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Cours : Topologie des espaces normés

Soit KK le corps R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. Un espace vectoriel normé (E.V.N.) est un couple (E,∥⋅∥)(E, \|\cdot\|) où EE est un KK-espace vectoriel et ∥⋅∥\|\cdot\| une application de EE dans R+\mathbb{R}_+ vérifiant :

  1. Séparation : ∀x∈E, (∥x∥=0  ⟹  x=0E)\forall x \in E, \, (\|x\| = 0 \implies x = 0_E).
  2. Homogénéité : ∀λ∈K, ∀x∈E, ∥λx∥=∣λ∣ ∥x∥\forall \lambda \in K, \, \forall x \in E, \, \|\lambda x\| = |\lambda| \, \|x\|.
  3. Inégalité triangulaire : ∀(x,y)∈E2, ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\forall (x,y) \in E^2, \, \|x+y\| \le \|x\| + \|y\|.

Dans tout ce chapitre, EE désigne un KK-espace vectoriel normé.

  • Boules et sphères : Pour a∈Ea \in E et r>0r > 0, on définit la boule ouverte B(a,r)={x∈E∣∥x−a∥<r}B(a,r) = \{x \in E \mid \|x-a\| < r\}, la boule fermée Bˉ(a,r)={x∈E∣∥x−a∥≤r}\bar{B}(a,r) = \{x \in E \mid \|x-a\| \le r\} et la sphère S(a,r)={x∈E∣∥x−a∥=r}S(a,r) = \{x \in E \mid \|x-a\| = r\}.
  • Ouverts et fermés : Une partie U⊂EU \subset E est dite ouverte si elle est voisinage de chacun de ses points (∀x∈U, ∃r>0, B(x,r)⊂U\forall x \in U, \, \exists r > 0, \, B(x,r) \subset U). Une partie F⊂EF \subset E est dite fermée si son complémentaire E∖FE \setminus F est ouvert.
  • Continuité : Une application f:E→Ff : E \to F entre deux E.V.N. est continue en a∈Ea \in E si : ∀ε>0, ∃η>0, ∀x∈E, (∥x−a∥E<η  ⟹  ∥f(x)−f(a)∥F<ε)\forall \varepsilon > 0, \, \exists \eta > 0, \, \forall x \in E, \, (\|x-a\|_E < \eta \implies \|f(x)-f(a)\|_F < \varepsilon)
  • Équivalence des normes : Deux normes ∥⋅∥1\|\cdot\|_1 et ∥⋅∥2\|\cdot\|_2 sur EE sont dites équivalentes s’il existe des constantes c>0c > 0 et C>0C > 0 telles que : ∀x∈E, c∥x∥1≤∥x∥2≤C∥x∥1\forall x \in E, \, c \|x\|_1 \le \|x\|_2 \le C \|x\|_1 Cette relation est une relation d’équivalence. Elle préserve la nature topologique des parties (ouverts, fermés, compacts) et la convergence des suites.

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

Théorème : Caractérisation séquentielle des fermés

Section titled “Théorème : Caractérisation séquentielle des fermés”

Soit F⊂EF \subset E. FF est fermé si et seulement si toute suite d’éléments de FF qui converge dans EE a sa limite dans FF.

Démonstration : (  ⟹  )(\implies) Soit FF un fermé. Soit (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite d’elements de FF convergeant vers l∈El \in E. Supposons par l’absurde que l∉Fl \notin F. Comme FF est fermé, son complémentaire E∖FE \setminus F est un ouvert contenant ll. Par définition d’un ouvert, il existe un ε>0\varepsilon > 0 tel que B(l,ε)⊂E∖FB(l, \varepsilon) \subset E \setminus F. Puisque (un)(u_n) converge vers ll, il existe un rang N0∈NN_0 \in \mathbb{N} tel que pour tout n≥N0n \ge N_0, un∈B(l,ε)u_n \in B(l, \varepsilon). En particulier, pour n=N0n = N_0, uN0∈E∖Fu_{N_0} \in E \setminus F, ce qui contredit le fait que tous les termes de la suite appartiennent à FF. Donc l∈Fl \in F.

(\implowe)(\implowe) Supposons que toute suite convergente d’éléments de FF a sa limite dans FF. Montrons que E∖FE \setminus F est ouvert. Soit l∈E∖Fl \in E \setminus F. Supposons par l’absurde que pour tout entier n≥1n \ge 1, la boule B(l,1n)B(l, \frac{1}{n}) rencontre FF. On peut alors choisir un élément un∈F∩B(l,1n)u_n \in F \cap B(l, \frac{1}{n}). La suite (un)(u_n) ainsi construite est à valeurs dans FF et vérifie ∥un−l∥<1n\|u_n - l\| < \frac{1}{n}. Par encadrement, la suite (un)(u_n) converge vers ll dans EE. Par hypothèse, la limite ll doit appartenir à FF, ce qui contredit l∈E∖Fl \in E \setminus F. Par conséquent, il existe un n0≥1n_0 \ge 1 tel que B(l,1n0)⊂E∖FB(l, \frac{1}{n_0}) \subset E \setminus F, ce qui prouve que E∖FE \setminus F est ouvert, et donc que FF est fermé. ■\blacksquare

Théorème : Équivalence des normes en dimension finie

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Si EE est un K-espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sur EE sont équivalentes.

Démonstration (Esquisse pour E=KnE = K^n) : Par isomorphisme, il suffit de le démontrer pour KnK^n muni de la norme infini ∥x∥∞=max⁡1≤i≤n∣xi∣\|x\|_\infty = \max_{1 \le i \le n} |x_i| et d’une norme quelconque ∥⋅∥\|\cdot\|.

  1. Par l’inégalité triangulaire, pour x=∑i=1nxieix = \sum_{i=1}^n x_i e_i, on a ∥x∥≤∑i=1n∣xi∣∥ei∥≤M∥x∥∞\|x\| \le \sum_{i=1}^n |x_i| \|e_i\| \le M \|x\|_\infty avec M=∑i=1n∥ei∥M = \sum_{i=1}^n \|e_i\|, ce qui donne la domination de ∥⋅∥\|\cdot\| par ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty.
  2. L’autre inégalité repose sur la compacité de la sphère unité pour ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty (théorème de Bolzano-Weierstrass) et la continuité de l’application x↦∥x∥x \mapsto \|x\| pour obtenir l’atteinte de la borne inférieure. ■\blacksquare

  1. Démontrer qu’une partie est ouverte :

    • Méthode 1 : Exprimer l’ensemble comme image réciproque d’un ouvert par une application continue (ex: U=f−1(V)U = f^{-1}(V) avec ff continue).
    • Méthode 2 : Utiliser les opérations algébriques : une union quelconque d’ouverts est un ouvert, une intersection finie d’ouverts est un ouvert.
    • Méthode 3 : À tout point a∈Ua \in U, expliciter un rayon r>0r > 0 tel que B(a,r)⊂UB(a,r) \subset U.
  2. Démontrer qu’une partie est fermée :

    • Méthode 1 : Utiliser le complémentaire (FF est fermé si et seulement si E∖FE \setminus F est ouvert).
    • Méthode 2 : Utiliser la caractérisation séquentielle : soit (un)(u_n) une suite d’éléments de FF convergeant vers ll, montrer que l∈Fl \in F.
    • Méthode 3 : Exprimer FF comme image réciproque d’un fermé par une application continue (ex: F=f−1({0})F = f^{-1}(\{0\}) pour ff continue).
  3. Techniques de calcul de limites et continuité d’applications linéaires :

    • En dimension finie, toute application linéaire de EE dans FF est continue.
    • En dimension quelconque, l’application linéaire u:E→Fu : E \to F est continue si et seulement si elle est bornée sur la sphère unité, c’est-à-dire : ∃M∈R+, ∀x∈E, ∥u(x)∥F≤M∥x∥E\exists M \in \mathbb{R}_+, \, \forall x \in E, \, \|u(x)\|_F \le M \|x\|_E

  • Piège de la dimension infinie : Oublier que l’équivalence des normes et le théorème de Bolzano-Weierstrass (les parties fermées bornées sont compacts) sont faux en dimension infinie (par exemple dans C([0,1],R)\mathcal{C}([0,1], \mathbb{R}) ou ℓ2(N)\ell^2(\mathbb{N})).
  • Confusion adhérence et intérieur : Affirmer qu’une suite d’éléments de l’adhérence Aˉ\bar{A} converge vers un élément de AA. C’est faux, la limite appartient à Aˉ\bar{A}, pas nécessairement à AA.
  • Adhésion vs Intersection : Attention aux intersections infinies d’ouverts qui ne sont pas des ouverts (ex: ⋂n∈N∗]]−1n,1n[={0}\left. \bigcap_{n \in \mathbb{N}^*]} ]-\frac{1}{n}, \frac{1}{n}[ = \{0\}\right., qui est fermé).
  • Continuité et compositions : Pour montrer qu’une application f:A⊂E→Ff : A \subset E \to F est continue, ne pas oublier de préciser le domaine de définition et de vérifier la continuité des briques élémentaires (produits scalaires, normes, inversions dans les algèbres de Banach, etc.).