Skip to content

Exercice 1 : Facteur de Boltzmann

Problème guidé : Étude statistique d’un système à deux états et application atmosphérique

Section titled “Problème guidé : Étude statistique d’un système à deux états et application atmosphérique”

Le modèle du facteur de Boltzmann est l’un des piliers de la physique statistique. Il permet de relier la distribution microscopique des états d’un système à l’échelle macroscopique, en particulier à travers la température.

Ce problème se propose d’étudier un système physique simple à deux états (un paramagnétique moléculaire) avant d’appliquer ces concepts à un système macroscopique soumis au champ de pesanteur : l’atmosphère terrestre. On cherchera à évaluer la pertinence et les limites des modèles statistiques introduits face à des données réalistes.


Partie I : Système à deux états (Modèle paramagnétique)

Section titled “Partie I : Système à deux états (Modèle paramagnétique)”
  1. On considère une particule possédant un moment magnétique μ⃗\vec{\mu} placée dans un champ magnétique uniforme B⃗=Bu⃗z\vec{B} = B \vec{u}_z. L’énergie potentielle d’interaction magnétique est donnée par Ei=−μ⃗⋅B⃗E_i = -\vec{\mu} \cdot \vec{B}. On suppose que le moment magnétique ne peut prendre que deux orientations par rapport au champ : parallèle (E1=−μBE_1 = -\mu B) ou anti-parallèle (E2=+μBE_2 = +\mu B). Exprimer la probabilité P1P_1 pour que la particule soit dans l’état d’énergie E1E_1 et P2P_2 pour l’état d’énergie E2E_2 lorsqu’elle est en contact thermique avec un thermostat à la température TT.

  2. En déduire l’aimantation moyenne ⟨M⟩\langle M \rangle d’un ensemble de NN particules sans interactions mutuelles. Tracer qualitativement l’allure de ⟨M⟩\langle M \rangle en fonction de la température TT.

  3. Déterminer la limite de ⟨M⟩\langle M \rangle lorsque T→0T \to 0 et lorsque T→+∞T \to +\infty. Commenter ces limites d’un point de vue physique.

Partie II : Application à l’atmosphère terrestre et analyse critique

Section titled “Partie II : Application à l’atmosphère terrestre et analyse critique”
  1. On s’intéresse à une molécule de diazote N2\text{N}_2 de masse mm dans l’atmosphère terrestre, assimilée à un gaz parfait à la température uniforme T0=293 KT_0 = 293\text{ K}. En utilisant la loi de distribution de Boltzmann, exprimer la probabilité relative de trouver une molécule à l’altitude zz par rapport au sol (z=0z=0). On rappelle l’énergie potentielle de pesanteur Ep(z)=mgzE_p(z) = mgz.

  2. En déduire la loi de variation de la pression P(z)P(z) en fonction de l’altitude zz (loi hydrostatique / barométrique). Exprimer la hauteur caractéristique d’échelle HH en fonction de kBk_B, T0T_0, mm et gg (ou de la masse molaire MmM_m et de la constante des gaz parfaits RR).

  3. Application numérique et analyse critique : Calculer la valeur de HH pour le diazote (Mm=28 g⋅mol−1M_m = 28\text{ g}\cdot\text{mol}^{-1}) à T0=293 KT_0 = 293\text{ K} (g=9,81 m⋅s−2g = 9{,}81\text{ m}\cdot\text{s}^{-2}, R=8,314 J⋅K−1⋅mol−1R = 8{,}314\text{ J}\cdot\text{K}^{-1}\cdot\text{mol}^{-1}). Estimer la pression à l’altitude z=80 kmz = 80\text{ km}. Le modèle isotherme est-il encore valide à cette altitude ? Justifier en citant les hypothèses négligées.


  • Partie I : Utilisez la définition du facteur de Boltzmann pour les poids statistiques wi=exp⁡(−Ei/kBT)w_i = \exp(-E_i / k_B T) et normalisez par la fonction de partition Z=∑wiZ = \sum w_i.
  • Partie II (Q4-Q5) : L’énergie d’une particule est la somme de son énergie cinétique (qui donne la température) et de son énergie potentielle de pesanteur. L’indépendance statistique permet de séparer les contributions.
  • Partie II (Q6) : Soyez rigoureux sur les unités (convertir la masse molaire en kg⋅mol−1\text{kg}\cdot\text{mol}^{-1}). Pour l’analyse critique, pensez à la structure thermique réelle de l’atmosphère (troposphère, stratosphère…).

  1. Probabilités des états : D’après la physique statistique, la probabilité d’occupation d’un micro-état d’énergie EiE_i à l’équilibre thermique à la température TT est proportionnelle au facteur de Boltzmann exp⁡(−Ei/kBT)\exp(-E_i / k_B T). La fonction de partition ZZ s’écrit : Z=e−E1kBT+e−E2kBT=eμBkBT+e−μBkBTZ = e^{-\frac{E_1}{k_B T}} + e^{-\frac{E_2}{k_B T}} = e^{\frac{\mu B}{k_B T}} + e^{-\frac{\mu B}{k_B T}} Les probabilités respectives sont donc : P1=eμBkBTZ=11+e−2μBkBTetP2=e−μBkBTZ=e−2μBkBT1+e−2μBkBTP_1 = \frac{e^{\frac{\mu B}{k_B T}}}{Z} = \frac{1}{1 + e^{-\frac{2\mu B}{k_B T}}} \quad \text{et} \quad P_2 = \frac{e^{-\frac{\mu B}{k_B T}}}{Z} = \frac{e^{-\frac{2\mu B}{k_B T}}}{1 + e^{-\frac{2\mu B}{k_B T}}}

  2. Aimantation moyenne : L’aimantation portée par une particule est +μ+ \mu dans l’état 1 et −μ-\mu dans l’état 2. L’aimantation moyenne pour NN particules sans interactions est : ⟨M⟩=Nμ(P1−P2)=Nμ1−e−2μBkBT1+e−2μBkBT=Nμtanh⁡(μBkBT)\langle M \rangle = N \mu (P_1 - P_2) = N \mu \frac{1 - e^{-\frac{2\mu B}{k_B T}}}{1 + e^{-\frac{2\mu B}{k_B T}}} = N \mu \tanh\left(\frac{\mu B}{k_B T}\right)

  3. Limites physiques :

    • Lorsque T→0T \to 0 : μBkBT→+∞\frac{\mu B}{k_B T} \to +\infty, donc tanh⁡(μBkBT)→1\tanh\left(\frac{\mu B}{k_B T}\right) \to 1. Ainsi, ⟨M⟩→Nμ\langle M \rangle \to N\mu. Interprétation : Toute l’agitation thermique est gelée, les moments magnétiques s’alignent tous dans le sens du champ (état fondamental d’énergie minimale).
    • Lorsque T→+∞T \to +\infty : μBkBT→0\frac{\mu B}{k_B T} \to 0, donc tanh⁡(x)∼x\tanh(x) \sim x, ce qui donne ⟨M⟩≈Nμ(μBkBT)→0\langle M \rangle \approx N\mu \left(\frac{\mu B}{k_B T}\right) \to 0. Interprétation : L’agitation thermique l’emporte totalement, l’orientation des moments est complètement aléatoire (désordre maximal).

Partie II : Application à l’atmosphère terrestre

Section titled “Partie II : Application à l’atmosphère terrestre”
  1. Probabilité relative selon l’altitude : L’énergie totale d’une molécule est E=Ec+mgzE = E_c + mgz. Les degrés de liberté cinétiques et potentiels étant découplés, la densité de probabilité de présence à l’altitude zz est proportionnelle à exp⁡(−mgzkBT0)\exp\left(-\frac{mgz}{k_B T_0}\right). Le rapport des probabilités entre l’altitude zz et le sol (z=0z=0) est : P(z)P(0)=exp⁡(−mgzkBT0)\frac{\mathcal{P}(z)}{\mathcal{P}(0)} = \exp\left(-\frac{mgz}{k_B T_0}\right)

  2. Loi barométrique : Puisque la concentration molaire (ou volumique) est proportionnelle à cette probabilité de présence, la pression P(z)P(z) obéit à la même loi exponentielle (en supposant le gaz parfait et T0T_0 constante) : P(z)=P0exp⁡(−mgzkBT0)P(z) = P_0 \exp\left(-\frac{mgz}{k_B T_0}\right) En introduisant la masse molaire Mm=mNAM_m = m \mathcal{N}_A et la constante des gaz parfaits R=kBNAR = k_B \mathcal{N}_A, on obtient : P(z)=P0exp⁡(−MmgzRT0)=P0exp⁡(−zH)P(z) = P_0 \exp\left(-\frac{M_m g z}{R T_0}\right) = P_0 \exp\left(-\frac{z}{H}\right) où la hauteur d’échelle HH est définie par : H=RT0MmgH = \frac{R T_0}{M_m g}

  3. Application numérique et analyse critique :

    • Calcul de HH : H=8,314×29328×10−3×9,81≈2435,990,27468≈8868 m≈8,87 kmH = \frac{8{,}314 \times 293}{28 \times 10^{-3} \times 9{,}81} \approx \frac{2435{,}99}{0{,}27468} \approx 8868\text{ m} \approx 8{,}87\text{ km}
    • Estimation de la pression à z=80 kmz = 80\text{ km} : P(80\text{ km}) = P_0 \exp\mfenced(-\frac{80}{8{,}87}\right) \approx P_0 e^{-9{,}02} \approx 1{,}2 \times 10^{-4} P_0 À z=0z=0, P0≈105 PaP_0 \approx 10^5\text{ Pa}, donc P(80 km)≈12 PaP(80\text{ km}) \approx 12\text{ Pa}.
    • Analyse critique et limites du modèle : Le modèle isoterme prédit une décroissance exponentielle continue. Toutefois, l’hypothèse d’une température constante (T0=293 KT_0 = 293\text{ K}) est fausse dans la réalité atmosphérique :
      1. La température varie fortement selon les couches (chute dans la troposphère, remontée dans la stratosphère, etc.).
      2. À 80 km80\text{ km} (dans la mésosphère), la composition chimique de l’air commence à ne plus être homogène (dissociation des molécules sous l’effet du rayonnement UV, sédimentation gravitationnelle des espèces plus lourdes). Le modèle simple du facteur de Boltzmann avec une température uniforme montre ici ses limites macroscopiques et doit être couplé à un modèle radiatif-convectif pour être rigoureux.