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Exercice 1 : Altération, érosion et transport sédimentaire

Problème guidé : Dynamique de l’altération continentale et flux sédimentaires

Section titled “Problème guidé : Dynamique de l’altération continentale et flux sédimentaires”

Filière : BCPST
Matière : Sciences de la Terre et de l’Univers (Géosciences)
Chapitre: ** Sédimentologie et Géodynamique externe
Thème : Altération, érosion et transport sédimentaire


On s’intéresse au bilan massique d’un bassin versant granitique soumis à des conditions climatiques tempérées. L’objectif est d’évaluer la cinétique de l’altération chimique des minéraux silicatés (notamment les plagioclases), de quantifier l’exportation des produits dissous et particulaires vers l’océan, et d’analyser les limites des modèles géochimiques utilisés en sédimentologie.

On considère un bassin versant granitique d’une superficie S=100 km2S = 100 \text{ km}^2. Le climat se caractérise par une pluviométrie annuelle P=1,2 m/anP = 1,2 \text{ m/an}. L’évapotranspiration représente 40%40\% de cette précipitation.

La roche mère est un granite sain dont la masse volumique moyenne est ρr=2,7×103 kg/m3\rho_r = 2,7 \times 10^3 \text{ kg/m}^3. Sa composition modale simplifiée en volume est la suivante :

  • Quartz : 35%35\%
  • K-feldspath (orthose) : 30%30\%
  • Plagioclase (albite/anorthite) : 30%30\%
  • Minéraux accessoires (biotite, apatite) : 5%5\%

Partie A : Bilan hydrologique et altération chimique

Section titled “Partie A : Bilan hydrologique et altération chimique”
  1. (Calcul) Calculer le volume d’eau annuel QeauQ_{eau} (en m3/an\text{m}^3/\text{an}) qui s’infiltre et ruisselle sur le bassin versant (débit total sortant du bassin).
  2. (Raisonnement) L’altération des plagioclases (ex: anorthite CaAl2Si2O8\text{CaAl}_2\text{Si}_2\text{O}_8) par les eaux météoriques chargées en CO2\text{CO}_2 dissous produit de la kaolinite (Al2Si2O5(OH)4\text{Al}_2\text{Si}_2\text{O}_5(\text{OH})_4) et des ions en solution. Écrire l’équation bilantanée de cette réaction d’altération congruente.
  3. (Application) Sachant que la concentration en ions calcium Ca2+\text{Ca}^{2+} mesurée à l’exutoire du bassin est de 1,5×10−3 mol/L1,5 \times 10^{-3} \text{ mol/L}, calculer le flux massique annuel de calcium exporté en solution (exprimé en tonnes par an). On donne la masse molaire du calcium : M(Ca)=40 g/molM(\text{Ca}) = 40 \text{ g/mol}.

Partie B : Érosion mécanique et transport sédimentaire

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  1. (Analyse) À l’exutoire, la charge suspensive mesurée est de Csus=0,25 g/LC_{sus} = 0,25 \text{ g/L}. Calculer la masse totale de sédiments détritiques solides exportée annuellement (MsedM_{sed}, en tonnes/an).
  2. (Synthèse) En assimilant la densité du granite altéré à celle du granite sain, estimer la vitesse d’érosion globale du bassin versant (somme de l’érosion chimique dissoute et de l’érosion mécanique) en mm/an\text{mm/an} ou m/Ma\text{m/Ma}.

Partie C : Analyse critique et limites du modèle

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  1. (Esprit critique) Le calcul précédent repose sur l’hypothèse d’un état stationnaire (steady state). Discuter cette hypothèse. Quelles sont les limites de l’assimilation du bilan mesuré à l’exutoire à une “vraie” vitesse d’érosion à l’échelle des temps géologiques ?

  • Partie A : Pensez à soustraire l’évapotranspiration des précipitations totales pour obtenir le débit net. Pour l’équation chimique, veillez à équilibrer les charges et les atomes (notamment Al\text{Al}, Si\text{Si}, Ca\text{Ca} et H+\text{H}^+).
  • Partie B : Le flux solide se calcule en multipliant la concentration par le volume d’eau annuel écoulé. Pour la vitesse d’érosion, convertissez la perte de masse totale par an en un volume de roche mère par unité de surface.
  • Partie C : Considérez le stockage temporaire des sédiments dans les zones de plaines alluviales (floodplains) et l’impact de la tectonique ou des variations climatiques récentes (facteurs anthropiques ou cycles glaciaires/interglaciaires).

Partie A : Bilan hydrologique et altération chimique

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  1. Volume d’eau annuel sortant : La précipitation efficace (partie non évapotranspirée) est de 100%−40%=60%100\% - 40\% = 60\%. Peff=1,2×0,6=0,72 m/anP_{\text{eff}} = 1,2 \times 0,6 = 0,72 \text{ m/an}. La surface du bassin est S=100 km2=100×106 m2=108 m2S = 100 \text{ km}^2 = 100 \times 10^6 \text{ m}^2 = 10^8 \text{ m}^2. Qeau=S×Peff=108 m2×0,72 m/an=7,2×107 m3/anQ_{\text{eau}} = S \times P_{\text{eff}} = 10^8 \text{ m}^2 \times 0,72 \text{ m/an} = 7,2 \times 10^7 \text{ m}^3/\text{an}.

  2. Équation d’altération de l’anorthite : CaAl2Si2O8+2CO2+3H2O→Al2Si2O5(OH)4+Ca2++2HCO3−\text{CaAl}_2\text{Si}_2\text{O}_8 + 2\text{CO}_2 + 3\text{H}_2\text{O} \rightarrow \text{Al}_2\text{Si}_2\text{O}_5(\text{OH})_4 + \text{Ca}^{2+} + 2\text{HCO}_3^-

  3. Flux massique de Ca2+\text{Ca}^{2+} dissous : Le volume d’eau est de 7,2×107 m3/an=7,2×1010 L/an7,2 \times 10^7 \text{ m}^3/\text{an} = 7,2 \times 10^{10} \text{ L}/\text{an}. Nombre de moles de Ca2+\text{Ca}^{2+} exportées : n(Ca2+)=1,5×10−3 mol/L×7,2×1010 L/an=1,08×108 mol/ann(\text{Ca}^{2+}) = 1,5 \times 10^{-3} \text{ mol/L} \times 7,2 \times 10^{10} \text{ L}/\text{an} = 1,08 \times 10^8 \text{ mol/an} Masse correspondante : m(Ca)=n×M(Ca)=1,08×108×40 g/an=4,32×109 g/an=4320 tonnes/anm(\text{Ca}) = n \times M(\text{Ca}) = 1,08 \times 10^8 \times 40 \text{ g/an} = 4,32 \times 10^9 \text{ g/an} = 4320 \text{ tonnes/an}


Partie B : Érosion mécanique et transport sédimentaire

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  1. Masse des sédiments détritiques (MsedM_{sed}) : Msed=Csus×Qeau=0,25 g/L×7,2×1010 L/an=1,8×1010 g/an=18 000 tonnes/anM_{sed} = C_{sus} \times Q_{eau} = 0,25 \text{ g/L} \times 7,2 \times 10^{10} \text{ L}/\text{an} = 1,8 \times 10^{10} \text{ g/an} = 18\,000 \text{ tonnes/an}

  2. Vitesse d’érosion globale : Il faut convertir la masse totale exportée (chimique + mécanique) en volume de roche par unité de surface et par an.

    • Note : Pour être rigoureux, il faudrait estimer la masse totale de roche dissoute (en rajoutant les anions et autres cations aux Ca2+\text{Ca}^{2+}), mais l’énoncé ou une approximation classique permet d’estimer l’ordre de grandeur. Si l’on somme grossièrement les flux solides (18 000 t18\,000 \text{ t}) et dissous (plusieurs milliers de tonnes), la perte de masse totale est de l’ordre de 2,5×1010 g/an2,5 \times 10^{10} \text{ g/an} (25 000 tonnes/an25\,000 \text{ tonnes/an}).
    • Volume de roche érodé par an : Vroche=Mtotaleρr=2,5×107 kg/an2,7×103 kg/m3≈9259 m3/anV_{\text{roche}} = \frac{M_{\text{totale}}}{\rho_r} = \frac{2,5 \times 10^{7} \text{ kg/an}}{2,7 \times 10^3 \text{ kg/m}^3} \approx 9259 \text{ m}^3/\text{an}
    • Vitesse d’érosion (dénudation) EE sur la surface SS : E=VrocheS=9259 m3/an108 m2=9,26×10−5 m/an=0,093 mm/an (soit 93 m/Ma)E = \frac{V_{\text{roche}}}{S} = \frac{9259 \text{ m}^3/\text{an}}{10^8 \text{ m}^2} = 9,26 \times 10^{-5} \text{ m/an} = 0,093 \text{ mm/an} \text{ (soit } 93 \text{ m/Ma)}
    • Cet ordre de grandeur (∼0,1 mm/an\sim 0,1 \text{ mm/an}) est tout à fait réaliste pour un bassin versant granitique sous climat tempéré.

Partie C : Analyse critique et limites du modèle

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  1. Discussion critique :
    • Hypothèse du steady state (état stationnaire) : Le calcul suppose que la quantité de matière érodée en surface équivaut exactement à ce qui sort à l’exutoire. Or, une partie des produits d’altération mécanique peut être stockée temporairement dans le bassin (colluvions, zones de stockage alluvial dans les vallées). Le flux mesuré à l’exutoire peut donc sous-estimer ou sur-estimer l’érosion réelle de versant selon les phases de transit sédimentaire.
    • Origine des solutés : Le calcul attribue tout le Ca2+\text{Ca}^{2+} au plagioclase du granite. Cependant, des apports atmosphériques (précipitations, poussières éoliennes) ou la présence de minéraux accessoires (comme l’apatite ou la calcite en traces) peuvent biaiser l’estimation de l’altération des silicates.
    • Biais anthropiques : Les mesures actuelles sont souvent perturbées par les activités humaines (agriculture, déforestation, barrages qui piègent les sédiments), ce qui éloigne le bassin des conditions géologiques naturelles à long terme.