Skip to content

Exercice 2 : Loi normale et TCL

Problème guidé : Réduction, couples aléatoires et Théorème de la Limite Centrale

Section titled “Problème guidé : Réduction, couples aléatoires et Théorème de la Limite Centrale”

Ce problème aborde un classique des concours BCPST : l’interconnexion entre l’algèbre linéaire (réduction des endomorphismes/matrices symétriques) et les probabilités (vecteurs gaussiens et convergence en loi via le TCL). La rigueur dans la manipulation des matrices de variance-covariance et l’application des théorèmes limites est particulièrement attendue par le jury.


Partie I : Étude d’une matrice symétrique et réduction

Section titled “Partie I : Étude d’une matrice symétrique et réduction”

On considère la matrice AA à coefficients réels, dépendant d’un paramètre réel α∈]−1,1[\alpha \in ]-1, 1[ : A=(1α0α1α0α1)A = \begin{pmatrix} 1 & \alpha & 0 \\ \alpha & 1 & \alpha \\ 0 & \alpha & 1 \end{pmatrix}

  1. Calculer le polynôme caractéristique de AA, noté χA(λ)\chi_A(\lambda).

    Correction guidée : On calcule le déterminant par développements successifs (par exemple selon la première ligne) : χA(λ)=det⁡(A−λI3)=∣1−λα0α1−λα0α1−λ∣\chi_A(\lambda) = \det(A - \lambda I_3) = \begin{vmatrix} 1-\lambda & \alpha & 0 \\ \alpha & 1-\lambda & \alpha \\ 0 & \alpha & 1-\lambda \end{vmatrix} En développant par rapport à la première ligne : χA(λ)=(1−λ)∣1−λαα1−λ∣−α∣αα01−λ∣\chi_A(\lambda) = (1-\lambda) \begin{vmatrix} 1-\lambda & \alpha \\ \alpha & 1-\lambda \end{vmatrix} - \alpha \begin{vmatrix} \alpha & \alpha \\ 0 & 1-\lambda \end{vmatrix} χA(λ)=(1−λ)((1−λ)2−α2)−α(α(1−λ))\chi_A(\lambda) = (1-\lambda) \left((1-\lambda)^2 - \alpha^2\right) - \alpha \left(\alpha(1-\lambda)\right) χA(λ)=(1−λ)((1−λ)2−2α2)\chi_A(\lambda) = (1-\lambda) \left( (1-\lambda)^2 - 2\alpha^2 \right)

  2. Déterminer les valeurs propres de AA. Sont-elles toutes réelles ? Justifier sans calcul l’existence d’une base orthonormée de vecteurs propres.

    Correction guidée : On résout χA(λ)=0\chi_A(\lambda) = 0, ce qui donne immédiatement :

    • λ1=1\lambda_1 = 1
    • (1−λ)2=2α2  ⟹  1−λ=±2α(1-\lambda)^2 = 2\alpha^2 \implies 1-\lambda = \pm \sqrt{2}\alpha

    Les trois valeurs propres (distinctes ou non selon α\alpha) sont donc : λ1=1,λ2=1−2α,λ3=1+2α\lambda_1 = 1, \quad \lambda_2 = 1 - \sqrt{2}\alpha, \quad \lambda_3 = 1 + \sqrt{2}\alpha Justification: * Puisque α∈]−1,1[\alpha \in ]-1, 1[, ces trois valeurs propres sont clairement réelles. De plus, la matrice AA est symétrique réelle (A=ATA = A^T). D’après le théorème spectral, AA est diagonalisable dans une base orthonormée de R3\mathbb{R}^3.

  3. À quelle condition sur α\alpha la matrice AA est-elle symétrique définie positive ?

    Correction guidée : Une matrice symétrique réelle est définie positive si et seulement si toutes ses valeurs propres sont strictement positives. Ici, les valeurs propres sont 1,1−2α1, 1 - \sqrt{2}\alpha et 1+2α1 + \sqrt{2}\alpha. Il faut donc : {1−2α>01+2α>0  ⟺  ∣2α∣<1  ⟺  ∣α∣<12\begin{cases} 1 - \sqrt{2}\alpha > 0 \\ 1 + \sqrt{2}\alpha > 0 \end{cases} \iff |\sqrt{2}\alpha| < 1 \iff |\alpha| < \frac{1}{\sqrt{2}} Condition finale : α∈]−22,22[\alpha \in \left]-\frac{\sqrt{2}}{2}, \frac{\sqrt{2}}{2}\right[.


Partie II : Application probabiliste et loi normale

Section titled “Partie II : Application probabiliste et loi normale”

Soit (X1,X2,X3)(X_1, X_2, X_3) un vecteur aléatoire gaussien de R3\mathbb{R}^3 dont le vecteur espérance est nul et dont la matrice de variance-covariance est la matrice AA de la Partie I (avec α∈]−22,22[\alpha \in \left]-\frac{\sqrt{2}}{2}, \frac{\sqrt{2}}{2}\right[).

  1. Rappeler la définition de la densité d’un vecteur gaussien centré de matrice de covariance AA.

    Correction guidée : Puisque AA est symétrique définie positive, la densité conjointe fX1,X2,X3(x1,x2,x3)f_{X_1, X_2, X_3}(x_1, x_2, x_3) existe et est donnée par : f(x)=1(2π)3/2det⁡Aexp⁡(−12xTA−1x)f(x) = \frac{1}{(2\pi)^{3/2} \sqrt{\det A}} \exp\left( -\frac{1}{2} x^T A^{-1} x \right) où x=(x1x2x3)x = \begin{pmatrix} x_1 \\ x_2 \\ x_3 \end{pmatrix}.

  2. Les variables aléatoires X1X_1 et X3X_3 sont-elles indépendantes ? Justifier.

    Correction guidée : Le coefficient de covariance entre X1X_1 et X3X_3 correspond au terme situé à la ligne 1, colonne 3 de la matrice de covariance AA, c’est-à-dire : Cov(X1,X3)=A1,3=0\text{Cov}(X_1, X_3) = A_{1,3} = 0 Pour un vecteur gaussien, non-corrélation équivaut à indépendance. Par conséquent, X1X_1 et X3X_3 sont indépendantes.

  3. On pose Y=X1+X2+X3Y = X_1 + X_2 + X_3. Déterminer la loi de la variable aléatoire YY.

    Correction guidée : La variable YY est une combinaison linéaire de variables aléatoires gaussiennes, c’est donc une variable aléatoire gaussienne. Il suffit de déterminer son espérance et sa variance.

    • Espérance : E(Y)=E(X1)+E(X2)+E(X3)=0+0+0=0E(Y) = E(X_1) + E(X_2) + E(X_3) = 0 + 0 + 0 = 0

    • Variance : V(Y)=V(X1+X2+X3)=∑i=13V(Xi)+2∑1≤i<j≤3Cov(Xi,Xj)V(Y) = V(X_1 + X_2 + X_3) = \sum_{i=1}^3 V(X_i) + 2\sum_{1 \le i < j \le 3} \text{Cov}(X_i, X_j) D’après la matrice AA :

      • V(X1)=V(X2)=V(X3)=1V(X_1) = V(X_2) = V(X_3) = 1
      • Cov(X1,X2)=Cov(X2,X3)=α\text{Cov}(X_1, X_2) = \text{Cov}(X_2, X_3) = \alpha et Cov(X1,X3)=0\text{Cov}(X_1, X_3) = 0

      Ainsi : V(Y)=(1+1+1)+2(α+α+0)=3+4αV(Y) = (1 + 1 + 1) + 2(\alpha + \alpha + 0) = 3 + 4\alpha Conclusion : Y∼N(0,3+4α)Y \sim \mathcal{N}(0, 3 + 4\alpha). (On remarque que 3+4α>03+4\alpha > 0 sur l’intervalle autorisé).


Partie III : Théorème de la Limite Centrale et convergence

Section titled “Partie III : Théorème de la Limite Centrale et convergence”

Soit (Zn)n≥1(Z_n)_{n \ge 1} une suite de variables aléatoires indépendantes et identiquement distribuées (i.i.d.) de loi uniforme sur l’intervalle [−1,1][-1, 1].

  1. Calculer l’espérance mm et la variance σ2\sigma^2 d’une variable Z1Z_1.

    Correction guidée : Si Z1∼U([−1,1])Z_1 \sim \mathcal{U}([-1, 1]) :

    • m=E(Z1)=∫−11t2dt=0m = E(Z_1) = \int_{-1}^{1} \frac{t}{2} dt = 0
    • E(Z12)=∫−11t22dt=[t36]−11=13E(Z_1^2) = \int_{-1}^{1} \frac{t^2}{2} dt = \left[ \frac{t^3}{6} \right]_{-1}^{1} = \frac{1}{3}
    • σ2=V(Z1)=E(Z12)−(E(Z1))2=13−0=13\sigma^2 = V(Z_1) = E(Z_1^2) - (E(Z_1))^2 = \frac{1}{3} - 0 = \frac{1}{3}
  2. On pose pour tout entier n≥1n \ge 1 : Sn=∑k=1nZketTn=Snnσ2S_n = \sum_{k=1}^n Z_k \quad \text{et} \quad T_n = \frac{S_n}{\sqrt{n \sigma^2}} Énoncer précisément le Théorème de la Limite Centrale (TLC) s’appliquant à la suite (Tn)(T_n).

    Correction guidée : Énoncé du cours : Soit (Zk)k≥1(Z_k)_{k \ge 1} une suite de variables aléatoires i.i.d., admettant une espérance mm et une variance σ2\sigma^2 strictement positive. Alors, la suite des variables centrées réduites Tn=∑k=1nZk−nmσnT_n = \frac{\sum_{k=1}^n Z_k - n m}{\sigma \sqrt{n}} converge en loi vers une variable aléatoire suivant la loi normale centrée réduite N(0,1)\mathcal{N}(0,1).

    Ici, comme m=0m = 0 et σ2=1/3\sigma^2 = 1/3, on a : Tn=Snn/3=3n∑k=1nZkT_n = \frac{S_n}{\sqrt{n/3}} = \sqrt{\frac{3}{n}} \sum_{k=1}^n Z_k La suite (Tn)(T_n) converge en loi vers une variable Z∼N(0,1)Z \sim \mathcal{N}(0,1). On note Tn→LN(0,1)T_n \xrightarrow{\mathcal{L}} \mathcal{N}(0,1).

  3. Soit x∈Rx \in \mathbb{R}. Exprimer à l’aide de la fonction de répartition Φ\Phi de la loi N(0,1)\mathcal{N}(0,1) la limite suivante : lim⁡n→++∞P(Snn≤x33\s)\lim_{n \to ++\infty} P\left( \frac{S_n}{\sqrt{n}} \le x \frac{\sqrt{3}}{3} \s\right)

    Correction guidée : On remarque que : Snn≤x33  ⟺  Snn/3≤x  ⟺  Tn≤x\frac{S_n}{\sqrt{n}} \le x \frac{\sqrt{3}}{3} \iff \frac{S_n}{\sqrt{n/3}} \le x \iff T_n \le x Par définition de la convergence en loi, pour toute fonction de répartition continue en xx (ce qui est le cas pour N(0,1)\mathcal{N}(0,1)) : lim⁡n→+∞P(Tn≤x)=Φ(x)\lim_{n \to +\infty} P(T_n \le x) = \Phi(x) où Φ(x)=12π∫−∞xe−t2/2dt\Phi(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}} \int_{-\infty}^{x} e^{-t^2/2} dt.


Analyse critique des résultats de l’examinateur

Section titled “Analyse critique des résultats de l’examinateur”
  • Cohérence dimensionnelle et de signe : Dans la Partie I, la contrainte sur α\alpha garantissant le caractère défini positif de AA (∣α∣<22|\alpha| < \frac{\sqrt{2}}{2}) est cruciale. Si elle n’était pas respectée, la matrice de variance-covariance de la Partie II n’en serait pas une, car une variance (ou une valeur propre associée à la matrice de covariance) ne peut être négative.
  • Puissance du TCL : La Partie III illustre la universalité du Théorème de la Limite Centrale : peu importe la loi de départ (ici uniforme sur [−1,1][-1, 1]), la somme normalisée converge systématiquement vers une loi gaussienne N(0,1)\mathcal{N}(0,1), facilitant grandement le calcul de probabilités asymptotiques pour de grands échantillons nn.