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Exercice 1 : Formes quadratiques réelles et bases orthogonales

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel euclidien de dimension n≥1n \ge 1, dont le produit scalaire est noté ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle et la norme associée ∥⋅∥\|\cdot\|. Soit qq une forme quadratique sur EE et Φ\Phi la forme polaire (bilinéaire symétrique) associée, définie pour tout (x,y)∈E2(x, y) \in E^2 par : Φ(x,y)=12(q(x+y)−q(x)−q(y))\Phi(x, y) = \frac{1}{2} \left( q(x+y) - q(x) - q(y) \right)

On rappelle qu’une base (e1,e2,…,en)(e_1, e_2, \dots, e_n) de EE est dite orthogonale pour la forme quadratique qq si, pour tout i≠ji \neq j, on a Φ(ei,ej)=0\Phi(e_i, e_j) = 0.

L’objectif de ce problème est d’étudier l’existence de telles bases orthogonales vérifiant des conditions géométriques supplémentaires, notamment en lien avec la structure euclidienne ambiante, et d’appliquer ces résultats à la réduction simultanée ou à l’étude d’endomorphismes autoadjoints.


  1. Préalable algébrique : Montrer que Φ\Phi est une forme bilinéaire symétrique et que pour tout x∈Ex \in E, q(x)=Φ(x,x)q(x) = \Phi(x, x).
  2. Lien avec les endomorphismes autoadjoints : D’après le théorème de représentation de Riesz, montrer qu’il existe un unique endomorphisme uu de EE, autoadjoint, tel que pour tout (x,y)∈E2(x, y) \in E^2, Φ(x,y)=⟨u(x),y⟩\Phi(x, y) = \langle u(x), y \rangle.
  3. Traduction spectrale : Traduire la notion de base orthogonale pour qq à l’aide de l’endomorphisme uu et de ses sous-espaces propres.
  4. Existence par récurrence : En utilisant le théorème spectral appliqué à uu, démontrer qu’il existe toujours une base de EE qui soit à la fois orthonormée pour le produit scalaire euclidien et orthogonale pour la forme quadratique qq.
  5. Application pratique : Soit E=R3E = \mathbb{R}^3 muni du produit scalaire canonique. On considère la forme quadratique qq définie sur x=(x1,x2,x3)x = (x_1, x_2, x_3) par : q(x)=x12+2x22+5x32+2x1x2−4x1x3q(x) = x_1^2 + 2x_2^2 + 5x_3^2 + 2x_1x_2 - 4x_1x_3 Déterminer la matrice AA de uu dans la base canonique, puis expliciter une base orthonormée pour le produit scalaire canonique qui soit orthogonale pour qq.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utilisez simplement la définition algébrique par polarité. Pensez à développer les identités.
  • Question 2 : Fixez x∈Ex \in E et considérez l’application linéaire y↦Φ(x,y)y \mapsto \Phi(x, y). Appliquez ensuite le théorème de Riesz pour l’existence, et la symétrie de Φ\Phi pour montrer que l’endomorphisme associé est autoadjoint.
  • Question 3 & 4 : C’est le cœur du problème. Le théorème spectral garantit l’existence d’une base orthonormée de vecteurs propres pour uu. Que vaut Φ(ei,ej)\Phi(e_i, e_j) lorsque eie_i et eje_j sont des vecteurs propres associés à des valeurs propres distinctes ?
  • Question 5 : Identifiez d’abord la matrice de qq dans la base canonique (notée SS), puis déduisez-en AA sachant que q(x)=XTSX=⟨u(x),x⟩q(x) = X^T S X = \langle u(x), x \rangle. Diagonalisez ensuite SS (qui est symétrique réelle).

Par définition, Φ(x,y)=12(q(x+y)−q(x)−q(y))\Phi(x, y) = \frac{1}{2} \left( q(x+y) - q(x) - q(y) \right). Puisque qq est une forme quadratique, il existe une forme bilinéaire symétrique ψ\psi telle que q(x)=ψ(x,x)q(x) = \psi(x,x). Ainsi : q(x+y)=ψ(x+y,x+y)=ψ(x,x)+2ψ(x,y)+ψ(y,y)=q(x)+2ψ(x,y)+q(y)q(x+y) = \psi(x+y, x+y) = \psi(x,x) + 2\psi(x,y) + \psi(y,y) = q(x) + 2\psi(x,y) + q(y) En injectant cette relation dans l’expression de Φ\Phi : Φ(x,y)=12(q(x)+2ψ(x,y)+q(y)−q(x)−q(y))=ψ(x,y)\Phi(x, y) = \frac{1}{2} \left( q(x) + 2\psi(x,y) + q(y) - q(x) - q(y) \right) = \psi(x,y) Φ\Phi coïncide donc avec la forme polaire originelle, ce qui prouve qu’elle est bien bilinéaire et symétrique. De plus, Φ(x,x)=ψ(x,x)=q(x)\Phi(x, x) = \psi(x, x) = q(x).

2. Lien avec les endomorphismes autoadjoints

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Soit x∈Ex \in E fixé. L’application fx:y∈E↦Φ(x,y)f_x : y \in E \mapsto \Phi(x, y) est une forme linéaire sur l’espace euclidien EE. D’après le théorème de représentation de Riesz, il existe un unique vecteur, que l’on note u(x)∈Eu(x) \in E, tel que : ∀y∈E,Φ(x,y)=⟨u(x),y⟩\forall y \in E, \quad \Phi(x, y) = \langle u(x), y \rangle

  • Linéarité de uu : La bilinéarité de Φ\Phi garantit immédiatement que uu est linéaire. Ainsi, u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E).
  • Caractère autoadjoint : Pour tout (x,y)∈E2(x, y) \in E^2, par symétrie de Φ\Phi et par définition de uu : ⟨u(x),y⟩=Φ(x,y)=Φ(y,x)=⟨u(y),x⟩=⟨x,u(y)⟩\langle u(x), y \rangle = \Phi(x, y) = \Phi(y, x) = \langle u(y), x \rangle = \langle x, u(y) \rangle L’endomorphisme uu est donc bien autoadjoint (symétrique).

Soit (e1,e2,…,en)(e_1, e_2, \dots, e_n) une base de EE. Cette base est orthogonale pour qq si et seulement si : ∀i≠j,Φ(ei,ej)=0\forall i \neq j, \quad \Phi(e_i, e_j) = 0 En utilisant l’endomorphisme uu : Φ(ei,ej)=⟨u(ei),ej⟩=0\Phi(e_i, e_j) = \langle u(e_i), e_j \rangle = 0 Dire que Φ(ei,ej)=0\Phi(e_i, e_j) = 0 pour i≠ji \neq j signifie que les vecteurs u(ei)u(e_i) et eje_j sont orthogonaux au sens du produit scalaire euclidien.

Puisque uu est un endomorphisme autoadjoint sur l’espace euclidien EE, le théorème spectral s’applique : il existe une base orthonormée B=(e1,e2,…,en)\mathcal{B} = (e_1, e_2, \dots, e_n) de EE constituée de vecteurs propres de uu. Soit u(ei)=λieiu(e_i) = \lambda_i e_i pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. Calculons Φ(ei,ej)\Phi(e_i, e_j) pour i≠ji \neq j : Φ(ei,ej)=⟨u(ei),ej⟩=⟨λiei,ej⟩=λi⟨ei,ej⟩=0\Phi(e_i, e_j) = \langle u(e_i), e_j \rangle = \langle \lambda_i e_i, e_j \rangle = \lambda_i \langle e_i, e_j \rangle = 0 car la base (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) est orthonormée pour le produit scalaire euclidien (⟨ei,ej⟩=0\langle e_i, e_j \rangle = 0 si i≠ji \neq j). Par conséquent, toute base orthonormée de vecteurs propres de l’endomorphisme uu est une base orthogonale pour la forme quadratique qq. L’existence est ainsi démontrée.

Exprimons q(x)q(x) sous la forme matricielle q(x)=XTSXq(x) = X^T S X où X=(x1x2x3)X = \begin{pmatrix} x_1 \\ x_2 \\ x_3 \end{pmatrix} : q(x)=x12+2x22+5x32+2x1x2−4x1x3q(x) = x_1^2 + 2x_2^2 + 5x_3^2 + 2x_1x_2 - 4x_1x_3 Par identification, la matrice symétrique SS associée à qq dans la base canonique est :

1 & 1 & -2 \\ 1 & 2 & 0 \\ -2 & 0 & 5 \end{pmatrix}$$ La matrice $A$ de l'endomorphisme $u$ dans la base canonique (qui est orthonormée) est précisément la matrice $S$. Il s'agit maintenant de diagonaliser $S$ dans une base orthonormée. * **Recherche des valeurs propres :** $$\det(S - \lambda I_3) = \begin{vmatrix} 1-\lambda & 1 & -2 \\ 1 & 2-\lambda & 0 \\ -2 & 0 & 5-\lambda \end{vmatrix}$$ Développons par rapport à la dernière ligne : $$= -2 \begin{vmatrix} 1 & 2-\lambda \\ -2 & 0 \end{vmatrix} + (5-\lambda)\begin{vmatrix} 1-\lambda & 1 \\ 1 & 2-\lambda \end{vmatrix}$$ $$= -2(0 + 2(2-\lambda)) + (5-\lambda)\left((1-\lambda)(2-\lambda) - 1\right)$$ $$= -4(2-\lambda) + (5-\lambda)(\lambda^2 - 3\lambda + 1) = \lambda^3 - 8\lambda^2 + 14\lambda = \lambda(\lambda^2 - 8\lambda + 14)$$ Le discriminant de $\lambda^2 - 8\lambda + 14$ est $\Delta = 64 - 56 = 8$, d'où les racines $\lambda_1 = 0$, $\lambda_2 = 4 + \sqrt{2}$, $\lambda_3 = 4 - \sqrt{2}$. * **Espaces propres et orthogonalisation de Schmidt (si nécessaire) :** Les valeurs propres étant distinctes, les sous-espaces propres associés sont orthogonaux deux à deux. En normalisant un vecteur propre pour chaque valeur propre, on obtient directement une base orthonormée $(v_1, v_2, v_3)$ de $E$ constituée de vecteurs propres de $u$. D'après la question 4, cette base $(v_1, v_2, v_3)$ est à la fois **orthonormée pour le produit scalaire euclidien** et **orthogonale pour la forme quadratique $q$**.