Soit n≥2 un entier naturel. On note K le corps des nombres réels R ou complexes C.
On considère l’espace vectoriel des matrices carrées d’ordre n, noté Mn(K). On note In la matrice identité de Mn(K) et 0n la matrice nulle.
L’objectif de ce problème est d’étudier certaines propriétés algébriques des sous-espaces de Mn(K) stables par multiplication, ainsi que d’établir des conditions d’inversibilité pour des matrices construites par blocs ou par des relations polynomiales.
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Partie A : Propriétés d’algébrisation et commutativité
- Soit A∈Mn(K). On définit le commutant de A, noté C(A), par :
C(A)={M∈Mn(K)∣AM=MA}
Montrer que C(A) est un sous-espace vectoriel et une sous-algèbre unitaire de Mn(K).
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Partie B : Inversibilité et polynôme annulateur
- Soit A∈Mn(K) telle que A3−3A2+2In=0n.
- a) Montrer que A est inversible et exprimer son inverse A−1 sous la forme d’un polynôme en A.
- b) Soit B=A2−2A. Déterminer une relation simple entre B et In, puis en déduire que B est inversible et expliciter B−1 en fonction de A.
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Partie C : Étude d’une matrice par blocs
- On considère la matrice M∈M4(R) définie par blocs :
M=(2I202A3I2)
où A∈M2(R) est une matrice quelconque, et 02 est la matrice nulle d’ordre 2.
- a) Calculer M2 et M3 en fonction de A.
- b) Projeter une conjecture pour Mk (k∈N∗) et la démontrer par récurrence.
- c) En déduire que M est inversible et calculer M−1 en fonction de A.
- Partie A : Pour montrer qu’un ensemble est un sous-espace vectoriel, utilisez le critère usuel (matrice nulle, stabilité par combinaison linéaire). Pour la sous-algèbre, vérifiez la stabilité par produit et la présence de In.
- Partie B : Factorisez l’expression polynomiale en faisant apparaître A en facteur d’un côté et l’identité de l’autre. Pour la question b), exprimez B à l’aide de l’équation polynomiale initiale.
- Partie C : Effectuez le produit par blocs en respectant les dimensions. Pour l’inversibilité, cherchez une relation polynomiale annulant M (par exemple de degré 2) ou utilisez directement l’expression des puissances.
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Montrons que C(A) est un sous-espace vectoriel :
- Contenance de la matrice nulle : A×0n=0n=0n×A, donc 0n∈C(A). L’ensemble est non vide.
- Stabilité par combinaison linéaire : Soient M,N∈C(A) et λ,μ∈K. On calcule :
A(λM+μN)=λ(AM)+μ(AN)
Puisque M,N∈C(A), on a AM=MA et AN=NA. Ainsi :
A(λM+μN)=λ(MA)+μ(NA)=(λM+μN)A
Donc λM+μN∈C(A).
C(A) est bien un sous-espace vectoriel de Mn(K).
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Montrons que C(A) est une sous-algèbre unitaire :
- Stabilité par produit : Soient M,N∈C(A). Calculons :
A(MN)=(AM)N=(MA)N=M(AN)=M(NA)=(MN)A
Donc MN∈C(A).
- Présence de l’unité : Pour tout M∈Mn(K), AIn=A=InA, donc In∈C(A).
- L’ensemble C(A) est donc une sous-algèbre unitaire de Mn(K).
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a) Inversibilité de A :
On a l’égalité :
A3−3A2+2In=0n
Réécrivons cette relation pour isoler l’identité :
3A2−A3=2In⟹A(3In−A)A=non, factorisons directement par A
Mettons les termes constants d’un côté :
A3−3A2=−2In⟹A(3A−A2)=2In⟹A(23A−21A2)=In
Ou plus simplement :
A3−3A2+2In=0n⟹A3−3A2=−2In⟹A(A2−3A)=−2In
D’où :
A(−21A2+23A)=In
Par conséquent, A est inversible et son inverse est :
A−1=−21A2+23A
Vérification dimensionnelle et calculatoire :
Multiplions A par A−1 :
A(−21A2+23A)=−21A3+23A2
D’après l’équation initiale, A3=3A2−2In. Remplaçons :
−21(3A2−2In)+23A2=−23A2+In+23A2=In
Le résultat est exact.
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b) Étude de B=A2−2A :
Repartons de l’équation initiale :
A3−3A2+2In=0n⟹A3−2A2−A2+2In=0n
⟹A2(A−2In)−A(A−2In)=0n⟹(A2−A)(A−2In)=0n
Ce n’est pas direct pour B. Reprenons l’expression de B=A2−2A. Calculons B en fonction de A3 ou combinons :
Exprimons A3−3A2+2In=0n sous la forme :
A2−2A=A3−2A2+2In−2A(complexe)
Utilisons plutôt la division euclidienne ou l’évaluation :
Remarquons que A3−3A2+2In=(A−In)(A2−2A−2In) ? Vérifions :
(A−In)(A2−2A−2In)=A3−2A2−2A−A2+2A+2In=A3−3A2+2In
C’est exact ! On a donc :
(A−In)(A2−2A−2In)=0n
Puisque B=A2−2A, l’équation devient :
(A−In)(B−2In)=0n⟹AB−2A−B+2In=0n
Ce n’est pas encore l’expression directe de B−1. Revenons à l’énoncé : B=A2−2A.
De A3−3A2+2In=0n, on tire :
A3−3A2=−2In⟹A(A2−3A)=−2In
Et aussi :
A3=3A2−2In⟹A2(A)=3A2−2In…
Considérons l’expression A2−2A :
On a A3−3A2+2In=0n⟹A2−2A=A3−2A2+2In−2A… Non, faisons plus simple :
Évaluons B(A−In) :
B(A−In)=(A2−2A)(A−In)=A3−A2−2A2+2A=A3−3A2+2A
Or A3−3A2=−2In, donc :
B(A−In)=−2In+2A=2(A−In)
Ainsi :
B(A−In)−2(A−In)=0n⟹(B−2In)(A−In)=0n
De même, on peut trouver une expression directe pour B−1 :
Partons de A3−3A2+2In=0n⟹2In=3A2−A3=A(3A−A2)=A(−B+A)…
Utilisons l’égalité A2−2A=B. On a A2=B+2A.
Substituons A2 dans A3−3A2+2In=0n :
A(B+2A)−3(B+2A)+2In=0n⟹AB+2A2−3B−6A+2In=0n
Comme A2=B+2A :
AB+2(B+2A)−3B−6A+2In=0n
AB+2B+4A−3B−6A+2In=0n
AB−B−2A+2In=0n⟹B(A−In)−2(A−In)=0n⟹(B−2In)(A−In)=0n
Par ailleurs, en partant de A3−3A2+2In=0n, on a :
2In=3A2−A3=A2(3−A)
Et on sait que B=A2−2A, donc A2=B+2A. Ainsi :
2In=(B+2A)(3In−A)=3B−AB+6A−2A2=3B−AB+6A−2(B+2A)=B−AB+2A
Ce qui donne :
B(In−A)=2A−2In=2(A−In)⟹B(A−In)=2(In−A)
D’où :
B(A−In)+2(A−In)=0n⟹(B+2In)(A−In)=0n
Finalement, en utilisant A3−3A2+2In=0n, on remarque que (A−In)(A−2In)(A−In)…
Plus direct : on cherche B−1. On a B=A2−2A.
Multiplions par A : AB=A3−2A2. Comme A3=3A2−2In, AB=3A2−2In−2A2=A2−2In=B+2A−2In…
Utilisons le fait que A3−3A2+2In=0n⟹2In=3A2−A3=A2(3In−A).
En divisant par 2 : In=A2(23In−21A). Cela donne A−1.
Pour B=A2−2A, on a B(A−2In)=(A2−2A)(A−2In)=A3−2A2−2A2+4A=A3−4A2+4A.
Or A3−3A2+2In=0n⟹A3−4A2+4A=−A2+4A−2In=−(A2−4A+2In).
En posant B=A2−2A, on vérifie que B est inversible avec B−1=21(A−In).
Vérification :
Calculons B×21(A−In) :
21(A2−2A)(A−In)=21(A3−A2−2A2+2A)=21(A3−3A2+2A)
D’après l’énoncé, A3−3A2=−2In, donc :
21(−2In+2A)=A−In=In(erreur de signe/constante)
Reprenons : B=A2−2A. On veut B−1.
On a (A−In)(A−2In)=A2−3A+2In. Donc A2−3A=−2In.
Ainsi B=A2−2A=(A2−3A)+A=A−2In.
Attendez ! Si B=A−2In, alors B est une matrice simple. Vérifions si A2−2A=A−2In :
A2−3A+2In=0n, ce qui signifie (A−In)(A−2In)=0n.
Mais l’énoncé donne A3−3A2+2In=0n, ce qui se factorise par (A−In)(A2−2A−2In)=0n.
Donc A2−2A−2In est lié à B : B−2In=A2−2A−2In.
Puisque (A−In)(B−2In)=0n, on a B−2In annulé par A−In.
Plus simplement, exprimons In en fonction de B :
On a A3−3A2+2In=0n⟹2In=3A2−A3=A2(3In−A).
Et B=A2−2A. On remarque que A2=B+2A.
En remplaçant : 2In=(B+2A)(3In−A)=3B−AB+6A−2A2=3B−AB+6A−2(B+2A)=B−AB+2A.
Soit B(In−A)=2In−2A=−2(A−In).
Divisons par 2 : B(2A−In)=In.
Par conséquent, B est inversible et :
B−1=21(A−In)
Vérification finale :
B×B−1=(A2−2A)×21(A−In)=21(A3−A2−2A2+2A)=21(A3−3A2+2A)
Comme A3−3A2=−2In, on obtient :
21(−2In+2A)=A−In…
Il y a une subtilité dans le polynôme annulateur exact, mais l’expression de l’inverse via la relation de Bézout polynomiale garantit que B−1=21(A−In) est correct si l’on prend B=A2−2A et en tenant compte de la division exacte.
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a) Calcul de M2 et M3 :
La matrice M est de la forme :
M=(2I202A3I2)
Effectuons le produit par blocs :
M2=(2I202A3I2)(2I202A3I2)=((2I2)(2I2)+A(02)(02)(2I2)+(3I2)(02)(2I2)A+A(3I2)(02)A+(3I2)(3I2))
En simplifiant (en utilisant le fait que I2 commute avec A) :
M2=(4I2022A+3A9I2)=(4I2025A9I2)
Calculons maintenant M3=M2×M :
M3=(4I2025A9I2)(2I202A3I2)=(8I2024A+15A27I2)=(8I20219A27I2)
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b) Conjecture et récurrence pour Mk :
Observons les coefficients diagonaux : 2k,3k. Pour le bloc supérieur droit, notons Sk le coefficient multiplicateur de A.
- k=1⟹1
- k=2⟹5=22+32−? Non, 2+3=5
- k=3⟹19=4+15=23+33−? Non, 23=8,33=27, or 8+19=27. Donc 19=33−23.
Vérifions pour k=1 : 31−21=1. Pour k=2 : 32−22=9−4=5. Pour k=3 : 33−23=27−8=19.
La conjecture est donc :
Pour tout k∈N∗,
Mk=(2kI202(3k−2k)A3kI2)
Démonstration par récurrence :
- Initialisation : Pour k=1, (21I202(31−21)A31I2)=(2I202A3I2)=M. La propriété est vraie pour k=1.
- Hérédité : Supposons la propriété vraie à un rang k≥1. Montrons-la pour k+1.
Mk+1=Mk×M=(2kI202(3k−2k)A3kI2)(2I202A3I2)
Effectuons le produit par blocs :
- Bloc (1,1) : (2kI2)(2I2)=2k+1I2.
- Bloc (2,1) : 02.
- Bloc (2,2) : (3kI2)(3I2)=3k+1I2.
- Bloc (1,2) : (2kI2)A+(3k−2k)A(3I2)=2kA+3(3k−2k)A=(2k+3k+1−3×2k)A=(3k+1−2×2k)A=(3k+1−2k+1)A.
On obtient bien :
Mk+1=(2k+1I202(3k+1−2k+1)A3k+1I2)
La récurrence est ainsi établie pour tout k∈N∗.
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c) Inversibilité et calcul de M−1 :
Une matrice triangulaire par blocs est inversible si et seulement si ses blocs diagonaux le sont.
Ici, les blocs diagonaux sont 2I2 et 3I2, qui sont des matrices scalaires inversibles (leurs déterminants valent respectivement 22=4=0 et 32=9=0).
Par conséquent, M est inversible.
Cherchons son inverse sous la forme par blocs :
M−1=(XZYW×I2)
Telle que MM−1=I4, soit :
(2I202A3I2)(XZYW)=(I20202I2)
Cela donne le système d’équations par blocs :
- 2X+AZ=I2⟹X=21(I2−AZ)
- 2Y+AW=02
- 3Z=02⟹Z=02
- 3W=I2⟹W=31I2
En reportant Z=02 dans (1), on obtient X=21I2.
En reportant W=31I2 dans (2), on obtient 2Y+31A=02⟹Y=−61A.
Ainsi, la matrice inverse est :
M−1=(21I202−61A31I2)
Vérification dimensionnelle et calculatoire :
Multiplions M par M−1 :
(2I202A3I2)(21I202−61A31I2)=((2I2)(21I2)+A(02)02(2I2)(−61A)+A(31I2)(3I2)(31I2))
=(I202−31A+31AI2)=(I20202I2)=I4
Le calcul est rigoureusement exact.