Exercice 1 : Micro-états et macro-états
Problème guidé : Fluctuations et entropie statistique d’un système à deux états
Section titled “Problème guidé : Fluctuations et entropie statistique d’un système à deux états”1. Énoncé
Section titled “1. Énoncé”Le modèle du système à deux états (ou système de spin ) constitue la brique élémentaire de la physique statistique pour comprendre le paramagnétisme et l’émergence de la notion de température. On considère un système macroscopique constitué de sous-systèmes indépendants (ou “spins”), avec .
Chaque sous-système (pour ) possède un moment magnétique dont l’orientation par rapport à un champ magnétique extérieur uniforme ne peut prendre que deux valeurs :
- Parallèle au champ : énergie (état noté ).
- Antiparallèle au champ : énergie (état noté ).
On note le nombre de sous-systèmes dans l’état et le nombre de sous-systèmes dans l’état . L’énergie totale du système s’écrit .
2. Questions
Section titled “2. Questions”Partie I : Dénombrement et probabilités
Section titled “Partie I : Dénombrement et probabilités”- Exprimer la relation entre le nombre total de spins , et . Exprimer l’énergie totale du système en fonction de , , et .
- Déterminer le nombre de micro-états correspondant à un macro-état caractérisé par . Rappeler la formule de Stirling sous la forme pour .
- En déduire une expression approchée de en fonction de et de la fraction .
Partie II : Équilibre et entropie
Section titled “Partie II : Équilibre et entropie”- Définir l’entropie statistique du système en fonction de . Écrire en fonction de , du boulon de Boltzmann et de .
- Étudier les variations de la fonction sur l’intervalle . Déterminer la valeur de pour laquelle l’entropie est maximale. Quel est le sens physique de cet état ?
- En effectuant un développement limité de au voisinage de sa valeur la plus probable (pour une énergie ), montrer que la probabilité d’observer une fluctuation de l’énergie s’écrit sous la forme d’une loi gaussienne : (Note : on pourra utiliser pour ).
Partie III : Limites du modèle et analyse critique
Section titled “Partie III : Limites du modèle et analyse critique”- Discuter la validité thermodynamique de ce modèle discret. Quelles sont les limites inhérentes à l’hypothèse d’indépendance des sous-systèmes ? En quoi ce modèle est-il insuffisant pour décrire un gaz réel ou un liquide ?
3. Pistes et indications
Section titled “3. Pistes et indications”- Q1-Q3 : Pensez aux arrangements et combinaisons (coefficient binomial ). Pour Stirling, appliquez-la à .
- Q4-Q5 : Utilisez la relation de Boltzmann . Dérivez par rapport à pour trouver le maximum.
- Q6 : Posez avec . Développez le logarithme de la probabilité (proportionnelle au nombre de micro-états).
- Q7 : Interrogez-vous sur les interactions inter-particules (termes d’énergie potentielle d’interaction négligés ici) et sur la nature quantique vs classique des degrés de liberté.
4. Corrigé pas à pas
Section titled “4. Corrigé pas à pas”Partie I : Dénombrement et probabilités
Section titled “Partie I : Dénombrement et probabilités”-
Par définition, le nombre total de spins est la somme des spins orientés positivement et négativement : L’énergie totale est l’oreillete statistique des énergies individuelles : En substituant , on obtient :
-
Le nombre de façons de choisir spins parmi pour être dans l’état est donné par le coefficient binomial : En appliquant la formule de Stirling valable pour , on a : Les termes en s’annulent (), ce qui donne :
-
Introduisons la fraction (donc et ) : En factorisant et sachant que :
Partie II : Équilibre et entropie
Section titled “Partie II : Équilibre et entropie”-
D’après le postulat de Boltzmann, l’entropie statistique est :
-
Étudions la fonction pour . Dérivons par rapport à : Le maximum de l’entropie correspond à , soit . La dérivée seconde est sur , ce qui confirme qu’il s’agit bien d’un maximum pour ( est concave). Sens physique : L’état (soit ) est l’état le plus probable, correspondant à une énergie . C’est l’état de désordre maximal où les orientations haut/bas sont équiprobables.
-
Posons , ce qui implique . Effectuons un développement limité de autour de : Calculons . Ainsi : La probabilité est proportionnelle à : C’est bien une loi gaussienne dont la largeur à mi-hauteur (écart-type ) témoigne de fluctuations relatives d’autant plus négligeables que est grand (loi des grands nombres).
Partie III : Limites du modèle et analyse critique
Section titled “Partie III : Limites du modèle et analyse critique”Le modèle du système à deux états (ou réseau de spins sans interaction) présente des limites fondamentales qu’il convient d’analyser rigoureusement :
- Hypothèse d’indépendance (Champ moyen nul) : Le modèle suppose que l’énergie totale est simplement la somme des énergies individuelles, ce qui revient à négliger toute interaction énergétique entre les sous-systèmes voisins ( dans le modèle d’Ising). Dans un système réel (solide cristallin, liquide), les forces interatomiques ou l’énergie d’échange magnétique couplent fortement les constituants.
- Discrétisation excessive des degrés de liberté : Restreindre les états possibles à seulement deux niveaux d’énergie est une approximation valable à basse température pour des spins électroniques ou nucléaires isolés, mais totalement inadaptée pour un fluide (gaz/liquide) où les degrés de liberté translationnels et rotationnels sont continus et décrits par l’espace des phases classique .
- Absence d’effets quantiques collectifs : Le modèle néglige la statistique quantique des particules (indiscernabilité effective gérée ici par les combinaisons, mais sans symétrie d’échange de type Bose-Einstein ou Fermi-Dirac, bien que les spins soient localisés et discernables par leur position sur un réseau).
- Thermodynamique macroscopique vs Fluctuations : Bien que l’approche statistique permette de quantifier les fluctuations (), le modèle de spin idéal conduit à des paradoxes à très haute température (capacité thermique tendant vers zero, “catastrophe” d’inversion de population non stabilisée par un réservoir thermique réaliste).