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Exercice 1 : Formes quadratiques et réduction symétrique

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n≥2n \ge 2 un entier. On munit l’espace vectoriel Rn\mathbb{R}^n de son produit scalaire usuel, noté ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle, et de sa base canonique B=(e1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_n). Soit A=(ai,j)1≤i,j≤nA = (a_{i,j})_{1 \le i,j \le n} une matrice symétrique réelle de taille n×nn \times n. On y associe la forme quadratique qq définie sur Rn\mathbb{R}^n par : ∀x=(x1⋮xn)∈Rn,q(x)=XTAX=∑i=1nai,ixi2+2∑1≤i<j≤nai,jxixj\forall x = \begin{pmatrix} x_1 \\ \vdots \\ x_n \end{pmatrix} \in \mathbb{R}^n, \quad q(x) = X^T A X = \sum_{i=1}^n a_{i,i} x_i^2 + 2 \sum_{1 \le i < j \le n} a_{i,j} x_i x_j où XX désigne le vecteur colonne des coordonnées de xx dans la base B\mathcal{B}.

L’objectif de ce problème est d’étudier un procédé de réduction simultanée et d’examiner le lien entre les coefficients diagonaux de AA et ses valeurs propres dans le cas où AA est à diagonal dominante.


  1. Préalable sur la signature : Soit P∈Mn(R)P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice inversible et qq une forme quadratique de matrice AA dans la base canonique. Exprimez la matrice de qq dans la nouvelle base dont la matrice de passage est PP, et déduisez-en que la signature de qq est invariante par changement de base.
  2. Réduction par la méthode de Gauss : On considère la forme quadratique définie sur R3\mathbb{R}^3 par : q3(x,y,z)=x2+4xy+2xz+6y2+4yz+3z2q_3(x, y, z) = x^2 + 4xy + 2xz + 6y^2 + 4yz + 3z^2 Décomposer q3q_3 en somme de carrés de formes linéaires indépendantes. Préciser le rang et la signature de q3q_3.
  3. Caractérisation spectrale et positivité : Démontrer que qq est positive (i.e. ∀x∈Rn,q(x)≥0\forall x \in \mathbb{R}^n, q(x) \ge 0) si et seulement si toutes les valeurs propres de AA sont positives ou nulles.
  4. Application aux matrices à diagonale dominante : On suppose que la matrice AA vérifie la condition de dominance diagonale stricte : ∀i∈⟦1,n⟧,∣ai,i∣>∑j≠i∣ai,j∣\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket, \quad |a_{i,i}| > \sum_{j \neq i} |a_{i,j}| On suppose de plus que les éléments diagonaux sont strictement positifs : ∀i∈⟦1,n⟧,ai,i>0\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket, a_{i,i} > 0. En considérant l’action de AA sur un vecteur où les coordonnées atteignent un maximum en valeur absolue, montrer que AA est une matrice définie positive.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Rappelez la formule de changement de base pour une matrice représentative d’une forme bilinéaire symétrique / quadratique. Utilisez le théorème du rang pour l’invariance du rang, et la connexité par arcs ou le théorème d’Sylvester pour l’invariance de la signature (ou l’isomorphisme induit sur les sous-espaces spectraux).
  • Question 2 : Procédez par regroupement successif des termes selon l’algorithme de Gauss. Isolez d’abord les termes en xx, puis factorisez le reste en fonction de yy et zz.
  • Question 3 : Utilisez le théorème spectral : puisque AA est symétrique réelle, elle est diagonalisable dans une base orthonormée. Exprimez q(x)q(x) dans cette nouvelle base.
  • Question 4 : Raisonnez par l’absurde ou par maximisation. Soit x0∈Rnx_0 \in \mathbb{R}^n un vecteur non nul tel que l’une de ses composantes est maximale en valeur absolue. Évaluez la ii-ème ligne du produit Ax0A x_0 pour cet indice.

Soit PP la matrice de passage de la base B\mathcal{B} à une nouvelle base B′\mathcal{B}'. La matrice de la forme quadratique qq dans la base B′\mathcal{B}' est donnée par A′=PTAPA' = P^T A P.

  • Invariance du rang : Comme PP est inversible, rg(A′)=rg(PTAP)=rg(A)\text{rg}(A') = \text{rg}(P^T A P) = \text{rg}(A) car le rang ne change pas par multiplication par des matrices inversibles. Le rang de la forme quadratique est donc invariant.
  • Invariance de la signature : D’après le théorème d’inertie de Sylvester, si l’on écrit qq sous forme d’une somme de carrés q(x)=∑i=1r±ui(x)2q(x) = \sum_{i=1}^r \pm u_i(x)^2, le nombre de coefficients positifs (indice d’inertie positif pp) et le nombre de coefficients négatifs (indice d’inertie négatif nn) ne dépendent pas de la base choisie. Ils caractérisent la signature (p,n)(p, n).

2. Réduction par la méthode de Gauss pour q3q_3

Section titled “2. Réduction par la méthode de Gauss pour q3q_3q3​”

On écrit : q3(x,y,z)=x2+4xy+2xz+6y2+4yz+3z2q_3(x, y, z) = x^2 + 4xy + 2xz + 6y^2 + 4yz + 3z^2 On regroupe tous les termes contenant xx : q3(x,y,z)=x2+2x(2y+z)+(2y+z)2⏟carreˊ parfait−(2y+z)2+6y2+4yz+3z2q_3(x, y, z) = \underbrace{x^2 + 2x(2y + z) + (2y + z)^2}_{\text{carré parfait}} - (2y + z)^2 + 6y^2 + 4yz + 3z^2 q3(x,y,z)=(x+2y+z)2−(4y2+4yz+z2)+6y2+4yz+3z2q_3(x, y, z) = (x + 2y + z)^2 - (4y^2 + 4yz + z^2) + 6y^2 + 4yz + 3z^2 En simplifiant les termes en yy et zz : q3(x,y,z)=(x+2y+z)2+2y2+2z2q_3(x, y, z) = (x + 2y + z)^2 + 2y^2 + 2z^2 Cette écriture est une somme de carrés de formes linéaires indépendantes :

  • L1(x,y,z)=x+2y+zL_1(x, y, z) = x + 2y + z
  • L2(x,y,z)=yL_2(x, y, z) = y
  • L3(x,y,z)=zL_3(x, y, z) = z Bilan: **
  • Le rang de q3q_3 est 33 (nombre de carrés non nuls).
  • La signature de q3q_3 est (3,0)(3, 0) (trois coefficients strictement positifs). La forme quadratique est donc définie positive.

3. Caractérisation spectrale et positivité

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Puisque AA est une matrice symétrique réelle, d’après le théorème spectral, il existe une base orthonormée (varepsilon1,…,εn)(varepsilon_1, \dots, \varepsilon_n) de Rn\mathbb{R}^n constituée de vecteurs propres de AA associés à des valeurs propres réelles λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n. Soit PP la matrice de passage orthogonale vers cette base (P−1=PT\mathcal{P}^{-1} = P^T). Dans cette nouvelle base, si l’on note Y=PTXY = P^T X, on a : q(x)=XTAX=(PY)TA(PY)=YT(PTAP)Y=∑i=1nλiyi2q(x) = X^T A X = (PY)^T A (PY) = Y^T (P^T A P) Y = \sum_{i=1}^n \lambda_i y_i^2

  • Sens (⇐)(\Leftarrow) : Si ∀i,λi≥0\forall i, \lambda_i \ge 0, alors pour tout Y∈RnY \in \mathbb{R}^n, ∑i=1nλiyi2≥0\sum_{i=1}^n \lambda_i y_i^2 \ge 0, donc qq est positive.
  • Sens (⇒)(\Rightarrow) : Si qq est positive, supposons par l’absurde qu’il existe une valeur propre λj<0\lambda_j < 0. En choisissant le vecteur x=εjx = \varepsilon_j (soit Y=ejY = e_j), on a q(εj)=λj<0q(\varepsilon_j) = \lambda_j < 0, ce qui contredit la positivité de qq.

Par conséquent, qq est positive si et seulement si Sp(A)⊂[0,+∞[\text{Sp}(A) \subset [0, +\infty[.


4. Application aux matrices à diagonale dominante

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Soit λ\lambda une valeur propre de AA et X=(x1⋮xn)∈Rn∖{0}X = \begin{pmatrix} x_1 \\ \vdots \\ x_n \end{pmatrix} \in \mathbb{R}^n \setminus \{0\} un vecteur propre associé : AX=λXAX = \lambda X. Soit i0∈⟦1,n⟧i_0 \in \llbracket 1, n \rrbracket tel que ∣xi0∣=max⁡1≤i≤n∣xi∣|x_{i_0}| = \max_{1 \le i \le n} |x_i|. Comme X≠0X \neq 0, on a ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0. Écrivons la i0i_0-ème ligne du système AX=λXAX = \lambda X : ∑j=1nai0,jxj=λxi0  ⟹  (λ−ai0,i0)xi0=∑j≠i0ai0,jxj\sum_{j=1}^n a_{i_0, j} x_j = \lambda x_{i_0} \implies (\lambda - a_{i_0, i_0}) x_{i_0} = \sum_{j \neq i_0} a_{i_0, j} x_j En prenant la valeur absolue des deux côtés et en utilisant l’inégalité triangulaire : ∣λ−ai0,i0∣∣xi0∣≤∑j≠i0∣ai0,j∣∣xj∣|\lambda - a_{i_0, i_0}| |x_{i_0}| \le \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}| |x_j| Puisque ∣xj∣≤∣xi0∣|x_j| \le |x_{i_0}| pour tout jj et que ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0, on peut diviser par ∣xi0∣|x_{i_0}| : ∣λ−ai0,i0∣≤∑j≠i0∣ai0,j∣|\lambda - a_{i_0, i_0}| \le \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}| Par l’inégalité triangulaire inverse, on a aussi ∣λ−ai0,i0∣≥∣λ∣−ai0,i0|\lambda - a_{i_0, i_0}| \ge |\lambda| - a_{i_0, i_0} (car ai0,i0>0a_{i_0, i_0} > 0). Ainsi : ∣λ∣−ai0,i0≤∑j≠i0∣ai0,j∣  ⟹  ∣λ∣≤ai0,i0+∑j≠i0∣ai0,j∣|\lambda| - a_{i_0, i_0} \le \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}| \implies |\lambda| \le a_{i_0, i_0} + \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}| Mais l’hypothèse de dominance diagonale stricte nous assure que ai0,i0>∑j≠i0∣ai0,j∣a_{i_0, i_0} > \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}|, ce qui implique en particulier que λ≠0\lambda \neq 0 (mieux encore, λ>ai0,i0−∑j≠i0∣ai0,j∣>0\lambda > a_{i_0, i_0} - \sum_{j \neq i_0} |a_{i_0, j}| > 0).

Toutes les valeurs propres de AA sont donc strictement positives. D’après la question précédente, la forme quadratique associée est définie positive, et par conséquent la matrice AA est symétrique définie positive.