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Exercice 2 : Diagrammes d état (P, v) et (T, s) et machines thermiques

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’estude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’estude”

Dans ce problème, on s’intéresse à la modélisation thermodynamique d’un cycle moteur à vapeur (cycle de Hirn ou cycle de Rankine surchauffé) utilisant de l’eau comme fluide frigorigène / caloporteur. L’objectif est d’analyser les transferts énergétiques et l’efficacité de ce cycle à l’aide des diagrammes d’état (P,v)(P, v) (Clapeyron) et (T,s)(T, s) (entropique).

On rappelle les définitions et propriétés fondamentales pour un corps pur diphasique (liquide-vapeur) :

  • PP désigne la pression, TT la température, v=Vmv = \frac{V}{m} le volume massique, et s=Sms = \frac{S}{m} l’entropie massique.
  • Dans la zone diphasique (équilibre liquide-vapeur), la température et la pression ne sont pas indépendantes : P=Psat(T)P = P_{\text{sat}}(T).
  • Le titre en masse de vapeur xx (0≤x≤10 \le x \le 1) permet d’exprimer toute grandeur extensive massique yy (comme vv ou ss) par la relation de mélange : y=(1−x)yliq+xyvapy = (1-x)y_{\text{liq}} + xy_{\text{vap}} où l’indice liq\text{liq} désigne le liquide saturé (x=0x=0) et vap\text{vap} la vapeur sèche (x=1x=1).

Le cycle étudié est constitué de 4 transformations réversibles ou modélisées comme telles :

  1. 1→21 \to 2 : Compression adiabatique réversible (isentropique) de l’eau liquide de la pression P1P_1 à la pression P2P_2.
  2. 2→32 \to 3 : Chauffage et vaporisation à pression constante P2P_2, menant à de la vapeur sèche (puis éventuellement surchauffée, que l’on assimilera ici à l’état de vapeur saturée sèche pour simplifier, soit x3=1x_3 = 1).
  3. 3→43 \to 4 : Détente adiabatique réversible (isentropique) dans une turbine de la pression P2P_2 à la pression P1P_1.
  4. 4→14 \to 1 : Condensation totale à pression constante P1P_1 ramenant l’eau à l’état de liquide saturé.

On donne les valeurs numériques suivantes :

  • Pression basse : P1=10 kPa=0,1 barP_1 = 10\text{ kPa} = 0,1\text{ bar}
  • Pression haute : P2=3 MPa=30 barP_2 = 3\text{ MPa} = 30\text{ bar}
  • Température de saturation à P1P_1 : T1=45,8∘C=319 KT_1 = 45,8^\circ\text{C} = 319\text{ K}
  • Température de saturation à P2P_2 : T2=233,9∘C=507 KT_2 = 233,9^\circ\text{C} = 507\text{ K}
  • Volume massique du liquide saturé à P1P_1 : vliq,1≈1,01×10−3 m3⋅kg−1v_{\text{liq},1} \approx 1,01 \times 10^{-3}\text{ m}^3\cdot\text{kg}^{-1}
  • Entropie massique du liquide saturé à T1T_1 : sliq,1=0,65 kJ⋅kg−1⋅K−1s_{\text{liq},1} = 0,65\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}
  • Entropie massique de la vapeur saturée à T2T_2 : svap,2=6,18 kJ⋅kg−1⋅K−1s_{\text{vap},2} = 6,18\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}
  • Chaleur latente de vaporisation à T1T_1 : Lv1=2395 kJ⋅kg−1L_{v1} = 2395\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}
  • Capacité thermique massique moyenne du liquide (supposée constante) : c=4,18 kJ⋅kg−1⋅K−1c = 4,18\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}

  1. Représentation graphique :

    • Esquisser qualitativement le cycle 1→2→3→4→11 \to 2 \to 3 \to 4 \to 1 dans le diagramme de Clapeyron (P,v)(P, v) en y faisant figurer la courbe de saturation (cloche).
    • Faire de même dans le diagramme entropique (T,s)(T, s).
  2. Compression (Transformation 1→21 \to 2) :

    • Exprimer le travail massique w1→2w_{1\to 2} reçu par le fluide lors de la compression isentropique, en assimilant le liquide à un fluide incompressible de volume massique constant vliq≈vliq,1v_{\text{liq}} \approx v_{\text{liq},1}.
    • Calculer numériquement w1→2w_{1\to 2} en kJ⋅kg−1\text{kJ}\cdot\text{kg}^{-1}.
  3. Chauffage et Vaporisation (Transformation 2→32 \to 3) :

    • Exprimer la quantité de chaleur massique q2→3q_{2\to 3} reçue par le fluide au cours de cette étape isobare, en fonction des enthalpies massiques h2h_2 et h3h_3.
    • Évaluer la variation d’entropie massique s3−s2s_3 - s_2 sachant que l’état 3 est de la vapeur saturée sèche à la température T2T_2. En déduire l’expression de s2s_2 et la température intermédiaire si nécessaire.
  4. Détente (Transformation 3→43 \to 4) :

    • La transformation 3→43 \to 4 est isentropique. Exprimer le titre en masse de vapeur x4x_4 à l’état 4 en fonction des entropies massiques à l’état 1 et 2 (liquide et vapeur saturés à T1T_1) et de la chaleur latente Lv1L_{v1}.
    • Calculer la valeur numérique de x4x_4.
  5. Bilan énergétique et Efficacité :

    • Exprimer le travail net massique wnetw_{\text{net}} fourni par le cycle, ainsi que la quantité de chaleur totale reçue de la source chaude qscq_{\text{sc}}.
    • Définir et calculer le rendement thermodynamique η\eta de ce cycle. Comparer brièvement avec le rendement du cycle de Carnot opérant entre les mêmes températures extrêmes T2T_2 et T1T_1.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Premier principe en système ouvert (stationnaire) : Pour une turbine ou une pompe adiabatique sans variation d’énergie cinétique ni potentielle, le travail technique massique s’écrit w=∫VdPw = \int V dP (pour une pompe incompressible) ou se déduit de la variation d’enthalpie Δh\Delta h (pour une turbine adiabatique).
  • Second principe : L’entropie est une fonction d’état. Pour une transformation isentropique réversible, sinitial=sfinals_{\text{initial}} = s_{\text{final}}.
  • Diagramme (T,s)(T, s) : Les transferts thermiques réversibles s’interprètent géométriquement comme des aires sous les courbes (δq=Tds\delta q = T ds).

📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats

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  • Diagramme (P,v)(P, v) (Clapeyron) : La cloche de saturation sépare le domaine liquide (à gauche), diphasique (au centre) et vapeur (à droite).

    • 1→21 \to 2 : Verticale quasi-isochore (le liquide est très peu compressible, v≈ctev \approx \text{cte}) menant de P1P_1 à P2P_2.
    • 2→32 \to 3 : Segment horizontal isobare dans le diagramme P(v)P(v), de l’état liquide initial vers l’état de vapeur sèche (traversée de la cloche).
    • 3→43 \to 4 : Courbe descendante de détente adiabatique de P2P_2 à P1P_1.
    • 4→14 \to 1 : Segment horizontal isobare de condensation à P1P_1.
  • Diagramme (T,s)(T, s) (Entropique) :

    • 1→21 \to 2 : Segment quasi-vertical (isentropique s1=s2s_1 = s_2) dans la zone liquide.
    • 2→32 \to 3 : Chauffage du liquide jusqu’à T2T_2, puis vaporisation isotherme à T2T_2 (segment horizontal si on atteint la vapeur saturée).
    • 3→43 \to 4 : Segment vertical descendant (s3=s4s_3 = s_4) dans la zone diphasique.
    • 4→14 \to 1 : Segment horizontal de condensation isotherme à T1T_1.

2. Compression (Transformation 1→21 \to 2)

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Pour un fluide incompressible (v=vliq≈ctev = v_{\text{liq}} \approx \text{cte}) subissant une transformation quasi-statique et adiabatique (donc réversible, isentropique), le premier principe appliqué sous forme ouverte (travail technique) donne : w1→2=−∫12v dP=−vliq(P2−P1)w_{1\to 2} = -\int_{1}^{2} v \, dP = -v_{\text{liq}}(P_2 - P_1) Attention aux conventions de signe : le travail reçu par le fluide est positif si la pompe fournit de l’énergie. Exprimons w1→2w_{1\to 2} en tenant compte du fait que la pompe comprime le fluide : wpompe=vliq,1(P2−P1)w_{\text{pompe}} = v_{\text{liq},1} (P_2 - P_1)

A.N. :

  • vliq,1=1,01×10−3 m3⋅kg−1v_{\text{liq},1} = 1,01 \times 10^{-3}\text{ m}^3\cdot\text{kg}^{-1}
  • P2−P1=3×106 Pa−10×103 Pa=2,99×106 PaP_2 - P_1 = 3 \times 10^6\text{ Pa} - 10 \times 10^3\text{ Pa} = 2,99 \times 10^6\text{ Pa} wpompe=1,01×10−3×2,99×106=3,020 J⋅kg−1=3,02 kJ⋅kg−1w_{\text{pompe}} = 1,01 \times 10^{-3} \times 2,99 \times 10^6 = 3,020\text{ J}\cdot\text{kg}^{-1} = 3,02\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}

3. Chauffage et Vaporisation (Transformation 2→32 \to 3)

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L’état 3 est de la vapeur saturée sèche à la température T2T_2, son entropie est donc s3=svap,2s_3 = s_{\text{vap},2}. La transformation 2→32 \to 3 étant isobare (et réversible), la chaleur massique reçue s’exprime par la variation d’enthalpie : q2→3=h3−h2q_{2\to 3} = h_3 - h_2

Puisque la transformation 1→21 \to 2 est isentropique et que le liquide est peu compressible, la variation de température associée à la compression est minime, et l’entropie de l’état 2 est très proche de celle de l’état 1 : s2≈s1=sliq,1s_2 \approx s_1 = s_{\text{liq},1}

La quantité de chaleur reçue globalement de la source chaude (réchauffage du liquide + vaporisation) s’obtient également par intégration sur le diagramme (T,s)(T, s) : qsc=∫23Tdsq_{\text{sc}} = \int_{2}^{3} T ds


4. Détente (Transformation 3→43 \to 4)

Section titled “4. Détente (Transformation 3→43 \to 43→4)”

La détente 3→43 \to 4 est isentropique, donc : s4=s3=svap,2s_4 = s_3 = s_{\text{vap},2}

À l’état 4, le fluide se trouve dans la zone diphasique à la pression P1P_1 (et température T1T_1). L’entropie massique s’écrit par la relation de mélange : s4=(1−x4)sliq,1+x4svap,1s_4 = (1 - x_4) s_{\text{liq},1} + x_4 s_{\text{vap},1}

Or, la variation d’entropie lors de la vaporisation isotherme à T1T_1 relie l’entropie du liquide et de la vapeur saturés via la chaleur latente : svap,1−sliq,1=Lv1T1s_{\text{vap},1} - s_{\text{liq},1} = \frac{L_{v1}}{T_1}

On en déduit l’expression du titre en masse de vapeur x4x_4 : s4=sliq,1+x4(Lv1T1)  ⟹  x4=svap,2−sliq,1Lv1T1s_4 = s_{\text{liq},1} + x_4 \left(\frac{L_{v1}}{T_1}\right) \implies x_4 = \frac{s_{\text{vap},2} - s_{\text{liq},1}}{\frac{L_{v1}}{T_1}}

A.N. :

  • svap,2=6,18 kJ⋅kg−1⋅K−1s_{\text{vap},2} = 6,18\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}
  • sliq,1=0,65 kJ⋅kg−1⋅K−1s_{\text{liq},1} = 0,65\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1}
  • Lv1=2395 kJ⋅kg−1L_{v1} = 2395\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}
  • T1=319 KT_1 = 319\text{ K}

Lv1T1=2395319≈7,508 kJ⋅kg−1⋅K−1\frac{L_{v1}}{T_1} = \frac{2395}{319} \approx 7,508\text{ kJ}\cdot\text{kg}^{-1}\cdot\text{K}^{-1} x4=6,18−0,657,508=5,537,508≈0,737x_4 = \frac{6,18 - 0,65}{7,508} = \frac{5,53}{7,508} \approx 0,737 Le titre en vapeur à la fin de la détente est donc de 73,7%73,7\% (le fluide est bien diphasique).


  • Travail net massique : Le travail total du cycle wnetw_{\text{net}} est la somme du travail fourni par la turbine (wturbine=h3−h4w_{\text{turbine}} = h_3 - h_4) et du travail reçu par la pompe (wpompew_{\text{pompe}}) : wnet=(h3−h4)−wpompew_{\text{net}} = (h_3 - h_4) - w_{\text{pompe}} Par le premier principe appliqué sur l’ensemble du cycle fermé : wnet=qsc−qfw_{\text{net}} = q_{\text{sc}} - q_{\text{f}}

  • Rendement du cycle : η=wnetqsc\eta = \frac{w_{\text{net}}}{q_{\text{sc}}}

    En première approximation, la chaleur reçue de la source chaude qsc=h3−h2q_{\text{sc}} = h_3 - h_2 correspond principalement à l’élévation de température et au changement d’état à T2T_2. D’un point de vue théorique maximal, le rendement d’un cycle de Carnot fonctionnant entre les températures extrêmes T2T_2 et T1T_1 vaut : ηCarnot=1−T1T2\eta_{\text{Carnot}} = 1 - \frac{T_1}{T_2}

    A.N. Carnot : ηCarnot=1−319507=1−0,629=0,371(37,1%)\eta_{\text{Carnot}} = 1 - \frac{319}{507} = 1 - 0,629 = 0,371 \quad (37,1\%) Le rendement réel du cycle de Hirn étudié est légèrement inférieur à cette limite théorique de Carnot en raison des irréversibilités thermiques internes (le transfert thermique ne s’effectue pas à température constante lors du réchauffement du liquide de T1T_1 à T2T_2).