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Cours : Réduction des endomorphismes et matrices

Soit K\mathbb{K} un corps commutatif (K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}). Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie n∈N∗n \in \mathbb{N}^*.

Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme de EE et A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) une matrice carrée d’ordre nn à coefficients dans K\mathbb{K}.

  • Valeur propre, vecteur propre :
    • Un scalaire λ∈K\lambda \in \mathbb{K} est dit valeur propre de uu s’il existe un vecteur non nul x∈E∖{0E}x \in E \setminus \{0_E\} tel que u(x)=λxu(x) = \lambda x. Le vecteur xx est alors appelé vecteur propre associé à λ\lambda.
    • Soit A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Un scalaire λ∈K\lambda \in \mathbb{K} est valeur propre de AA s’il existe un vecteur colonne non nul X∈Mn,1(K)∖{0}X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{K}) \setminus \{0\} tel que AX=λXAX = \lambda X.
  • Spectre : L’ensemble des valeurs propres de uu (ou de AA) est noté Sp⁡(u)\operatorname{Sp}(u) (ou Sp⁡(A)\operatorname{Sp}(A)).
  • Sous-espace propre : Pour λ∈Sp⁡(u)\lambda \in \operatorname{Sp}(u), on appelle sous-espace propre associé à λ\lambda le sous-espace vectoriel noté Eλ(u)=ker⁡(u−λid⁡E)E_\lambda(u) = \ker(u - \lambda \operatorname{id}_E). Pour une matrice AA, on note Eλ(A)=ker⁡(A−λIn)E_\lambda(A) = \ker(A - \lambda I_n).
  • Définition : On appelle polynôme caractéristique de la matrice A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) le polynôme noté χA\chi_A défini par : χA(X)=det⁡(XIn−A)∈K[X]\chi_A(X) = \det(X I_n - A) \in \mathbb{K}[X] Pour un endomorphisme u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E), le polynôme caractéristique est χu(X)=χMat⁡B(u)(X)\chi_u(X) = \chi_{\operatorname{Mat}_{\mathcal{B}}(u)}(X) (cette définition est indépendante du choix de la base B\mathcal{B}).
  • Propriété fondamentale : λ∈K\lambda \in \mathbb{K} est valeur propre de AA si et seulement si χA(λ)=0\chi_A(\lambda) = 0.

📐 2. Théorèmes fondamentaux & Démonstrations clés

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Théorème : Lien entre multiplicité et dimension

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Soit A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}), λ∈Sp⁡(A)\lambda \in \operatorname{Sp}(A) de multiplicité mm en tant que racine de χA\chi_A. Alors : 1≤dim⁡(Eλ(A))≤m1 \le \dim(E_\lambda(A)) \le m

Soit p=dim⁡(Eλ(A))p = \dim(E_\lambda(A)). Par définition, p≥1p \ge 1 puisque λ\lambda est valeur propre. Soit (e1,…,ep)(e_1, \dots, e_p) une base de Eλ(A)E_\lambda(A). Par le théorème de la base incomplète, complétons cette famille en une base B=(e1,…,ep,ep+1,…,en)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_p, e_{p+1}, \dots, e_n) de Kn\mathbb{K}^n. Dans cette base B\mathcal{B}, la matrice AA est représentée par une matrice par blocs de la forme : T=(λIpB0C)T = \begin{pmatrix} \lambda I_p & B \\ 0 & C \end{pmatrix} où B∈Mp,n−p(K)B \in \mathcal{M}_{p, n-p}(\mathbb{K}) et C∈Mn−p(K)C \in \mathcal{M}_{n-p}(\mathbb{K}). Par une propriété bien connue du déterminant des matrices par blocs triangulaires par blocs, on a : χA(X)=χT(X)=det⁡(XIp−λIp)det⁡(XIn−p−C)=(X−λ)pdet⁡(XIn−p−C)=(X−λ)pχC(X)\chi_A(X) = \chi_T(X) = \det(X I_p - \lambda I_p) \det(X I_{n-p} - C) = (X - \lambda)^p \det(X I_{n-p} - C) = (X - \lambda)^p \chi_C(X) Ainsi, (X−λ)p(X - \lambda)^p divise χA(X)\chi_A(X) dans K[X]\mathbb{K}[X]. Par définition de la multiplicité mm de la racine λ\lambda, on en déduit que p≤mp \le m, ce qui achève la démonstration. ■\blacksquare

Soit u∈L(E)u \in \mathcal{L}(E) et A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

  1. uu est diagonalisable si et seulement si la somme de ses sous-espaces propres est directe et égale à EE, c’est-à-dire : E=⨁λ∈Sp⁡(u)Eλ(u)E = \bigoplus_{\lambda \in \operatorname{Sp}(u)} E_\lambda(u)
  2. AA est diagonalisable si et seulement si la somme des dimensions de ses sous-espaces propres est égale à nn, ou de manière équivalente : ∑λ∈Sp⁡(A)dim⁡(Eλ(A))=n\sum_{\lambda \in \operatorname{Sp}(A)} \dim(E_\lambda(A)) = n
  3. Condition suffisante (critère de diagonalisabilité) : Si χA(X)\chi_A(X) est scindé sur K\mathbb{K} et si pour toute valeur propre λ\lambda, dim⁡(Eλ(A))=mλ\dim(E_\lambda(A)) = m_\lambda (multiplicité algébrique), alors AA est diagonalisable.

Tout endomorphisme dont le polynôme caractéristique est scindé sur K\mathbb{K} est triangularisable. En particulier, tout endomorphisme d’un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie est triangularisable.


Algorithme de diagonalisation d’une matrice A∈Mn(K)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K})

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  1. Calculer le polynôme caractéristique : Calculer χA(X)=det⁡(XIn−A)\chi_A(X) = \det(X I_n - A).
  2. Déterminer le spectre : Trouver les racines de χA(X)\chi_A(X) dans K\mathbb{K} et leurs multiplicités respectives m1,…,mkm_1, \dots, m_k.
  3. Vérifier la condition nécessaire : Si χA\chi_A n’est pas scindé sur K\mathbb{K}, la matrice n’est pas diagonalisable dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).
  4. Calculer les sous-espaces propres : Pour chaque valeur propre λi\lambda_i, résoudre le système linéaire homogène (A−λiIn)X=0(A - \lambda_i I_n)X = 0 afin d’exhiber une base de Eλi(A)E_{\lambda_i}(A).
  5. Conclure sur la diagonalisabilité :
    • Calculer dim⁡(Eλi(A))\dim(E_{\lambda_i}(A)) pour tout ii.
    • Si ∑i=1kdim⁡(Eλi(A))=n\sum_{i=1}^k \dim(E_{\lambda_i}(A)) = n (ou si dim⁡(Eλi(A))=mi\dim(E_{\lambda_i}(A)) = m_i pour tout ii), alors AA est diagonalisable. Sinon, elle ne l’est pas.
  6. Écrire la relation de conjugaison : Si AA est diagonalisable, en constituant la matrice de passage PP dont les colonnes sont formées des vecteurs propres, on a : A=PDP−1A = P D P^{-1} où D∈Mn(K)D \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est une matrice diagonale.

⚠️ 4. Pièges classiques & Erreurs à éviter

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  • Attention au corps de base (R\mathbb{R} vs C\mathbb{C}) : Une matrice réelle peut tout à fait avoir des valeurs propres complexes. Par exemple, la matrice rotation R=(0−110)∈M2(R)R = \begin{pmatrix} 0 & -1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) n’a aucune valeur propre réelle (χR(X)=X2+1\chi_R(X) = X^2 + 1), elle n’est donc pas diagonalisable dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}). Elle l’est en revanche dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).
  • Confusion entre polynôme caractéristique scindé et diagonalisabilité : Le fait que χA(X)\chi_A(X) soit scindé est une condition nécessaire mais non suffisante pour qu’une matrice soit diagonalisable. Contre-exemple : (1101)\begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} a un polynôme caractéristique scindé ((X−1)2(X-1)^2), mais son unique sous-espace propre est de dimension 11 (inférieur à la multiplicité 22).
  • Inversion de la matrice de passage : Lorsque l’on écrit A=PDP−1A = PDP^{-1}, l’ordre des colonnes de PP doit strictement correspondre à l’ordre des éléments diagonaux de DD. Une permutation dans PP sans permutation symétrique dans DD rend la relation fausse.
  • Erreur de calcul du déterminant : Ne jamais oublier le signe (−1)n(-1)^n ou la bonne mise en facteur lors du calcul de det⁡(XIn−A)\det(X I_n - A).