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📌 1. DĂ©finitions & Cadre d'Ă©tude

L’étude thermodynamique des Ă©quilibres chimiques appliquĂ©e Ă  la mĂ©tallurgie extractive et Ă  la corrosion aqueuse repose sur deux outils graphiques majeurs en classes prĂ©paratoires : les diagrammes d’Ellingham (thermodynamique des Ă©quilibres hĂ©tĂ©rogĂšnes Ă  haute tempĂ©rature) et les diagrammes de Pourbaix (thermodynamique Ă©lectrochimique en solution aqueuse).

Le diagramme d’Ellingham reprĂ©sente l’enthalpie libre standard de rĂ©action ΔrG∘\Delta_r G^\circ associĂ©e Ă  la formation d’une mole de dioxygĂšne O2\text{O}_2 (ou d’un autre gaz) en fonction de la tempĂ©rature TT : ΔrG∘(T)=ΔrH∘(T)−TΔrS∘(T)\Delta_r G^\circ(T) = \Delta_r H^\circ(T) - T \Delta_r S^\circ(T)

  • Cadre d’étude : Oxydation de mĂ©taux en oxydes.
  • HypothĂšse d’Ellingham : Les grandeurs ΔrH∘\Delta_r H^\circ et ΔrS∘\Delta_r S^\circ sont considĂ©rĂ©es comme indĂ©pendantes de la tempĂ©rature TT sur l’intervalle Ă©tudiĂ© (tant qu’il n’y a pas de changement d’état physique). La courbe ΔrG∘=f(T)\Delta_r G^\circ = f(T) est donc assimilĂ©e Ă  une droite d’équation y=aT+by = aT + b oĂč a=−ΔrS∘a = -\Delta_r S^\circ et b=ΔrH∘b = \Delta_r H^\circ.

Diagramme de Pourbaix (ou diagramme EE- pH\text{pH})

Section titled “Diagramme de Pourbaix (ou diagramme EEE- pH\text{pH}pH)”

Le diagramme de Pourbaix reprĂ©sente les domaines de prĂ©dominance et d’existence des diffĂ©rentes espĂšces (mĂ©tal, ions dissous, oxydes/hydroxydes hydratĂ©s) d’un Ă©lĂ©ment en solution aqueuse, dans le plan (pH,E)(pH, E) oĂč EE est le potentiel Ă©lectrochimique de l’électrode par rapport Ă  l’électrode standard Ă  hydrogĂšne (ESH).

  • FrontiĂšres : Les lignes du diagramme sĂ©parent les domaines et correspondent Ă  l’égalitĂ© des concentrations des espĂšces conjuguĂ©es (ou Ă  la saturation pour un prĂ©cipitĂ©), rĂ©gies par la loi de Nernst et les Ă©quilibres acido-basiques ou de prĂ©cipitation.

📐 2. ThĂ©orĂšmes fondamentaux & DĂ©monstrations clĂ©s

Section titled “📐 2. ThĂ©orĂšmes fondamentaux & DĂ©monstrations clĂ©s”

1. TempĂ©rature d’inversion dans un diagramme d’Ellingham

Section titled “1. TempĂ©rature d’inversion dans un diagramme d’Ellingham”

ConsidĂ©rons l’oxydation d’un mĂ©tal M\text{M} par O2\text{O}_2 : M (s)+O2 (g)⇌MO2 (s)\text{M (s)} + \text{O}_2\text{ (g)} \rightleftharpoons \text{MO}_2\text{ (s)} La variation d’entropie standard ΔrS∘\Delta_r S^\circ correspond Ă  la disparition d’une mole de gaz O2\text{O}_2. Ainsi, ΔrS∘<0\Delta_r S^\circ < 0. La pente de la droite d’Ellingham (−ΔrS∘-\Delta_r S^\circ) est donc strictement positive.

  • DĂ©monstration de la condition de rĂ©duction : Soit un mĂ©tal M1\text{M}_1 dont l’oxyde M1O2\text{M}_1\text{O}_2 est plus stable (droite plus basse dans le diagramme) que celui du mĂ©tal M2\text{M}_2 (droite plus haute). À l’équilibre, pour la rĂ©action de rĂ©duction de M2O2\text{M}_2\text{O}_2 par M1\text{M}_1 : ΔrG∘=ΔfG∘(M2O2)−ΔfG∘(M1O2)\Delta_r G^\circ = \Delta_f G^\circ(\text{M}_2\text{O}_2) - \Delta_f G^\circ(\text{M}_1\text{O}_2) La rĂ©duction est thermodynamiquement possible si ΔrG∘<0\Delta_r G^\circ < 0, c’est-Ă -dire si le rĂ©ducteur (M1\text{M}_1) possĂšde un oxyde dont l’enthalpie libre de formation est plus nĂ©gative que celle de l’oxyde Ă  rĂ©duire (M2O2\text{M}_2\text{O}_2).

2. Établissement d’une frontiùre de Pourbaix (Pente de Nernst)

Section titled “2. Établissement d’une frontiùre de Pourbaix (Pente de Nernst)”

Soit l’équilibres redox entre un mĂ©tal M(s)\text{M(s)} et un ion mĂ©tallique en solution Mn+(aq)\text{M}^{n+}\text{(aq)} : Mn+(aq)+ne−⇌M (s)\text{M}^{n+}\text{(aq)} + n e^- \rightleftharpoons \text{M (s)} La formule de Nernst s’écrit : E=E∘(Mn+/M)+0,06nlog⁥([Mn+][M])E = E^\circ(\text{M}^{n+}/\text{M}) + \frac{0,06}{n} \log\left(\frac{[\text{M}^{n+}]}{[\text{M}]}\right) Puisque l’activitĂ© du solide vaut 11, on obtient une droite horizontale dans le plan (pH,E)(pH, E) si la frontiĂšre ne dĂ©pend pas du pH\text{pH}.

ConsidĂ©rons maintenant un Ă©quilibre dĂ©pendant du pH\text{pH} (intervention de H+\text{H}^+ ou HO−\text{HO}^-), par exemple l’oxydation du mĂ©tal en oxyde hydratĂ© MO2 (s)\text{MO}_2\text{ (s)} : MO2 (s)+4H+(aq)+4e−⇌M (s)+2H2O (l)\text{MO}_2\text{ (s)} + 4\text{H}^+\text{(aq)} + 4 e^- \rightleftharpoons \text{M (s)} + 2\text{H}_2\text{O (l)} Appliquons la loi de Nernst Ă  T=298 KT = 298\text{ \text{K}} : E=E∘(MO2/M)+0,064log⁥([H+]41)E = E^\circ\left(\text{MO}_2/\text{M}\right) + \frac{0,06}{4} \log\left(\frac{[\text{H}^+]^4}{1}\right) E=E∘(MO2/M)+0,06×44log⁥([H+])E = E^\circ\left(\text{MO}_2/\text{M}\right) + \frac{0,06 \times 4}{4} \log([\text{H}^+]) E=E∘(MO2/M)−0,06 pHE = E^\circ\left(\text{MO}_2/\text{M}\right) - 0,06 \, \text{pH} La pente de la frontiĂšre dans le diagramme de Pourbaix est donc de −0,06×nombre de H+nombre de e−-0,06 \times \frac{\text{nombre de } \text{H}^+}{\text{nombre de } e^-} volts par unitĂ© de pH\text{pH}.


Algorithme de lecture et d’exploitation d’un diagramme d’Ellingham pour la mĂ©tallurgie

Section titled “Algorithme de lecture et d’exploitation d’un diagramme d’Ellingham pour la mĂ©tallurgie”
  1. Identifier les espÚces en présence : Repérer les droites correspondant aux couples M/MxOy\text{M}/\text{M}_x\text{O}_y.
  2. DĂ©terminer la stabilitĂ© relative : À une tempĂ©rature TT donnĂ©e, l’oxyde dont le point sur le diagramme est le plus bas est le plus stable.
  3. Étudier la rĂ©ductibilitĂ© : Un mĂ©tal AA peut rĂ©duire l’oxyde d’un mĂ©tal BB si la droite du couple de AA est situĂ©e en dessous de celle du couple de BB Ă  la tempĂ©rature de travail.
  4. Calcul de la pression de dioxygĂšne d’équilibre : À l’aide de la relation ΔrG∘=−RTln⁥(K∘)\Delta_r G^\circ = -RT \ln(K^\circ) avec K∘=1P(O2)/P∘K^\circ = \frac{1}{P(\text{O}_2)/P^\circ}, on tire : log⁥(P(O2)P∘)=−ΔrG∘2,303 R T\log\left(\frac{P(\text{O}_2)}{P^\circ}\right) = -\frac{\Delta_r G^\circ}{2,303 \, R \, T}

Algorithme de tracĂ© d’un diagramme de Pourbaix

Section titled “Algorithme de tracĂ© d’un diagramme de Pourbaix”
  1. Recenser les espùces du systùme : Classer par nombre d’oxydation croissant.
  2. Tracer les frontiÚres acido-basiques (lignes verticales) : Indépendantes du potentiel EE, déterminées par les pKa\text{p}K_a des couples acido-basiques ou de solubilité (pKs\text{p}K_s).
  3. Tracer les frontiÚres purement redox (lignes horizontales) : Déterminées par la loi de Nernst sans échange de protons.
  4. Tracer les frontiĂšres mixtes (lignes inclinĂ©es) : Utiliser la pente −0,06⋅Δn(H+)Δn(e−)\frac{-0,06 \cdot \Delta n(\text{H}^+)}{\Delta n(e^-)}.
  5. Supermposer les droites de l’eau :
    • Oxydation de l’eau : O2 (g)+4H+(aq)+4e−⇌2H2O (l)\text{O}_2\text{ (g)} + 4\text{H}^+\text{(aq)} + 4 e^- \rightleftharpoons 2\text{H}_2\text{O (l)} →E1=1,23−0,06 pH\rightarrow E_1 = 1,23 - 0,06 \, \text{pH}
    • RĂ©duction de l’eau : 2H+(aq)+2e−⇌H2O (g)2\text{H}^+\text{(aq)} + 2 e^- \rightleftharpoons \text{H}_2\text{O (g)} →E2=0,00−0,06 pH\rightarrow E_2 = 0,00 - 0,06 \, \text{pH}

  • Oublier la stƓchiomĂ©trie de rĂ©fĂ©rence dans Ellingham : ΔrG∘\Delta_r G^\circ est toujours tracĂ© pour la consommation d’une mole de O2 (g)\text{O}_2\text{ (g)}, et non par mole de mĂ©tal oxydĂ©. Ne pas rĂ©ajuster les coefficients stƓchiomĂ©triques lors de combinaisons de rĂ©actions conduit Ă  des erreurs de calcul sur ΔrG∘\Delta_r G^\circ.
  • Confondre domaine de prĂ©dominance et domaine d’existence :
    • Un domaine de prĂ©dominance concerne des espĂšces dissoutes en solution (ions).
    • Un domaine d’existence concerne des phases condensĂ©es (prĂ©cipitĂ©s, solides, mĂ©taux).
  • NĂ©gliger la concentration de trace dans les frontiĂšres de prĂ©cipitation : La frontiĂšre entre un ion dissous et un prĂ©cipitĂ© dĂ©pend de la concentration de rĂ©fĂ©rence de l’ion dissous (souvent fixĂ©e Ă  cref=10−6 mol⋅L−1c_{\text{ref}} = 10^{-6}\text{ \text{mol}}\cdot\text{L}^{-1} dans les sujets de concours). Un oubli de cette convention fausse le calcul du pH\text{pH} de dĂ©but de prĂ©cipitation.
  • InterprĂ©tation hĂątive de la thermodynamique face Ă  la cinĂ©tique : Un diagramme de Pourbaix ou d’Ellingham indique uniquement le sens d’évolution thermodynamique (possibilitĂ© d’une rĂ©action). Il n’apporte aucune information sur la cinĂ©tique. Par exemple, le fer thermodynamiquement oxydable dans l’eau (domaine de corrosion) peut ĂȘtre cinĂ©tiquement stable si le systĂšme prĂ©sente une surtension importante ou un phĂ©nomĂšne de passivation (formation d’une couche d’oxyde protectrice impermĂ©able).