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Exercice 1 : Conditionnement et indépendance

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit (Ω,P(Ω),P)(\Omega, \mathcal{P}(\Omega), P) un espace probabilisé fini. On considère une expérience aléatoire modélisée par une suite d’événements. Dans ce problème, on s’intéresse à l’évolution de la probabilité d’un événement au cours d’itérations successives, à l’aide d’un système complet d’événements et de la formule des probabilités totales.

Soit N∈N∗N \in \mathbb{N}^*. On se donne une famille d’événements (An)n∈N(A_n)_{n \in \mathbb{N}} de Ω\Omega et une suite de réels (pn)n∈N(p_n)_{n \in \mathbb{N}} définie par la relation de récurrence : p0=P(A0)∈]0,1[p_0 = P(A_0) \in ]0, 1[ et pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, pn+1=P(An+1∣An)pn+P(An+1∣An‾)(1−pn)p_{n+1} = P(A_{n+1} \mid A_n) p_n + P(A_{n+1} \mid \overline{A_n}) (1 - p_n) où l’on pose pn=P(An)p_n = P(A_n), en supposant que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, P(An)∈]0,1[P(A_n) \in ]0, 1[, et avec les notations classiques pour les probabilités conditionnelles.

On pose pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} :

  • αn=P(An+1∣An)\alpha_n = P(A_{n+1} \mid A_n)
  • βn=P(An+1∣An‾)\beta_n = P(A_{n+1} \mid \overline{A_n})

❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Rappels et mise en place a) Justifier l’expression de pn+1p_{n+1} en fonction de pnp_n, αn\alpha_n et βn\beta_n à l’aide de la formule des probabilités totales. b) On suppose dans cette question que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, αn=a\alpha_n = a et βn=b\beta_n = b où a,b∈]0,1[a, b \in ]0, 1[. Exprimer pnp_n en fonction de nn, p0p_0, aa et bb.

  2. Étude asymptotique du modèle stationnaire a) Dans le cas où αn=a\alpha_n = a et βn=b\beta_n = b avec a≠1−ba \neq 1-b, déterminer la limite de pnp_n lorsque nn tend vers +∞+\infty, indépendamment de p0p_0. b) Que se passe-t-il si a+b=1a + b = 1 ?

  3. Génération de chaînes et indépendance On suppose à présent que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, αn=α\alpha_n = \alpha et βn=β\beta_n = \beta avec α,β∈]0,1[\alpha, \beta \in ]0, 1[. a) Calculer la probabilité conjointe P(A0∩A1∩A2)P(A_0 \cap A_1 \cap A_2) en fonction de p0p_0, α\alpha et β\beta. b) À quelle condition nécessaire et suffisante sur α\alpha et β\beta les événements A0A_0 et A1A_1 sont-ils indépendants ? Interpréter ce résultat.

  4. Analyse critique du modèle Dans la pratique, les hypothèses d’invariance des probabilités conditionnelles (αn=α\alpha_n = \alpha et βn=β\beta_n = \beta) sont souvent violées. Discuter de la validité de ce modèle si αn\alpha_n dépend de l’historique complet (A0,A1,…,An)(A_0, A_1, \dots, A_n) et non seulement de AnA_n. Quel nom porte ce type de processus en mathématiques ?


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Q1.a) Penser à utiliser le système complet d’événements (An,An‾)(A_n, \overline{A_n}).
  • Q1.b) Il s’agit d’une suite arithmético-géométrique. Rechercher le point fixe de la relation de récurrence.
  • Q2.a) Étudier la convergence de la suite géométrique associée.
  • Q3.b) Utiliser la définition de l’indépendance de deux événements : P(A0∩A1)=P(A0)P(A1)P(A_0 \cap A_1) = P(A_0)P(A_1).
  • Q4. Penser à la notion de mémoire d’un processus stochastique (propriété de Markov vs processus général).

a) Soit n∈Nn \in \mathbb{N}. L’univers Ω\Omega étant muni de la partition (An,An‾)(A_n, \overline{A_n}), la formule des probabilités totales appliquée à l’événement An+1A_{n+1} donne : P(An+1)=P(An+1∣An)P(An)+P(An+1∣An‾)P(An‾)P(A_{n+1}) = P(A_{n+1} \mid A_n)P(A_n) + P(A_{n+1} \mid \overline{A_n})P(\overline{A_n}) Puisque P(An‾)=1−P(An)P(\overline{A_n}) = 1 - P(A_n) et en posant pn=P(An)p_n = P(A_n), αn=P(An+1∣An)\alpha_n = P(A_{n+1} \mid A_n) et βn=P(An+1∣An‾)\beta_n = P(A_{n+1} \mid \overline{A_n}), on obtient immédiatement : pn+1=αnpn+βn(1−pn)p_{n+1} = \alpha_n p_n + \beta_n (1 - p_n)

b) Si αn=a\alpha_n = a et βn=b\beta_n = b pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, la relation devient : pn+1=(a−b)pn+bp_{n+1} = (a - b)p_n + b C’est une relation de récurrence linéaire d’ordre 1 à coefficients constants. Cherchons le point fixe ℓ\ell de la relation : ℓ=(a−b)ℓ+b  ⟹  ℓ(1−a+b)=b  ⟹  ℓ=\bfitb1−a+b\ell = (a - b)\ell + b \implies \ell(1 - a + b) = b \implies \ell = \bfit{\frac{b}{1 - a + b}} (en supposant 1−a+b≠01 - a + b \neq 0, ce qui est garanti si a≠b+1a \neq b+1). Introduisons la suite auxiliaire un=pn−ℓu_n = p_n - \ell : un+1=pn+1−ℓ=(a−b)pn+b−((a−b)ℓ+b)=(a−b)(pn−ℓ)=(a−b)unu_{n+1} = p_{n+1} - \ell = (a - b)p_n + b - ((a - b)\ell + b) = (a - b)(p_n - \ell) = (a - b)u_n Ainsi, (un)(u_n) est géométrique de raison a−ba - b. Par conséquent, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} : un=(a−b)nu0=(a−b)n(p0−ℓ)u_n = (a - b)^n u_0 = (a - b)^n (p_0 - \ell) Et donc : pn=(a−b)n(p0−b1−a+b)+b1−a+bp_n = (a - b)^n \left(p_0 - \frac{b}{1 - a + b}\right) + \frac{b}{1 - a + b}

2. Étude asymptotique du modèle stationnaire

Section titled “2. Étude asymptotique du modèle stationnaire”

a) Si a≠1−ba \neq 1-b, alors ∣a−b∣<1|a - b| < 1 (car a,b∈]0,1[a, b \in ]0, 1[ implique −1<a−b<1-1 < a - b < 1). Par conséquent, lim⁡n→+∞(a−b)n=0\lim_{n \to +\infty} (a - b)^n = 0. On en déduit que : lim⁡n→+∞pn=b1−a+b\lim_{n \to +\infty} p_n = \frac{b}{1 - a + b} Cette limite est atteinte indépendamment de la condition initiale p0p_0.

b) Si a+b=1a + b = 1, alors a−b=2a−1a - b = 2a - 1. Si de plus a≠12a \neq \frac{1}{2}, la raison est non nulle. Si a=12a = \frac{1}{2}, alors a−b=0a - b = 0, et pour tout n≥1n \ge 1, pn=b=12p_n = b = \frac{1}{2} (stationnarité immédiate).

3. Génération de chaînes et indépendance

Section titled “3. Génération de chaînes et indépendance”

a) Par application successive de la définition des probabilités conditionnelles : P(A0∩A1∩A2)=P(A2∣A1∩A0)P(A1∣A0)P(A0)P(A_0 \cap A_1 \cap A_2) = P(A_2 \mid A_1 \cap A_0) P(A_1 \mid A_0) P(A_0) Le modèle postule que les probabilités conditionnelles à l’étape n+1n+1 ne dépendent que de l’état à l’étape nn. Ainsi, P(A2∣A1∩A0)=P(A2∣A1)=αP(A_2 \mid A_1 \cap A_0) = P(A_2 \mid A_1) = \alpha. On a donc : P(A0∩A1∩A2)=ααp0=α2p0P(A_0 \cap A_1 \cap A_2) = \alpha \alpha p_0 = \alpha^2 p_0 (Note : sous réserve que p0>0p_0 > 0 et P(A1∩A0)>0P(A_1 \cap A_0) > 0).

b) Les événements A0A_0 et A1A_1 sont indépendants si et seulement si : P(A0∩A1)=P(A0)P(A1)P(A_0 \cap A_1) = P(A_0)P(A_1) Or, P(A0∩A1)=P(A1∣A0)P(A0)=αp0P(A_0 \cap A_1) = P(A_1 \mid A_0)P(A_0) = \alpha p_0. D’autre part, d’après la question 1.b avec n=0n=0 : P(A1)=p1=αp0+β(1−p0)P(A_1) = p_1 = \alpha p_0 + \beta(1 - p_0) L’indépendance s’écrit donc : αp0=p0(αp0+β(1−p0))\alpha p_0 = p_0 (\alpha p_0 + \beta(1 - p_0)) Puisque p0∈]0,1[ p_0 \in ]0, 1[\,, on peut diviser par p0p_0 : α=αp0+β(1−p0)  ⟺  α(1−p0)=β(1−p0)\alpha = \alpha p_0 + \beta(1 - p_0) \iff \alpha(1 - p_0) = \beta(1 - p_0) Puisque p0≠1p_0 \neq 1, la condition nécessaire et suffisante est : \bfitα=β\bfit{\alpha = \beta} Interprétation : Si α=β\alpha = \beta, la survenance de A1A_1 ne dépend pas de la réalisation ou non de A0A_0 (P(A1∣A0)=P(A1∣A0‾)=αP(A_1 \mid A_0) = P(A_1 \mid \overline{A_0}) = \alpha). Le système n’a donc aucune “mémoire” d’un pas sur l’autre, ce qui traduit l’indépendance entre A0A_0 et A1A_1.

Si αn\alpha_n dépend de l’historique complet (A0,A1,…,An)(A_0, A_1, \dots, A_n), la probabilité de transition ne vérifie plus la propriété de Markov (qui énonce que le futur dépend du présent mais est indépendant du passé sachant le présent). Ce type de processus s’appelle un processus stochastique avec mémoire (ou chaîne de Markov d’ordre supérieur, ou processus non markovien). L’étude analytique par simple récurrence d’ordre 1 devient alors caduque, nécessitant l’introduction de lois jointes sur des vecteurs aléatoires de taille croissante, complexifiant grandement la résolution.