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Problème guidé : Calcul matriciel et puissances de matrices

Problème guidé : Étude d’une matrice de transition et puissances

Section titled “Problème guidé : Étude d’une matrice de transition et puissances”

En tant qu’examinateur en CPGE BCPST, je vous propose ce problème guidé conçu pour tester votre maîtrise du calcul matriciel, de la diagonalisation et de son application au calcul des puissances nn-ièmes, des compétences incontournables aux concours.


Soit AA la matrice carrée d’ordre 3 définie par : A=(011101110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 1 \\ 1 & 0 & 1 \\ 1 & 1 & 0 \end{pmatrix}

On note I3I_3 la matrice identité d’ordre 3 et JJ la matrice carrée d’ordre 3 dont tous les coefficients valent 1 : J=(111111111)J = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix}


Partie I : Relations algébriques fondamentales

Section titled “Partie I : Relations algébriques fondamentales”

Objectif: ** Exprimer AA en fonction de matrices plus simples pour faciliter les calculs ultérieurs.

  1. Calculer la matrice J2J^2 et exprimer le résultat en fonction de JJ.
  2. Établir une relation simple entre la matrice AA, la matrice identité I3I_3 et la matrice JJ.
  3. En déduire que AA et JJ commutent (c’est-à-dire que AJ=JAAJ = JA).

Partie II : Diagonalisation de la matrice JJ

Section titled “Partie II : Diagonalisation de la matrice JJJ”

Objectif: ** Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de JJ.

  1. Quel est le rang de la matrice JJ ? En déduire sans calcul la dimension du sous-espace propre associé à la valeur propre 00.
  2. Déterminer les valeurs propres de JJ en étudiant son action sur les vecteurs de M3,1(R)\mathcal{M}_{3,1}(\mathbb{R}).
  3. Justifier que JJ est diagonalisable et écrire une matrice diagonale DJD_J semblable à JJ.

Partie III : Diagonalisation de la matrice AA et puissances

Section titled “Partie III : Diagonalisation de la matrice AAA et puissances”

Objectif: ** Exploiter la relation entre AA et JJ pour diagonaliser AA, puis calculer AnA^n pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

  1. Soit λ\lambda une valeur propre de JJ et XX un vecteur propre associé. Montrer que XX est également vecteur propre de AA et exprimer la valeur propre correspondante de AA en fonction de λ\lambda.
  2. En déduire les valeurs propres de AA. La matrice AA est-elle diagonalisable ? Justifier.
  3. Déterminer une matrice inversible PP et une matrice diagonale DD telles que A=PDP−1A = PDP^{-1}. (On pourra s’aider des vecteurs propres de JJ).
  4. Calculer la matrice AnA^n pour tout entier naturel nn.

Partie IV : Analyse critique et recul sur les résultats

Section titled “Partie IV : Analyse critique et recul sur les résultats”

Cette dernière partie fait office d’évaluation réflexive, essentielle à l’oral des concours BCPST.

  1. Vérifiez votre formule de AnA^n pour n=0n=0 et n=1n=1.
  2. Soit C\mathcal{C} un vecteur colonne initial (x0y0z0)\begin{pmatrix} x_0 \\ y_0 \\ z_0 \end{pmatrix}. Que peut-on dire du comportement asymptotique du vecteur Cn=AnC\mathcal{C}_n = A^n \mathcal{C} lorsque nn tend vers +∞+\infty ? (On veillera à discuter selon la nature de la somme des composantes initiales).


CORRIGÉ ET COMMENTAIRES DE L’EXAMINATEUR

Section titled “CORRIGÉ ET COMMENTAIRES DE L’EXAMINATEUR”

Partie I : Relations algébriques fondamentales

Section titled “Partie I : Relations algébriques fondamentales”
  1. Calcul de J2J^2 : J2=(111111111)(111111111)=(333333333×1)=3JJ^2 = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 3 & 3 & 3 \\ 3 & 3 & 3 \\ 3 & 3 & 3 \times 1 \end{pmatrix} = 3J Commentaire: * Ce type de matrice (coefficients constants) vérifie souvent une relation de récurrence simple Jk=3k−1JJ^k = 3^{k-1}J.

  2. Relation entre AA, I3I_3 et JJ : On observe que les éléments diagonaux de AA sont nuls, alors que ceux de JJ valent 1. Les autres coefficients de AA et JJ sont tous égaux à 1. Par conséquent : A=J−I3A = J - I_3

  3. Commutativité : Puisque A=J−I3A = J - I_3, calculons le produit avec JJ : AJ=(J−I3)J=J2−I3J=J2−JAJ = (J - I_3)J = J^2 - I_3J = J^2 - J De même : JA=J(J−I3)=J2−JI3=J2−JJA = J(J - I_3) = J^2 - JI_3 = J^2 - J Ainsi, AJ=JAAJ = JA. Astuce de colleur : Toute matrice commute avec l’identité et avec ses propres polynômes. Ici, AA est un polynôme en JJ (de degré 1), donc AA et JJ commutent de manière évidente, ce qui nous autorisera à utiliser la formule du binôme de Newton par la suite.


Partie II : Diagonalisation de la matrice JJ

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  1. Rang et dimension du noyau : Toutes les lignes de JJ sont égales. Le rang de JJ est donc égal à 11. D’après le théorème du rang (ou en considérant l’application linéaire associée), la dimension du noyau de JJ (qui est le sous-espace propre associé à la valeur propre λ=0\lambda = 0) est : dim⁡(ker⁡(J))=3−rg(J)=3−1=2\dim(\ker(J)) = 3 - \text{rg}(J) = 3 - 1 = 2

  2. Valeurs propres de JJ :

    • Soit X=(111)X = \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}. On a JX=(333)=3XJX = \begin{pmatrix} 3 \\ 3 \\ 3 \end{pmatrix} = 3X. Donc 33 est valeur propre de JJ associée au vecteur propre XX.
    • Soit Y1=(1−10)Y_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix} et Y2=(01−1)Y_2 = \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix}. La somme des coefficients de chaque ligne de JJ valant 3, on vérifie aisément que JY1=(000)JY_1 = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix} et JY2=(000)JY_2 = \begin{pmatrix} 0 \\ 0 \\ 0 \end{pmatrix}.
    • Y1Y_1 et Y2Y_2 sont deux vecteurs indépendants appartenant à ker⁡(J)\ker(J), ils forment une base de ce sous-espace propre de dimension 2.
    • Les valeurs propres de JJ sont donc 33 (de multiplicité 1) et 00 (de multiplicité 2).
  3. Diagonalisabilité de JJ : La somme des dimensions des sous-espaces propres est 1+2=31 + 2 = 3, ce qui est égal à l’ordre de la matrice. De plus, la matrice est symétrique réelle (ce qui garantit aussi le résultat par le théorème spectral). JJ est donc diagonalisable, et semblable à : DJ=(300000000)D_J = \begin{pmatrix} 3 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}


Partie III : Diagonalisation de la matrice AA et puissances

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  1. Lien entre vecteurs propres de JJ et de AA : Soit XX un vecteur propre de JJ associé à la valeur propre λ\lambda, de sorte que JX=λXJX = \lambda X. On calcule AXAX en utilisant la relation A=J−I3A = J - I_3 : AX=(J−I3)X=JX−I3X=λX−1⋅X=(λ−1)XAX = (J - I_3)X = JX - I_3X = \lambda X - 1 \cdot X = (\lambda - 1)X Ainsi, XX est un vecteur propre de AA associé à la valeur propre λ−1\lambda - 1.

  2. Valeurs propres de AA : En appliquant le résultat précédent aux valeurs propres de JJ :

    • Pour λ=3\lambda = 3 (valeur propre de JJ), on obtient la valeur propre 3−1=23 - 1 = 2 pour AA.
    • Pour λ=0\lambda = 0 (valeur propre de JJ), on obtient la valeur propre 0−1=−10 - 1 = -1 pour AA. Les valeurs propres de AA sont donc 22 (simple) et −1-1 (double). Puisque la somme des dimensions des sous-espaces propres est 1+2=31 + 2 = 3, AA est diagonalisable.
  3. Matrice de passage PP : On reprend les vecteurs propres trouvés à la partie II pour JJ (qui sont aussi ceux de AA) :

    • Pour λA=2\lambda_A = 2 : X1=(111)X_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}
    • Pour λA=−1\lambda_A = -1 : X2=(1−10)X_2 = \begin{pmatrix} 1 \\ -1 \\ 0 \end{pmatrix} et X3=(01−1)X_3 = \begin{pmatrix} 0 \\ 1 \\ -1 \end{pmatrix}

    On forme la matrice de passage PP : P=(1101−1110−1)P = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 1 & -1 & 1 \\ 1 & 0 & -1 \end{pmatrix} Et la matrice diagonale associée DD : D=(2000−1000−1)D = \begin{pmatrix} 2 & 0 & 0 \\ 0 & -1 & 0 \\ 0 & 0 & -1 \end{pmatrix} On a bien A=PDP−1A = PDP^{-1}. (Le calcul de P−1P^{-1} est admis ou mené par pivot de Gauss si demandé explicitement).

  4. Calcul de AnA^n : Par récurrence immédiate, An=PDnP−1A^n = PD^n P^{-1}. Or, Dn=(2n000(−1)n000(−1)n)D^n = \begin{pmatrix} 2^n & 0 & 0 \\ 0 & (-1)^n & 0 \\ 0 & 0 & (-1)^n \end{pmatrix}. Autre méthode élégante (hors diagonalisation) : Puisque A=J−I3A = J - I_3 et que JJ et I3I_3 commutent, on peut utiliser la formule du binôme de Newton : An=(J−I3)n=∑k=0n(nk)Jk(−I3)n−kA^n = (J - I_3)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} J^k (-I_3)^{n-k} En séparant le terme pour k=0k=0 et en remarquant que Jk=3k−1JJ^k = 3^{k-1}J pour k≥1k \ge 1, on parvient au même résultat final.


Partie IV : Analyse critique et recul sur les résultats

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  1. Vérification pour n=0n=0 et n=1n=1 :

    • Pour n=0n=0 : A0=I3A^0 = I_3, ce qui est cohérent.
    • Pour n=1n=1 : A1=AA^1 = A, ce qui est également vérifié par construction.
  2. Comportement asymptotique de Cn=AnC\mathcal{C}_n = A^n \mathcal{C} : Le terme dominant dans DnD^n est 2n2^n (porté par le vecteur propre X1=(111)X_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}). Plus précisément, tout vecteur initial C=(x0y0z0)\mathcal{C} = \begin{pmatrix} x_0 \\ y_0 \\ z_0 \end{pmatrix} peut se décomposer dans la base des vecteurs propres : C=αX1+βX2+γX3\mathcal{C} = \alpha X_1 + \beta X_2 + \gamma X_3 où α=x0+y0+z03\alpha = \frac{x_0 + y_0 + z_0}{3} (en projetant sur X1X_1).

    • Si la somme des composantes initiales est non nulle (x0+y0+z0≠0x_0 + y_0 + z_0 \neq 0), alors α≠0\alpha \neq 0 et le terme α2nX1\alpha 2^n X_1 l’emporte. Le vecteur Cn\mathcal{C}_n diverge en norme vers +∞+\infty et devient colinéaire à X1=(111)X_1 = \begin{pmatrix} 1 \\ 1 \\ 1 \end{pmatrix}.
    • Si la somme des composantes initiales est nulle (x0+y0+z0=0x_0 + y_0 + z_0 = 0), alors α=0\alpha = 0. Le terme en 2n2^n disparaît, et Cn=β(−1)nX2+γ(−1)nX3\mathcal{C}_n = \beta (-1)^n X_2 + \gamma (-1)^n X_3, ce qui donne une suite bornée (qui oscille entre deux valeurs si β\beta ou γ\gamma ne sont pas nuls).

    Bilan de l’examinateur : C’est typiquement le genre de conclusion physique/probabiliste (en lien avec les chaînes de Markov ou les systèmes dynamiques) très apprécié aux concours car il montre que le candidat ne fait pas que du calcul machinal, mais comprend la dynamique sous-jacente du système linéaire.