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Exercice 2 : Spéciation

Biologie et Génétique Évolutives — Problème type BCPST (Agro-Veto / G2E)

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Spéciation sympatrique et flux génique : l’énigme des cichlidés

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La spéciation, processus par lequel de nouvelles espèces apparaissent, est traditionnellement vue comme le résultat d’une divergence allopatrique (nécessitant une barrière géographique). Cependant, l’étude des poissons cichlidés des lacs de cratère africains (comme le lac Barombi Mbo au Cameroun) met en lumière des cas avérés de spéciation sympatrique, c’est-à-dire au sein d’une même aire géographique, sans isolement spatial initial.

Ce problème propose d’étudier la dynamique des fréquences alléliques au sein d’une population panmictique soumise à une sélection divergente liée au micro-habitat (habitat benthique vs limnique) et au choix du partenaire sexuel (assortiment pré-zygotique).


On s’intéresse à un locus autosomique AA impliqué dans l’adaptation à l’habitat (deux allèles A1A_1 et A2A_2, de fréquences respectives pp et q=1−pq = 1-p). Un second locus BB, indépendant du premier, code pour un phénotype comportemental de choix du partenaire (allèles B1B_1 et B2B_2).

Les individus porteurs de l’allèle A1A_1 ont une meilleure fitness dans l’habitat benthique, tandis que les A2A_2 sont avantagés dans l’habitat limnique. La sélection est contre-sélectionnée chez les hétérozygotes A1A2A_1A_2.

On note ss le coefficient de contre-sélection contre les hétérozygotes dans leurs habitats respectifs, et mm le taux de migration (flux génique) entre les deux habitats à chaque génération.


  1. Restitution de connaissances et analyse du modèle de Hardy-Weinberg : Rappeler les hypothèses fondamentales du modèle de Hardy-Weinberg. Expliquer qualitativement en quoi l’existence d’un flux génique m>0m > 0 entre deux sous-populations subissant des pressions de sélection divergentes s’oppose à la divergence génétique complète.

  2. Mise en équation de la variation allélique : On considère la fréquence pp de l’allèle A1A_1 dans l’habitat benthique. Soit p′p' la fréquence de cet allèle après une génération combinant migration et sélection. En notant pbp_b et plp_l les fréquences de A1A_1 dans l’habitat benthique et limnique avant migration, exprimer la récurrence du système en tenant compte d’un flux migratoire symétrique mm entre les deux habitats.

  3. Seuil critique de flux génique (Modèle de Mayr/Slatkin) : En régime stationnaire, la différence de fréquence allélique entre les deux habitats Δp=pb−pl\Delta p = p_b - p_l est maintenue par équilibre entre la sélection (intensité ss) et la migration (intensité mm). Montrer que si le taux de migration mm dépasse un seuil critique mcm_c proportionnel à ss, la différenciation s’effondre. Discuter l’ordre de grandeur de mcm_c si s=0,1s = 0,1.

  4. Analyse critique et limites du modèle : Ce modèle mathématique simple repose sur des hypothèses idéalistes. Discuter au moins deux limites biologiques majeures de ce modèle pour rendre compte de la complexité de la spéciation sympatrique in natura.


  • Question 1 : Penser aux forces évolutives (dérive, mutation, sélection, migration) et à la panmixie. La migration agit comme un homogénéisateur des patrimoines génétiques.
  • Question 2 : Décomposer l’effet de la migration (apport d’individus de l’autre habitat) puis l’effet de la viabilité différentielle (sélection) sur les génotypes A1A1A_1A_1, A1A2A_1A_2 et A2A2A_2A_2.
  • Question 3 : Faire l’analogie avec l’équilibre mutation-sélection ou migration-sélection classique vu en cours. La force de la sélection doit surmonter le “bruit” des flux migratoires.
  • Question 4 : S’interroger sur le linkage disequilibrium (déséquilibre de liaison) entre les gènes d’adaptation (AA) et les gènes de choix de partenaire (BB), ainsi que sur la réalité discontinue des micro-habitats.

1. Modèle de Hardy-Weinberg et rôle du flux génique

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  • Hypothèses de HW : Population infinie (absence de dérive), pas de mutation, pas de sélection, pas de migration, panmixie (reproduction aléatoire).
  • Rôle de mm : Le flux génique (migration) introduit des individus d’un habitat dans l’autre. Si un habitat limnique est colonisé par des migrants benthiques, les allèles A1A_1 (benthiques) s’y intègrent. Cela contrebalance la sélection divergente qui tend à éliminer A1A_1 du milieu limnique. Tant que mm est supérieur à la force de sélection, l’homogénéisation l’emporte, empêchant l’isolement reproducteur et donc la spéciation.

2. Mise en équation (Migration-Sélection)

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  • Après migration, la nouvelle fréquence allélique dans l’habitat benthique devient : pb∗=(1−m)pb+m plp_b^* = (1-m)p_b + m \, p_l
  • Sous l’effet de la sélection viabilité (contre-sélection des hétérozygotes A1A2A_1A_2 avec un coût ss), la fréquence pp est modifiée. En première approximation, la variation par la sélection est de type −s2p(1−p)- \frac{s}{2} p(1-p).
  • L’équation de récurrence globale traduit l’antagonisme permanent entre la force centrifuge de la sélection (qui sépare les pools géniques) et la force centripète de la migration (qui les fusionne).
  • À l’équilibre, le gradient de fréquence entre les deux habitats Δp=pb−pl\Delta p = p_b - p_l est stable.
  • L’analyse mathématique de ce type de modèle (modèle de cline ou d’îlots) montre que la condition de maintien du polymorphisme divergent exige : m<mc≈s4m < m_c \approx \frac{s}{4}
  • Application numérique / Ordre de grandeur : Si s=0,1s = 0,1 (ce qui représente une sélection naturelle forte, de 10% de surmortalité pour les hétérozygotes mal adaptés), le taux de migration critique est mc≈0,025m_c \approx 0,025 (soit 2,5%2,5\% d’individus migrants par génération).
  • Analyse critique : Un taux de migration de l’ordre de quelques pourcents par génération suffit à annihiler toute divergence génétique. Cela démontre la difficulté théorique de la spéciation sympatrique : sans barrière physique, les flux migratoires sont naturellement trop élevés, sauf si des mécanismes comportementaux drastiques (sélection assortative forte via le locus BB) réduisent drastiquement le flux effectif de reproduction.
  • Limites du modèle :
    1. L’hypothèse du locus unique : L’adaptation à l’habitat benthique ou limnique est rarement monogénique. Elle implique un déterminisme polygénique complexe (architecture génétique quantitative) soumis à des épistasies.
    2. Le couplage A−BA-B (Magie du trait ou “Magic trait”) : Pour que la spéciation sympatrique réussisse, le gène d’habitat (AA) et le gène de choix sexuel (BB) doivent être fortement liés (déséquilibre de liaison élevé) ou être une seule et même entité (le choix du partenaire se basant directement sur le phénotype écologique). Sans ce couplage, la recombinaison génétique lors de la méiose dissocie rapidement les adaptations écologiques des préférences sexuelles.
    3. Réalisme écologique : Les habitats ne sont pas binaires avec une frontière étanche, mais forment souvent un gradient continu où les phénotypes intermédiaires peuvent trouver une niche écologique transitoire.