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📌 1. Définitions & Cadre d'étude

L’analyse harmonique étudie la décomposition de fonctions périodiques en superposition de signaux élémentaires harmoniques (sinusoïdes).

On note Cpm(R,C)\mathcal{C}_{pm}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) l’espace vectoriel des fonctions continues par morceaux, R→C\mathbb{R} \to \mathbb{C}. Pour toute fonction TT-périodique (avec T>0T > 0, ou de pulsation ω=2πT\omega = \frac{2\pi}{T}), on munit l’espace Cpm(R,C)\mathcal{C}_{pm}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) du produit scalaire hermitien canonique défini par : ⟨f,g⟩=1T∫0Tf(t)g(t)‾ dt\langle f, g \rangle = \frac{1}{T} \int_{0}^{T} f(t)\overline{g(t)}\,dt La norme associée est la norme quadratique (ou norme L2L^2) : ∥f∥2=⟨f,f⟩=(1T∫0T∣f(t)∣2 dt)12\|f\|_2 = \sqrt{\langle f, f \rangle} = \left(\frac{1}{T} \int_{0}^{T} |f(t)|^2\,dt\right)^{\frac{1}{2}}

Soit f∈Cpm(R,C)f \in \mathcal{C}_{pm}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) une fonction TT-périodique.

  • Coefficients complexes (pour n∈Zn \in \mathbb{Z}) : cn(f)=⟨f,ein⟩=1T∫0Tf(t)e−inωt dtc_n(f) = \langle f, e_{in} \rangle = \frac{1}{T} \int_{0}^{T} f(t)e^{-in\omega t}\,dt où ein:t↦einωte_{in} : t \mapsto e^{in\omega t}.

  • Coefficients réels (si ff est à valeurs réelles, pour n∈Nn \in \mathbb{N} et n∈N∗n \in \mathbb{N}^*) : an(f)=2T∫0Tf(t)cos⁡(nωt) dt(n≥0)a_n(f) = \frac{2}{T} \int_{0}^{T} f(t)\cos(n\omega t)\,dt \quad (n \ge 0) bn(f)=2T∫0Tf(t)sin⁡(nωt) dt(n≥1)b_n(f) = \frac{2}{T} \int_{0}^{T} f(t)\sin(n\omega t)\,dt \quad (n \ge 1)

Relations de passage : a0=c0,an=cn+c−n,bn=i(cn−c−n)a_0 = c_0, \quad a_n = c_n + c_{-n}, \quad b_n = i(c_n - c_{-n}) cn=an−ibn2(n≥1),c−n=an+ibn2(n≥1),c0=a0c_n = \frac{a_n - ib_n}{2} \quad (n \ge 1), \quad c_{-n} = \frac{a_n + ib_n}{2} \quad (n \ge 1), \quad c_0 = a_0

On appelle série de Fourier de ff la série de fonctions notée S(f)S(f) :

  • Sous forme trigonométrique (réelle) : S(f)(t)=a02+∑n=1+∞(ancos⁡(nωt)+bnsin⁡(nωt))S(f)(t) = \frac{a_0}{2} + \sum_{n=1}^{+\infty} \left( a_n \cos(n\omega t) + b_n \sin(n\omega t) \right)
  • Sous forme exponentielle (complexe) : S(f)(t)=∑n=−∞+∞cn(f)einωt=lim⁡N→+∞∑n=−NNcn(f)einωtS(f)(t) = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} c_n(f) e^{in\omega t} = \lim_{N \to +\infty} \sum_{n=-N}^{N} c_n(f) e^{in\omega t}

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

Énoncé : Si f∈Cpm(R,C)f \in \mathcal{C}_{pm}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) est TT-périodique, alors les coefficients de Fourier de ff tendent vers 00 lorsque ∣n∣→+∞|n| \to +\infty. lim⁡∣n∣→+∞cn(f)=0etlim⁡n→+∞an(f)=lim⁡n→+∞bn(f)=0\lim_{|n| \to +\infty} c_n(f) = 0 \quad \text{et} \quad \lim_{n \to +\infty} a_n(f) = \lim_{n \to +\infty} b_n(f) = 0

Théorème de Dirichlet (Convergence simple)

Section titled “Théorème de Dirichlet (Convergence simple)”

Énoncé : Si f:R→Cf : \mathbb{R} \to \mathbb{C} est TT-périodique, de classe C1\mathcal{C}^1 par morceaux sur R\mathbb{R}, alors pour tout t∈Rt \in \mathbb{R}, la série de Fourier de ff converge et l’on a : S(f)(t)=f(t+)+f(t−)2S(f)(t) = \frac{f(t^+) + f(t^-)}{2} En tout point tt où ff est continue, la série de Fourier converge vers f(t)f(t).

Énoncé : Si f∈Cpm(R,C)f \in \mathcal{C}_{pm}(\mathbb{R}, \mathbb{C}) est TT-périodique, alors la suite des coefficients de Fourier est de carré sommable, et l’on a l’égalité énergétique : ∥f∥22=∑n=−∞+∞∣cn(f)∣2=(a02)2+12∑n=1+∞(an(f)2+bn(f)2)\|f\|_2^2 = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} |c_n(f)|^2 = \left(\frac{a_0}{2}\right)^2 + \frac{1}{2}\sum_{n=1}^{+\infty} \left(a_n(f)^2 + b_n(f)^2\right)

Démonstration clé (Parseval via Fejér ou convergence uniforme C1\mathcal{C}^1) : Supposons ff de classe C1\mathcal{C}^1 et continue. Posons les sommes partielles de la série de Fourier SN(f)(t)=∑n=−NNcneinωtS_N(f)(t) = \sum_{n=-N}^{N} c_n e^{in\omega t}. Par convergence normale (conséquence de la régularité C1\mathcal{C}^1 et de l’inégalité de Cauchy-Schwarz sur les coefficients), SN(f)S_N(f) converge uniformément vers ff sur R\mathbb{R}.

Par continuité du produit scalaire pour la convergence uniforme, on a : ∥f∥22=⟨lim⁡N→+∞SN(f),f⟩=lim⁡N→+∞⟨SN(f),f⟩\|f\|_2^2 = \langle \lim_{N \to +\infty} S_N(f), f \rangle = \lim_{N \to +\infty} \langle S_N(f), f \rangle Or, par orthogonalité de la famille (ein)n∈Z(e_{in})_{n \in \mathbb{Z}} pour le produit scalaire hermitien : ⟨SN(f),f⟩=⟨∑n=−NNcnein,∑m=−∞+∞cmeim⟩=∑n=−NNcncn‾=∑n=−NN∣cn∣2\langle S_N(f), f \rangle = \left\langle \sum_{n=-N}^{N} c_n e_{in}, \sum_{m=-\infty}^{+\infty} c_m e_{im} \right\rangle = \sum_{n=-N}^{N} c_n \overline{c_n} = \sum_{n=-N}^{N} |c_n|^2 En passant à la limite lorsque N→+∞N \to +\infty, on obtient bien : ∥f∥22=∑n=−∞+∞∣cn(f)∣2■\|f\|_2^2 = \sum_{n=-\infty}^{+\infty} |c_n(f)|^2 \quad \blacksquare


  1. Exploiter les parités :

    • Si ff est paire, bn(f)=0b_n(f) = 0 pour tout n≥1n \ge 1 (la série ne contient que des cosinus).
    • Si ff est impaire, an(f)=0a_n(f) = 0 pour tout n≥0n \ge 0 (la série ne contient que des sinus).
    • Astuce : Si ff ne présente ni parité évidente, penser à la décomposer en f=fpair+fimpairf = f_{pair} + f_{impair} où fpair(t)=f(t)+f(−t)2f_{pair}(t) = \frac{f(t)+f(-t)}{2} et fimpair(t)=f(t)−f(−t)2f_{impair}(t) = \frac{f(t)-f(-t)}{2}.
  2. Intégration par parties (IPP) : Pour calculer les coefficients de Fourier d’une fonction régulière par morceaux, on réalise une ou plusieurs IPP pour faire apparaître nn au dénominateur, ce qui permet d’obtenir la vitesse de décroissance des coefficients (ex: O(1/n2)O(1/n^2) pour une fonction C1\mathcal{C}^1).

  3. Utilisation des transformées géométriques ou exponentielles : Privilégier le calcul des coefficients complexes cn(f)c_n(f) lorsque les intégrales font intervenir des termes en eate^{at}, car les calculs de primitives de type ∫e(α+iβ)tdt\int e^{(\alpha + i\beta)t} dt sont souvent plus rapides que la manipulation conjointe de cos⁡\cos et sin⁡\sin.

  4. Sommation de séries numériques via Parseval : Une fois les coefficients ana_n ou bnb_n calculés pour une fonction explicite ff dont on connaît ∫∣f∣2\int |f|^2, appliquer le théorème de Parseval permet d’obtenir la somme de séries numériques remarquables (ex: ∑1n2=π26\sum \frac{1}{n^2} = \frac{\pi^2}{6}).


  • Attention aux conditions de convergence du théorème de Dirichlet : Ne jamais affirmer qu’une série de Fourier converge simplement vers f(t)f(t) en un point de discontinuité. Elle converge vers la moyenne 12(f(t+)+f(t−))\frac{1}{2}(f(t^+) + f(t^-)).
  • Confusion entre convergence simple, uniforme et quadratique (L2L^2) :
    • La convergence quadratique (Parseval) est immédiate dès que f∈Cpmf \in \mathcal{C}_{pm}.
    • La convergence simple nécessite au minimum une condition de régularité par morceaux (type Dirichlet).
    • La convergence normale (donc uniforme) exige de la continuité et une régularité C1\mathcal{C}^1 par morceaux (les coefficients sont en O(1/n2)O(1/n^2)).
  • Mauvaise gestion de la période : Vérifier systématiquement que le domaine d’intégration pour le calcul des coefficients correspond exactement à une période TT (ou un intervalle de longueur TT, typiquement [−T2,T2][-\frac{T}{2}, \frac{T}{2}] ou [0,T][0, T]).
  • Oubli du facteur a02\frac{a_0}{2} : Erreur classique lors de l’écriture de la forme trigonométrique de la série de Fourier, le coefficient constant est a02\frac{a_0}{2} et non a0a_0.