CCINP - Mathématiques
📄 Partie 1 : Énoncé du Problème
Section titled “📄 Partie 1 : Énoncé du Problème”Dans le cadre de l’étude des régimes transitoires de systèmes dynamiques complexes à retards répartis, on est conduit à analyser des opérateurs différentiels agissant sur des espaces fonctionnels de dimension infinie. Plus particulièrement, l’analyse de la stabilité asymptotique d’un tel système régis par des équations intégro-différentielles amène à étudier la nature topologique de certains ensembles de fonctions holomorphes et à évaluer des sommes de séries de fonctions dépendant d’un paramètre complexe.
Le présent problème se propose d’étudier, à l’aide d’outils topologiques avancés (compacité dans les espaces vectoriels normés, théorème de Weierstrass-Borel) et de l’analyse complexe (rayons de convergence, développements en séries entières, interversion de limites), une famille d’applications définies par des intégrales à paramètre.
Soit l’espace vectoriel normé des fonctions continues de dans , muni de la norme de la convergence uniforme notée . Pour tout entier , on définit la fonction polynomiale sur par : L’objectif est d’analyser la convergence de la série de fonctions sur divers domaines de ou de , ainsi que d’étudier les propriétés topologiques de l’ensemble des fonctions constructibles par cette démarche.
❓ Partie 2 : Questions
Section titled “❓ Partie 2 : Questions”Partie A : Étude d’une suite de fonctions et rayon de convergence
Section titled “Partie A : Étude d’une suite de fonctions et rayon de convergence”- (Calcul explicite) Calculer explicitement l’expression de pour tout et pour . Montrer que prolonge par continuité une fonction entière sur .
- (Estimation asymptotique) Établir un encadrement ou un équivalent simple de lorsque , pour un réel fixé.
- (Série entière associée) On pose, pour , . Déterminer le rayon de convergence de cette série entière.
- (Expression intégrale de la somme) Pour dans le disque ouvert de convergence, exprimer sous forme d’une intégrale simple à l’aide d’une interversion justifiée entre somme et intégrale.
Partie B : Topologie et propriétés fonctionnelles
Section titled “Partie B : Topologie et propriétés fonctionnelles”- (Continuité et bornitude) Soit . L’ensemble est-il un partie bornée de ? Est-il relativement compact dans ? On justifiera avec rigueur en invoquant le théorème d’Arzelà-Ascoli.
- (Opérateur de translation) On définit l’opérateur par : Montrer que est un endomorphisme continu de et calculer sa norme subie .
- (Étude spectrale discrète) Déterminer l’ensemble des valeurs propres de l’opérateur .
💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)
Section titled “💡 Partie 3 : Rapport du Jury (Pièges et attentes)”Le jury tient à souligner plusieurs points fondamentaux observés lors de la correction de cette épreuve :
- Intégration par parties / récurrence : Pour la question 1, de nombreux candidats se bloquent dans le calcul intégral de en n’utilisant pas judicieusement des intégrations par parties successives ou une récurrence bien posée.
- Interversion et : À la question 4, l’utilisation du théorème de convergence normale sur tout compact est indispensable. Justifier simplement « par isomorphisme » ou sans citer explicitement le théorème adéquat est sanctionné.
- Arzelà-Ascoli : À la question 5, la confusion entre « fermé et borné » et « compact » en dimension infinie persiste. L’application correcte d’Arzelà-Ascoli nécessite de vérifier l’équicontinuité de la famille , ce qui demande de manipuler proprement le théorème des accroissements finis ou une borne uniforme sur les dérivées.
- Norme d’opérateur : Pour la question 6, le calcul de exige de démontrer à la fois une majoration par un réel et l’atteinte ou l’approximation de ce sup par une suite de fonctions bien choisies.
📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse
Section titled “📋 Partie 4 : Corrigé Détaillé et Analyse”Partie A : Étude d’une suite de fonctions et rayon de convergence
Section titled “Partie A : Étude d’une suite de fonctions et rayon de convergence”Question 1 :
Section titled “Question 1 :”Pour , on a immédiatement :
Pour , on procède par intégration par parties. Posons et , de sorte que et . Il vient :
En itérant ou en reconnaissant le développement en série, on peut aussi utiliser directement l’expression de l’exponentielle : Par convergence normale de la série sur le segment (pour tout fixé), on peut permuter somme et intégrale : Cette expression montre que est développable en série entière sur tout entier, c’est donc une fonction entière.
Question 2 :
Section titled “Question 2 :”Pour fixé, la fonction est continue sur , donc bornée par . Ainsi : On en déduit que lorsque .
Question 3 :
Section titled “Question 3 :”La série entière associée est . D’après l’estimation précédente, pour , on a : Considérons le terme général . On applique la règle de d’Alembert (ou le critère du quotient) : Par conséquent, pour tout , la série converge absolument. Le rayon de convergence de la série entière est donc .
Question 4 :
Section titled “Question 4 :”Pour tout , la somme s’écrit, en remplaçant par son expression intégrale : Sur tout compact de , la série de fonctions converge uniformément par application du critère de Weierstrass (car et ). On peut donc intervertir sommation et intégration : Si , . Si ,
Partie B : Topologie et propriétés fonctionnelles
Section titled “Partie B : Topologie et propriétés fonctionnelles”Question 5 :
Section titled “Question 5 :”Étudions la famille dans avec .
- Caractère borné : Pour , on a . Ainsi, pour tout , . La famille est donc bornée.
- Compacité (Arzelà-Ascoli) : Pour appliquer le théorème d’Arzelà-Ascoli, il faut vérifier l’équicontinuité de la famille sur . Calculons la dérivée de : Pour tout et tout : La famille des dérivées est bornée uniformément par . Par le théorème des accroissements finis, pour tous et tout : Cette majoration est indépendante de , ce qui prouve que est équicontinue. De plus, est bornée. D’après le théorème d’Arzelà-Ascoli, est relativement compacte dans .
Question 6 :
Section titled “Question 6 :”Soit . L’application est définie par : La continuité de assure celle de sur . De plus, pour tout : Puisque pour (et atteint 1 en ), on a : L’opérateur est donc continu (ou borné) et . En considérant la fonction constante , on a , dont la norme infinie sur est exactement . Par conséquent :
Question 7 :
Section titled “Question 7 :”Cherchons les valeurs propres de , c’est-à-dire les scalaires (ou ) tels qu’il existe vérifiant . Supposons qu’il existe un tel couple . Pour , on a : D’où . Réécrivons l’équation sous forme différentielle. L’expression de est : En dérivant cette expression par rapport à (puisque est continue, l’intégrale définit une fonction de classe ) : En simplifiant par (qui est non nul) : Puisque , cela se réécrit :
- Si , l’équation devient pour tout , soit , ce qui est exclu pour un vecteur propre. Ainsi, n’est pas valeur propre.
- Si , on obtient une équation différentielle linéaire du premier ordre : Les solutions sont de la forme : Testons cette solution dans l’équation initiale . D’une part, pour avec : Si (c’est-à-dire , ce qui est toujours vrai ici) : Or, on souhaite que . Par identification des termes en (qui doit être nul car absent de pour ), on doit avoir un coefficient nul pour , ce qui impose (solution triviale).
Par conséquent, l’opérateur ne possède aucune valeur propre (son spectre ponctuel est vide : ).