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Exercice 1 : Micro-états et macro-états

Problème guidé : Fluctuations et entropie statistique d’un système à deux états

Section titled “Problème guidé : Fluctuations et entropie statistique d’un système à deux états”

Le modèle du système à deux états (ou système de spin 1/21/2) constitue la brique élémentaire de la physique statistique pour comprendre le paramagnétisme et l’émergence de la notion de température. On considère un système macroscopique constitué de NN sous-systèmes indépendants (ou “spins”), avec N≫1N \gg 1.

Chaque sous-système ii (pour i∈{1,2,…,N}i \in \{1, 2, \dots, N\}) possède un moment magnétique dont l’orientation par rapport à un champ magnétique extérieur uniforme B⃗=Be⃗z\vec{B} = B \vec{e}_z ne peut prendre que deux valeurs :

  • Parallèle au champ : énergie ε1=−μB\varepsilon_1 = -\mu B (état noté +1+1).
  • Antiparallèle au champ : énergie ε2=+μB\varepsilon_2 = +\mu B (état noté −1-1).

On note n1n_1 le nombre de sous-systèmes dans l’état +1+1 et n2n_2 le nombre de sous-systèmes dans l’état −1-1. L’énergie totale du système s’écrit UU.


  1. Exprimer la relation entre le nombre total de spins NN, n1n_1 et n2n_2. Exprimer l’énergie totale UU du système en fonction de NN, n1n_1, μ\mu et BB.
  2. Déterminer le nombre de micro-états Ω(n1)\Omega(n_1) correspondant à un macro-état caractérisé par n1n_1. Rappeler la formule de Stirling sous la forme ln⁡(x!)≈xln⁡(x)−x\ln(x!) \approx x \ln(x) - x pour x≫1x \gg 1.
  3. En déduire une expression approchée de ln⁡Ω(n1)\ln \Omega(n_1) en fonction de NN et de la fraction x=n1Nx = \frac{n_1}{N}.
  1. Définir l’entropie statistique SS du système en fonction de Ω\Omega. Écrire SS en fonction de NN, du boulon de Boltzmann kBk_B et de xx.
  2. Étudier les variations de la fonction x↦S(x)x \mapsto S(x) sur l’intervalle [0,1][0, 1]. Déterminer la valeur de xx pour laquelle l’entropie est maximale. Quel est le sens physique de cet état ?
  3. En effectuant un développement limité de ln⁡Ω(x)\ln \Omega(x) au voisinage de sa valeur la plus probable x0=1/2x_0 = 1/2 (pour une énergie U=0U = 0), montrer que la probabilité d’observer une fluctuation de l’énergie s’écrit sous la forme d’une loi gaussienne : P(n1)∝exp⁡(−(n1−N/2)2N/2\noscript)\mathcal{P}(n_1) \propto \exp\left( -\frac{(n_1 - N/2)^2}{N/2} \noscript \right) (Note : on pourra utiliser ln⁡(1+ϵ)≈ϵ−ϵ22\ln(1+\epsilon) \approx \epsilon - \frac{\epsilon^2}{2} pour ∣ϵ∣≪1|\epsilon| \ll 1).

Partie III : Limites du modèle et analyse critique

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  1. Discuter la validité thermodynamique de ce modèle discret. Quelles sont les limites inhérentes à l’hypothèse d’indépendance des sous-systèmes ? En quoi ce modèle est-il insuffisant pour décrire un gaz réel ou un liquide ?

  • Q1-Q3 : Pensez aux arrangements et combinaisons (coefficient binomial (Nn1)\binom{N}{n_1}). Pour Stirling, appliquez-la à ln⁡(N!),ln⁡(n1!),ln⁡(n2!)\ln(N!), \ln(n_1!), \ln(n_2!).
  • Q4-Q5 : Utilisez la relation de Boltzmann S=kBln⁡ΩS = k_B \ln \Omega. Dérivez par rapport à xx pour trouver le maximum.
  • Q6 : Posez n1=N2+δnn_1 = \frac{N}{2} + \delta n avec δn≪N\delta n \ll N. Développez le logarithme de la probabilité (proportionnelle au nombre de micro-états).
  • Q7 : Interrogez-vous sur les interactions inter-particules (termes d’énergie potentielle d’interaction négligés ici) et sur la nature quantique vs classique des degrés de liberté.

  1. Par définition, le nombre total de spins est la somme des spins orientés positivement et négativement : N=n1+n2N = n_1 + n_2 L’énergie totale est l’oreillete statistique des énergies individuelles : U=n1ε1+n2ε2=−n1μB+n2μB=−(n1−n2)μBU = n_1 \varepsilon_1 + n_2 \varepsilon_2 = -n_1 \mu B + n_2 \mu B = -(n_1 - n_2)\mu B En substituant n2=N−n1n_2 = N - n_1, on obtient : U=−(2n1−N)μBU = -(2n_1 - N)\mu B

  2. Le nombre de façons de choisir n1n_1 spins parmi NN pour être dans l’état +1+1 est donné par le coefficient binomial : Ω(n1)=(Nn1)=N!n1!(N−n1)!\Omega(n_1) = \binom{N}{n_1} = \frac{N!}{n_1! (N - n_1)!} En appliquant la formule de Stirling ln⁡(k!)≈kln⁡k−k\ln(k!) \approx k \ln k - k valable pour k≫1k \gg 1, on a : ln⁡Ω(n1)=ln⁡(N!)−ln⁡(n1!)−ln⁡((N−n1)!)\ln \Omega(n_1) = \ln(N!) - \ln(n_1!) - \ln((N-n_1)!) ln⁡Ω(n1)≈[Nln⁡N−N]−[n1ln⁡n1−n1]−[(N−n1)ln⁡(N−n1)−(N−n1)]\ln \Omega(n_1) \approx [N \ln N - N] - [n_1 \ln n_1 - n_1] - [(N-n_1) \ln(N-n_1) - (N-n_1)] Les termes en −N-N s’annulent (N−n1−(N−n1)=0N - n_1 - (N-n_1) = 0), ce qui donne : ln⁡Ω(n1)≈Nln⁡N−n1ln⁡n1−(N−n1)ln⁡(N−n1)\ln \Omega(n_1) \approx N \ln N - n_1 \ln n_1 - (N-n_1)\ln(N-n_1)

  3. Introduisons la fraction x=n1Nx = \frac{n_1}{N} (donc n1=xNn_1 = xN et N−n1=(1−x)NN-n_1 = (1-x)N) : ln⁡Ω(x)=Nln⁡N−xNln⁡(xN)−(1−x)Nln⁡((1−x)N)\ln \Omega(x) = N \ln N - xN \ln(xN) - (1-x)N \ln((1-x)N) ln⁡Ω(x)=Nln⁡N−xN(ln⁡x+ln⁡N)−(1−x)N(ln⁡(1−x)+ln⁡N)\ln \Omega(x) = N \ln N - xN (\ln x + \ln N) - (1-x)N (\ln(1-x) + \ln N) En factorisant et sachant que x+(1−x)=1x + (1-x) = 1 : ln⁡Ω(x)=−N[xln⁡x+(1−x)ln⁡(1−x)]\ln \Omega(x) = -N \left[ x \ln x + (1-x) \ln(1-x) \right]

  1. D’après le postulat de Boltzmann, l’entropie statistique est : S(x)=kBln⁡Ω(x)=−NkB[xln⁡x+(1−x)ln⁡(1−x)]S(x) = k_B \ln \Omega(x) = -Nk_B \left[ x \ln x + (1-x) \ln(1-x) \right]

  2. Étudions la fonction f(x)=xln⁡x+(1−x)ln⁡(1−x)f(x) = x \ln x + (1-x) \ln(1-x) pour x∈]0,1[x \in ]0, 1[. Dérivons par rapport à xx : f′(x)=ln⁡x+x(1x)−ln⁡(1−x)−(1−x)(−11−x)=ln⁡x+1−ln⁡(1−x)−1=ln⁡(x1−x)f'(x) = \ln x + x \left(\frac{1}{x}\right) - \ln(1-x) - (1-x)\left(\frac{-1}{1-x}\right) = \ln x + 1 - \ln(1-x) - 1 = \ln\left(\frac{x}{1-x}\right) Le maximum de l’entropie correspond à f′(x)=0f'(x) = 0, soit x1−x=1  ⟹  x0=12\frac{x}{1-x} = 1 \implies x_0 = \frac{1}{2}. La dérivée seconde est f′′(x)=1x+11−x>0f''(x) = \frac{1}{x} + \frac{1}{1-x} > 0 sur ]0,1[]0, 1[, ce qui confirme qu’il s’agit bien d’un maximum pour SS (SS est concave). Sens physique : L’état x=1/2x = 1/2 (soit n1=n2=N/2n_1 = n_2 = N/2) est l’état le plus probable, correspondant à une énergie U=0U = 0. C’est l’état de désordre maximal où les orientations haut/bas sont équiprobables.

  3. Posons n1=N2+δnn_1 = \frac{N}{2} + \delta n, ce qui implique x=12+δnNx = \frac{1}{2} + \frac{\delta n}{N}. Effectuons un développement limité de ln⁡Ω(x)\ln \Omega(x) autour de x0=1/2x_0 = 1/2 : ln⁡Ω(δn)≈ln⁡Ω(12)+f′(12)⏟=0δn+12f′′(12)(δn)2\ln \Omega(\delta n) \approx \ln \Omega\left(\frac{1}{2}\right) + \underbrace{f'\left(\frac{1}{2}\right)}_{=0} \delta n + \frac{1}{2} f''\left(\frac{1}{2}\right) (\delta n)^2 Calculons f′′(1/2)=11/2+11/2=4f''(1/2) = \frac{1}{1/2} + \frac{1}{1/2} = 4. Ainsi : ln⁡Ω(δn)≈ln⁡Ω0−N2[4(δnN)2]=ln⁡Ω0−2(δn)2N\ln \Omega(\delta n) \approx \ln \Omega_0 - \frac{N}{2} \left[ 4 \left(\frac{\delta n}{N}\right)^2 \right] = \ln \Omega_0 - \frac{2 (\delta n)^2}{N} La probabilité P(n1)\mathcal{P}(n_1) est proportionnelle à Ω(n1)\Omega(n_1) : P(n1)∝exp⁡(ln⁡Ω)∝exp⁡(ln⁡Ω0−2(δn)2N)∝exp⁡(−(n1−N/2)2N/2)\mathcal{P}(n_1) \propto \exp(\ln \Omega) \propto \exp\left( \ln \Omega_0 - \frac{2 (\delta n)^2}{N} \right) \propto \exp\left( -\frac{(n_1 - N/2)^2}{N/2} \right) C’est bien une loi gaussienne dont la largeur à mi-hauteur (écart-type σ=N/2\sigma = \sqrt{N}/2) témoigne de fluctuations relatives σN∝1N\frac{\sigma}{N} \propto \frac{1}{\sqrt{N}} d’autant plus négligeables que NN est grand (loi des grands nombres).


Partie III : Limites du modèle et analyse critique

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Le modèle du système à deux états (ou réseau de spins sans interaction) présente des limites fondamentales qu’il convient d’analyser rigoureusement :

  1. Hypothèse d’indépendance (Champ moyen nul) : Le modèle suppose que l’énergie totale est simplement la somme des énergies individuelles, ce qui revient à négliger toute interaction énergétique entre les sous-systèmes voisins (J=0J = 0 dans le modèle d’Ising). Dans un système réel (solide cristallin, liquide), les forces interatomiques ou l’énergie d’échange magnétique couplent fortement les constituants.
  2. Discrétisation excessive des degrés de liberté : Restreindre les états possibles à seulement deux niveaux d’énergie ±μB\pm \mu B est une approximation valable à basse température pour des spins électroniques ou nucléaires isolés, mais totalement inadaptée pour un fluide (gaz/liquide) où les degrés de liberté translationnels et rotationnels sont continus et décrits par l’espace des phases classique (r⃗,p⃗)(\vec{r}, \vec{p}).
  3. Absence d’effets quantiques collectifs : Le modèle néglige la statistique quantique des particules (indiscernabilité effective gérée ici par les combinaisons, mais sans symétrie d’échange de type Bose-Einstein ou Fermi-Dirac, bien que les spins soient localisés et discernables par leur position sur un réseau).
  4. Thermodynamique macroscopique vs Fluctuations : Bien que l’approche statistique permette de quantifier les fluctuations (∝1/N\propto 1/\sqrt{N}), le modèle de spin idéal conduit à des paradoxes à très haute température (capacité thermique tendant vers zero, “catastrophe” d’inversion de population non stabilisée par un réservoir thermique réaliste).