En biologie des populations et en écologie, l’étude de la dynamique d’une population structurée en classes d’âge ou en habitats interconnectés se modélise souvent à l’aide de graphes orientés et de chaînes de Markov homogènes.
On considère un écosystème constitué de trois zones distinctes, notées Z1, Z2 et Z3. Un animal se déplace d’une zone à l’autre à intervalles de temps réguliers. Les probabilités de transition d’une zone à une autre sont données par le graphe probabiliste associé.
Soit M la matrice de transition (ou matrice stochastique) associée à ce système, définie par :
M=0,50,30,20,20,60,20,10,20,7
On s’intéresse à l’évolution de la répartition de la population dans ces trois zones au cours du temps. Pour tout entier naturel n, on note Xn=xnynzn le vecteur colonne représentant les proportions d’individus dans les zones Z1, Z2 et Z3 à l’instant n. La relation de récurrence est la suivante :
∀n∈N,Xn+1=MXn
Propriétés de la matrice de transition :
Vérifier que la somme des coefficients de chaque colonne de M est égale à 1. Que traduit cette propriété d’un point de vue probabiliste ? Montrer que si X0 est un vecteur de probabilité (ses coefficients sont positifs et leur somme vaut 1), alors pour tout n∈N, Xn est également un vecteur de probabilité.
Recherche des états stationnaires :
Déterminer l’ensemble des vecteurs colonnes X=xyz tels que MX=X. En déduire l’existence d’un unique vecteur stationnaire de probabilité X∞ que l’on précisera.
Diagonalisation de la matrice M :
a) Déterminer les valeurs propres de la matrice M en calculant son polynôme caractéristique det(M−λI3). On montrera que les valeurs propres sont 1, 0,5 et 0,2.
b) Pour chaque valeur propre, déterminer un sous-espace propre associé.
c) En déduire une matrice inversible P et une matrice diagonale D telles que M=PDP−1, en explicitant P−1.
Calcul des puissances de M :
À l’aide de la question précédente, exprimer explicitement Mn en fonction de n pour tout n∈N.
Étude asymptotique :
Déterminer la limite de Mn lorsque ntendvers+\infty.Quepeut−onenconclurequantaudeveniraˋlongtermedelapopulation,indeˊpendammentdel′eˊtatinitialX_0$ ?
Somme des colonnes : Pour un vecteur de probabilité, la conservation de la masse totale se traduit par le fait que tLM=tL, où L=(111).
Calcul du déterminant : Effectuez des opérations sur les lignes ou les colonnes pour simplifier le calcul de det(M−λI3), par exemple en sommant les lignes.
Inversion de matrice : Utilisez la méthode du pivot de Gauss-Jordan ou la comatrice pour inverser la matrice de passage P.
Formule de récurrence : Par récurrence immédiate, on montre que Xn=MnX0. L’expression de Mn se simplifie grandement grâce à la diagonalisation.
Calculons la somme des coefficients de chaque colonne de M :
1ère colonne : 0,5+0,3+0,2=1
2ème colonne : 0,2+0,6+0,2=1
3ème colonne : 0,1+0,2+0,7=1
Cette propriété traduit la conservation de la probabilité totale : un individu se trouvant dans une zone Zi à l’instant n se retrouvera nécessairement dans l’une des trois zones à l’instant n+1.
Soit Xn=xnynzn un vecteur de probabilité, c’est-à-dire xn,yn,zn≥0 et xn+yn+zn=1.
Montrons par récurrence que pour tout n∈N, Xn est un vecteur de probabilité.
Initialisation : Vrai par hypothèse pour X0.
Hérédité : Supposons Xn est un vecteur de probabilité. Les coefficients de M étant tous positifs ou nuls, les coefficients de Xn+1=MXn sont également positifs ou nuls.
De plus, la somme des lignes de M n’est pas directement 1, mais la somme des coefficients de M sur les colonnes vaut 1, ce qui s’écrit matriciellement par tLM=tL avec L=111 (ou L=(111) en vecteur ligne).
Ainsi :
∑composantes de Xn+1=tL(MXn)=(tLM)Xn=tLXn=1
Le vecteur Xn+1 est donc bien un vecteur de probabilité.
Résolvons l’équation MX=X, soit (M−I3)X=0, avec X=xyz :
−0,50,30,20,2−0,40,20,10,2−0,3xyz=000
Ce système se traduit par les équations :
−0,5x+0,2y+0,1z=0⟺5x=2y+z
0,3x−0,4y+0,2z=0⟺3x=4y−2z
0,2x+0,2y−0,3z=0⟺3z=2x+2y
En additionnant les trois lignes, on vérifie bien 0=0 (ce qui était prévisible car det(M−I3)=0). Exprimons y et z en fonction de x :
D’après (1) et (3) :
z=5x−2y. En reportant dans (3) :
3(5x−2y)=2x+2y⟺15x−6y=2x+2y⟺13x=8y⟺y=813x.
Puis pour z :
z=5x−2(813x)=5x−413x=47x=814x.
L’ensemble des solutions est donc la droite vectorielle engendrée par le vecteur 81314.
Pour obtenir le vecteur stationnaire de probabilité X∞, on impose que la somme des composantes soit égale à 1 :
8+13+14=35
Le vecteur stationnaire unique est donc :
X∞=35835133514
Calculons le polynôme caractéristique P(λ)=det(M−λI3) :
P(λ)=0,5−λ0,30,20,20,6−λ0,20,10,20,7−λ
En effectuant l’opération Col1←Col1+Col2+Col3, chaque ligne de la première colonne devient 1−λ :
P(λ)=1−λ1−λ1−λ0,20,6−λ0,20,10,20,7−λ=(1−λ)1110,20,6−λ0,20,10,20,7−λ
Effectuons ensuite Ligne2←Ligne2−Ligne1 et Ligne3←Ligne3−Ligne1 :
P(λ)=(1−λ)1000,20,4−λ00,10,10,6−λ
La matrice étant triangulaire supérieure, son déterminant est le produit de ses coefficients diagonaux :
P(λ)=(1−λ)(0,4−λ)(0,6−λ)
Les valeurs propres de M sont donc λ1=1, λ2=0,6 (soit 53) et λ3=0,4 (soit 52). (Note : les valeurs de l’énoncé étaient 0,5 et 0,2, ajustons avec les valeurs exactes trouvées par le calcul du déterminant : λ2=0,5 et λ3=0,2 ne marchent pas directement avec ce déterminant, reprenons les valeurs propres exactes issues du polynôme : 1,0,4,0,6).
Correction de cohérence du texte : Les valeurs propres réelles de M sont λ1=1, λ2=0,4 et λ3=0,6.
Pour λ1=1 (déjà résolu à la question 2) :
E_1 = \text{Vect}\begin{pmatrix} \begin{pmatrix} 8 \\ 13 \\ 14 \end{pmatrix}\right).
Pour λ2=0,4 :
(M−0,4I3)X=0⟺0,10,30,20,20,20,20,10,20,3xyz=000
Ce qui donne x+2y+z=0 et 3x+2y+2z=0. En soustrayant : 2x+z=0⟹z=−2x.
Puis x+2y−2x=0⟹2y=x⟹y=0,5x.
On choisit x=2, d’où y=1 et z=−4.
E_{0{,}4} = \text{Vect}\begin{pmatrix} \begin{pmatrix} 2 \\ 1 \\ -4 \end{pmatrix}\right).
Pour λ3=0,6 :
(M−0,6I3)X=0⟺−0,10,30,20,200,20,10,20,1xyz=000
Ce qui donne −x+2y+z=0 et 3x+0y+2z=0⟹z=−1,5x.
Puis −x+2y−1,5x=0⟹2y=2,5x⟹y=1,25x.
En multipliant par 4 pour n’avoir que des entiers : x=4,y=5,z=−6.
E_{0{,}6} = \text{Vect}\begin{pmatrix} \begin{pmatrix} 4 \\ 5 \\ -6 \end{pmatrix}\right).
Lorsque n tend vers +∞, (0,4)n→0 et (0,6)n→0.
Par conséquent, la matrice Dn tend vers la matrice :
limn→+∞Dn=100000000
Ainsi, la limite de Mn est :
limn→+∞Mn=P100000000P−1
Cette multiplication matricielle montre que chaque colonne de la matrice limite est identique et correspond au premier vecteur propre (le vecteur stationnaire normalisé).
limn→+∞Mn=358351335143583513351435835133514
Conclusion pour la population :
Quel que soit l’état initial X0 (vecteur de probabilité), la répartition de la population à long terme converge vers l’unique état stationnaire X∞. La proportion d’individus s’établit durablement à 358 dans la zone Z1, 3513 dans la zone Z2 et 3514 dans la zone Z3.