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Exercice 1 : Coefficients de Fourier

Problème : Étude asymptotique et régularité de coefficients de Fourier

Section titled “Problème : Étude asymptotique et régularité de coefficients de Fourier”

Filière : PSI
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Séries de Fourier
Thème : Coefficients de Fourier et régularité


Soit f:R→Cf : \mathbb{R} \to \mathbb{C} une application 2π2\pi-périodique et continue. On note C2π\mathcal{C}_{2\pi} l’espace vectoriel de ces fonctions. Pour tout n∈Zn \in \mathbb{Z}, on définit le nn-ième coefficient de Fourier complexe de ff par la formule : cn(f)=12π∫−ππf(t)e−int dtc_n(f) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)e^{-int} \, dt

L’objectif de ce problème est d’analyser le lien entre la régularité de la fonction ff (exprimée par son appartenance à des classes de Hölder ou des espaces de Sobolev) et la vitesse de décroissance de la suite (cn(f))n∈Z(c_n(f))_{n \in \mathbb{Z}} lorsque ∣n∣→+∞|n| \to +\infty. Nous mettrons également en lumière les limites de ce modèle face à des phénomènes oscillatoires singuliers.


Partie I : Régularité lipschitzienne et décroissance

Section titled “Partie I : Régularité lipschitzienne et décroissance”
  1. Rappel de cours : Si f∈C2π1f \in \mathcal{C}^{1}_{2\pi} (c’est-à-dire 2π2\pi-périodique de classe C1\mathcal{C}^1), exprimer cn(f′)c_n(f') en fonction de cn(f)c_n(f) pour tout n∈Zn \in \mathbb{Z}. En déduire une majoration de ∣cn(f)∣|c_n(f)| en fonction de ∥f′∥∞\|f'\|_\infty.
  2. On suppose désormais que ff n’est plus C1\mathcal{C}^1, mais qu’elle vérifie une condition de Hölder d’exposant α∈]0,1]\alpha \in ]0, 1], c’est-à-dire qu’il existe K>0K > 0 tel que pour tout (x,y)∈R2(x, y) \in \mathbb{R}^2, ∣f(x)−f(y)∣≤K∣x−y∣α|f(x) - f(y)| \le K |x - y|^\alpha On note Hα\mathcal{H}^\alpha cet ensemble. Montrer par un changement de variable judicieux dans l’intégrale définissant cn(f)c_n(f) que pour tout n∈Z∗n \in \mathbb{Z}^*, on a : cn(f)=−12π∫−ππf(t+πn)e−int dtc_n(f) = -\frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) e^{-int} \, dt
  3. En déduire l’égalité symétrique : cn(f)=14π∫−ππ(f(t)−f(t+πn))e−int dtc_n(f) = \frac{1}{4\pi} \int_{-\pi}^{\pi} \left( f(t) - f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) \right) e^{-int} \, dt
  4. À l’aide de l’hypothèse Hα\mathcal{H}^\alpha, établir qu’il existe une constante M>0M > 0 telle que pour tout n∈Z∗n \in \mathbb{Z}^* : ∣cn(f)∣≤M∣n∣α|c_n(f)| \le \frac{M}{|n|^\alpha}

Partie II : Analyse critique des limites du modèle

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  1. Soit (αn)n∈Z∗(\alpha_n)_{n \in \mathbb{Z}^*} une suite complexe telle que ∑n∈Z∗∣αn∣<+∞\sum_{n \in \mathbb{Z}^*} |\alpha_n| < +\infty. Que peut-on affirmer sur la fonction SS définie par sa série de Fourier associée ?
  2. Supposons que l’on dispose d’un modèle physique où le signal mesuré g(t)g(t) possède des coefficients de Fourier cn(g)∼1∣n∣βc_n(g) \sim \frac{1}{|n|^\beta} avec β≤1\beta \le 1. Le théorème de Dirichlet ou de Jordan-Dirichlet garantit-il la convergence simple ou uniforme de la série de Fourier ? Discuter des limites de l’utilisation des séries de Fourier pour modéliser des signaux discontinus ou présentant des singularités en tt.

  1. Q1 : Utiliser une intégration par parties sachant que ff et f′f' sont continues et 2π2\pi-périodiques.
  2. Q2 : Effectuer le changement de variable u=t−πnu = t - \frac{\pi}{n} et utiliser la 2π2\pi-périodicité de l’intégrant.
  3. Q3 : Additionner l’expression initiale de cn(f)c_n(f) et celle trouvée à la question 2, puis diviser par 2.
  4. Q4 : Majorer la valeur absolue de l’intégrale en sortant la borne de Hölder à l’intérieur de l’intégrale.
  5. Q5 : Utiliser le critère de convergence normale des séries de fonctions.
  6. Q6 : Penser au phénomène de Gibbs et à la distinction entre convergence en moyenne quadratique (Parseval) et convergence ponctuelle.

Pour n≠0n \neq 0, on intègre par parties : cn(f)=12π[f(t)e−int−in]−ππ−12π∫−ππf′(t)e−int−in dtc_n(f) = \frac{1}{2\pi} \left[ f(t) \frac{e^{-int}}{-in} \right]_{-\pi}^{\pi} - \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f'(t) \frac{e^{-int}}{-in} \, dt Par 2π2\pi-périodicité de ff et de t↦e−intt \mapsto e^{-int}, le terme tout intégré est nul. Il vient : cn(f)=1in(12π∫−ππf′(t)e−int dt)=cn(f′)inc_n(f) = \frac{1}{in} \left( \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f'(t) e^{-int} \, dt \right) = \frac{c_n(f')}{in} En prenant la valeur absolue et sachant que ∣cn(f′)∣≤∥f′∥∞|c_n(f')| \le \|f'\|_\infty, on obtient : ∣cn(f)∣≤∥f′∥∞∣n∣|c_n(f)| \le \frac{\|f'\|_\infty}{|n|}

  1. Changement de variable :
    Partons de cn(f)=12π∫−ππf(u)e−inu duc_n(f) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(u)e^{-inu} \, du. Posons u=t+πnu = t + \frac{\pi}{n}. Lorsque uu varie de −π-\pi à π\pi, тельныйтельный tt varie de −π−πn-\pi - \frac{\pi}{n} à π−πn\pi - \frac{\pi}{n}. Par 2π2\pi-périodicité de la fonction u↦f(u)e−inuu \mapsto f(u)e^{-inu}, l’intégrale sur un intervalle de longueur 2π2\pi est invariante par translation. Ainsi : cn(f)=12π∫−ππf(t+πn)e−in(t+πn) dtc_n(f) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) e^{-in\left(t + \frac{\pi}{n}\right)} \, dt Remarquons que e−in(t+π/n)=e−inte−iπ=−e−inte^{-in(t + \pi/n)} = e^{-int} e^{-i\pi} = -e^{-int} (car n∈Z∗n \in \mathbb{Z}^*). D’où : cn(f)=−12π∫−ππf(t+πn)e−int dtc_n(f) = -\frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) e^{-int} \, dt

  2. Combinaison linéaire :
    En additionnant l’expression de départ cn(f)=12π∫−ππf(t)e−int dtc_n(f) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} f(t)e^{-int} \, dt et l’expression obtenue à la question 2 : 2cn(f)=12π∫−ππ(f(t)−f(t+πn))e−int dt2 c_n(f) = \frac{1}{2\pi} \int_{-\pi}^{\pi} \left( f(t) - f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) \right) e^{-int} \, dt En divisant par 2, on obtient le résultat escompté.

  3. Majoration höldérienne :
    En passant aux valeurs absolues : ∣cn(f)∣≤14π∫−ππ∣f(t)−f(t+πn)∣∣e−int∣ dt|c_n(f)| \le \frac{1}{4\pi} \int_{-\pi}^{\pi} \left| f(t) - f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) \right| \left| e^{-int} \right| \, dt Puisque f∈Hαf \in \mathcal{H}^\alpha, ∣f(t)−f(t+πn)∣≤K∣πn∣α\left| f(t) - f\left(t + \frac{\pi}{n}\right) \right| \le K \left| \frac{\pi}{n} \right|^\alpha et ∣e−int∣=1|e^{-int}| = 1 : ∣cn(f)∣≤14π∫−ππK(π∣n∣)α dt=14π⋅2π⋅K(π∣n∣)α=Kπα21∣n∣α|c_n(f)| \le \frac{1}{4\pi} \int_{-\pi}^{\pi} K \left(\frac{\pi}{|n|}\right)^\alpha \, dt = \frac{1}{4\pi} \cdot 2\pi \cdot K \left(\frac{\pi}{|n|}\right)^\alpha = \frac{K \pi^\alpha}{2} \frac{1}{|n|^\alpha} En posant M=Kπα2M = \frac{K \pi^\alpha}{2}, on a bien ∣cn(f)∣≤M∣n∣α|c_n(f)| \le \frac{M}{|n|^\alpha}.

Partie II : Analyse critique des limites du modèle

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  1. Convergence normale :
    Si ∑n∈Z∗∣αn∣<+∞\sum_{n \in \mathbb{Z}^*} |\alpha_n| < +\infty, alors par majoration simple de la série de fonctions trigonométriques ∑αneint\sum \alpha_n e^{int} par le terme général ∣αn∣|\alpha_n|, la série converge normalement (et donc uniformément et absolument) sur R\mathbb{R} vers une fonction SS continue (comme limite uniforme de fonctions continues).

  2. Limites du modèle physique :
    Si β≤1\beta \le 1, la condition ∑∣cn(g)∣<+∞\sum |c_n(g)| < +\infty n’est généralement pas vérifiée (par exemple pour β=1\beta = 1, la série harmonique diverge).

    • Limite mathématique : La série de Fourier associée ne converge plus nécessairement normalement, ni même uniformément. Des théorèmes plus fins (comme Dirichlet) s’appliquent si gg est par morceaux C1\mathcal{C}^1, mais la convergence ponctuelle peut présenter des dépassements aberrants au voisinage des discontinuités (phénomène de Gibbs, avec un dépassement d’environ 9%9\% de la saut de discontinuité).
    • Analyse critique : Le modèle de Fourier classique présuppose une régularité globale ou au moins une intégrabilité forte de l’énergie. Lorsque l’on modélise des signaux réels bruités ou comportant des chocs (champs de vitesses en mécanique des fluides turbulents, signaux sismiques), la décroissance en O(∣n∣−β)O(|n|^{-\beta}) avec β≤1\beta \le 1 montre que la représentation fréquentielle traditionnelle est inefficace (lent convergence). Cela motive l’utilisation de modèles alternatifs en traitement du signal, tels que l’analyse par ondelettes, qui s’affranchissent des contraintes de périodicité globale et s’adaptent mieux aux singularités locales.