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Exercice 1 : Équation de Navier-Stokes et fluides visqueux

Problème Guidé : Étude d’un film liquide visqueux sur un plan incliné

Section titled “Problème Guidé : Étude d’un film liquide visqueux sur un plan incliné”

On s’intéresse à l’écoulement gravitaire d’un film de liquide visqueux, incompressible, le long d’un plan rigide incliné d’un angle α\alpha par rapport à l’horizontale (0<α<π/20 < \alpha < \pi/2).

Le liquide, de masse volumique ρ\rho et de viscosité dynamique η\eta, est soumis à son poids et aux forces de pression de l’atmosphère environnante (pression P0P_0 uniforme). L’épaisseur du film, mesurée perpendiculairement au plan, est notée hh.

On munit l’espace d’un repère cartésien (O,u⃗x,u⃗y,u⃗z)(O, \vec{u}_x, \vec{u}_y, \vec{u}_z) tel que :

  • Le plan incliné correspond au plan y=0y = 0.
  • L’axe (O,x⃗)(O, \vec{x}) est dirigé suivant la ligne de plus grande pente vers le bas.
  • L’axe (O,y⃗)(O, \vec{y}) est perpendiculaire au plan, dirigé vers l’extérieur du fluide (0≤y≤h0 \le y \le h).
  • L’axe (O,z⃗)(O, \vec{z}) est horizontal, orthogonal à (O,x⃗)(O, \vec{x}) et (O,y⃗)(O, \vec{y}). On suppose le problème invariant par translation selon z⃗\vec{z}.

  1. Établir l’expression du champ de pesanteur g⃗\vec{g} dans la base (u⃗x,u⃗y,u⃗z)(\vec{u}_x, \vec{u}_y, \vec{u}_z).
  2. En traduisant l’incompressibilité du fluide et les invariances géométriques du problème, montrer que le champ de vitesse se réduit à v⃗(y)=v(y)u⃗x\vec{v}(y) = v(y)\vec{u}_x.

II. Application de l’équation de Navier-Stokes

Section titled “II. Application de l’équation de Navier-Stokes”
  1. Écrire l’équation de Navier-Stokes en régime permanent pour un fluide newtonien incompressible.
  2. Projeter cette équation vectorielle sur les axes u⃗x\vec{u}_x et u⃗y\vec{u}_y. Simplifier les termes en justifiant rigoureusement chaque approximation physique.
  3. Déterminer le champ de pression P(y)P(y) dans le film liquide.
  1. Intégrer l’équation différentielle portant sur v(y)v(y) en utilisant les conditions aux limites appropriées :
    • À la paroi solide (y=0y = 0), on supposera une condition de non-glissement.
    • À la surface libre (y=hy = h), on négligera les effets visqueux de l’air sur le liquide, ce qui se traduit par une contrainte tangentielle nulle.
  2. Exprimer le débit volumique QQ par unité de largeur (selon z⃗\vec{z}) du plan incliné.

IV. Analyse critique et ordres de grandeur

Section titled “IV. Analyse critique et ordres de grandeur”
  1. On considère de l’eau à 20∘C20^\circ\text{C} (ρ=1,0×103 kg⋅m−3\rho = 1,0 \times 10^3\ \text{kg}\cdot\text{m}^{-3}, η=1,0×10−3 Pa⋅s\eta = 1,0 \times 10^{-3}\ \text{Pa}\cdot\text{s}) s’écoulant sur un plan incliné à α=30∘\alpha = 30^\circ, avec une épaisseur h=1,0 mmh = 1,0\ \text{mm}.
    • Calculer la vitesse maximale atteinte dans le film.
    • Calculer le nombre de Reynolds adéquat pour cet écoulement et discuter la validité de l’hypothèse d’écoulement laminaire.

  • Invariance et symétrie : L’indépendance par rapport à zz et la condition stationniste permettent d’annuler ∂t\partial_t et ∂z\partial_z. L’équation de continuité se simplifie grandement.
  • Conditions aux limites : À l’interface air-eau (y=hy = h), la continuité des contraintes implique que le tenseur des contraintes visqueuses s’annule (approximation de l’air de viscosité négligeable devant le liquide).
  • Ordres de grandeur : Attention aux unités lors du calcul numérique du nombre de Reynolds (utiliser une vitesse caractéristique pertinente comme la vitesse moyenne ou maximale).

  1. Le champ de pesanteur est vertical, dirigé vers le bas. Avec u⃗x\vec{u}_x orienté vers le bas de la pente (faisant un angle α\alpha avec l’horizontale) et u⃗y\vec{u}_y perpendiculaire au plan vers le haut : g⃗=gsin⁡(α)u⃗x−gcos⁡(α)u⃗y\vec{g} = g \sin(\alpha) \vec{u}_x - g \cos(\alpha) \vec{u}_y

  2. L’équation de conservation de la masse (incompressibilité) s’écrit div⁡(v⃗)=0\operatorname{div}(\vec{v}) = 0, soit en coordonnées cartésiennes : ∂vx∂x+∂vy∂y+∂vz∂z=0\frac{\partial v_x}{\partial x} + \frac{\partial v_y}{\partial y} + \frac{\partial v_z}{\partial z} = 0

    • Par invariance selon z⃗\vec{z}, ∂∂z=0\frac{\partial}{\partial z} = 0.
    • Par invariance par translation le long du plan (régime établi loin des bords), ∂∂x=0\frac{\partial}{\partial x} = 0. Il reste ∂vy∂y=0\frac{\partial v_y}{\partial y} = 0, donc vyv_y ne dépend pas de yy. Comme le fluide est imperméable à la paroi y=0y = 0 (vy(0)=0v_y(0) = 0), on en déduit que vy=0v_y = 0 partout. De plus, la symétrie du problème impose vz=0v_z = 0. Le champ de vitesse est donc de la forme : v⃗(y)=v(y)u⃗x\vec{v}(y) = v(y)\vec{u}_x

II. Application de l’équation de Navier-Stokes

Section titled “II. Application de l’équation de Navier-Stokes”
  1. L’équation de Navier-Stokes pour un fluide newtonien incompressible en régime permanent s’écrit : ρ(∂v⃗∂t+(v⃗⋅∇⃗)v⃗)=−∇⃗P+ηΔv⃗+ρg⃗\rho \left( \frac{\partial \vec{v}}{\partial t} + (\vec{v} \cdot \vec{\nabla})\vec{v} \right) = -\vec{\nabla}P + \eta \Delta \vec{v} + \rho \vec{g}

    • Termes d’inertie : Comme v⃗=v(y)u⃗x\vec{v} = v(y)\vec{u}_x et que vv ne dépend que de yy (et ∂∂x=0\frac{\partial}{\partial x} = 0), le terme d’advection (v⃗⋅∇⃗)v⃗=vx∂vx∂xu⃗x=0(\vec{v} \cdot \vec{\nabla})\vec{v} = v_x \frac{\partial v_x}{\partial x} \vec{u}_x = 0. Le régime permanent est stationnaire (∂∂t=0\frac{\partial}{\partial t} = 0). L’inertie est donc strictement nulle.
    • Projection sur u⃗x\vec{u}_x : 0=−∂P∂x+ηd2vdy2+ρgsin⁡(α)0 = -\frac{\partial P}{\partial x} + \eta \frac{d^2 v}{dy^2} + \rho g \sin(\alpha)
    • Projection sur u⃗y\vec{u}_y : 0=−∂P∂y−ρgcos⁡(α)0 = -\frac{\partial P}{\partial y} - \rho g \cos(\alpha)
  2. L’intégration de l’équation suivant u⃗y\vec{u}_y donne : P(y)=−ρgcos⁡(α)y+CteP(y) = -\rho g \cos(\alpha) y + Cte À la surface libre (y=hy = h), la pression est imposée par l’atmosphère : P(h)=P0P(h) = P_0. Ainsi : P(y)=P0+ρgcos⁡(α)(h−y)P(y) = P_0 + \rho g \cos(\alpha) (h - y)

  1. Reportons P(y)P(y) dans l’équation selon u⃗x\vec{u}_x. Comme le problème est invariant par translation selon x⃗\vec{x}, ∂P∂x=0\frac{\partial P}{\partial x} = 0. L’équation se simplifie en : ηd2vdy2=−ρgsin⁡(α)  ⟹  d2vdy2=−ρgsin⁡(α)η\eta \frac{d^2 v}{dy^2} = -\rho g \sin(\alpha) \implies \frac{d^2 v}{dy^2} = -\frac{\rho g \sin(\alpha)}{\eta} On intègre une première fois : dvdy=−ρgsin⁡(α)ηy+A\frac{dv}{dy} = -\frac{\rho g \sin(\alpha)}{\eta} y + A Condition aux limites en y=hy = h (surface libre) : La contrainte tangentielle visqueuse s’annule, soit ηdvdy(h)=0\eta \frac{dv}{dy}(h) = 0, ce qui implique A=ρgsin⁡(α)ηhA = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{\eta} h. dvdy=ρgsin⁡(α)η(h−y)\frac{dv}{dy} = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{\eta} (h - y) On intègre une seconde fois : v(y)=ρgsin⁡(α)η(hy−y22)+Bv(y) = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{\eta} \left( hy - \frac{y^2}{2} \right) + B Condition aux limites en y=0y = 0 (paroi) : Non-glissement v(0)=0  ⟹  B=0v(0) = 0 \implies B = 0. Le profil de vitesse est donc parabolique : v(y)=ρgsin⁡(α)2ηy(2h−y)v(y) = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{2\eta} y (2h - y)

  2. Le débit volumique par unité de largeur QQ s’obtient en intégrant le profil de vitesse entre y=0y = 0 et y=hy = h : Q=∫0hv(y) dy=ρgsin⁡(α)2η∫0h(2hy−y2) dyQ = \int_{0}^{h} v(y) \, dy = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{2\eta} \int_{0}^{h} (2hy - y^2) \, dy Q=ρgsin⁡(α)2η[hy2−y33]0h=ρgh3sin⁡(α)3ηQ = \frac{\rho g \sin(\alpha)}{2\eta} \left[ h y^2 - \frac{y^3}{3} \right]_{0}^{h} = \frac{\rho g h^3 \sin(\alpha)}{3\eta}

IV. Analyse critique et ordres de grandeur

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    • Vitesse maximale : Elle est atteinte à la surface libre (y=hy = h) : vmax⁡=v(h)=ρgsin⁡(α)h22ηv_{\max} = v(h) = \frac{\rho g \sin(\alpha) h^2}{2\eta} A.N. : ρ=103 kg⋅m−3,g≈9,81 m⋅s−2,α=30∘ (sin⁡α=0,5)\rho = 10^3\ \text{kg}\cdot\text{m}^{-3}, \quad g \approx 9,81\ \text{m}\cdot\text{s}^{-2}, \quad \alpha = 30^\circ \ (\sin\alpha = 0,5) h=1,0 mm=10−3 m,η=10−3 Pa⋅sh = 1,0\ \text{mm} = 10^{-3}\ \text{m}, \quad \eta = 10^{-3}\ \text{Pa}\cdot\text{s} vmax⁡=103×9,81×0,5×(10−3)22×10−3=4,905×10−32×10−3=2,45 m⋅s−1v_{\max} = \frac{10^3 \times 9,81 \times 0,5 \times (10^{-3})^2}{2 \times 10^{-3}} = \frac{4,905 \times 10^{-3}}{2 \times 10^{-3}} = 2,45\ \text{m}\cdot\text{s}^{-1}

    • Nombre de Reynolds et validité : Le nombre de Reynolds se définit par Re=ρvcaracteˊristiquehcaracteˊristiqueηRe = \frac{\rho v_{\text{caractéristique}} h_{\text{caractéristique}}}{\eta}. Prenons comme vitesse caractéristique la vitesse moyenne vmoy=Qh=23vmax⁡≈1,63 m⋅s−1v_{\text{moy}} = \frac{Q}{h} = \frac{2}{3} v_{\max} \approx 1,63\ \text{m}\cdot\text{s}^{-1} et h=10−3 mh = 10^{-3}\ \text{m}. Re=103×1,63×10−310−3≈163Re = \frac{10^3 \times 1,63 \times 10^{-3}}{10^{-3}} \approx 163 Analyse critique : Le nombre de Reynolds trouvé est de l’ordre de 160160. Pour un film liquide sur un plan incliné, le seuil de transition vers la turbulence se situe généralement autour de Re≈1→20Re \approx 1 \to 20 si l’on considère les premières instabilités ondulatoires de surface (ondes de Tollmien-Schlichting ou instabilités interfaciales de Kapitza), bien que la turbulence “vraie” n’intervienne qu’au-delà de Re≈1000Re \approx 1000. Ici, avec Re≈160Re \approx 160, l’hypothèse d’un écoulement laminaire stationnaire stationnaire est très probablement mise en défaut : des ondulations régulières apparaissent à la surface du film (régime ondulatoire). Le modèle stationnaire pur ne décrit plus fidèlement la réalité expérimentale, bien qu’il fournisse un premier ordre de grandeur acceptable.