En tant qu’examinateur, ce problème a pour objectif de tester la maîtrise conjointe de la théorie des espaces préhilbertiens réels, de l’approximation par projection orthogonale (théorème de la meilleure approximation) et des outils d’analyse de Fourier.
On note E=C0([−π,π],R) l’espace vectoriel des fonctions continues de [−π,π] dans R.
On muni E du produit scalaire défini pour tout (f,g)∈E2 par :
⟨f,g⟩=π1∫−ππf(t)g(t)dt
On note ∥f∥2=⟨f,f⟩ la norme euclidienne associée.
Pour n∈N, on définit le sous-espace vectoriel des polynômes trigonométriques :
Fn=Vect(e0,(ek)1≤k≤n,(e~k)1≤k≤n)
où, pour tout t∈[−π,π] :
Question 1. Montrer que ⟨⋅,⋅⟩ définit bien un produit scalaire sur E.
Indication de l’examinateur : On veillera à bien vérifier les quatre propriétés caractéristiques, en insistant particulièrement sur la définite-positivité dans le cadre des fonctions continues.
Correction: **
Soit (f,g,h)∈E3 et λ∈R.
Symétrie : Par commutativité du produit dans R :
⟨g,f⟩=π1∫−ππg(t)f(t)dt=π1∫−ππf(t)g(t)dt=⟨f,g⟩
Bilinéarité : Par linéarité de l’intégrale :
⟨λf+h,g⟩=π1∫−ππ(λf(t)+h(t))g(t)dt=λ⟨f,g⟩+⟨h,g⟩
La symétrie assure la linéarité par rapport à la seconde variable.
Positivité : Pour tout f∈E, f2 est positive sur [−π,π], donc son intégrale l’est également :
⟨f,f⟩=π1∫−ππ(f(t))2dt≥0
Caractère défini : Soit f∈E telle que ⟨f,f⟩=0. Alors :
∫−ππ(f(t))2dt=0
L’application t↦(f(t))2 est continue et positive sur [−π,π]. Son intégrale étant nulle, cette fonction est identiquement nulle sur [−π,π].
Par conséquent, pour tout t∈[−π,π], f(t)=0, soit f=0C0.
⟨⋅,⋅⟩ est donc un produit scalaire sur E. ■
Question 2. Établir que la famille Bn=(e0,e1,…,en,e~1,…,e~n) forme une famille orthonormée (FON) de l’espace euclidien (E,⟨⋅,⋅⟩).
Indication de l’examinateur : Calculer explicitement les différents types de produits scalaires en utilisant les formules trigonométriques usuelles.
Correction: **
Il s’agit de calculer les produits scalaires entre les éléments distincts de Bn et de vérifier qu’ils valent 0, et de calculer la norme au carré de chaque vecteur (qui doit valoir 1).
Rappelons les intégrales fondamentales pour p,q∈N∗ :
∥e0∥22=π1∫−ππ(21)2dt=2π1[t]−ππ=1.
Pour k≥1 :
∥ek∥22=π1∫−ππcos2(kt)dt=2π1∫−ππ(1+cos(2kt))dt=2π1[t+2ksin(2kt)]−ππ=1
De même, ∥e~k∥22=π1∫−ππsin2(kt)dt=1.
On considère la fonction f définie sur [−π,π] par f(t)=t. On cherche à approcher f par des polynômes trigonométriques.
Question 3. Calculer les coefficients de Fourier de f associés à la base Bn, c’est-à-dire :
a0=⟨f,e0⟩
ak=⟨f,ek⟩ pour k≥1
bk=⟨f,e~k⟩ pour k≥1
Correction: **
Pour a0 :
a0=π1∫−ππ2tdt=0(fonction impaire sur un intervalle symeˊtrique)
Pour ak (k≥1) :
ak=π1∫−ππtcos(kt)dt=0(inteˊgrande impair)
Pour bk (k≥1) : par une integration par parties (IPP) rigoureuse, en posant u(t)=t (u′(t)=1) et v′(t)=sin(kt) (v(t)=−kcos(kt)) :
bk=π1([−tkcos(kt)]−ππ+∫−ππkcos(kt)dt)bk=π1(−πkcos(kπ)−(−π)kcos(−kπ)+0)=π1(−2πk(−1)k)=k2(−1)k+1
Question 4. Soit Pn la projection orthogonale de f sur Fn. Donner l’expression explicite de Pn(t) en fonction de n et de t.
Correction: **
Puisque Bn est une base orthonormée de Fn, la projection orthogonale s’exprime par :
Pn=⟨f,e0⟩e0+∑k=1n(⟨f,ek⟩ek+⟨f,e~k⟩e~k)
En injectant les coefficients calculés précédemment :
Pn(t)=0⋅21+∑k=1n(0⋅cos(kt)+k2(−1)k+1sin(kt))
Soit :
Pn(t)=2∑k=1nk(−1)k+1sin(kt)■
Question 5. Énoncer le théorème du cours caractérisant Pn comme solution d’un problème de distance, puis calculer la distance minimale infg∈Fn∥f−g∥2.
Correction: **
Théorème de la projection orthogonale / de la meilleure approximation :
Soit Fn un sous-espace vectoriel de dimension finie d’un espace préhilbertien E. Pour tout f∈E, la projection orthogonale Pn(f) est l’unique élément de Fn réalisant la distance minimale à f, c’est-à-dire :
∀g∈Fn,∥f−Pn(f)∥2≤∥f−g∥2
avec égalité si et seulement si g=Pn(f).
Calcul de la distance minimale :
D’après le théorème de Pythagore appliqué dans l’espace orthogonal (car f−Pn(f)⊥Fn et Pn−g∈Fn) :
∥f−g∥22=∥(f−Pn)+(Pn−g)∥22=∥f−Pn∥22+∥Pn−g∥22
Le minimum est donc atteint pour g=Pn et vaut ∥f−Pn∥2.
Utilisons l’égalité de Parseval (ou le théorème de Pythagore généralisé sur la base Bn) :
∥f−Pn∥22=∥f∥22−∥Pn∥22
Calculons d’abord ∥f∥22 :
∥f∥22=π1∫−ππt2dt=π1[3t3]−ππ=32π2
Calculons ∥Pn∥22 grâce à l’orthonormalité de Bn :
∥Pn∥22=∑k=1nbk2∥e~k∥22=∑k=1n(k2(−1)k+1)2(1)=4∑k=1nk21
Finalement, la distance recherchée est :
d(f,Fn)=32π2−4∑k=1nk21■
Que se passe-t-il lorsque n→+∞ concernant la distance d(f,Fn) ? Justifier en lien avec le théorème de Parseval.
Déduire de cette limite la célèbre somme de la série ∑k=1+∞k21.
Correction: **
La fonction t↦t est continue par morceaux (ici continue tout court) et 2π-périodique (au sens de sa prolongation ou sur son domaine via la théorie de Fourier L2). Par le théorème de Parseval :
∑k=0+∞a02+∑k=1+∞(ak2+bk2)=∥f∥22
Ce qui signifie que la norme de f est la somme des carrés de ses coefficients de Fourier. Par conséquent, limn→+∞∥f−Pn∥22=0.
La distance tend vers 0, ce qui traduit la convergence en moyenne quadratique de la série de Fourier de f vers f.
En passant à la limite n→+∞ dans l’expression de la norme trouvée à la question 5 :
limn→+∞(32π2−4∑k=1nk21)=0
On en déduit immédiatement :
∑k=1+∞k21=3×42π2=6π2
Commentaire de l’examinateur : C’est un grand classique des concours PSI. Le pont jeté entre l’algèbre linéaire (projection orthogonale, distance dans un espace euclidien) et l’analyse (séries de Fourier, sommation de séries numériques) est typique des écrits de mathématiques. Une rigueur absolue est attendue sur la manipulation des symboles de sommation et les conditions d’application des théorèmes.