \in [0, 1]^2, \, |f(x) - f(y)| \le |x - y| \right\} Autrement dit, AA est l’ensemble des fonctions 1-lipschitziennes sur [0,1][0, 1], s’annulant en 00 et valant 11 en 11.


  1. Topologie et normes a. Rappeler pourquoi (E,∥⋅∥∞)(E, \|\cdot\|_\infty) est un espace vectoriel normé complet. b. Soit (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite d’éléments de AA. Montrer que cette suite est équicontinue.

  2. Compacité a. Enoncer le théorème d’Arzelà-Ascoli. b. Montrer que la partie AA est fermée dans (E,∥⋅∥∞)(E, \|\cdot\|_\infty). c. En déduire que AA est une partie compacte de (E,∥⋅∥∞)(E, \|\cdot\|_\infty).

  3. Connexité par arcs a. Définir la notion de partie connexe par arcs dans un espace vectoriel normé. b. Soit f∈Af \in A. Pour tout λ∈[0,1]\lambda \in [0, 1], on pose fλ(t)=(1−λ)f(t)+λtf_\lambda(t) = (1 - \lambda)f(t) + \lambda t. Montrer que pour tout λ∈[0,1]\lambda \in [0, 1], fλ∈Af_\lambda \in A. c. En déduire que AA est connexe par arcs, puis qu’il est connexe.

  4. Analyse critique du modèle et optimisation a. L’ensemble AA est-il convexe ? Justifier rigoureusement. b. Déterminer inf⁡f∈A∫01f(t) dt\inf_{f \in A} \int_{0}^{1} f(t) \, \text{d}t et préciser si cette borne inférieure est un minimum.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

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  • Q1.b : Utiliser directement la définition de la propriété lipschitzienne commune à toutes les fonctions de AA.
  • Q2.b : Pour montrer qu’un ensemble est fermé, on considère une suite convergente dans cet ensemble et on montre que sa limite vérifie les propriétés caractéristiques de l’ensemble (passage à la limite dans les inégalités).
  • Q2.c : Vérifier les hypothèses du théorème d’Arzelà-Ascoli (fermeture, bornitude, équicontinuité).
  • Q3.b : Vérifiez les trois conditions caractérisant AA : fλ(0)=0f_\lambda(0)=0, fλ(1)=1f_\lambda(1)=1, et l’inégalité des accroissements finis.
  • Q4.b : Représenter graphiquement les contraintes sur [0,1][0, 1] pour deviner la fonction optimale (fonction “pente maximale”).

a. (E,∥⋅∥∞)(E, \|\cdot\|_\infty) est l’espace des fonctions continues sur un compact à valeurs dans R\mathbb{R}. C’est un classique : la complétude résulte du théorème de la double limite (toute suite de Cauchy converge uniformément vers une fonction continue).

b. Soit (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite d’éléments de AA. Par définition de AA, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} et pour tout (x,y)∈[0,1]2(x, y) \in [0, 1]^2, on a : ∣fn(x)−fn(y)∣≤∣x−y∣|f_n(x) - f_n(y)| \le |x - y| Cette majoration ne dépend ni de nn ni de x,yx, y. Ainsi, pour tout ε>0\varepsilon > 0, en choisissant δ=ε\delta = \varepsilon, on a : ∀n∈N,∀(x,y)∈[0,1]2,∣x−y∣≤δ  ⟹  ∣fn(x)−fn(y)∣≤ε\forall n \in \mathbb{N}, \forall (x, y) \in [0, 1]^2, \quad |x - y| \le \delta \implies |f_n(x) - f_n(y)| \le \varepsilon La suite (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} est donc équicontinue.


a. Théorème d’Arzelà-Ascoli : Soit F⊂C(K,R)F \subset \mathcal{C}(K, \mathbb{R}) où KK est un compact. FF est relativement compact si et seulement si :

  1. FF est borné.
  2. FF est équicontinu.

b. Montrons que AA est fermé. Soit (fn)(f_n) une suite d’éléments de AA convergeant vers une fonction f∈Ef \in E pour la norme ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty.

  • Pour tout nn, fn(0)=0f_n(0) = 0. Par convergence uniforme, fn(0)→f(0)f_n(0) \to f(0), donc f(0)=0f(0) = 0.
  • De même, fn(1)→f(1)f_n(1) \to f(1), donc f(1)=1f(1) = 1.
  • Pour tous x,y∈[0,1]x, y \in [0, 1] et pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, ∣fn(x)−fn(y)∣≤∣x−y∣|f_n(x) - f_n(y)| \le |x - y|. En passant à la limite lorsque n→+∞n \to +\infty (par continuité de la valeur absolue et convergence simple), on obtient : ∣f(x)−f(y)∣≤∣x−y∣|f(x) - f(y)| \le |x - y| Ainsi, f∈Af \in A. L’ensemble AA est donc fermé.

c. Montrons que AA est borné : pour tout f∈Af \in A et tout t∈[0,1]t \in [0, 1], en utilisant f(0)=0f(0) = 0 : ∣f(t)∣=∣f(t)−f(0)∣≤∣t−0∣≤1|f(t)| = |f(t) - f(0)| \le |t - 0| \le 1 Donc ∥f∥∞≤1\|f\|_\infty \le 1, ce qui prouve que AA est borné. D’après la question 1.b, AA est équicontinu. Par le théorème d’Arzelà-Ascoli, AA est relativement compact. Étant fermé (Q2.b), AA est compact.


a. Une partie XX d’un EVN est dite connexe par arcs si pour tous x,y∈Xx, y \in X, il existe un chemin continu γ:[0,1]→X\gamma : [0, 1] \to X tel que γ(0)=x\gamma(0) = x et γ(1)=y\gamma(1) = y.

b. Soit f∈Af \in A et λ∈[0,1]\lambda \in [0, 1]. Posons f\application(t)=fλ(t)=(1−λ)f(t)+λtf_\application(t) = f_\lambda(t) = (1 - \lambda)f(t) + \lambda t.

  • fλ(0)=(1−λ)f(0)+λ(0)=0f_\lambda(0) = (1 - \lambda)f(0) + \lambda(0) = 0.
  • fλ(1)=(1−λ)f(1)+λ(1)=(1−λ)+λ=1f_\lambda(1) = (1 - \lambda)f(1) + \lambda(1) = (1 - \lambda) + \lambda = 1.
  • Pour tous x,y∈[0,1]x, y \in [0, 1] : ∣fλ(x)−fλ(y)∣=∣(1−λ)(f(x)−f(y))+λ(x−y)∣|f_\lambda(x) - f_\lambda(y)| = |(1 - \lambda)(f(x) - f(y)) + \lambda(x - y)| En utilisant l’inégalité triangulaire et le fait que f∈Af \in A : ∣fλ(x)−fλ(y)∣≤(1−λ)∣f(x)−f(y)∣+λ∣x−y∣≤(1−λ)∣x−y∣+λ∣x−y∣=∣x−y∣|f_\lambda(x) - f_\lambda(y)| \le (1 - \lambda)|f(x) - f(y)| + \lambda|x - y| \le (1 - \lambda)|x - y| + \lambda|x - y| = |x - y| Ainsi, fλ∈Af_\lambda \in A.

c. Soit IdId la fonction identité t↦tt \mapsto t (qui appartient clairement à AA). Pour toute fonction f∈Af \in A, l’application Φ:[0,1]→A\Phi : [0, 1] \to A définie par Φ(λ)=fλ\Phi(\lambda) = f_\lambda est continue (car ∥Φ(λ)−Φ(μ)∥∞=∣λ−μ∣∥f−Id∥∞\|\Phi(\lambda) - \Phi(\mu)\|\infty = |\lambda - \mu| \|f - Id\|_\infty). De plus, Φ(0)=f\Phi(0) = f et Φ(1)=Id\Phi(1) = Id. Ainsi, tout élément de AA peut être relié à IdId par un arc continu tracé dans AA. AA est donc connexe par arcs (et par conséquent connexe, la connexité par arcs impliquant la connexité).


4. Analyse critique du modèle et optimisation

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a. AA est convexe. En effet, soient f,g∈Af, g \in A et t∈[0,1]t \in [0, 1]. La combinaison convexe h=αf+βgh = \alpha f + \beta g (avec α,β≥0\alpha, \beta \ge 0 et α+β=1\alpha + \beta = 1) vérifie trivialement h(0)=0h(0) = 0, h(1)=1h(1) = 1 et l’inégalité des accroissements finis par convexité de la valeur absolue et linéarité.

b. Cherchons inf⁡f∈A∫01f(t) dt\inf_{f \in A} \int_{0}^{1} f(t) \, \text{d}t. Pour tout f∈Af \in A, comme f(0)=0f(0) = 0 et ff est 1-lipschitzienne, on a f(t)≥−tf(t) \ge -t (et aussi f(t)≤tf(t) \le t). Plus précisément, la contrainte f(1)=1f(1) = 1 combinée avec ∣f(t)−f(1)∣≤1−t|f(t) - f(1)| \le 1 - t impose que : f(t)≥2t−1etf(t)≥0(selon les zones)f(t) \ge 2t - 1 \quad \text{et} \quad f(t) \ge 0 \quad (\text{selon les zones}) Rigoureusement, traçons l’enveloppe minimale : f(t)≥max⁡(0,2t−1)f(t) \ge \max(0, 2t-1) n’est pas forcément minimal partout, mais l’intégrale est minorée par l’aire sous la plus petite fonction 1-lipschitzienne joignant (0,0)(0,0) à (1,1)(1,1). Considérons la fonction f0(t)=tf_0(t) = t. Sautorise-t-on mieux ? Testons fmin(t)={0si t∈[0,1/2]2t−1si t∈[1/2,1]f_{min}(t) = \begin{cases} 0 & \text{si } t \in [0, 1/2] \\ 2t - 1 & \text{si } t \in [1/2, 1] \end{cases} — attention, cette fonction n’est pas C0C^0 ou pas 1-lipschitzienne partout. La fonction ff vérifie f(t)≥max⁡(0,2t−1)f(t) \ge \max(0, 2t-1) ? Non, prenons f(t)=tf(t) = t, ∫01t dt=1/2\int_0^1 t \, dt = 1/2. En réalité, la plus petite fonction possible graphiquement sous la contrainte est celle qui reste le plus bas possible, soit f(t)=tf(t) = t ? Non, f(t)=max⁡(0,2t−1)f(t) = \max(0, 2t-1) a une pente de 22 (interdit). La pente maximale est 11. Pour minimiser l’aire sous la courbe tout en partant de 00 et en arrivant à 11, la stratégie optimale est de rester à 00 le plus longtemps possible, soit f(t)=0f(t) = 0 sur [0,a][0, a], puis de monter avec une pente de 11 jusqu’en 11. Puisque f(1)=1f(1) = 1 et que la pente est au plus 11, on doit avoir a=0a = 0 ? Si f(0)=0f(0)=0 et f(1)=1f(1)=1 avec pente ≤1\le 1, la fonction minimale est nécessairement f(t)=tf(t) = t pour tout t∈[0,1]t \in [0, 1] car f(t)−f(0)≤t−0  ⟹  f(t)≤tf(t) - f(0) \le t - 0 \implies f(t) \le t ? Non, f(t)−f(0)≤t  ⟹  f(t)≤tf(t) - f(0) \le t \implies f(t) \le t est faux, c’est ∣f(t)∣≤t|f(t)| \le t. Puisque f(1)=1f(1)=1 et ∣f(1)−f(t)∣≤1−t|f(1)-f(t)| \le 1-t, on a f(t)≥tf(t) \ge t. En effet : 1−f(t)≤1−t  ⟹  f(t)≥t1 - f(t) \le 1 - t \implies f(t) \ge t. Puisque f(t)≥tf(t) \ge t pour tout t∈[0,1]t \in [0, 1] et pour tout f∈Af \in A, on a : ∫01f(t) dt≥∫01t dt=12\int_{0}^{1} f(t) \, \text{d}t \ge \int_{0}^{1} t \, \text{d}t = \frac{1}{2} De plus, la fonction f∗(t)=tf^*(t) = t appartient à AA et atteint cette valeur. Par conséquent : min⁡f∈A∫01f(t) dt=12\min_{f \in A} \int_{0}^{1} f(t) \, \text{d}t = \frac{1}{2}