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Centrale-Supélec - Physique

📄 Partie 1 : Énoncé du Problème (Mise en situation ingénieur/recherche)

Section titled “📄 Partie 1 : Énoncé du Problème (Mise en situation ingénieur/recherche)”

Étude métrologique et thermodynamique d’un résonateur optomécanique à franges d’interférence

Section titled “Étude métrologique et thermodynamique d’un résonateur optomécanique à franges d’interférence”

Les résonateurs optomécaniques étudient le couplage entre la force de radiation d’un champ optique et le mouvement mécanique d’un objet macroscopique, typiquement une membrane semi-réfléchissante suspendue. Ce domaine, au carrefour de la thermodynamique statistique, de l’optique ondulatoire et de la mécanique quantique, trouve des applications majeures dans la détection d’ondes gravitationnelles et la métrologie ultra-sensible.

Le système considéré est constitué d’une cavité Fabry-Perot unidimensionnelle de longueur au repos L0L_0, délimitée par un miroir fixe parfait (r1=1r_1 = 1) et une membrane mobile de masse MM, de coefficient de réflexion en intensité RR et de transmission TT (avec R+T=1R + T = 1, les pertes par absorption étant négligées). La membrane est assujettie à un mouvement suivant l’axe (Ox)(Ox) orthogonal à sa surface, repéré par sa position instantanée x(t)x(t) autour de sa position d’équilibre x=0x=0. Elle est modélisée sur le plan mécanique comme un oscillateur harmonique de pulsation propre Ωm\Omega_m et de facteur de qualité mécanique QmQ_m.

L’ensemble du dispositif est plongé dans un thermostat à la température T0T_0. Le champ électromagnétique incident, issu d’un laser monochromatique de pulsation ωL\omega_L et de longueur d’onde λL\lambda_L, interagit avec la membrane. Sous l’effet des interférences multiples au sein de la cavité, le champ optique exerce une pression de radiation fluctuante qui modifie la dynamique de la membrane, tandis que le déplacement de cette dernière module la phase et l’amplitude du champ optique intracavité.

Le problème se propose d’analyser d’une part la structure interférentielle du champ optique au voisinage de la membrane couplée, et d’autre part les fluctuations thermodynamiques et statistiques de l’oscillateur mécanique sous l’action combinée du bain thermique et de la force de fluctuation-dissipation optique.


Partie A : Ondes, interférences et champ électromagnétique intracavité

Section titled “Partie A : Ondes, interférences et champ électromagnétique intracavité”
  1. A.1. Établir l’expression du champ électrique stationnaire incident complexe se propageant selon (Ox)(Ox) sous la forme E‾i(x,t)=E0exp⁡[i(ωLt−kx)]\underline{E}_i(x,t) = E_0 \exp[i(\omega_L t - k x)]. Définir la constante de propagation kk en fonction de ωL\omega_L, de la vitesse de la lumière dans le vide cc et de l’indice optique du milieu intracavité, pris égal à 11.
  2. A.2. En considérant les conditions de continuité des composantes tangentielles du champ électromagnétique à la traversée de la membrane infinie mince située en xx, modélisée par une matrice de transfert pour les amplitudes complexes, exprimer le coefficient de réflexion en amplitude r‾\underline{r} et le coefficient de transmission en amplitude t‾\underline{t} de la membrane, en supposant le système sans pertes d’absorption. On posera r=Rr = \sqrt{R}.
  3. A.3. En écrivant la superposition des ondes incidentes, réfléchies et transmises dans les deux portions de la cavité (avant et après la membrane), déterminer l’intensité lumineuse intracavité normalisée I(x)/I0I(x)/I_0 en régime stationnaire en fonction de xx, de L0L_0, de ωL\omega_L et de RR.
  4. A.4. Expliciter la condition de résonance optique de la cavité. En déduire la variation infinitésimale de la phase optique vue par la membrane lorsque celle-ci subit un déplacement élémentaire δx\delta x.
  5. A.5. Évaluer la force moyenne de radiation ⟨Fopt⟩\langle F_{\text{opt}} \rangle exercée par le champ lumineux sur la membrane en fonction de la puissance incidente PincP_{\text{inc}}, de cc, du facteur de finesse de la cavité F=πR1−RF = \frac{\pi \sqrt{R}}{1-R} et du désaccord fréquentiel Δω=ωL−ωcav\Delta \omega = \omega_L - \omega_{\text{cav}} (où ωcav\omega_{\text{cav}} est la pulsation de résonance de la cavité).

Partie B : Thermodynamique statistique du résonateur et fluctuations

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  1. B.1. En appliquant le théorème de l’énergie cinétique et le principe fondamental de la dynamique à la membrane, établir l’équation différentielle régissant le mouvement x(t)x(t) de la membrane en tenant compte de la force de rappel élastique, d’un terme de frottement visqueux linéaire associé au bain thermique (caractérisé par un coefficient Γm=Ωm/Qm\Gamma_m = \Omega_m / Q_m), de la force moyenne de radiation et d’une force stochastique Langevinienne δFth(t)\delta F_{\text{th}}(t) issue des fluctuations thermiques du bain.
  2. B.2. Linéariser cette équation autour du point d’équilibre stationnaire pour de petites fluctuations δx(t)\delta x(t) et δP(t)\delta P(t) de la puissance incidente ou du déplacement. Introduire la rigidité optique (ou optomécanique) kopt=−∂⟨Fopt⟩∂xk_{\text{opt}} = -\frac{\partial \langle F_{\text{opt}} \rangle}{\partial x}. Discuter de la stabilité du système selon le signe de koptk_{\text{opt}}.
  3. B.3. Rappeler le théorème d’équipartition de l’énergie pour un degré de liberté quadratique en énergie potentielle à l’équilibre thermique avec un thermostat à la température T0T_0. En déduire l’écart type σx=⟨δx2⟩\sigma_x = \sqrt{\langle \delta x^2 \rangle} des fluctuations de position de la membrane en l’absence de couplage optique.
  4. B.4. Par une approche de thermodynamique statistique, exprimer la fonction de partition canonique ZZ de l’oscillateur harmonique quantique (ou classique dans sa limite haute température kBT0≫ℏΩmk_B T_0 \gg \hbar \Omega_m) couplé au bain. En déduire l’expression de la densité spectrale de puissance des fluctuations de position Sxx(ω)S_{xx}(\omega) via le théorème de fluctuation-dissipation.
  5. B.5. On définit le bruit de mesure optique par la limite standard quantique (SQL) du déplacement. Expliquer qualitativement comment l’interférométrie Fabry-Perot permet d’atteindre une sensibilité de mesure sub-nanométrique, tout en soulignant le compromis fondamental imposé par la rétroaction de la force de radiation (back-action).

💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)

Section titled “💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)”

Le jury tient à souligner l’excellente maîtrise formelle attendue sur ce type de sujet transversal mêlant optique ondulatoire et mécanique statistique. Les points de vigilance majeurs identifiés lors de la correction sont :

  1. Conditions aux limites et matrices de transfert : De nombreux candidats oublient les phases introduites par la traversée de la membrane semi-réfléchissante. L’utilisation rigoureuse des conditions de passage (continuité du champ tangentiel) est indispensable pour établir les amplitudes complexes.
  2. Rigidité optique : La notion de force de radiation dépendante de la position est souvent traitée de manière purement mécanique sans relier le déplacement du miroir à la modification de la condition de résonance de la cavité (décalage de phase Δϕ=2kδx\Delta \phi = 2 k \delta x). Le signe de koptk_{\text{opt}} est critique pour la stabilité (phénomène d’amplification ou d’amortissement optique, optical spring effect).
  3. Théorème de fluctuation-dissipation : L’utilisation de ce théorème exige de bien identifier la susceptibilité mécanique du système couplé. Les confusions entre dimensions énergétiques et spectrales (densités spectrales unilatérales vs bilatérales) sont lourdement sanctionnées.

📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse

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Partie A : Ondes, interférences et champ électromagnétique intracavité

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  1. A.1. Le champ électrique incident est une onde plane monochromatique se propageant dans la direction +Ox+Ox : E‾i(x,t)=E0exp⁡[i(ωLt−kx)]\underline{E}_i(x,t) = E_0 \exp\left[i(\omega_L t - k x)\right] La constante de propagation kk (ou nombre d’onde) est définie par : k=ωLck = \frac{\omega_L}{c} où ωL\omega_L est la pulsation du laser et cc la vitesse de la propagation dans le vide.

  2. A.2. Soit r‾\underline{r} et t‾\underline{t} les coefficients complexes de réflexion et de transmission en amplitude de la membrane. Pour une membrane sans pertes d’absorption, l’énergie se conserve, ce qui impose ∣r‾∣2+∣t‾∣2=1|\underline{r}|^2 + |\underline{t}|^2 = 1, soit R+T=1R + T = 1 avec R=r2R = r^2. En utilisant les relations de Stokes pour une lame mince sans pertes, les coefficients s’écrivent sous la forme : r‾=iRett‾=1−Rexp⁡(iϕ0)\underline{r} = i \sqrt{R} \quad \text{et} \quad \underline{t} = \sqrt{1-R} \exp(i\phi_0) où la phase ϕ0\phi_0 dépend du choix de l’origine de la position de la membrane. Par convention, on pose r‾=r\underline{r} = r et t‾=1−r2\underline{t} = \sqrt{1-r^2}.

  3. A.3. Dans la cavité de longueur L0L_0, l’interférence des réflexions multiples entre le miroir parfait (x=0x=0) et la membrane mobile (x=L0x=L_0) conduit au champ intracavité. L’intensité normalisée I(x)/I0I(x)/I_0 s’obtient en sommant la série des ondes multiples. Par application de la formule d’Airy pour une cavité asymétrique : I(x)I0=T(1−r)2+4rsin⁡2(kx)\frac{I(x)}{I_0} = \frac{T}{(1-r)^2 + 4r \sin^2(k x)} En tenant compte de la condition aux limites au miroir parfait (x=0x=0), l’onde incidente et l’onde réfléchie s’annulent en phase, et l’intensité dans la cavité présente une structure stationnaire de période spatiale λL/2\lambda_L / 2.

  4. A.4. La condition de résonance optique correspond au maximum de l’intensité intracavité, soit lorsque l’argument du sinus s’annule modulo π\pi : kL0=mπ(m∈N∗)k L_0 = m \pi \quad (m \in \mathbb{N}^*) Soit ωcav=mπcL0\omega_{\text{cav}} = \frac{m \pi c}{L_0}. Si la membrane subit un déplacement élémentaire δx\delta x, la longueur effective de la cavité devient L0+δxL_0 + \delta x. La phase optique totale du tour de cavité est modifiée de : δϕ=2kδx=2ωLcδx\delta \phi = 2 k \delta x = \frac{2 \omega_L}{c} \delta x

  5. A.5. La force de radiation exercée par le champ optique sur la membrane est proportionnelle à la densité d’énergie électromagnétique stockée dans la cavité. En régime permanent, elle s’écrit : ⟨Fopt⟩=Pincc4Rsin⁡2(kL0)(1−R)2+4Rsin⁡2(kL0)\langle F_{\text{opt}} \rangle = \frac{P_{\text{inc}}}{c} \frac{4 R \sin^2(k L_0)}{(1-R)^2 + 4 R \sin^2(k L_0)} En introduisant la finesse F≈πR1−RF \approx \frac{\pi \sqrt{R}}{1-R} et le désaccord fréquentiel Δω=ωL−ωcav\Delta \omega = \omega_L - \omega_{\text{cav}}, la force se réécrit sous forme lorentzienne au voisinage de la résonance : ⟨Fopt⟩=PinccFπ11+(2FπΔωωcav)2\langle F_{\text{opt}} \rangle = \frac{P_{\text{inc}}}{c} \frac{\mathcal{F}}{\pi} \frac{1}{1 + \left(\frac{2 \mathcal{F}}{\pi} \frac{\Delta \omega}{\omega_{\text{cav}}}\right)^2}


Partie B : Thermodynamique statistique du résonateur et fluctuations

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  1. B.1. Le PFD appliqué à la membrane de masse MM se projette selon (Ox)(Ox) : Mx¨+MΓmx˙+MΩm2x=⟨Fopt⟩+δFth(t)M \ddot{x} + M \Gamma_m \dot{x} + M \Omega_m^2 x = \langle F_{\text{opt}} \rangle + \delta F_{\text{th}}(t) avec Γm=ΩmQm\Gamma_m = \frac{\Omega_m}{Q_m} le taux d’amortissement visqueux, Ωm=kmechM\Omega_m = \sqrt{\frac{k_{\text{mech}}}{M}} la pulsation propre mécanique, et δFth(t)\delta F_{\text{th}}(t) la force stochastique de Langevin caractérisant les chocs moléculaires du bain thermique.

  2. B.2. Pour de petites fluctuations δx(t)\delta x(t) autour de la position d’équilibre x=0x=0, on effectue un développement de Taylor de la force moyenne de radiation : ⟨Fopt(x0+δx)⟩≈⟨Fopt(x0)⟩+∂⟨Fopt⟩∂x∣x0δx\langle F_{\text{opt}}(x_0 + \delta x) \rangle \approx \langle F_{\text{opt}}(x_0) \rangle + \left. \frac{\partial \langle F_{\text{opt}} \rangle}{\partial x} \right|_{x_0} \delta x On définit la rigidité optique koptk_{\text{opt}} : kopt=−∂⟨Fopt⟩∂xk_{\text{opt}} = - \frac{\partial \langle F_{\text{opt}} \rangle}{\partial x} L’équation linéarisée devient : Mδx¨+MΓmδx˙+(MΩm2+kopt)δx=δFth(t)M \delta\ddot{x} + M \Gamma_m \delta\dot{x} + (M \Omega_m^2 + k_{\text{opt}}) \delta x = \delta F_{\text{th}}(t) Le système est stable si la rigidité totale effective est positive, c’est-à-dire MΩm2+kopt>0M \Omega_m^2 + k_{\text{opt}} > 0. Si koptk_{\text{opt}} est négatif et de module supérieur à MΩm2M\Omega_m^2, le système diverge (instabilité statique ou pull-in).

  3. B.3. D’après le théorème d’équipartition de l’énergie statistique, chaque degré de liberté quadratique de l’énergie possède une énergie moyenne égale à 12kBT0\frac{1}{2} k_B T_0. Pour l’énergie potentielle élastique : 12MΩm2⟨δx2⟩=12kBT0\frac{1}{2} M \Omega_m^2 \langle \delta x^2 \rangle = \frac{1}{2} k_B T_0 On en déduit l’écart-type des fluctuations de position thermique pure : σx=⟨δx2⟩=kBT0MΩm2\sigma_x = \sqrt{\langle \delta x^2 \rangle} = \sqrt{\frac{k_B T_0}{M \Omega_m^2}}

  4. B.4. À l’équilibre thermodynamique, la fonction de partition canonique de l’oscillateur harmonique est : Z=∑n=0∞exp⁡(−EnkBT0)=12sinh⁡(ℏΩm2kBT0)Z = \sum_{n=0}^{\infty} \exp\left(-\frac{E_n}{k_B T_0}\right) = \frac{1}{2 \sinh\left(\frac{\hbar \Omega_m}{2 k_B T_0}\right)} Dans la limite classique haute température (kBT0≫ℏΩmk_B T_0 \gg \hbar \Omega_m), Z≈kBT0ℏΩmZ \approx \frac{k_B T_0}{\hbar \Omega_m}. Par application du théorème de fluctuation-dissipation, la densité spectrale de puissance (DSP) des fluctuations de position Sxx(ω)S_{xx}(\omega) est liée à la partie imaginaire de la susceptibilité mécanique χ(ω)=1M(Ωm2−ω2+iΓmω)\chi(\omega) = \frac{1}{M(\Omega_m^2 - \omega^2 + i \Gamma_m \omega)} : Sxx(ω)=2πkBT0ωIm[χ(ω)]=2kBT0Γm/M(Ωm2−ω2)2+Γm2ω2S_{xx}(\omega) = \frac{2}{\pi} \frac{k_B T_0}{\omega} \text{Im}[\chi(\omega)] = \frac{2 k_B T_0 \Gamma_m / M}{(\Omega_m^2 - \omega^2)^2 + \Gamma_m^2 \omega^2}

  5. B.5. L’interférométrie Fabry-Perot permet de transformer un déplacement mécanique δx\delta x en une modulation de phase optique, détectable par des méthodes hétérodynes ou homodynes avec une sensibilité picométrique, voire sub-femtométrique. Cependant, ce gain en sensibilité se heurte à un compromis fondamental dicté par la mécanique quantique : pour mesurer avec précision la position par un faisceau lumineux, il faut augmenter la puissance incidente PincP_{\text{inc}}, ce qui accroît les fluctuations de nombre de photons (bruit de grenaille, shot noise). En retour, la force de radiation fluctuante associée (rétroaction ou quantum back-action) perturbe le mouvement de la membrane. Ce compromis définit la Limite Standard Quantique (SQL), traduisant le principe d’incertitude de Heisenberg appliqué à la mesure continue d’une position.