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Exercice 1 : Valeurs propres, vecteurs propres

🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Cadre d’étude”

Soit n≥2n \ge 2 un entier naturel. On considère l’espace vectoriel E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) des matrices carrées d’ordre nn à coefficients réels. On note InI_n la matrice identité de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). L’objectif de ce problème est d’étudier l’endomorphisme ff de EE défini par : ∀M∈E,f(M)=tr(M)In+M\forall M \in E, \quad f(M) = \text{tr}(M) I_n + M où tr(M)\text{tr}(M) désigne la trace de la matrice MM.

Ce type d’endomorphisme intervient fréquemment dans l’étude des perturbations de matrices et en théorie des représentations du groupe linéaire. Nous allons déterminer ses valeurs propres, ses espaces propres, et examiner sa diagonalisabilité.


❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)

Section titled “❓ Questions progressives (incluant une analyse critique du modèle)”
  1. Préalable algébrique : Montrer que ff est un endomorphisme de l’espace vectoriel EE.
  2. Recherche de valeurs propres évidentes :
    • Calculer f(In)f(I_n). En déduire que 11 est valeur propre de ff et préciser la dimension de l’espace propre associé Ef(1)\text{E}_f(1).
    • Soit M∈EM \in E une matrice de trace nulle (tr(M)=0tr(M) = 0) non nulle. Calculer f(M)f(M). En déduire qu’il existe une autre valeur propre que l’on précisera.
  3. Détermination complète du spectre :
    • Soit λ∈R\lambda \in \mathbb{R} une valeur propre de ff et MM un vecteur propre associé (donc M≠0M \neq 0). En appliquant l’opérateur trace aux deux membres de l’équation f(M)=λMf(M) = \lambda M, exprimer tr(M)\text{tr}(M) en fonction de λ\lambda et de nn, en supposant λ≠1\lambda \neq 1.
    • En déduire l’ensemble Sp(f)\text{Sp}(f) de toutes les valeurs propres de ff.
  4. Diagonalisabilité :
    • Déterminer les dimensions des différents sous-espaces propres de ff.
    • L’endomorphisme ff est-il diagonalisable ? Justifier rigoureusement.
  5. Analyse critique du modèle :
    • Que devient l’étude de cet endomorphisme si l’on remplace R\mathbb{R} par un corps de caractéristique pp non nulle divisant nn ? Quel est l’impact sur la structure des sous-espaces propres ?

💡 Pistes & Indications méthodologiques

Section titled “💡 Pistes & Indications méthodologiques”
  • Question 1 : Utilisez la linéarité de l’application trace et les propriétés élémentaires des opérations dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
  • Question 2 : Pour l’espace propre Ef(1)\text{E}_f(1), traduisait l’équation f(M)=Mf(M) = M sur la trace de MM.
  • Question 3 : N’oubliez pas que pour une matrice carrée AA, tr(αA)=αtr(A)\text{tr}(\alpha A) = \alpha \text{tr}(A) et tr(A+B)=tr(A)+tr(B)\text{tr}(A+B) = \text{tr}(A) + \text{tr}(B). De plus, tr(In)=n\text{tr}(I_n) = n.
  • Question 4 : Calculez la somme des dimensions des sous-espaces propres ou utilisez le polynôme caractéristique (si argumenté proprement).
  • Question 5 : Regardez ce que devient le coefficient (n+1)(n+1) dans Z/pZ\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}.

Soit (M,N)∈E2(M, N) \in E^2 et (α,β)∈R2(\alpha, \beta) \in \mathbb{R}^2. f(αM+βN)=tr(αM+βN)In+(αM+βN)f(\alpha M + \beta N) = \text{tr}(\alpha M + \beta N) I_n + (\alpha M + \beta N) Par linéarité de la trace : f(αM+βN)=(αtr(M)+βtr(N))In+αM+βNf(\alpha M + \beta N) = (\alpha \text{tr}(M) + \beta \text{tr}(N)) I_n + \alpha M + \beta N f(αM+βN)=α(tr(M)In+M)+β(tr(N)In+N)=αf(M)+βf(N)f(\alpha M + \beta N) = \alpha (\text{tr}(M) I_n + M) + \beta (\text{tr}(N) I_n + N) = \alpha f(M) + \beta f(N) Ainsi, ff est bien un endomorphisme de l’espace vectoriel E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

2. Recherche de valeurs propres évidentes

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  • Calculons f(In)f(I_n) : f(In)=tr(In)In+In=nIn+In=(n+1)Inf(I_n) = \text{tr}(I_n) I_n + I_n = n I_n + I_n = (n+1) I_n Puisque n≥2n \ge 2, n+1≠0n+1 \neq 0. Ainsi, InI_n est un vecteur non nul et f(In)=(n+1)Inf(I_n) = (n+1)I_n, ce qui prouve que λ1=n+1\lambda_1 = n+1 est valeur propre de ff, avec In∈Ef(n+1)I_n \in \text{E}_f(n+1).

  • Soit M∈EM \in E telle que tr(M)=0\text{tr}(M) = 0 et M≠0M \neq 0 (par exemple, une matrice élémentaire Ei,jE_{i,j} avec i≠ji \neq j). Alors : f(M)=0⋅In+M=M=1⋅Mf(M) = 0 \cdot I_n + M = M = 1 \cdot M Par conséquent, λ2=1\lambda_2 = 1 est valeur propre de ff. De plus, l’espace propre Ef(1)\text{E}_f(1) est constitué des matrices MM telles que f(M)=Mf(M) = M, c’est-à-dire tr(M)In=0\text{tr}(M) I_n = 0, ce qui équivaut à tr(M)=0\text{tr}(M) = 0 (car In≠0I_n \neq 0). Ef(1)\text{E}_f(1) est donc l’hyperplan des matrices de trace nulle, de dimension dim⁡(Ef(1))=n2−1\dim(\text{E}_f(1)) = n^2 - 1.

Soit λ∈R\lambda \in \mathbb{R} une valeur propre de ff et MM un vecteur propre associé (M≠0M \neq 0). On a : tr(M)In+M=λM  ⟹  tr(M)In=(λ−1)M(Equation ∗)\text{tr}(M) I_n + M = \lambda M \implies \text{tr}(M) I_n = (\lambda - 1) M \quad (\text{Equation } *) Appliquons l’opérateur trace aux deux membres de l’équation (∗)(*) : tr(tr(M)In)=tr((λ−1)M)\text{tr}\left(\text{tr}(M) I_n\right) = \text{tr}\left((\lambda - 1) M\right) tr(M)tr(In)=(λ−1)tr(M)\text{tr}(M) \text{tr}(I_n) = (\lambda - 1) \text{tr}(M) Comme tr(In)=n\text{tr}(I_n) = n, il vient : ntr(M)=(λ−1)tr(M)  ⟺  (n+1−λ)tr(M)=0n \text{tr}(M) = (\lambda - 1) \text{tr}(M) \iff (n + 1 - \lambda) \text{tr}(M) = 0

Discutons selon la valeur de tr(M)\text{tr}(M) :

  • Cas 1 : tr(M)≠0\text{tr}(M) \neq 0. L’équation précédente impose n+1−λ=0n + 1 - \lambda = 0, soit λ=n+1\lambda = n+1.
  • Cas 2 : tr(M)=0\text{tr}(M) = 0. L’équation (∗)(*) redevient 0⋅In=(λ−1)M0 \cdot I_n = (\lambda - 1) M. Puisque M≠0M \neq 0, cela implique nécessairement λ=1\lambda = 1.

Ainsi, les seules valeurs propres possibles pour ff sont λ=1\lambda = 1 et λ=n+1\lambda = n+1. Réciproquement, nous avons déjà établi que ces deux nombres sont effectivement valeurs propres. Par conséquent : Sp(f)={1,n+1}\text{Sp}(f) = \{1, n+1\}

  • Nous avons identifié deux sous-espaces propres :
    • Ef(1)={M∈Mn(R)∣tr(M)=0}\text{E}_f(1) = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid \text{tr}(M) = 0\}, qui est de dimension n2−1n^2 - 1.
    • Ef(n+1)=Vect(In)\text{E}_f(n+1) = \text{Vect}(I_n), qui est de dimension 11 (car In≠0I_n \neq 0).
  • Faisons la somme des dimensions de ces sous-espaces propres : dim⁡(Ef(1))+dim⁡(Ef(n+1))=(n2−1)+1=n2=dim⁡(E)\dim(\text{E}_f(1)) + \dim(\text{E}_f(n+1)) = (n^2 - 1) + 1 = n^2 = \dim(E)
  • La dimension de l’espace total EE est égale à la somme des dimensions des sous-espaces propres associés à ses valeurs propres.
  • Conclusion : L’endomorphisme ff est diagonalisable.

Si l’on se place sur un corps de caractéristique p>0p > 0 telle que pp divise n+1n+1 (par exemple n=p−1n = p-1), alors le scalaire n+1n+1 est nul dans ce corps. Le raisonnement s’écrit alors différemment : f(In)=(n+1)In=0⋅In=0f(I_n) = (n+1)I_n = 0 \cdot I_n = 0. Le vecteur InI_n devient alors un vecteur propre associé à la valeur propre 00, ce qui modifierait la dimension des sous-espaces propres et pourrait faire perdre la diagonalisabilité de l’endomorphisme par un phénomène de non-semi-simplicité (apparition d’une structure de bloc de Jordan non triviale).