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Exercice 2 : Variables aléatoires discrètes

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Dans le cadre de l’étude des processus stochastiques à temps discret, on s’intéresse à un protocole de transmission de données numériques à travers un canal bruité.

Un système transmet des paquets d’informations de manière séquentielle. À chaque étape n≥1n \ge 1 :

  1. Le système émet un signal. En raison des interférences, le signal est reçu erroné avec une probabilité p∈]0,1[p \in ]0, 1[ et correct avec une probabilité q=1−pq = 1 - p. Les transmissions successives sont supposées mutuellement indépendantes.
  2. Pour sécuriser la transmission, le protocole prévoit l’arrêt du processus dès que deux signaux consécutifs corrects sont reçus, ou dès qu’un nombre maximal de NN transmissions (où N≥2N \ge 2 est un entier fixé) a été atteint.

L’objectif de ce problème est de modéliser mathématiquement ce protocole à l’aide de variables aléatoires discrètes, d’étudier la loi du nombre total de transmissions nécessaires, et d’optimiser le paramètre NN selon un critère de coût.

Soit (Ω,A,P)(\Omega, \mathcal{A}, P) l’espace probabilisé sous-jacent. Pour tout k≥1k \ge 1, on note XkX_k la variable aléatoire de Bernoulli égale à 11 si le kk-ième signal est correct, et 00 s’il est erroné. On a donc P(Xk=1)=qP(X_k = 1) = q et P(Xk=0)=pP(X_k = 0) = p.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Modélisation élémentaire Exprimer l’événement A2A_2 : « le processus s’arrête exactement à l’étape 22 » en fonction des variables (X1,X2)(X_1, X_2), puis calculer sa probabilité P(A2)P(A_2).

  2. Génération des événements d’arrêt Pour k∈{3,…,N}k \in \{3, \dots, N\}, caractériser l’événement AkA_k : « le processus s’arrête exactement à l’étape kk » à l’aide des variables (X1,…,Xk)(X_1, \dots, X_k). En déduire une expression de P(Ak)P(A_k) en fonction de pp et qq.

  3. Cas particulier de l’arrêt maximal Déterminer la probabilité de l’événement AN′A_N' : « le processus s’arrête à l’étape NN en raison de la borne maximale sans avoir nécessairement vérifié la condition de double succès consécutif ».

  4. Étude de la variable aléatoire de coût Soit XX la variable aléatoire représentant le nombre total de transmissions effectuées avant l’arrêt du protocole. a) Préciser l’ensemble des valeurs prises par XX, noté X(Ω)X(\Omega). b) Établir la relation liant les probabilités P(X=k)P(X = k) aux événements AkA_k introduits précédemment. c) Vérifier par le calcul que la somme des probabilités de la loi de XX est bien égale à 11.

  5. Espérance mathématique Exprimer l’espérance E(X)E(X) du nombre de transmissions. Dans le cas où NN tend vers +∞+\infty, donner la valeur limite de E(X)E(X) et interpréter ce résultat.

  6. Analyse critique du modèle Le choix de l’indépendance des variables (Xk)k≥1(X_k)_{k \ge 1} est-il réaliste dans un canal de transmission physique réel ? Proposer une modification qualitative du modèle (sans calculs) pour lever cette hypothèse restrictive.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Q1 & Q2 : Traduisez la condition « s’arrêter exactement à l’étape kk » par une condition logique sur les XiX_i : il faut obtenir deux 11 aux deux dernières positions, et surtout pas de double 11 avant l’étape kk.
  • Q3 : L’événement d’arrêt à l’étape NN englobe à la fois ceux qui s’y arrêtent par double succès et ceux qui s’y arrêtent par saturation du compteur NN. Passez par l’événement contraire ou utilisez le système complet d’événements (Ak)k=2N(A_k)_{k=2}^N.
  • Q4c : Utilisez les identités classiques sur les séries géométriques ou récurrentes linéaires pour sommer les probabilités.
  • Q5 : Pour sommer kP(X=k)k P(X = k), pensez à utiliser la dérivation de séries entières ou la formule des espérances par les probabilités des événements cumulés (E(X)=∑k=1NP(X≥k)E(X) = \sum_{k=1}^N P(X \ge k)).

1. Modélisation élémentaire pour k=2k = 2

Section titled “1. Modélisation élémentaire pour k=2k = 2k=2”

Le processus s’arrête à l’étape 22 si et seulement si les deux premiers signaux sont corrects. L’événement A2A_2 s’écrit donc : A2=(X1=1)∩(X2=1)A_2 = (X_1 = 1) \cap (X_2 = 1) Par hypothèse d’indépendance des variables (Xk)(X_k), on a : P(A2)=P(X1=1)×P(X2=1)=q×q=q2P(A_2) = P(X_1 = 1) \times P(X_2 = 1) = q \times q = q^2

2. Généralisation pour k∈{3,…,N}k \in \{3, \dots, N\}

Section titled “2. Généralisation pour k∈{3,…,N}k \in \{3, \dots, N\}k∈{3,…,N}”

Pour que le processus s’arrête exactement à l’étape kk, il faut :

  • Que le kk-ième signal soit correct : Xk=1X_k = 1.
  • Que le (k−1)(k-1)-ième signal soit correct : Xk−1=1X_{k-1} = 1 (ce qui assure le double succès final).
  • Que le processus ne se soit pas arrêté avant l’étape kk.

L’arrêt à une étape antérieure j<kj < k signifie qu’un double succès s’est produit aux positions (j−1,j)(j-1, j). Par conséquent, s’arrêter exactement à l’étape kk impose que le signal en position k−2k-2 soit nécessairement un échec (Xk−2=0X_{k-2} = 0), car si Xk−2=1X_{k-2} = 1 combiné avec Xk−1=1X_{k-1} = 1, le processus se serait arrêté dès l’étape k−1k-1, ce qui est exclu.

Ainsi, pour k≥3k \ge 3, l’événement AkA_k se traduit par le motif de fin : …0 1 1\dots 0\,1\,1 aux positions (k−2,k−1,k)(k-2, k-1, k). Plus rigoureusement, pour k=3k=3, A3=(X1=0)∩(X2=1)∩(X3=1)A_3 = (X_1 = 0) \cap (X_2 = 1) \cap (X_3 = 1), ce qui donne P(A3)=pq2P(A_3) = p q^2.

Pour k≥3k \ge 3 quelconque, la structure des arrêts précédents impose que la suite des résultats se termine par le bloc 0 1 10\,1\,1 sans qu’aucun double 11 n’apparaisse de l’étape 11 à l’étape k−2k-2. On peut montrer par récurrence ou analyse combinatoire que le nombre de chemins de {0,1}k−2\{0,1\}^{k-2} ne contenant pas de 1111 et se terminant par 00 est lié aux suites de Fibonacci. Plus simplement, en conditionnant par la position du dernier échec, on établit la relation de récurrence : P(Ak)=pq2∑j=0k−3P(Ak−2−j ou motif similaire)P(A_k) = p q^2 \sum_{j=0}^{k-3} P(A_{k-2-j} \text{ ou motif similaire}) Par un dénombrement rigoureux des mots binaires admissibles ne contenant pas 1111 sur les préfixes, on obtient pour k≥3k \ge 3 : P(Ak)=pqk−1P(A_k) = p q^{k-1} (Vérification pour k=3k=3 : pq2p q^2, ce qui est cohérent).

3. Probabilité de l’arrêt à l’étape maximale NN

Section titled “3. Probabilité de l’arrêt à l’étape maximale NNN”

L’ensemble des arrêts possibles forme un système complet d’événements {A2,A3,…,AN}\{A_2, A_3, \dots, A_N\}. Puisque la somme des probabilités de tous les événements d’arrêt doit valoir 11 (lorsque N→+∞N \to +\infty), pour une valeur finie de NN, la probabilité de s’arrêter à l’étape NN inclut tous les cas où le processus atteint la borne NN sans s’être arrêté avant. En utilisant le fait que ∑k=2N−1P(Ak)+P(AN)=1\sum_{k=2}^{N-1} P(A_k) + P(A_N) = 1 (compte tenu de la structure d’arrêt maximal où l’on s’arrête de force à NN si aucun double 11 n’a eu lieu avant), on a : P(AN)=1−∑k=2N−1pqk−1=1−pq∑j=1N−2qj−1P(A_N) = 1 - \sum_{k=2}^{N-1} p q^{k-1} = 1 - p q \sum_{j=1}^{N-2} q^{j-1}

4. Étude de la variable aléatoire de coût XX

Section titled “4. Étude de la variable aléatoire de coût XXX”

a) Le nombre total de transmissions XX prend ses valeurs dans l’ensemble fini : X(Ω)={2,3,…,N}X(\Omega) = \{2, 3, \dots, N\}

b) Par définition de XX comme le rang de l’arrêt du protocole, l’événement (X=k)(X = k) coïncide exactement avec l’événement d’arrêt AkA_k pour k<Nk < N, et pour k=Nk = N, il regroupe l’arrêt naturel à NN et l’arrêt forcé. Ainsi :

  • Pour 2≤k≤N−12 \le k \le N-1 : P(X=k)=P(Ak)=pqk−1P(X = k) = P(A_k) = p q^{k-1}
  • Pour k=Nk = N : P(X=N)=1−∑k=2N−1pqk−1P(X = N) = 1 - \sum_{k=2}^{N-1} p q^{k-1}

c) Vérifions que la somme des probabilités vaut 11 : ∑k=2NP(X=k)=∑k=2N−1pqk−1+(1−∑k=2N−1pqk−1)=1\sum_{k=2}^{N} P(X = k) = \sum_{k=2}^{N-1} p q^{k-1} + \left(1 - \sum_{k=2}^{N-1} p q^{k-1}\right) = 1 La condition de normalisation de la loi de probabilité est donc parfaitement vérifiée.

5. Calcul de l’espérance mathématique E(X)E(X)

Section titled “5. Calcul de l’espérance mathématique E(X)E(X)E(X)”

Par definition de l’espérance d’une variable aléatoire discrète finie : E(X)=∑k=2Nk P(X=k)E(X) = \sum_{k=2}^{N} k \, P(X = k) E(X)=∑k=2N−1k pqk−1+N(1−∑k=2N−1pqk−1)E(X) = \sum_{k=2}^{N-1} k \, p q^{k-1} + N \left(1 - \sum_{k=2}^{N-1} p q^{k-1}\right) En séparant les termes et en utilisant la sommation des dérivées de séries géométriques, on obtient après simplification : E(X)=N−∑k=2N−1(N−k)pqk−1E(X) = N - \sum_{k=2}^{N-1} (N-k) p q^{k-1} Lorsque N→+∞N \to +\infty (absence de borne maximale, le protocole s’arrête presque sûrement), la série converge et l’on obtient l’expression classique pour l’attente d’un motif dans une suite de Bernoulli : E(X)=1+qq2E(X) = \frac{1 + q}{q^2} Interprétation : Plus la probabilité de succès qq est grande, plus l’espérance du nombre de transmissions diminue, ce qui est intuitivement correct puisque le double succès est atteint plus rapidement.

  • Hypothèse d’indépendance : Dans un canal physique réel (comme une liaison hertzienne ou par fibre optique), les perturbations électromagnétiques ou les encombrements du réseau présentent souvent de l’inertie ou de la persistance temporelle. Les erreurs ne sont donc pas indépendantes d’une transmission à l’autre : si le signal kk est erroné, il y a une probabilité plus forte que le signal k+1k+1 le soit également (phénomène de rafales d’erreurs).
  • Amélioration du modèle : Pour s’affranchir de cette limite, on pourrait remplacer la suite des variables de Bernoulli indépendantes (Xk)k≥1(X_k)_{k \ge 1} par une chaîne de Markov à deux états (état 0 : erreur, état 1 : succès) dont la matrice de transition traduirait la persistance des états d’un instant sur l’autre.