En classe préparatoire scientifique (filière PC), la maîtrise de l’analyse harmonique passe par l’étude fine de la convergence des séries de Fourier. Cet exercice propose d’étudier une fonction 2π-périodique, d’en calculer les coefficients de Fourier, puis d’appliquer le théorème de Dirichlet pour sommer certaines séries numériques classiques, avant de s’intéresser à la convergence en moyenne quadratique.
Soit f:R→R la fonction 2π-périodique, paire, définie sur [0,π] par :
f(t)=t(π−t)
Q1 : Pensez à vérifier la compatibilité des valeurs aux bornes de l’intervalle [−π,π] pour la continuité globale, et dérivez la fonction par morceaux pour la classe C1.
Q2 : Utilisez la parité de la fonction pour simplifier les intégrales (le calcul de an nécessitera deux intégrations par parties successives).
Q3 : Le théorème de Dirichlet donne la convergence simple (et même uniforme ici) de la série de Fourier vers f(t) en tout point. Évaluez la série en un point bien choisi (par exemple t=π/2).
Q4 : L’égalité de Parseval relie la norme L2 de la fonction au carré des coefficients de Fourier. Attention à bien normaliser les coefficients selon la formule du cours (avec ou sans le facteur 2).
Continuité : La fonction f est définie par des expressions polynomiales sur [0,π], donc elle y est continue. Par parité et 2π-périodicité, elle est définie sur R tout entier. Aux points de raccordement t∈πZ, on vérifie que limt→π−f(t)=π(π−π)=0 et limt→π+f(t)=(−π)(π−(−π)) n’est pas immédiat sans la périodicité.
Plus simplement, f(0)=0 et f(2π⋅0)=0. Par 2π-périodicité, f(π−)=π×0=0 et f(π+)=(−π)(π−π)=0 (en considérant l’extension sur [−π,π] où f(−π)=−π(π−(−π)) non, attention : f est paire, donc f(−π)=f(π)=0).
Plus rigoureusement : f est continue sur R comme recollement périodique d’une fonction continue sur [−π,π].
C1 par morceaux : Sur l’intervalle ouvert ]0,π[, f′(t)=π−2t, qui se prolonge par continuité aux bornes. Sur R, f est de classe C1 par morceaux car dérivable partout sauf éventuellement en kπ où les dérivées à gauche et à droite existent finies.
Le coefficient constant a0(f) est donné par :
a0(f)=π2∫0πf(t)dt=π2∫0π(tπ−t2)dta0(f)=π2[π2t2−3t3]0π=π2(2π3−3π3)=π2(6π3)=3π2
Pour n∈N∗, les coefficients an(f) s’obtiennent par :
an(f)=π2∫0π(πt−t2)cos(nt)dt
Effectuons deux intégrations par parties successives.
1ère IPP (terme tout intégré nul car sin(0)=sin(nπ)=0) :
an(f)=π2[(πt−t2)nsin(nt)]0π−π2∫0π(π−2t)(−nsin(nt))dtan(f)=nπ2∫0π(π−2t)sin(nt)dt
2ème IPP :
an(f)=nπ2[(π−2t)(−ncos(nt))]0π−nπ2∫0π(−2)(−ncos(nt))dt
En évaluant les bornes :
En t=π : (π−2π)=−π, ce qui donne −π(−n(−1)n)=n(−1)nπ.
En t=0 : (π−0)=π, ce qui donne π(−n1)=−nπ.
L’intégrale restante vaut ∫0πcos(nt)dt=0. Ainsi :
an(f)=nπ2(n(−1)nπ−(−nπ))=nπ2⋅nπ((−1)n−1)=n22((−1)n−1)
On en déduit que :
Énoncé : Puisque f est continue et de classe C1 par morceaux sur R, sa série de Fourier converge simplement (et même normalement par minoration par des séries de Riemann) sur R vers f(t) :
∀t∈R,f(t)=2a0(f)+∑n=1+∞an(f)cos(nt)
Soit explicitement :
f(t)=6π2−4∑k=0+∞(2k+1)2cos((2k+1)t)
Calcul de somme : Évaluons cette relation en t=0. On a f(0)=0, donc :
0=6π2−4∑k=0+∞(2k+1)21
D’où la somme classique :
∑k=0+∞(2k+1)21=8π2
En posant n=2k+1, on peut aussi exprimer la série alternée demandée, ou en déduire directement les valeurs usuelles par regroupement.
Énoncé : L’égalité de Parseval s’écrit :
π1∫−ππ∣f(t)∣2dt=2a0(f)2+∑n=1+∞(an(f)2+bn(f)2)
Calcul des termes :
Par parité de f2 :
π1∫−ππf(t)2dt=π2∫0πt2(π−t)2dt=π2∫0π(π2t2−2πt3+t4)dt∫0π(π2t2−2πt3+t4)dt=[π23t3−2π4t4+5t5]0π=π5(31−21+51)
En réduisant au même dénominateur (30) :
31−21+51=3010−15+6=301
L’intégrale vaut donc 30π5, et en multipliant par π2 :
π1∫−ππf(t)2dt=302π4=15π4
Application de Parseval :15π4=21(3π2)2+∑k=0+∞(−(2k+1)24)2=18π4+16∑k=0+∞(2k+1)41
On isole la somme recherchée :
16∑k=0+∞(2k+1)41=π4(151−181)=π4(906−5)=90π4
Finalement :
∑k=0+∞(2k+1)41=96π4