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Exercice 2 : Théorème fondamental de l analyse

Problème guidé : Analyse asymptotique d’une fonction définie par une intégrale et modélisation physique

Section titled “Problème guidé : Analyse asymptotique d’une fonction définie par une intégrale et modélisation physique”

Ce problème s’inspire des épreuves écrites des concours Mines-Ponts et Centrale-Supélec. Il illustre l’application du Théorème Fondamental de l’Analyse (TFA) à l’étude de fonctions définies par des intégrales dépendant d’un paramètre, ainsi que l’importance d’un regard critique sur les ordres de grandeur dans un modèle approché.


Dans ce problème, on s’intéresse à la fonction FF définie sur R+∗\mathbb{R}_+^* par : F(x)=∫xx2e−tt dtF(x) = \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-t}}{t} \, dt

L’objectif est d’étudier les propriétés de régularité de FF, de déterminer son comportement aux limites (en 0+0^+ et en +∞+\infty), et d’analyser la pertinence d’un modèle linéaire approché dans le cadre d’un traitement numérique du signal.


Partie A : Étude générale et régularité

Section titled “Partie A : Étude générale et régularité”
  1. Justification de l’existence : Soit x>0x > 0. Justifier que l’intégrale définissant F(x)F(x) est convergente et bien définie.
  2. Dérivabilité : En utilisant le Théorème Fondamental de l’Analyse, montrer que FF est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R+∗\mathbb{R}_+^*. Exprimer sa dérivée F′(x)F'(x) pour tout x>0x > 0.
  3. Sens de variations : Déterminer le signe de F′(x)F'(x) sur R+∗\mathbb{R}_+^*. En déduire les variations de la fonction FF. Quel est le signe de F(x)F(x) pour x>0x > 0 ?

Partie B : Comportement aux limites (Analyse asymptotique)

Section titled “Partie B : Comportement aux limites (Analyse asymptotique)”
  1. Comportement en +∞+\infty : a. À l’aide d’un encadrement de la fonction integrand sur l’intervalle [x,x2][x, x^2] pour x>1x > 1, montrer que lim⁡x→+∞F(x)=0\lim_{x \to +\infty} F(x) = 0. b. Préciser un équivalent simple de F(x)F(x) lorsque xx tend vers +∞+\infty.
  2. Comportement en 0+0^+ : a. Pour x∈]0,1[x \in ]0, 1[, décomposer l’intégrale définissant F(x)F(x) en faisant apparaître l’intégrale de 1t\frac{1}{t} et une intégrale portant sur une fonction prolongeable par continuité en 00. b. En déduire un équivalent ou un développement limité à l’ordre 1 de F(x)F(x) lorsque x→0+x \to 0^+. Quelle est la limite de F(x)F(x) dans ce régime ?

Partie C : Regard critique et modélisation physique

Section titled “Partie C : Regard critique et modélisation physique”
  1. Application numérique et limites du modèle : Dans un système de traitement du signal, F(x)F(x) représente la réponse filtrée d’un capteur, où xx exprime une fréquence normalisée (exprimée en Hz\text{Hz}).
    • On cherche à approximer F(x)F(x) par sa tangente en un point de fonctionnement x0=1x_0 = 1.
    • Écrire l’approximation affine de F(x)F(x) au voisinage de 11.
    • Analyse critique : Si le capteur fonctionne dans un régime de hautes fréquences (x=103 Hzx = 10^3 \, \text{Hz}), l’approximation linéaire est-elle valide d’un point de vue physique ? Discuter en comparant les ordres de grandeur de F(x)F(x) et de son approximation.

  • Q1 & Q2 : Pensez à relier F(x)F(x) à une primitive GG de la fonction g(t)=e−ttg(t) = \frac{e^{-t}}{t} (qui est continue sur R+∗\mathbb{R}_+^*). Utilisez ensuite le théorème de dérivation d’une fonction composée.
  • Q4 : Sur [x,x2][x, x^2], majorez et minorez l’intégrande par des expressions simples en exploitant la décroissance de t↦e−tt \mapsto e^{-t}.
  • Q5 : Écrivez e−tt=1t+e−t−1t\frac{e^{-t}}{t} = \frac{1}{t} + \frac{e^{-t}-1}{t}. Remarquez que le second terme possède une limite finie en 00.
  • Q6 : Calculez F(1)F(1) (qui vaut 00) et F′(1)F'(1). Comparez la décroissance exponentielle de F(x)F(x) en +∞+\infty avec la croissance linéaire (ou affine) de l’approximation.

Partie A : Étude générale et régularité

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  1. Existence : Pour tout x>0x > 0, la fonction t↦e−ttt \mapsto \frac{e^{-t}}{t} est continue sur l’intervalle [x,x2][x, x^2] (si x≠1x \neq 1, ou réduite à un point si x=1x=1 auquel cas l’intégrale est nulle). Il s’agit d’une intégrale de Riemann d’une fonction continue sur un segment, donc elle converge.
  2. Dérivabilité : Soit g(t)=e−ttg(t) = \frac{e^{-t}}{t}. gg est continue sur R+∗\mathbb{R}_+^*. Soit a>0a > 0 un réel fixé. Posons G(x)=∫axg(t) dtG(x) = \int_{a}^{x} g(t) \, dt. D’après le Théorème Fondamental de l’Analyse, GG est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R+∗\mathbb{R}_+^* et G′(x)=g(x)G'(x) = g(x). On remarque que : F(x)=G(x2)−G(x)F(x) = G(x^2) - G(x) Comme x↦x2x \mapsto x^2 est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R+∗\mathbb{R}_+^*, par composition, FF est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R+∗\mathbb{R}_+^*. En dérivant, on obtient pour tout x>0x > 0 : F′(x)=2x⋅G′(x2)−1⋅G′(x)=2x⋅e−x2x2−e−xx=2e−x2−e−xxF'(x) = 2x \cdot G'(x^2) - 1 \cdot G'(x) = 2x \cdot \frac{e^{-x^2}}{x^2} - \frac{e^{-x}}{x} = \frac{2e^{-x^2} - e^{-x}}{x}
  3. Variations : F′(x)≥0  ⟺  2e−x2≥e−x  ⟺  −x2≥ln⁡(1/2)−x  ⟺  x2−x−ln⁡(2)≤0F'(x) \ge 0 \iff 2e^{-x^2} \ge e^{-x} \iff -x^2 \ge \ln(1/2) - x \iff x^2 - x - \ln(2) \le 0. Le discriminant de X2−X−ln⁡(2)X^2 - X - \ln(2) est Δ=1+4ln⁡(2)>0\Delta = 1 + 4\ln(2) > 0. La dérivée est positive entre les deux racines et négative ailleurs. De plus, pour x>1x > 1, x2>xx^2 > x, donc l’intervalle d’intégration est orienté dans le sens croissant et l’intégrant est strictement positif, donc F(x)>0F(x) > 0 pour x>1x > 1. Pour x∈]0,1[x \in ]0, 1[, l’intervalle est inversé, F(x)<0F(x) < 0.
  1. Comportement en +∞+\infty : a. Pour x>1x > 1, on a x<t<x2x < t < x^2. Donc −t≤−x-t \le -x, d’où e−t≤e−xe^{-t} \le e^{-x}. Ainsi : 0≤F(x)≤∫xx2e−xt dt=e−x[ln⁡(t)]xx2=e−xln⁡(x2/x)=e−xln⁡(x)0 \le F(x) \le \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-x}}{t} \, dt = e^{-x} [\ln(t)]_{x}^{x^2} = e^{-x} \ln(x^2 / x) = e^{-x} \ln(x) Par encadrement, comme lim⁡x→+∞e−xln⁡(x)=0\lim_{x \to +\infty} e^{-x}\ln(x) = 0, on a lim⁡x→+∞F(x)=0\lim_{x \to +\infty} F(x) = 0. b. L’encadrement précédent montre que F(x)=O(e−xln⁡x)F(x) = O(e^{-x}\ln x) en +∞+\infty.

  2. Comportement en 0+0^+ : a. Pour x∈]0,1[x \in ]0, 1[ : F(x)=∫xx2e−tt dt=∫xx21t dt+∫xx2e−t−1t dt=ln⁡(x2)−ln⁡(x)+∫xx2e−t−1t dtF(x) = \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-t}}{t} \, dt = \int_{x}^{x^2} \frac{1}{t} \, dt + \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-t}-1}{t} \, dt = \ln(x^2) - \ln(x) + \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-t}-1}{t} \, dt F(x)=ln⁡(x)+∫xx2e−t−1t dtF(x) = \ln(x) + \int_{x}^{x^2} \frac{e^{-t}-1}{t} \, dt b. La fonction h(t)=e−t−1th(t) = \frac{e^{-t}-1}{t} se prolonge par continuité en 00 (sa limite est −1-1). Par conséquent, l’intégrale ∫xx2h(t) dt\int_{x}^{x^2} h(t) \, dt a pour limite ∫00h(t) dt=0\int_{0}^{0} h(t) \, dt = 0 lorsque x→0+x \to 0^+. On en déduit que F(x)∼0+ln⁡(x)F(x) \underset{0^+}{\sim} \ln(x). Ainsi, lim⁡x+→0F(x)=−∞\lim_{x^+\to 0} F(x) = -\infty.

Partie C : Regard critique et modélisation physique

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  1. Application numérique et limites du modèle :
    • Calculons F(1)=∫11e−tt dt=0F(1) = \int_{1}^{1} \frac{e^{-t}}{t} \, dt = 0.
    • La dérivée en x0=1x_0 = 1 vaut F′(1)=2e−1−e−11=e−1F'(1) = \frac{2e^{-1} - e^{-1}}{1} = e^{-1}.
    • L’approximation affine de FF au voisinage de 11 est donc : Fapprox(x)=F(1)+F′(1)(x−1)=1e(x−1)F_{approx}(x) = F(1) + F'(1)(x - 1) = \frac{1}{e}(x - 1)
    • Analyse critique : Pour x=103 Hzx = 10^3 \, \text{Hz} (régime de hautes fréquences), l’approximation linéaire donne Fapprox(103)≈999e≈367,5F_{approx}(10^3) \approx \frac{999}{e} \approx 367,5. Cependant, d’après notre étude en +∞+\infty, la vraie valeur F(103)F(10^3) tend vers 00 (et est majorée par e−1000ln⁡(103)e^{-1000} \ln(10^3), ce qui est mathématiquement quasi-nul et physiquement imperceptible). Conclusion du modèle : Le modèle linéaire est totalement aberrant en dehors d’un voisinage très restreint de x0=1x_0 = 1. Il échoue à capturer l’amortissement exponentiel inhérent au phénomène physique modélisé par l’intégrale. En traitement du signal, utiliser cette approximation à haute fréquence conduirait à une divergence absurde, illustrant la nécessité absolue de coupler l’outil mathématique (ici le TFA et les développements) à une analyse critique des ordres de grandeur.