Exercice 2 : Endomorphismes symétriques
Problème guidé : Propriétés spectrales et perturbation des endomorphismes symétriques
Section titled “Problème guidé : Propriétés spectrales et perturbation des endomorphismes symétriques”Filière : PC
Matière : Mathématiques
Chapitre: ** Algèbre bilinéaire et quadratique
Thème : Endomorphismes symétriques, théorème spectral et analyse critique des modèles de perturbation.
1. Énoncé
Section titled “1. Énoncé”Soit un espace vectoriel euclidien de dimension finie , muni d’un produit scalaire noté et de la norme associée . On note l’espace vectoriel des endomorphismes symétriques de .
L’objectif de ce problème est d’étudier certaines propriétés de maximisation des valeurs propres (principe du min-max de Courant-Fischer) et d’analyser le comportement de ces valeurs propres sous l’effet d’une perturbation, ouvrant ainsi une discussion critique sur la robustesse des modèles numériques en dimension finie.
2. Questions
Section titled “2. Questions”Partie I : Préliminaires et Diagonalisation
Section titled “Partie I : Préliminaires et Diagonalisation”- Soit . Rappeler brièvement pourquoi est diagonalisable dans une base orthonormée de .
- On ordonne les valeurs propres de par ordre croissant : . Établir que pour tout tel que , on a :
Partie II : Caractérisation variationnelle (Principe de Courant-Fischer)
Section titled “Partie II : Caractérisation variationnelle (Principe de Courant-Fischer)”- Soit . Pour tout sous-espace vectoriel de , on note sa dimension. Démontrer que la plus petite valeur propre vériie :
- Plus généralement, montrer que la -ième valeur propre () vérifie :
Partie III : Application aux perturbations
Section titled “Partie III : Application aux perturbations”- Soient . On pose . En utilisant le résultat de la question 4, établir l’inégalité de Weyl :
- En déduire que pour toute norme subordonnée ou la norme spectrale, l’application est lipschitzienne.
3. Pistes et Indications
Section titled “3. Pistes et Indications”- Partie I : Pensez au théorème spectral. Pour l’encadrement, exprimez le vecteur dans une base orthonormée de diagonalisation de .
- Partie II : Pour la question 4, raisonnez par l’absurde ou utilisez des dimensions d’espaces vectoriels (théorème du rang / intersection de sous-espaces).
- Partie III : Pour l’inégalité de Weyl, écrivez et utilisez les bornes de .
4. Corrigé Détaillé
Section titled “4. Corrigé Détaillé”Partie I : Préliminaires et Diagonalisation
Section titled “Partie I : Préliminaires et Diagonalisation”- D’après le théorème spectral, tout endomorphisme symétrique d’un espace euclidien est orthogonalement diagonalisable. Il existe donc une base orthonormée de constituée de vecteurs propres de .
- Soit tel que . Dans la base orthonormée associée aux valeurs propres , on écrit . On a alors . Puisque pour tout , on obtient : Comme , il vient bien : .
Partie II : Caractérisation variationnelle
Section titled “Partie II : Caractérisation variationnelle”- Soit . En prenant (vecteur propre associé à ), on a et , donc . Réciproquement, pour tout de norme 1, (d’après la question précédente), donc . Ainsi, .
- Soit un sous-espace de dimension . Soit une base orthonormée de diagonalisation associée à . Considérons l’espace de dimension . Par la formule de Grassmann ou par dimension, n’est pas réduit à si , ce qui équivaut à (attention aux indices, posons de dimension ). Plus rigoureusement, intersecte non triplement l’espace engendré par de dimension . Il existe donc unitaire tel que avec . Pour cet , . Le maximum sur d’une telle quantité est donc , ce qui permet de conclure par minoration et par l’égalité atteinte en choisissant .
Partie III : Application aux perturbations
Section titled “Partie III : Application aux perturbations”- Soit un sous-espace de dimension . Pour tout de norme 1 : En passant au minimum sur tous les sous-espaces de dimension , on obtient par le principe de Courant-Fischer : En appliquant ce résultat à , on obtient symétriquement l’autre inégalité, d’où l’inégalité de Weyl :
- Posons . L’inégalité de Weyl se réécrit : Soit . Cela prouve que l’application est -lipschitzienne pour la norme subordonnée associée (ou norme spectrale).
5. Analyse critique et limites du modèle
Section titled “5. Analyse critique et limites du modèle”Si ce modèle mathématique garantit une excellente stabilité théorique des valeurs propres face à des perturbations infinitésimales (grâce au caractère lipschitzien établi à la question 6), son application numérique en dimension finie sur ordinateur (via des bibliothèques de calcul scientifique comme LAPACK ou NumPy) se heurte à plusieurs limites fondamentales :
- Ill-conditionnement et multiplicité : L’inégalité de Weyl garantit la continuité des valeurs propres, mais pas celle des vecteurs propres. Si une valeur propre présente une multiplicité supérieure à 1 (ou si deux valeurs propres sont extrêmement proches par rapport à la précision machine ), le sous-espace propre associé peut pivoter brusquement sous l’effet d’une infime perturbation (bruit de mesure ou erreur d’arrondi). Le modèle linéaire ne reflète plus la réalité géométrique locale.
- Propagation des erreurs d’arrondi : Les algorithmes itératifs de diagonalisation (comme l’algorithme QR) effectuent un nombre fini d’opérations en virgule flottante. Les erreurs cumulées agissent comme une matrice de perturbation non négligeable. Si le conditionnement de la matrice (rapport ) est très grand, les petites valeurs propres sont entachées d’une incertitude relative inacceptable, invalidant les conclusions du modèle théorique parfait.
- Limite infinie : Transposer ce modèle discret à des opérateurs différentiels autoadjoints sur des espaces de Hilbert de dimension infinie (en physique quantique par exemple) révèle des pathologies : le spectre peut devenir continu, et le comportement des valeurs extrêmes sous perturbation cesse d’être uniformément contrôlé sans hypothèses de compacité additionnelles.