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Exercice 1 : Polynômes de matrices et théorème de Cayley-Hamilton

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n≥1n \ge 1 un entier. On note Mn(C)M_n(\mathbb{C}) l’espace des matrices carrées de taille nn à coefficients dans C\mathbb{C}, et InI_n la matrice identité de Mn(C)M_n(\mathbb{C}). Pour toute matrice A∈Mn(C)A \in M_n(\mathbb{C}) et tout polynôme P=∑k=0dakXk∈C[X]P = \sum_{k=0}^{d} a_k X^k \in \mathbb{C}[X], on définit la matrice P(A)P(A) par : P(A)=∑k=0dakAkP(A) = \sum_{k=0}^{d} a_k A^k où A0=InA^0 = I_n.

L’objectif de ce problème est d’étudier l’application d’évaluation des polynômes, d’introduire la notion d’annulateur, et de démontrer le célèbre théorème de Cayley-Hamilton dans le cas particulier des matrices diagonalisables, puis d’en déduire des applications pratiques pour le calcul de puissances de matrices.


  1. Propriétés de l’homomorphisme d’évaluation Soit A∈Mn(C)A \in M_n(\mathbb{C}). On considère l’application ΦA:C[X]→Mn(C)\Phi_A : \mathbb{C}[X] \to M_n(\mathbb{C}) définie par ΦA(P)=P(A)\Phi_A(P) = P(A). Montrer que ΦA\Phi_A est une application linéaire et que pour tous polynômes P,Q∈C[X]P, Q \in \mathbb{C}[X], on a (PQ)(A)=P(A)Q(A)=Q(A)P(A)(PQ)(A) = P(A)Q(A) = Q(A)P(A).

  2. Idéal des polynômes annulateurs On définit l’ensemble des polynômes annulateurs de AA par I(A)={P∈C[X]∣P(A)=0Mn(C)}.a)MontrerqueI(A) = \{ P \in \mathbb{C}[X] \mid P(A) = 0_{M_n(\mathbb{C})} \}. a) Montrer que I(A)estunideˊaldeest un idéal de\mathbb{C}[X].b)Endeˊduirequ′ilexisteununiquepolyno^meunitaire. b) En déduire qu'il existe un unique polynôme unitaire 1noteˊnoté\pi_A,appeleˊpolyno^meminimalde, appelé polynôme minimal de A,telque, tel que I(A) = \pi_A \mathbb{C}[X]$.

  3. Le théorème de Cayley-Hamilton (Cas diagonalisable) Soit A∈Mn(C)A \in M_n(\mathbb{C}) une matrice diagonalisable. On note χA(X)=det⁡(XIn−A)=∏i=1n(X−λi)\chi_A(X) = \det(X I_n - A) = \prod_{i=1}^{n} (X - \lambda_i) son polynôme caractéristique (où les λi\lambda_i sont les valeurs propres de AA, non nécessairement distinctes). a) Montrer que pour toute matrice inversible P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}), si A=PDP−1A = P D P^{-1}, alors χA(A)=PχA(D)P−1\chi_A(A) = P \chi_A(D) P^{-1}. b) Calculer χA(D)\chi_A(D) lorsque DD est une matrice diagonale. c) Conclure que χA(A)=0Mn(C)\chi_A(A) = 0_{M_n(\mathbb{C})} lorsque AA est diagonalisable.

  4. Application au calcul de puissances On considère la matrice A=(2112)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}. a) Déterminer les valeurs propres de AA et son polynôme caractéristique χA(X)\chi_A(X). b) Vérifier explicitement le théorème de Cayley-Hamilton pour cette matrice AA. c) En effectuant la division euclidienne de XkX^k par χA(X)\chi_A(X), déterminer l’expression explicite de AkA^k pour tout entier k∈Nk \in \mathbb{N}.


💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utilisez la définition des opérations sur les matrices (combinaisons linéaires pour la linéarité, et la distributivité/associativité du produit matriciel pour le produit de polynômes).
  • Question 2 : Rappelez qu’en tant qu’anneau principal, tout idéal de C[X]\mathbb{C}[X] est principal (engendré par un unique polynôme unitaire).
  • Question 3 : Si AA est diagonalisable, écrivez A=PDP−1A = PDP^{-1} et remarquez que les puissances s’écrivent Ak=PDkP−1A^k = P D^k P^{-1}. Pour évaluer un polynôme, substituez DD dans chaque terme diagonal.
  • Question 4 : Utilisez la division euclidienne de XkX^k par le polynôme caractéristique χA(X)\chi_A(X) de degré 2 : Xk=Q(X)χA(X)+R(X)X^k = Q(X)\chi_A(X) + R(X) avec deg⁡(R)≤1\deg(R) \le 1. En évaluant en AA, le terme χA(A)\chi_A(A) s’annule.

📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats”

Soient P=∑k=0dakXkP = \sum_{k=0}^{d} a_k X^k et Q=∑j=0mbjXjQ = \sum_{j=0}^{m} b_j X^j deux polynômes de C[X]\mathbb{C}[X], et soit α∈C\alpha \in \mathbb{C}.

  • Linéarité : ΦA(αP+Q)=(αP+Q)(A)=∑k=0max⁡(d,m)(αak+bk)Ak\Phi_A(\alpha P + Q) = (\alpha P + Q)(A) = \sum_{k=0}^{\max(d,m)} (\alpha a_k + b_k) A^k Par linéarité de la combinaison linéaire dans Mn(C)M_n(\mathbb{C}) : ∑k=0max⁡(d,m)αakAk+∑k=0max⁡(d,m)bkAk=α∑k=0dakAk+∑k=0mbkAk=αΦA(P)+ΦA(Q)\sum_{k=0}^{\max(d,m)} \alpha a_k A^k + \sum_{k=0}^{\max(d,m)} b_k A^k = \alpha \sum_{k=0}^{d} a_k A^k + \sum_{k=0}^{m} b_k A^k = \alpha \Phi_A(P) + \Phi_A(Q) L’application ΦA\Phi_A est donc linéaire.

  • Produit : Le produit de PP et QQ est donné par PQ=∑s=0d+mcsXsPQ = \sum_{s=0}^{d+m} c_s X^s avec cs=∑k+j=sakbjc_s = \sum_{k+j=s} a_k b_j. En évaluant en AA : (PQ)(A)=∑s=0d+mcsAs=∑s=0d+m(∑k+j=sakbj)Ak+j(PQ)(A) = \sum_{s=0}^{d+m} c_s A^s = \sum_{s=0}^{d+m} \left( \sum_{k+j=s} a_k b_j \right) A^{k+j} Comme la multiplication matricielle est associative et distributive par rapport à l’addition, on réorganise la somme double : (∑k=0dakAk)(∑j=0mbjAj)=P(A)Q(A)\left(\sum_{k=0}^{d} a_k A^k\right) \left(\sum_{j=0}^{m} b_j A^j\right) = P(A)Q(A) De même, on montre que P(A)Q(A)=Q(A)P(A)P(A)Q(A) = Q(A)P(A) (les polynômes en une même matrice commutent entre eux).


a)

  • 0C[X]∈I(A)0_{\mathbb{C}[X]} \in I(A) car le polynôme nul évaluate à la matrice nulle 0Mn(C)0_{M_n(\mathbb{C})}, donc I(A)≠∅I(A) \neq \emptyset.
  • Soient P,Q∈I(A)P, Q \in I(A) et λ,μ∈C\lambda, \mu \in \mathbb{C}. On a : (λP+μQ)(A)=λP(A)+μQ(A)=λ0Mn(C)+μ0Mn(C)=0Mn(C)(\lambda P + \mu Q)(A) = \lambda P(A) + \mu Q(A) = \lambda 0_{M_n(\mathbb{C})} + \mu 0_{M_n(\mathbb{C})} = 0_{M_n(\mathbb{C})} Donc λP+μQ∈I(A)\lambda P + \mu Q \in I(A).
  • Soient P∈I(A)P \in I(A) et B∈C[X]B \in \mathbb{C}[X]. On a : (BP)(A)=B(A)P(A)=B(A)×0Mn(C)=0Mn(C)(BP)(A) = B(A)P(A) = B(A) \times 0_{M_n(\mathbb{C})} = 0_{M_n(\mathbb{C})} Donc BP∈I(A)BP \in I(A). I(A)I(A) est bien un idéal de C[X]\mathbb{C}[X].

b) L’anneau C[X]\mathbb{C}[X] est un anneau principal (tout idéal y est principal). Par conséquent, l’idéal I(A)I(A) est engendré par un unique polynôme unitaire πA\pi_A. De plus, comme le théorème de Cayley-Hamilton (admis ou démontré par la suite) garantit que le polynôme caractéristique est annulateur, I(A)≠{0}I(A) \neq \{0\}, donc πA≠0\pi_A \neq 0.


a) Soit A=PDP−1A = P D P^{-1} avec P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}). Pour tout entier k∈Nk \in \mathbb{N}, on a par récurrence immédiate : Ak=(PDP−1)(PDP−1)…(PDP−1)=PDkP−1A^k = (P D P^{-1})(P D P^{-1})\dots(P D P^{-1}) = P D^k P^{-1} Ainsi, pour tout polynôme Poly=∑k=0dakXkP_{oly} = \sum_{k=0}^{d} a_k X^k : Poly(A)=∑k=0dakAk=∑k=0dakPDkP−1=P(∑k=0dakDk)P−1=PPoly(D)P−1P_{oly}(A) = \sum_{k=0}^{d} a_k A^k = \sum_{k=0}^{d} a_k P D^k P^{-1} = P \left( \sum_{k=0}^{d} a_k D^k \right) P^{-1} = P P_{oly}(D) P^{-1} En appliquant ceci au polynôme caractéristique χA\chi_A (en remarquant que χA=χD\chi_A = \chi_D), on obtient χA(A)=PχA(D)P−1\chi_A(A) = P \chi_A(D) P^{-1}.

b) Soit D=diag(λ1,λ2,…,λn)D = \text{diag}(\lambda_1, \lambda_2, \dots, \lambda_n) une matrice diagonale. Le polynôme caractéristique est χA(X)=∏i=1n(X−λi)\chi_A(X) = \prod_{i=1}^{n} (X - \lambda_i). Pour tout j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}, le jj-ième élément diagonal de la matrice χA(D)\chi_A(D) est obtenu en remplaçant XX par la jj-ième valeur propre λj\lambda_j : [χA(D)]j,j=∏i=1n(λj−λi)[\chi_A(D)]_{j,j} = \prod_{i=1}^{n} (\lambda_j - \lambda_i) Puisque le produit contient le terme pour i=ji = j, c’est-à-dire (λj−λj)=0(\lambda_j - \lambda_j) = 0, chaque terme diagonal de χA(D)\chi_A(D) est nul. Par conséquent : χA(D)=0Mn(C)\chi_A(D) = 0_{M_n(\mathbb{C})}

c) En combinant les questions 3.a et 3.b : χA(A)=PχA(D)P−1=P⋅0Mn(C)⋅P−1=0Mn(C)\chi_A(A) = P \chi_A(D) P^{-1} = P \cdot 0_{M_n(\mathbb{C})} \cdot P^{-1} = 0_{M_n(\mathbb{C})} Le théorème de Cayley-Hamilton est ainsi démontré pour toute matrice diagonalisable. (Par un argument de densité de l’ensemble des matrices diagonalisables dans Mn(C)M_n(\mathbb{C}), il s’étend à toute matrice complexe).


Soit A=(2112)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}.

a) Polynôme caractéristique : χA(X)=det⁡(XI2−A)=∣X−2−1−1X−2∣\chi_A(X) = \det(X I_2 - A) = \begin{vmatrix} X - 2 & -1 \\ -1 & X - 2 \end{vmatrix} χA(X)=(X−2)2−(−1)(−1)=(X−2)2−1=X2−4X+3=(X−1)(X−3)\chi_A(X) = (X - 2)^2 - (-1)(-1) = (X - 2)^2 - 1 = X^2 - 4X + 3 = (X - 1)(X - 3) Les valeurs propres de AA sont λ1=1\lambda_1 = 1 et λ2=3\lambda_2 = 3.

b) Vérification de Cayley-Hamilton : Calculons A2A^2 : A2=(2112)(2112)=(2×2+1×12×1+1×21×2+2×11×1+2×2)=(5445)A^2 = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 2 \times 2 + 1 \times 1 & 2 \times 1 + 1 \times 2 \\ 1 \times 2 + 2 \times 1 & 1 \times 1 + 2 \times 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 5 & 4 \\ 4 & 5 \end{pmatrix} Calculons maintenant χA(A)=A2−4A+3I2\chi_A(A) = A^2 - 4A + 3I_2 : A2−4A+3I2=(5445)−(8448)+(3003)A^2 - 4A + 3I_2 = \begin{pmatrix} 5 & 4 \\ 4 & 5 \end{pmatrix} - \begin{pmatrix} 8 & 4 \\ 4 & 8 \end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 3 & 0 \\ 0 & 3 \end{pmatrix} A2−4A+3I2=(5−8+34−4+04−4+05−8+3)=(0000)=0M2(C)A^2 - 4A + 3I_2 = \begin{pmatrix} 5 - 8 + 3 & 4 - 4 + 0 \\ 4 - 4 + 0 & 5 - 8 + 3 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} = 0_{M_2(\mathbb{C})} Le théorème est bien vérifié.

c) Calcul de AkA^k (k∈Nk \in \mathbb{N}) : Soit k∈Nk \in \mathbb{N}. Par division euclidienne de XkX^k par χA(X)=X2−4X+3\chi_A(X) = X^2 - 4X + 3, il existe un quotient Q(X)∈R[X]Q(X) \in \mathbb{R}[X] et un reste R(X)=akX+bkR(X) = a_k X + b_k de degré ≤1\le 1 tels que : Xk=Q(X)(X2−4X+3)+akX+bkX^k = Q(X)(X^2 - 4X + 3) + a_k X + b_k Évaluons cette relation en les racines de χA\chi_A (c’est-à-dire 1 et 3) :

  • Pour X=1X = 1 : 1k=Q(1)(1−4+3)+ak(1)+bk  ⟹  ak+bk=11^k = Q(1)(1 - 4 + 3) + a_k(1) + b_k \implies a_k + b_k = 1
  • Pour X=3X = 3 : 3k=Q(3)(32−4(3)+3)+ak(3)+bk  ⟹  3ak+bk=3k3^k = Q(3)(3^2 - 4(3) + 3) + a_k(3) + b_k \implies 3a_k + b_k = 3^k

On obtient le système linéaire suivant en (ak,bk)(a_k, b_k) : {ak+bk=13ak+bk=3k\begin{cases} a_k + b_k = 1 \\ 3a_k + b_k = 3^k \end{cases} En soustrayant la première équation de la seconde : 2ak=3k−1  ⟹  ak=3k−122a_k = 3^k - 1 \implies a_k = \frac{3^k - 1}{2} Puis pour bkb_k : bk=1−ak=1−3k−12=3−3k2b_k = 1 - a_k = 1 - \frac{3^k - 1}{2} = \frac{3 - 3^k}{2}

En remplaçant XX par la matrice AA dans l’égalité polynomiale (le terme Q(A)χA(A)Q(A)\chi_A(A) s’annule puisque χA(A)=0M2(C)\chi_A(A) = 0_{M_2(\mathbb{C})}) : Ak=akA+bkI2A^k = a_k A + b_k I_2 Ak=3k−12(2112)+3−3k2(1001)A^k = \frac{3^k - 1}{2} \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} + \frac{3 - 3^k}{2} \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} Ak=(3k−1+3−3k23k−123k−123k−1+3−3k2)A^k = \begin{pmatrix} 3^k - 1 + \frac{3 - 3^k}{2} & \frac{3^k - 1}{2} \\ \frac{3^k - 1}{2} & 3^k - 1 + \frac{3 - 3^k}{2} \end{pmatrix} En simplifiant les termes diagonaux 2(3k−1)+3−3k2=3k+12\frac{2(3^k - 1) + 3 - 3^k}{2} = \frac{3^k + 1}{2} : Ak=(3k+123k−123k−123k+12)A^k = \begin{pmatrix} \frac{3^k + 1}{2} & \frac{3^k - 1}{2} \\ \frac{3^k - 1}{2} & \frac{3^k + 1}{2} \end{pmatrix}