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Cours : Géométrie euclidienne

Soit EE un R\mathbb{R}-espace vectoriel.

On appelle produit scalaire sur EE une application, notée (⋅∣⋅)(\cdot \mid \cdot) ou ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle, qui à tout couple de vecteurs (x,y)E2(x, y)_E^2 associe un nombre réel (x∣y)(x \mid y), vérifiant les axiomes suivants :

  1. Bilinéarité :
    • Pour tout y∈Ey \in E, l’application x↦(x∣y)x \mapsto (x \mid y) est linéaire.
    • Pour tout x∈Ex \in E, l’application y↦(x∣y)y \mapsto (x \mid y) est linéaire.
  2. Symétrie : Pour tous (x,y)E2(x, y)_E^2, (x∣y)=(y∣x)(x \mid y) = (y \mid x).
  3. Positivité : Pour tout x∈Ex \in E, (x∣x)≥0(x \mid x) \ge 0.
  4. Caractère défini : Pour tout x∈Ex \in E, (x∣x)=0  ⟺  x=0E(x \mid x) = 0 \iff x = 0_E.

Un espace vectoriel muni d’un produit scalaire est appelé espace préhilbertien réel. S’il est de dimension finie, on l’appelle espace euclidien.

  • Norme associée : Pour tout x∈Ex \in E, ∥x∥=(x∣x)\|x\| = \sqrt{(x \mid x)}.
  • Orthogonalité : Deux vecteurs xx et yy de EE sont dits orthogonaux, et on note x⊥yx \perp y, si et seulement si (x∣y)=0(x \mid y) = 0.
  • Supplémentaire orthogonal : Soit FF un sous-espace vectoriel de EE. On définit son orthogonal par : F⊥={x∈E∣∀y∈F, (x∣y)=0}F^\perp = \{x \in E \mid \forall y \in F, \, (x \mid y) = 0\}

Soit (E,(⋅∣⋅))(E, (\cdot \mid \cdot)) un espace euclidien. Un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) est dit orthogonal s’il conserve le produit scalaire, c’est-à-dire : ∀(x,y)∈E2, (u(x)∣u(y))=(x∣y)\forall (x, y) \in E^2, \, (u(x) \mid u(y)) = (x \mid y) L’ensemble des endomorphismes orthogonaux de EE forme un groupe pour la composition, noté O(E)\mathcal{O}(E) (groupe orthogonal).


📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”

A. Inégalité de Cauchy-Schwarz et Inégalité triangulaire

Section titled “A. Inégalité de Cauchy-Schwarz et Inégalité triangulaire”

Théorème (Inégalité de Cauchy-Schwarz)

Section titled “Théorème (Inégalité de Cauchy-Schwarz)”

Pour tous vecteurs xx et yy d’un espace préhilbertien EE : ∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥|(x \mid y)| \le \|x\| \|y\| Cas d’égalité : Il y a égalité si et seulement si la famille (x,y)(x, y) est liée.

Si y=0Ey = 0_E, l’inégalité est triviale (0≤00 \le 0) et le cas d’égalité est immédiat. Supposons donc y≠0Ey \neq 0_E. Pour tout réel λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, posons : P(λ)=∥x+λy∥2=(x+λy∣x+λy)P(\lambda) = \|x + \lambda y\|^2 = (x + \lambda y \mid x + \lambda y) Par bilinéarité et symétrie du produit scalaire : P(λ)=(x∣x)+2λ(x∣y)+λ2(y∣y)=∥x∥2+2(x∣y)λ+∥y∥2λ2P(\lambda) = (x \mid x) + 2\lambda (x \mid y) + \lambda^2 (y \mid y) = \|x\|^2 + 2(x \mid y)\lambda + \|y\|^2 \lambda^2 Puisque P(λ)P(\lambda) est un trinôme du second degré en λ\lambda à coefficients réels (∥y∥2>0\|y\|^2 > 0) et que P(λ)=∥x+λy∥2≥0P(\lambda) = \|x + \lambda y\|^2 \ge 0 pour tout λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, son discriminant réduit Δ′\Delta' doit être négatif ou nul : Δ′=(x∣y)2−∥x∥2∥y∥2≤0\Delta' = (x \mid y)^2 - \|x\|^2 \|y\|^2 \le 0 D’où (x∣y)2≤∥x∥2∥y∥2(x \mid y)^2 \le \|x\|^2 \|y\|^2. En passant à la racine carrée, on obtient ∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥|(x \mid y)| \le \|x\| \|y\|.

S’il y a égalité, Δ′=0\Delta' = 0, donc le trinôme PP admet une racine réelle λ0\lambda_0 telle que P(λ0)=0P(\lambda_0) = 0, soit ∥x+λ0y∥2=0\|x + \lambda_0 y\|^2 = 0, ce qui implique x+λ0y=0Ex + \lambda_0 y = 0_E (par définition de la norme). La famille est donc liée. Réciproquement, si la famille est liée, le calcul direct montre qu’il y a égalité. ■\blacksquare


Pour tous vecteurs xx et yy de EE : ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\|x + y\| \le \|x\| + \|y\|

Élevons la norme au carré en utilisant le produit scalaire : ∥x+y∥2=(x+y∣x+y)=∥x∥2+2(x∣y)+∥y∥2\|x + y\|^2 = (x + y \mid x + y) = \|x\|^2 + 2(x \mid y) + \|y\|^2 D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz, (x∣y)≤∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥(x \mid y) \le |(x \mid y)| \le \|x\| \|y\|. Ainsi : ∥x+y∥2≤∥x∥2+2∥x∥∥y∥+∥y∥2=(∥x∥+∥y∥)2\|x + y\|^2 \le \|x\|^2 + 2\|x\| \|y\| + \|y\|^2 = (\|x\| + \|y\|)^2 Puisque les deux membres sont positifs, en prenant la racine carrée, on conclut : ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥■\|x + y\| \le \|x\| + \|y\| \quad \blacksquare


Soient xx et yy deux vecteurs orthogonaux d’un espace préhilbertien EE. Alors : ∥x+y∥2=∥x∥2+∥y∥2\|x + y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2

∥x+y∥2=(x+y∣x+y)=(x∣x)+2(x∣y)+(y∣y)\|x + y\|^2 = (x + y \mid x + y) = (x \mid x) + 2(x \mid y) + (y \mid y) Comme x⊥yx \perp y, on a (x∣y)=0(x \mid y) = 0. Il vient immédiatement : ∥x+y∥2=∥x∥2+∥y∥2■\|x + y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2 \quad \blacksquare


C. Théorème de la base orthonormée (Gram-Schmidt)

Section titled “C. Théorème de la base orthonormée (Gram-Schmidt)”

Tout espace euclidien EE de dimension finie admet au moins une base orthonormée (BON).

Démonstration (par récurrence sur la dimension nn) :

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Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base quelconque de EE. On construit une base orthogonale (v1,…,vn)(v_1, \dots, v_n) par récurrence :

  • v1=e1v_1 = e_1
  • Pour k≥2k \ge 2, on pose vk=ek−∑i=1k−1(ek∣vi)∥vi∥2viv_k = e_k - \sum_{i=1}^{k-1} \frac{(e_k \mid v_i)}{\|v_i\|^2} v_i On vérifie par récurrence que pour tout kk, la famille (v1,…,vk)(v_1, \dots, v_k) est orthogonale et engendre le même sous-espace que (e1,…,ek)(e_1, \dots, e_k). Enfin, on normalise chaque vecteur en posant uk=vk∥vk∥u_k = \frac{v_k}{\|v_k\|} pour obtenir une BON. ■\blacksquare

💡 3. Méthodes classiques de résolution

Section titled “💡 3. Méthodes classiques de résolution”
  1. Calculs de distances et projections orthogonales : Pour calculer la distance d’un vecteur xx à un sous-espace vectoriel FF, on détermine la projection orthogonale pF(x)p_F(x) de xx sur FF à l’aide d’une BON (u1,…,uk)(u_1, \dots, u_k) de FF : pF(x)=∑i=1k(x∣ui)uip_F(x) = \sum_{i=1}^k (x \mid u_i) u_i La distance recherchée est alors d(x,F)=∥x−pF(x)∥d(x, F) = \|x - p_F(x)\|.

  2. Caractérisations des endomorphismes orthogonaux en dimension finie : Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) et MM sa matrice dans une BON. Les assertions suivantes sont équivalentes :

    • u∈O(E)u \in \mathcal{O}(E) (uu est orthogonal).
    • uu conserve la norme : ∀x∈E, ∥u(x)∥=∥x∥\forall x \in E, \, \|u(x)\| = \|x\|.
    • La matrice MM vérifie tMM=In^tMM = I_n (ou MMt=InMM^t = I_n).
    • Les colonnes (resp. lignes) de MM forment une base orthonormée de Rn\mathbb{R}^n muni du produit scalaire canonique.
  3. Réduction des endomorphismes autoadjoints (symétriques) : Si u=u∗u = u^* (uu est symétrique), alors uu est diagonalisable dans une base orthonormée. Pour le démontrer ou l’exploiter :

    • Les sous-espaces propres associés à des valeurs propres distinctes sont deux à deux orthogonaux.
    • On procède par récurrence sur la dimension en considérant l’orthogonal d’un vecteur propre.

  • Confondre espace préhilbertien et espace euclidien : En dimension infinie (espaces préhilbertiens), un sous-espace vectoriel fermé n’admet pas toujours un supplémentaire orthogonal (le théorème du supplémentaire orthogonal E=F⊕F⊥E = F \oplus F^\perp exige que FF soit de dimension finie ou fermé de codimension finie).
  • Oubli de la dimension finie : L’équivalence entre “isométrie bijective” et “endomorphisme orthogonal” est vraie en dimension finie, mais fausse en dimension infinie (exemple de l’opérateur de décalage unilatéral/shift qui est isométrique mais non surjectif).
  • Mauvaise utilisation du procédé de Gram-Schmidt : Appliquer le procédé de normalisation prématurément sur les vecteurs vkv_k avant d’avoir terminé l’orthogonalisation alourdit considérablement les calculs numériques et conduit fréquemment à des erreurs de calculs littéraux.
  • Caractère orthogonal vs symétrique : Ne pas confondre matrice orthogonale (tM=M−1^tM = M^{-1}) et matrice symétrique (tM=M^tM = M). Une matrice orthogonale n’est pas nécessairement diagonalisable dans R\mathbb{R} (ses valeurs propres sont de module 11, par exemple les rotations du plan).