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Exercice 2 : Théorème de la base incomplète et théorème du rang

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie n≥1n \ge 1. On s’intéresse dans ce problème aux liens fondamentaux unissant les notions de familles libres, de familles génératrices (via le théorème de la base incomplète) et les propriétés des applications linéaires (via le théorème du rang).

Dans la première partie, on étudie un procédé d’extension de famille libre dans l’espace vectoriel R[X]\mathbb{R}[X] des polynômes à coefficients réels restreint à un sous-espace de degré borné. Dans la seconde partie, on considère un endomorphisme uu de EE et on analyse l’interaction entre les dimensions des noyaux et des images des puissances successives de uu, en application directe du théorème du rang.


On note E3=R3[X]E_3 = \mathbb{R}_3[X] l’espace vectoriel des polynômes à coefficients réels de degré inférieur ou égal à 33. Sa dimension est donc 44. Soit la famille de polynômes F=(P1,P2)\mathcal{F} = (P_1, P_2) où : P1(X)=1+X+X2etP2(X)=1−X+X3P_1(X) = 1 + X + X^2 \quad \text{et} \quad P_2(X) = 1 - X + X^3

  1. Démontrer que la famille F\mathcal{F} est libre dans E3E_3.
  2. Déterminer la matrice de la famille F\mathcal{F} dans la base canonique B0=(1,X,X2,X3)\mathcal{B}_0 = (1, X, X^2, X^3) de E3E_3. En déduire une méthode pour compléter F\mathcal{F} en une base de E3E_3 en extrayant deux vecteurs de B0\mathcal{B}_0.
  3. Appliquer cette méthode pour expliciter une base B\mathcal{B} de E3E_3 prolongeant F\mathcal{F}.

Partie II : Théorème du rang et endomorphismes

Section titled “Partie II : Théorème du rang et endomorphismes”

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel de dimension nn. Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) tel que u2=0u^2 = 0 et u≠0u \neq 0 (on dit que uu est nilpotent d’indice 22). 4. Énoncer le théorème du rang pour une application linéaire. 5. Démontrer que Im⁡(u)⊂Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \subset \operatorname{Ker}(u). En déduire une relation d’ordre entre rang⁡(u)\operatorname{rang}(u) et n−rang⁡(u)n - \operatorname{rang}(u). 6. On suppose désormais que n=4n = 4 et que rang⁡(u)=2\operatorname{rang}(u) = 2. Construire explicitement une base de EE dans laquelle la matrice de uu s’écrit sous la forme : M=(0010000100000000)M = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}


💡 Pistes & Indications méthodologiques

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  • Pour la question 1 : Utilisez la définition d’une famille libre en posant une combinaison linéaire nulle, puis identifiez les coefficients des différents monômes pour obtenir un système linéaire.
  • Pour la question 2 & 3 : Écrivez les coordonnées des vecteurs sous forme de colonnes. Le théorème de la base incomplète garantit qu’on peut ajouter des vecteurs d’une base connue (ici la base canonique) dont le déterminant (ou le rang de la matrice complétée) est non nul.
  • Pour la question 5 : Pour l’inclusion, partez d’un élément de Im⁡(u)\operatorname{Im}(u) et appliquez uu en sachant que u2=0u^2=0. Le théorème du rang fournira l’inégalité sur les dimensions.
  • Pour la question 6 : Choisissez judicieusement une base en construisant d’abord une base de Im⁡(u)\operatorname{Im}(u), puis en la complétant dans Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u), et enfin dans EE tout entier.

📋 Corrigé détaillé et vérification des résultats

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  1. Liberté de la famille F\mathcal{F} : Soit (a,b)∈R2(a, b) \in \mathbb{R}^2 tel que : aP1(X)+bP2(X)=0E3a P_1(X) + b P_2(X) = 0_{E_3} En remplaçant P1P_1 et P2P_2 par leurs expressions : a(1+X+X2)+b(1−X+X3)=0a(1 + X + X^2) + b(1 - X + X^3) = 0   ⟹  (a+b)+(a−b)X+aX2+bX3=0\implies (a + b) + (a - b)X + aX^2 + bX^3 = 0 Un polynôme est nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls. On obtient le système : {a+b=0a−b=0a=0b=0\begin{cases} a + b = 0 \\ a - b = 0 \\ a = 0 \\ b = 0 \end{cases} La résolution immédiate donne a=0a = 0 et b=0b = 0. La famille F=(P1,P2)\mathcal{F} = (P_1, P_2) est donc libre.

  2. Matrice de la famille et méthode de complétion : Dans la base canonique B0=(1,X,X2,X3)\mathcal{B}_0 = (1, X, X^2, X^3), les coordonnées de P1P_1 et P2P_2 forment les colonnes de la matrice MFM_{\mathcal{F}} : MF=(111−11001)M_{\mathcal{F}} = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \\ 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} Le rang de cette matrice est 22 (les deux colonnes ne sont pas colinéaires). Pour compléter F\mathcal{F} en une base de R3[X]\mathbb{R}_3[X], le théorème de la base incomplète nous autorise à adjoindre 2 vecteurs de la base canonique B0=(E1,E2,E3,E4)\mathcal{B}_0 = (E_1, E_2, E_3, E_4) (notés 1,X,X2,X31, X, X^2, X^3) de manière à ce que la matrice complétée 4×44 \times 4 soit inversible (de déterminant non nul). Testons l’adjonction de X2X^2 (noté E3E_3) et X3X^3 (noté E4E_4) : La matrice formée par P1,P2,X2,X3P_1, P_2, X^2, X^3 s’écrit : Mtest=(11001−10010100101)M_{\text{test}} = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 & 0 \\ 1 & -1 & 0 & 0 \\ 1 & 0 & 1 & 0 \\ 0 & 1 & 0 & 1 \end{pmatrix}

  3. Calcul du déterminant et conclusion : Calculons le déterminant de MtestM_{\text{test}} en développant par rapport aux deux dernières colonnes ou lignes : En développant par rapport à la dernière colonne : det⁡(Mtest)=1×det⁡(1101−10101)−0+…\det(M_{\text{test}}) = 1 \times \det \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 \\ 1 & -1 & 0 \\ 1 & 0 & 1 \end{pmatrix} - 0 + \dots Puis en développant ce sous-déterminant par rapport à sa dernière colonne : =1×1×det⁡(111−1)=1×(1×(−1)−1×1)=−2≠0= 1 \times 1 \times \det \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix} = 1 \times (1 \times (-1) - 1 \times 1) = -2 \neq 0 Le déterminant étant non nul, la famille B=(P1,P2,X2,X3)\mathcal{B} = (P_1, P_2, X^2, X^3) est une base de E3E_3 qui prolonge F\mathcal{F}.


Partie II : Théorème du rang et endomorphismes

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  1. Rappel du théorème du rang : Soit E,FE, F deux R\mathbb{R}-espaces vectoriels de dimension finie et f∈L(E,F)f \in \mathcal{L}(E, F). Alors : dim⁡(Ker⁡(f))+dim⁡(Im⁡(f))=dim⁡(E)\operatorname{dim}(\operatorname{Ker}(f)) + \operatorname{dim}(\operatorname{Im}(f)) = \operatorname{dim}(E)

  2. Inclusion et relation sur le rang : Soit y\idIm⁡(u)y \id \operatorname{Im}(u). Par définition, il existe x∈Ex \in E tel que y=u(x)y = u(x). Appliquons uu à yy : u(y)=u(u(x))=u2(x)u(y) = u(u(x)) = u^2(x) Or, l’énoncé indique que u2=0u^2 = 0. Donc u(y)=0u(y) = 0, ce qui signifie que y∈Ker⁡(u)y \in \operatorname{Ker}(u). On a donc démontré l’inclusion : Im⁡(u)⊂Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \subset \operatorname{Ker}(u) Par passage à la dimension, on en déduit : rang⁡(u)≤dim⁡(Ker⁡(u))\operatorname{rang}(u) \le \operatorname{dim}(\operatorname{Ker}(u)) D’après le théorème du rang appliqué à uu sur EE (de dimension nn) : dim⁡(Ker⁡(u))+rang⁡(u)=n  ⟹  dim⁡(Ker⁡(u))=n−rang⁡(u)\operatorname{dim}(\operatorname{Ker}(u)) + \operatorname{rang}(u) = n \implies \operatorname{dim}(\operatorname{Ker}(u)) = n - \operatorname{rang}(u) L’inégalité précédente devient alors : rang⁡(u)≤n−rang⁡(u)  ⟹  2rang⁡(u)≤n\operatorname{rang}(u) \le n - \operatorname{rang}(u) \implies 2 \operatorname{rang}(u) \le n

  3. Construction explicite de la base pour n=4n=4 et rang⁡(u)=2\operatorname{rang}(u) = 2 :

    • On a dim⁡(Im⁡(u))=2\operatorname{dim}(\operatorname{Im}(u)) = 2 et dim⁡(Ker⁡(u))=4−2=2\operatorname{dim}(\operatorname{Ker}(u)) = 4 - 2 = 2.
    • L’inclusion Im⁡(u)⊂Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) \subset \operatorname{Ker}(u) couplée à l’égalité de leurs dimensions (toutes deux égales à 22) implique que : Im⁡(u)=Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) = \operatorname{Ker}(u)
    • Soit (e1,e2)(e_1, e_2) une base de Im⁡(u)\operatorname{Im}(u) (qui est donc aussi un sous-espace de Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u)).
    • Par le théorème de la base incomplète, complétons cette famille libre (e1,e2)(e_1, e_2) en une base de Ker⁡(u)\operatorname{Ker}(u) (ce qui n’est pas nécessaire ici puisque Im⁡(u)=Ker⁡(u)\operatorname{Im}(u) = \operatorname{Ker}(u)).
    • Ensuite, complétons (e1,e2)(e_1, e_2) en une base de EE tout entier en choisissant des vecteurs e3,e4∈Ee_3, e_4 \in E tels que u(e3)=e1u(e_3) = e_1 et u(e4)=e2u(e_4) = e_2 (ce qui est possible puisque e1,e2∈Im⁡(u)e_1, e_2 \in \operatorname{Im}(u)).
    • Dans cette base B=(e1,e2,e3,e4)\mathcal{B} = (e_1, e_2, e_3, e_4) :
      • u(e1)=0u(e_1) = 0 (car e1∈Ker⁡(u)e_1 \in \operatorname{Ker}(u))
      • u(e2)=0u(e_2) = 0 (car e2∈Ker⁡(u)e_2 \in \operatorname{Ker}(u))
      • u(e3)=e1=1⋅e1+0⋅e2+0⋅e3+0⋅e4u(e_3) = e_1 = 1 \cdot e_1 + 0 \cdot e_2 + 0 \cdot e_3 + 0 \cdot e_4
      • u(e4)=e2=0⋅e1+1⋅e2+0⋅e3+0⋅e4u(e_4) = e_2 = 0 \cdot e_1 + 1 \cdot e_2 + 0 \cdot e_3 + 0 \cdot e_4

    La matrice de uu dans la base B\mathcal{B} s’écrit par conséquent par blocs colonnes : M=(0010000100000000)M = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 1 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 1 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} Ce qui démontre et vérifie l’exactitude du résultat demandé.