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Cours : Espaces préhilbertiens et euclidiens

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel, avec K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}.

  • Définition (Forme sesquilinéaire / bilinéaire) : Une application ⟨⋅,⋅⟩:E×E→K\langle \cdot, \cdot \rangle : E \times E \to \mathbb{K} est dite :

    • Sesquilinéaire à gauche (si K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}) ou bilinéaire (si K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}) : linéaire par rapport à la première variable.
    • Antilinéaire à droite (K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}) ou linéaire (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R}) : ⟨x,λy+z⟩=λˉ⟨x,y⟩+⟨x,z⟩\langle x, \lambda y + z \rangle = \bar{\lambda}\langle x, y \rangle + \langle x, z \rangle (pour K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}).
  • Définition (Hermitienne / Préhilbertienne) : Une application ⟨⋅,⋅⟩\langle \cdot, \cdot \rangle est un produit scalaire (dans le cas réel) ou hermitien (dans le cas complexe) si elle vérifie :

    1. Symétrie / Hermiticité : ∀(x,y)∈E2,  ⟨y,x⟩=⟨x,y⟩‾\forall (x,y) \in E^2, \; \langle y, x \rangle = \overline{\langle x, y \rangle}.
    2. Positivité : ∀x∈E,  ⟨x,x⟩∈R+\forall x \in E, \; \langle x, x \rangle \in \mathbb{R}_+ et ⟨x,x⟩≥0\langle x, x \rangle \ge 0.
    3. Caractère défini : ∀x∈E,  (⟨x,x⟩=0  ⟹  x=0E)\forall x \in E, \; (\langle x, x \rangle = 0 \implies x = 0_E).
  • Vocabulaire :

    • Un espace vectoriel muni d’un tel produit scalaire est un espace préhilbertien (réel ou complexe).
    • Un espace préhilbertien réel de dimension finie est appelé un espace euclidien.
    • Un espace préhilbertien complexe de dimension finie est appelé un espace hermitien.

Tout produit scalaire induit une norme canonique définie par : ∀x∈E,  ∥x∥=⟨x,x⟩\forall x \in E, \; \|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}

  • Définition : Deux vecteurs x,y∈Ex, y \in E sont dits orthogonaux (noté x⊥yx \perp y) si ⟨x,y⟩=0\langle x, y \rangle = 0.
  • Famille orthogonale / orthonormée : Une famille (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} est dite orthogonale si ∀i≠j,  ⟨ei,ej⟩=0\forall i \neq j, \; \langle e_i, e_j \rangle = 0. Elle est orthonormée (FON) si de plus ∀i,  ∥ei∥=1\forall i, \; \|e_i\| = 1.

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

Section titled “📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés”
  • Énoncé : Soit (E,⟨⋅,⋅⟩)(E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien. Alors : ∀(x,y)∈E2,  ∣⟨x,y⟩∣≤∥x∥∥y∥\forall (x,y) \in E^2, \; |\langle x, y \rangle| \le \|x\| \|y\| Il y a égalité si et seulement si la famille (x,y)(x,y) est liée.

  • Démonstration : Si y=0Ey = 0_E, l’inégalité est triviale (0=00 = 0). Supposons y≠0Ey \neq 0_E. Pour tout λ∈K\lambda \in \mathbb{K}, posons : f(λ)=∥x+λy∥2=⟨x+λy,x+λy⟩=∥x∥2+λ⟨y,x⟩+λˉ⟨x,y⟩+∣λ∣2∥y∥2f(\lambda) = \|x + \lambda y\|^2 = \langle x + \lambda y, x + \lambda y \rangle = \|x\|^2 + \lambda \langle y, x \rangle + \bar{\lambda} \langle x, y \rangle + |\lambda|^2 \|y\|^2 En particulier, choisissons λ=−⟨y,x⟩∥y∥2\lambda = -\frac{\langle y, x \rangle}{\|y\|^2}. On a : f(λ)=∥x∥2−∣⟨x,y⟩∣2∥y∥2≥0f(\lambda) = \|x\|^2 - \frac{|\langle x, y \rangle|^2}{\|y\|^2} \ge 0 D’où ∣⟨x,y⟩∣2≤∥x∥2∥y∥2|\langle x, y \rangle|^2 \le \|x\|^2 \|y\|^2, ce qui donne le résultat par passage à la racine carrée. Cas d’égalité : Si f(λ)=0f(\lambda) = 0 pour le λ\lambda optimal, alors x+λy=0Ex + \lambda y = 0_E, donc xx et yy sont colinéaires. Réciproquement, si la famille est liée, le calcul se ramène à une égalité algébrique évidente. ■\blacksquare

  • Énoncé : ∀(x,y)∈E2,  ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\forall (x,y) \in E^2, \; \|x + y\| \le \|x\| + \|y\|

  • Démonstration : ∥x+y∥2=∥x∥2+2Re(⟨x,y⟩)+∥y∥2≤∥x∥2+2∣⟨x,y⟩∣+∥y∥2\|x + y\|^2 = \|x\|^2 + 2 \text{Re}(\langle x, y \rangle) + \|y\|^2 \le \|x\|^2 + 2 |\langle x, y \rangle| + \|y\|^2 Par Cauchy-Schwarz : ∥x+y∥2≤∥x∥2+2∥x∥∥y∥+∥y∥2=(∥x∥+∥y∥)2\|x + y\|^2 \le \|x\|^2 + 2 \|x\| \|y\| + \|y\|^2 = (\|x\| + \|y\|)^2 En prenant la racine carrée, on obtient l’inégalité triangulaire. ■\blacksquare

  • Énoncé : Si (x,y)∈E2(x, y) \in E^2 sont orthogonaux (x⊥yx \perp y), alors : ∥x+y∥2=∥x∥2+∥y∥2\|x + y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2

D. Procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt

Section titled “D. Procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt”
  • Énoncé : Toute famille libre (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) d’un espace préhilbertien peut être transformée en une famille orthogonale (u1,…,un)(u_1, \dots, u_n) engendrant les mêmes sous-espaces vectoriels, via la relation de récurrence : u1=e1etuk=ek−∑j=1k−1⟨ek,uj⟩∥uj∥2uju_1 = e_1 \quad \text{et} \quad u_k = e_k - \sum_{j=1}^{k-1} \frac{\langle e_k, u_j \rangle}{\|u_j\|^2} u_j

E. Théorème de projection orthogonal sur un sous-espace de dimension finie

Section titled “E. Théorème de projection orthogonal sur un sous-espace de dimension finie”
  • Énoncé : Soit FF un sous-espace vectoriel de dimension finie d’un espace préhilbertien EE. Alors : E=F⊕F⊥E = F \oplus F^\perp De plus, pour tout x∈Ex \in E, la projection orthogonale pF(x)p_F(x) est l’unique élément de FF réalisant la distance minimale entre xx et FF : d(x,F)=∥x−pF(x)∥=min⁡y∈F∥x−y∥d(x, F) = \|x - p_F(x)\| = \min_{y \in F} \|x - y\|

💡 3. Méthodes classiques de résolution

Section titled “💡 3. Méthodes classiques de résolution”
  1. Calculer une distance d’un vecteur à un sous-espace vectoriel :

    • Méthode 1 : Trouver une base orthonormée (e1,…,ek)(e_1, \dots, e_k) de FF, puis calculer pF(x)=∑i=1k⟨x,ei⟩eip_F(x) = \sum_{i=1}^k \langle x, e_i \rangle e_i. La distance est alors ∥x−pF(x)∥\|x - p_F(x)\|.
    • Méthode 2 : Utiliser le théorème de Pythagore ou résoudre un système d’équations normales si FF est donné par un système d’équations cartésiennes.
  2. Montrer qu’une application est un produit scalaire :

    • Vérifier scrupuleusement les trois axiomes : bilinéarité (ou sesquilinéarité), symétrie (ou hermiticité) et positivité.
    • Pour la positivité, s’aider d’une écriture sous forme de somme de carrés ou d’une intégrale dont la fonction est positive et continue.
    • Pour le caractère défini (⟨x,x⟩=0  ⟹  x=0\langle x, x \rangle = 0 \implies x = 0), utiliser la continuité de la fonction associée ou exploiter le domaine d’définition.
  3. Déterminer l’adjoint d’un endomorphisme (en dimension finie) :

    • Par définition, l’adjoint u∗u^* de uu vérifie ∀(x,y)∈E2,  ⟨u(x),y⟩=⟨x,u∗(y)⟩\forall (x,y) \in E^2, \; \langle u(x), y \rangle = \langle x, u^*(y) \rangle.
    • En dimension finie, si MM est la matrice de uu dans une base orthonormée, alors la matrice de u∗u^* dans cette même base est la transconjuguée M∗=MˉTM^* = \bar{M}^T (ou simplement MTM^T dans le cas réel).

  • Piège 1 : Appliquer le procédé de Gram-Schmidt ou supposer l’existence d’un supplémentaire orthogonal sans vérifier que le sous-espace est de dimension finie. (En dimension infinie, un sous-espace fermé n’admet pas toujours un supplémentaire orthogonal, ou F⊕F⊥F \oplus F^\perp peut être strictement inclus dans EE).
  • Piège 2 : Confondre matrice orthogonale (qui caractérise les endomorphismes orthogonaux en base orthonormée) et la conservation du produit scalaire dans une base quelconque. Une matrice de passage entre deux bases orthonormales est orthogonale, mais attention aux bases non orthonormées.
  • Piège 3 : Oublier la conjugaison dans le cas hermitien (K=C\mathbb{K} = \mathbb{C}). Par exemple, ⟨λx,y⟩=λ⟨x,y⟩\langle \lambda x, y \rangle = \lambda \langle x, y \rangle mais ⟨x,λy⟩=λˉ⟨x,y⟩\langle x, \lambda y \rangle = \bar{\lambda} \langle x, y \rangle.
  • Piège 4 : Utiliser l’inégalité de Cauchy-Schwarz ou le théorème de Pythagore dans un espace vectoriel normé quelconque qui n’est pas préhilbertien (par exemple, les espaces LpL^p avec p≠2p \neq 2 ou les espaces munis de la norme infini ∥⋅∥∞\|\cdot\|_\infty). Le produit scalaire est indispensable pour ces notions géométriques strictes.