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Exercice 1 : Produit scalaire et espaces euclidiens

Problème guidé : Optimisation et orthogonalité dans les espaces euclidiens de matrices

Section titled “Problème guidé : Optimisation et orthogonalité dans les espaces euclidiens de matrices”

Soit n≥2n \ge 2 un entier naturel. On note Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) l’espace vectoriel des matrices carrées réelles de taille n×nn \times n. Pour tout couple de matrices (A,B)∈(Mn(R))2(A, B) \in (\mathcal{M}_n(\mathbb{R}))^2, on pose : ⟨A,B⟩=tr(ATB)\langle A, B \rangle = \text{tr}(A^T B) où tr(M)\text{tr}(M) désigne la trace d’une matrice carrée MM (la somme de ses coefficients diagonaux).

On admet que ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle définit un produit scalaire sur Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), et on note ∥⋅∥\|\cdot\| la norme euclidienne associée. On s’intéresse dans ce problème à des propriétés géométriques de sous-espaces de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et à des problèmes de minimisation de distance.


  1. Vérification de la structure euclidienne : Montrer que pour tout (A,B)∈(Mn(R))2(A, B) \in (\mathcal{M}_n(\mathbb{R}))^2, on a ⟨A,B⟩=∑i=1n∑j=1nai,jbi,j\langle A, B \rangle = \sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n a_{i,j} b_{i,j} (où A=(ai,j)A = (a_{i,j}) et B=(bi,j)B = (b_{i,j})). En déduire explicitement l’expression de la norme ∥A∥\|A\|.

  2. Orthogonalité et sous-espaces : On note Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}) le sous-espace vectoriel des matrices symétriques de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) celui des matrices anti-symétriques (telles que AT=−AA^T = -A). a. Montrer que Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}) et An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) sont supplémentaires orthographiques (c’est-à-dire orthogonaux et de somme directe égale à Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R})). b. Quelle est la dimension de Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}) et celle de An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) ?

  3. Projection et distance minimale : Soit JJ la matrice de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) dont tous les coefficients sont égaux à 11. a. Calculer la norme ∥J∥\|J\|. b. Déterminer la distance de la matrice JJ au sous-espace An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}).

  4. Analyse critique et limites du modèle : Dans le cadre de l’optimisation sous contrainte matricielle, discuter brièvement des limites de l’utilisation de la norme de Frobenius (∥⋅∥\|\cdot\|) dans les grands systèmes de données (Big Data) où n≥105n \ge 10^5.


  • Q1 : Exprimez le terme général du produit matriciel ATBA^T B en fonction des coefficients de AA et de BB avant d’appliquer l’opérateur trace.
  • Q2 : Pour l’orthogonalité, calculez ⟨S,A⟩\langle S, A \rangle pour S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) et A∈An(R)A \in \mathcal{A}_n(\mathbb{R}) en utilisant les propriétés de la trace (tr(M)=tr(MT)\text{tr}(M) = \text{tr}(M^T)).
  • Q3 : La distance d’un vecteur à un sous-espace vectoriel s’obtient via la norme du vecteur projeté orthogonalement sur le s.e.v. supplémentaire, ou en utilisant le projecteur orthogonal. Décomposez JJ en J=S+AJ = S + A avec S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) et A∈An(R)A \in \mathcal{A}_n(\mathbb{R}).
  • Q4 : Pensez à la complexité algorithmique du calcul de la trace et des opérations matricielles ensemblistes lorsque la dimension explose.

Soient A=(ai,j)A = (a_{i,j}) et B=(bi,j)B = (b_{i,j}) deux matrices de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Le coefficient (i,j)(i,j) de la matrice ATBA^T B est donné par le produit scalaire de la ii-ème colonne de ATA^T (donc la ii-ème ligne de AA) par la jj-ème colonne de BB : (ATB)i,j=∑k=1n(AT)i,kBk,j=∑k=1nak,ibk,j(A^T B)_{i,j} = \sum_{k=1}^n (A^T)_{i,k} B_{k,j} = \sum_{k=1}^n a_{k,i} b_{k,j} La trace de ATBA^T B est la somme de ses éléments diagonaux : ⟨A,B⟩=tr(ATB)=∑i=1n(ATB)i,i=∑i=1n∑k=1nak,ibk,i\langle A, B \rangle = \text{tr}(A^T B) = \sum_{i=1}^n (A^T B)_{i,i} = \sum_{i=1}^n \sum_{k=1}^n a_{k,i} b_{k,i} En intervertissant les rôles ou par simple sommation, on obtient bien : ⟨A,B⟩=∑i=1n∑j=1nai,jbi,j\langle A, B \rangle = \sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n a_{i,j} b_{i,j} La norme associée (dite norme de Frobenius) est donc : ∥A∥=⟨A,A⟩=∑i=1n∑j=1nai,j2\|A\| = \sqrt{\langle A, A \rangle} = \sqrt{\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n a_{i,j}^2}

a. Soit S∈Sn(R)S \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) et A∈An(R)A \in \mathcal{A}_n(\mathbb{R}). Calculons leur produit scalaire : ⟨S,A⟩=tr(STA)=tr(−SA)\langle S, A \rangle = \text{tr}(S^T A) = \text{tr}(-S A) (car ST=SS^T = S et AT=−AA^T = -A). Or, par circularité de la trace (tr(XY)=tr(YX)\text{tr}(XY) = \text{tr}(YX)), on a : tr(SA)=tr(AS)\text{tr}(SA) = \text{tr}(AS) De plus, en utilisant la transposition : tr(SA)=tr((SA)T)=tr(ATST)=tr(−AS)=−tr(AS)=−tr(SA)\text{tr}(SA) = \text{tr}((SA)^T) = \text{tr}(A^T S^T) = \text{tr}(-A S) = -\text{tr}(AS) = -\text{tr}(SA). Ainsi, ⟨S,A⟩=−⟨S,A⟩\langle S, A \rangle = -\langle S, A \rangle, ce qui implique ⟨S,A⟩=0\langle S, A \rangle = 0. Les sous-espaces sont orthogonaux. De plus, toute matrice MM se décompose de manière unique ainsi : M=12(M+MT)⏟∈Sn(R)+12(M−MT)⏟∈An(R)M = \underbrace{\frac{1}{2}(M + M^T)}_{\in \mathcal{S}_n(\mathbb{R})} + \underbrace{\frac{1}{2}(M - M^T)}_{\in \mathcal{A}_n(\mathbb{R})} Donc Mn(R)=Sn(R)⊕An(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) = \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) \oplus \mathcal{A}_n(\mathbb{R}). Ce sont des suppléments orthogonaux.

b. Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}) est défini par l’égalité de n(n−1)/2n(n-1)/2 coefficients hors diagonale symétriques, donc sa dimension est : dim⁡(Sn(R))=n+n(n−1)2=n(n+1)2\dim(\mathcal{S}_n(\mathbb{R})) = n + \frac{n(n-1)}{2} = \frac{n(n+1)}{2} An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) a ses coefficients diagonaux nuls et n(n−1)/2n(n-1)/2 coefficients libres anti-symétriques, d’où : dim⁡(An(R))=n(n−1)2\dim(\mathcal{A}_n(\mathbb{R})) = \frac{n(n-1)}{2} On vérifie bien que n(n+1)2+n(n−1)2=n2=dim⁡(Mn(R))\frac{n(n+1)}{2} + \frac{n(n-1)}{2} = n^2 = \dim(\mathcal{M}_n(\mathbb{R})).

a. La matrice JJ n’a que des coefficients égaux à 11. D’après la formule de la norme établie à la question 1 : ∥J∥=∑i=1n∑j=1n12=n×n×1=n2=n\|J\| = \sqrt{\sum_{i=1}^n \sum_{j=1}^n 1^2} = \sqrt{n \times n \times 1} = \sqrt{n^2} = n

b. La distance d’une matrice MM à un sous-espace vectoriel FF est la norme de sa composante dans le sous-espace orthogonal F⊥F^\perp. Ici, on cherche la distance de JJ à An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}). Son espace orthogonal est An(R)⊥=Sn(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R})^\perp = \mathcal{S}_n(\mathbb{R}). La projection orthogonale de JJ sur An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) est sa composante anti-symétrique AJA_J : AJ=12(J−JT)A_J = \frac{1}{2}(J - J^T) Puisque JJ est symétrique (J=JTJ = J^T), on a AJ=0A_J = 0. La matrice JJ est donc déjà élément de Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}), ce qui signifie qu’elle est orthogonale à An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}). Par conséquent, la distance de JJ à An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) est simplement la norme de sa projection sur Sn(R)\mathcal{S}_n(\mathbb{R}), c’est-à-dire ∥J∥=n\|J\| = n. (Autre méthode : la distance de JJ à An(R)\mathcal{A}_n(\mathbb{R}) est la norme de la partie symétrique de JJ, qui est JJ lui-même, soit nn).

Corrigé de la Question 4 (Analyse critique)

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L’utilisation de la norme de Frobenius tr(ATB)\text{tr}(A^T B) présente un attrait théorique puissant car elle confère à l’espace des matrices une structure hilbertienne canonique (isomorphe à Rn2\mathbb{R}^{n^2}). Néanmoins, ses limites pratiques apparaissent clairement dans le cadre numérique à grande échelle (n≥105n \ge 10^5) :

  1. Complexité spatiale et temporelle : Le stockage d’une matrice dense de taille 105×10510^5 \times 10^5 requiert 101010^{10} nombres réels, soit de l’ordre de 80 Go80 \text{ Go} de mémoire vive rien que pour une matrice. Le calcul de la trace ou des produits scalaires demande une complexité en O(n2)\mathcal{O}(n^2) à O(n3)\mathcal{O}(n^3), ce qui sature rapidement les architectures de calcul usuelles.
  2. Ignorance de la structure creuse (sparsity) : Dans de nombreuses applications industrielles ou physiques, les matrices sont creuses (contenant une majorité de zéros). La norme de Frobenius traite tous les coefficients avec la même pondération algébrique sans exploiter cette sparsité, contrairement aux méthodes fondées sur les graphes ou les opérateurs creux itératifs.