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Exercice 2 : Force de Laplace et applications aux moteurs électriques

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Les moteurs à courant continu à aimants permanents constituent une illustration fondamentale des applications macroscopiques de la force de Lorentz. L’objectif de ce problème est d’étudier la conversion électromécanique d’énergie au sein d’un modèle idéalisé de moteur à courant continu (MCC).

On se place dans le référentiel du laboratoire, supposé galiléen, muni d’un repère cartésien orthornormé direct (O,u⃗x,u⃗y,u⃗z)(O, \vec{u}_x, \vec{u}_y, \vec{u}_z) ou du système de coordonnées cylindriques (O,u⃗r,u⃗θ,u⃗z)(O, \vec{u}_r, \vec{u}_\theta, \vec{u}_z) selon la pertinence.

Le stator du moteur crée un champ magnétique radial permanent que l’on modélise, au niveau du rotor, par un champ uniforme B⃗=B0u⃗r\vec{B} = B_0 \vec{u}_r dans l’entrefer, où B0>0B_0 > 0 est une constante positive. Le rotor est constitué d’un tambour cylindrique de rayon RR et de longueur LL, comportant NN spires conductrices rigides identiques, parcourues par un courant d’intensité II. Le rotor est libre de tourner autour de l’axe fixe (O,u⃗z)(O, \vec{u}_z) avec une vitesse angulaire ω=dθdt\omega = \frac{d\theta}{dt}, où θ\theta est l’angle de rotation.


  1. Étude de la force de Laplace élémentaire : Considérer une portion de fil conducteur filiforme de longueur élémentaire dl⃗d\vec{l} parcourue par un courant II, placée dans le champ magnétique B⃗\vec{B}. Exprimer la force de Laplace élémentaire dF⃗Laplaced\vec{F}_{\text{Laplace}} s’exerçant sur cette portion.

  2. Expression du moment magnétique et du couple moteur : En déduire la force totale exercée sur une spire complète du rotor, puis exprimer le moment résultant Γ⃗m\vec{\Gamma}_m de ces forces par rapport à l’axe de rotation (O,u⃗z)(O, \vec{u}_z) en fonction de B0,I,R,LB_0, I, R, L et du nombre de spires NN (sous l’hypothèse d’une commutation idéale maintenant le courant perpendiculaire au champ magnétique).

  3. Phénomène d’induction et force électromotrice (f.e.m.) : En appliquant la loi de Faraday ou en utilisant le travail des forces de Laplace, exprimer la force électromotrice induite EE aux bornes du rotor en fonction de B0,R,L,NB_0, R, L, N et de la vitesse angulaire ω\omega.

  4. Équations électriques et mécaniques du moteur : Le moteur est alimenté par un générateur de tension continue de f.e.m. UU et de résistance interne rr. Le bobinage du rotor possède une résistance propre RcR_c.

    • Établir l’équation électrique du circuit rotorique.
    • Le rotor est soumis à un couple résistant constant Γ⃗r=−Γru⃗z\vec{\Gamma}_r = -\Gamma_r \vec{u}_z (avec Γr>0\Gamma_r >0) et un moment d’inertie JJ par rapport à l’axe de rotation. Établir l’équation mécanique du système en régime transitoire.
  5. Régime permanent et rendement :

    • Déterminer l’expression de la vitesse angulaire de rotation en régime permanent ωperm\omega_{\text{perm}} en fonction de U,r,Rc,ΓrU, r, R_c, \Gamma_r et des paramètres du moteur.
    • Exprimer le rendement électromécanique η\eta du moteur dans ce même régime permanent.

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utiliser la formule élémentaire de Lorentz pour un conducteur : dF⃗=Idl⃗∧B⃗d\vec{F} = I d\vec{l} \wedge \vec{B}. Veiller à bien expliciter les vecteurs dans le système de coordonnées cylindriques.
  • Question 2 : Le moment d’une force par rapport à un axe se calcule via Γz=(OP⃗∧F⃗)⋅u⃗z\Gamma_z = (\vec{OP} \wedge \vec{F}) \cdot \vec{u}_z. Pour une spire rectangulaire ou cylindrique, sommer ou intégrer le long du circuit fermé.
  • Question 3 : Penser à la conservation de la puissance (bilan énergétique) : la puissance électrique convertie en puissance mécanique doit s’écrire Pmeca=Γ⃗m⋅ω⃗=EIP_{\text{meca}} = \vec{\Gamma}_m \cdot \vec{\omega} = E I.
  • Question 4 : Utiliser la loi des mailles pour l’électricité et le théorème du moment cinétique (ou PFD en rotation) pour la mécanique.
  • Question 5 : En régime permanent, les dérivées temporelles s’annulent (dωdt=0\frac{d\omega}{dt} = 0). Le rendement est le rapport de la puissance mécanique utile sur la puissance électrique totale fournie par l’alimentation.

📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats

Section titled “📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats”

La force de Laplace élémentaire s’exerçant sur une portion de conducteur filiforme de longueur dl⃗d\vec{l} parcourue par un courant II dans un champ magnétique B⃗\vec{B} est donnée par la loi élémentaire : dF⃗Laplace=I dl⃗∧B⃗d\vec{F}_{\text{Laplace}} = I \, d\vec{l} \wedge \vec{B} Vérification dimensionnelle : [I]=A[I] = \mathrm{A}, [dl⃗]=m[d\vec{l}] = \mathrm{m}, [B]=T=kg⋅s−2⋅A−1[B] = \mathrm{T} = \mathrm{kg}\cdot\mathrm{s}^{-2}\cdot\mathrm{A}^{-1}. La force est en N=kg⋅m⋅s−2\mathrm{N} = \mathrm{kg}\cdot\mathrm{m}\cdot\mathrm{s}^{-2}, ce qui est homogène à [I⋅l⋅B]=A⋅m⋅(kg⋅s−2⋅A−1)=kg⋅m⋅s−2[\mathrm{I} \cdot l \cdot B] = \mathrm{A}\cdot\mathrm{m}\cdot(\mathrm{kg}\cdot\mathrm{s}^{-2}\cdot\mathrm{A}^{-1}) = \mathrm{kg}\cdot\mathrm{m}\cdot\mathrm{s}^{-2}. La formule est homogène.

Considérons une spire active de longueur utile LL parallèle à l’axe u⃗z\vec{u}_z, située à la distance RR de l’axe. Le champ magnétique est B⃗=B0u⃗r\vec{B} = B_0 \vec{u}_r. Le courant parcourt le conducteur montant (dans le sens +u⃗z+\vec{u}_z) et descendant (dans le sens −u⃗z-\vec{u}_z). Pour le brin montant : dl⃗=dz u⃗zd\vec{l} = dz \, \vec{u}_z. La force élémentaire sur ce brin est : dF⃗=I(dz u⃗z)∧(B0u⃗r)=IB0dz (u⃗z∧u⃗r)=IB0dz u⃗θd\vec{F} = I (dz \, \vec{u}_z) \wedge (B_0 \vec{u}_r) = I B_0 dz \, (\vec{u}_z \wedge \vec{u}_r) = I B_0 dz \, \vec{u}_\theta Le moment élémentaire de cette force par rapport à l’axe (O,u⃗z)(O, \vec{u}_z) est : dΓz=(OM⃗∧dF⃗)⋅u⃗z=(Ru⃗r∧(IB0dz u⃗θ))⋅u⃗z=RIB0dz (u⃗r∧u⃗theta)⋅u⃗z=RIB0dzd\Gamma_z = (\vec{OM} \wedge d\vec{F}) \cdot \vec{u}_z = (R \vec{u}_r \wedge (I B_0 dz \, \vec{u}_\theta)) \cdot \vec{u}_z = R I B_0 dz \, (\vec{u}_r \wedge \vec{u}_theta) \cdot \vec{u}_z = R I B_0 dz En intégrant le long de la longueur active LL du brin : Γbrin=∫0LRIB0dz=RLIB0\Gamma_{\text{brin}} = \int_{0}^{L} R I B_0 dz = R L I B_0 Une spire comporte deux brins actifs de sens de courant opposés, ce qui double le moment total (les forces sont opposées mais leurs moments s’ajoutent par symétrie de révolution). Pour NN spires, le couple moteur total Γ⃗m\vec{\Gamma}_m s’écrit donc : Γ⃗m=KmI u⃗zavecKm=2NRLB0\vec{\Gamma}_m = K_m I \, \vec{u}_z \quad \text{avec} \quad K_m = 2 N R L B_0

Par application du principe de conservation de l’énergie (bilan énergétique du convertisseur électromécanique idéal, sans pertes Joule rotoriques internes dans cette étape) : La puissance électrique convertie en puissance mécanique est Pconv=EIP_{\text{conv}} = E I. Cette puissance doit être égale à la puissance mécanique fournie par les forces de Laplace : Pmeca=Γ⃗m⋅ω⃗=(Γmu⃗z)⋅(ωu⃗z)=Γmω=(2NRLB0I)ωP_{\text{meca}} = \vec{\Gamma}_m \cdot \vec{\omega} = (\Gamma_m \vec{u}_z) \cdot (\omega \vec{u}_z) = \Gamma_m \omega = (2 N R L B_0 I) \omega En égalant EI=(2NRLB0I)ωE I = (2 N R L B_0 I) \omega, on obtient l’expression de la f.e.m. induite : E=2NRLB0ω=KmωE = 2 N R L B_0 \omega = K_m \omega Vérification dimensionnelle : [E]=V[E] = \mathrm{V}. [Km]=N⋅m⋅A−1=V⋅s[K_m] = \mathrm{N}\cdot\mathrm{m}\cdot\mathrm{A}^{-1} = \mathrm{V}\cdot\mathrm{s}. [ω]=rad⋅s−1[\omega] = \mathrm{rad}\cdot\mathrm{s}^{-1}. Le produit [Kmω][K_m \omega] donne bien des volts.

  • Équation électrique : En appliquant la loi des mailles au circuit rotorique (alimenté sous une tension UU, de résistance interne rr et de résistance de bobinage RcR_c) : U=(r+Rc)I+E  ⟹  U=RtotI+KmωU = (r + R_c)I + E \implies U = R_{\text{tot}} I + K_m \omega où Rtot=r+RcR_{\text{tot}} = r + R_c.

  • Équation mécanique : Par application du théorème du moment cinétique appliqué au rotor de moment d’inertie JJ autour de l’axe fixe (O,u⃗z)(O, \vec{u}_z) : Jdωdt=Γm−Γr=KmI−ΓrJ \frac{d\omega}{dt} = \Gamma_m - \Gamma_r = K_m I - \Gamma_r

  • Vitesse en régime permanent : En régime permanent, les régimes transitoires sont établis, donc dωdt=0\frac{d\omega}{dt} = 0. L’équation mécanique impose : KmIperm−Γr=0  ⟹  Iperm=ΓrKmK_m I_{\text{perm}} - \Gamma_r = 0 \implies I_{\text{perm}} = \frac{\Gamma_r}{K_m} En reportant cette expression dans l’équation électrique : U=Rtot(ΓrKm)+KmωpermU = R_{\text{tot}} \left(\frac{\Gamma_r}{K_m}\right) + K_m \omega_{\text{perm}} On isole la vitesse de rotation en régime permanent : ωperm=U−RtotΓrKmKm=UKm−RtotΓrKm2\omega_{\text{perm}} = \frac{U - \frac{R_{\text{tot}} \Gamma_r}{K_m}}{K_m} = \frac{U K_m - R_{\text{tot}} \Gamma_r}{K_m^2}

  • Rendement électromécanique : Le rendement η\eta est défini par le rapport de la puissance mécanique utile sur la puissance électrique totale fournie par l’alimentation : η=PutilePfournie=ΓrωpermUIperm\eta = \frac{P_{\text{utile}}}{P_{\text{fournie}}} = \frac{\Gamma_r \omega_{\text{perm}}}{U I_{\text{perm}}} En substituant Iperm=ΓrKmI_{\text{perm}} = \frac{\Gamma_r}{K_m} et Kmωperm=U−RtotIpermK_m \omega_{\text{perm}} = U - R_{\text{tot}} I_{\text{perm}} : η=(KmIperm)ωpermUIperm=KmωpermU=U−RtotIpermU=1−RtotΓrUKm\eta = \frac{(K_m I_{\text{perm}}) \omega_{\text{perm}}}{U I_{\text{perm}}} = \frac{K_m \omega_{\text{perm}}}{U} = \frac{U - R_{\text{tot}} I_{\text{perm}}}{U} = 1 - \frac{R_{\text{tot}} \Gamma_r}{U K_m} Vérification : Le rendement est sans dimension, strictement inférieur à 1, ce qui est physiquement cohérent avec la présence des pertes par effet Joule (RtotI2R_{\text{tot}} I^2).