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Exercice 2 : Loi normale et théorème limite central

Problème guidé : Modélisation stochastique de la teneur en métaux lourds dans les sols forestiers et analyse critique

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Énoncé et Contexte Biologique/Géologique

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Dans le cadre d’une étude de bio-indication menée par l’Agence Française pour la Biodiversité, on s’intéresse à la contamination des sols forestiers par le cadmium (\text{Cd}), un métal lourd toxique issu des activités industrielles et des épandages passés. La concentration en cadmium dans la couche arable d’une forêt est une grandeur soumise à de multiples facteurs micro-locaux (pH du sol, activité microbienne, apports éoliens, percolation des eaux de pluie).

L’objectif de ce problème est d’étudier la modélisation probabiliste de cette concentration, notée XX et exprimée en milligrammes par kilogramme (\text{mg/kg}), d’estimer la moyenne sur un grand domaine par le biais d’échantillonnages, et d’évaluer la pertinence biologique des hypothèses mathématiques faites.


Partie I : Modélisation initiale et propriétés de la loi normale

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On suppose dans un premier temps que la concentration XX (en \text{mg/kg}) suit une loi normale N(μ,σ2)\mathcal{N}(\mu, \sigma^2), avec μ=2.5\mu = 2.5 \text{mg/kg} et σ=0.8\sigma = 0.8 \text{mg/kg}.

  1. Rappeler l’expression de la densité de probabilité ff de la variable aléatoire XX. Préciser son support et ses variations.
  2. Calculer la probabilité qu’un échantillon de sol prélevé au hasard présente une concentration en cadmium supérieure à la seuil critique d’alerte fixé à 4.14.1 \text{mg/kg}. (On exprimera le résultat à l’aide de la fonction de répartition Φ\Phi de la loi normale centrée réduite, puis on donnera une valeur approchée sachant que Φ(2)≈0.9772\Phi(2) \approx 0.9772).
  3. Un laboratoire analyse des carottes de sol par lots de 44 échantillons indépendants. Soit YY le nombre d’échantillons du lot dépassant le seuil critique de 4.14.1 \text{mg/kg}. Quelle est la loi de YY ? Calculer la probabilité qu’au moins un échantillon du lot dépasse ce seuil.

Partie II : Échantillonnage et Théorème Limite Central (TLC)

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Dans la réalité, les paramètres μ\mu et σ\sigma de la loi de XX sont inconnus. Pour estimer la concentration moyenne réelle μ\mu sur une vaste zone forestière, on prélève un échantillon de nn sites indépendants (X1,X2,…,Xn)(X_1, X_2, \dots, X_n), où chaque XiX_i a même espérance μ\mu et même écart-type σ>0\sigma > 0 (sans supposer nécessairement que XX suit une loi normale).

On introduit la moyenne empirique : X‾n=1n∑i=1nXi\overline{X}_n = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} X_i

  1. Déterminer l’espérance E(X‾n)\mathbb{E}(\overline{X}_n) et la variance V(X‾n)\text{V}(\overline{X}_n) en fonction de μ\mu, σ\sigma et nn.
  2. Énoncer précisément le Théorème Limite Central (TLC). Quelle est la loi limite de la variable centrée réduite associée X‾n\overline{X}_n ?
  3. Combien de prélèvements nn doit-on effectuer au minimum pour que l’intervalle de confiance à 95 %95\,\% pour μ\mu ait une amplitude inférieure à 0.20.2 \text{mg/kg} ? (On pourra utiliser l’approximation numérique u0.975≈1.96u_{0.975} \approx 1.96 pour le quantile de la loi normale centrée réduite, et on prendra majoritairement σ≈0.8\sigma \approx 0.8 \text{mg/kg}).

Partie III : Analyse critique et limites du modèle biologique

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  1. Analyse critique : En pratique, les concentrations mesurées sur le terrain présentent souvent une distribution asymétrique (étalée vers les fortes valeurs) et les valeurs négatives sont impossibles.
    • Le modèle de la loi normale est-il biologiquement satisfaisant pour modéliser XX ?
    • Proposer une modification classique de la variable XX (par exemple en considérant son logarithme) pour remédier à cette incohérence, tout en conservant un cadre probabiliste gérable.

  • Q1 & Q2 : Penser à centrer et réduire la variable XX en posant Z=X−μσZ = \frac{X - \mu}{\sigma} pour se ramener à la table ou aux valeurs usuelles de Φ\Phi.
  • Q3 : Reconnaître une loi binomiale pour YY.
  • Q5 : Le TLC s’applique à toute suite de variables i.i.d. possédant une variance finie, indépendamment de la loi sous-jacente des XiX_i.
  • Q6 : L’amplitude de l’intervalle de confiance au niveau 1−α1-\alpha est liée à l’écart-type de X‾n\overline{X}_n.
  • Q7 : Penser aux contraintes de positivité des grandeurs écologiques et aux processus multiplicatifs (loi log-normale).

La variable XX à valeurs dans R\mathbb{R} admet pour densité : f(x)=1σ2πexp⁡(−(x−μ)22σ2)f(x) = \frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}} \exp\left(-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}\right) Ici, μ=2.5\mu = 2.5 et σ=0.8\sigma = 0.8. Le support est R\mathbb{R} (bien que, pour un sol, les valeurs négatives soient de probabilité quasi-nulle si σ≪μ\sigma \ll \mu). La fonction ff est strictement croissante sur ]−∞,μ]]-\infty, \mu], admet un maximum en μ\mu égal à 10.82π\frac{1}{0.8\sqrt{2\pi}}, et est strictement décroissante sur [μ,+∞[[\mu, +\infty[.

  1. Calcul de probabilité : On cherche P(X>4.1)P(X > 4.1). P(X>4.1)=P(X−2.50.8>4.1−2.50.8)=P(Z>1.60.8)=P(Z>2)P(X > 4.1) = P\left(\frac{X - 2.5}{0.8} > \frac{4.1 - 2.5}{0.8}\right) = P(Z > \frac{1.6}{0.8}) = P(Z > 2) où Z∼N(0,1)Z \sim \mathcal{N}(0,1). P(Z>2)=1−Φ(2)=1−0.9772=0.0228P(Z > 2) = 1 - \Phi(2) = 1 - 0.9772 = 0.0228 Il y a environ 2.28 %2.28\,\% de chances qu’un échantillon dépasse le seuil critique.

  2. Loi de YY et probabilité : Les tirages étant indépendants, la variable YY (nombre d’échantillons dépassant 4.14.1 \text{mg/kg} parmi 44) suit la loi binomiale B(4,p)\mathcal{B}(4, p) avec p=0.0228p = 0.0228. La probabilité qu’au moins un échantillon dépasse le seuil est : P(Y≥1)=1−P(Y=0)=1−(40)p0(1−p)4=1−(1−0.0228)4P(Y \ge 1) = 1 - P(Y = 0) = 1 - \binom{4}{0} p^0 (1-p)^4 = 1 - (1 - 0.0228)^4 1−0.97724≈1−0.912=0.0881 - 0.9772^4 \approx 1 - 0.912 = 0.088. La probabilité est d’environ 8.8 %8.8\,\%.


  1. Espérance et variance de X‾n\overline{X}_n : Par linéarité de l’espérance : E(X‾n)=E(1n∑i=1nXi)=1n∑i=1nE(Xi)=nμn=μ\mathbb{E}(\overline{X}_n) = \mathbb{E}\left(\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i\right) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^n \mathbb{E}(X_i) = \frac{n\mu}{n} = \mu Par indépendance des XiX_i : V(X‾n)=V(1n∑i=1nXi)=1n2∑i=1nV(Xi)=nσ2n2=σ2n\text{V}(\overline{X}_n) = \text{V}\left(\frac{1}{n}\sum_{i=1}^n X_i\right) = \frac{1}{n^2}\sum_{i=1}^n \text{V}(X_i) = \frac{n\sigma^2}{n^2} = \frac{\sigma^2}{n}

  2. Théorème Limite Central (TLC) : Énoncé : Soit (Xn)n≥1(X_n)_{n \ge 1} une suite de variables aléatoires indépendantes et de même loi (i.i.d.), admettant une espérance μ\mu et un écart-type σ\sigma finis et non nuls. Alors, la suite des variables centrées réduites associées à X‾n\overline{X}_n, définie par : Zn=X‾n−μσ/nZ_n = \frac{\overline{X}_n - \mu}{\sigma/\sqrt{n}} converge en loi vers une variable aléatoire suivant la loi normale centrée réduite N(0,1)\mathcal{N}(0,1).

  3. Taille d’échantillon nn : L’intervalle de confiance au niveau 95 %95\,\% (1−α=0.951-\alpha = 0.95) pour μ\mu est donné par : In=[X‾n−u1−α/2σn , X‾n+u1−α/2σn]I_n = \left[ \overline{X}_n - u_{1-\alpha/2}\frac{\sigma}{\sqrt{n}} \,,\, \overline{X}_n + u_{1-\alpha/2}\frac{\sigma}{\sqrt{n}} \right] L’amplitude de cet intervalle est A=2×1.96×σnA = 2 \times 1.96 \times \frac{\sigma}{\sqrt{n}}. On souhaite A<0.2A < 0.2, soit : 2×1.96×0.8n<0.2  ⟺  n>2×1.96×0.80.2=15.682 \times 1.96 \times \frac{0.8}{\sqrt{n}} < 0.2 \iff \sqrt{n} > \frac{2 \times 1.96 \times 0.8}{0.2} = 15.68 En élevant au carré : n>(15.68)2≈245.8n > (15.68)^2 \approx 245.8 Il faut donc prélever au minimum 246246 échantillons pour atteindre la précision requise.


  1. Analyse critique et limites biologiques :
    • Pertinence du modèle normal : Le modèle de la loi normale est biologiquement insatisfaisant à plusieurs titres. D’une part, une loi normale attribue une probabilité non nulle à des valeurs strictement négatives (P(X<0)>0P(X < 0) > 0 si σ\sigma n’est pas infiniment petit devant μ\mu), ce qui est physiquement impossible pour une concentration massique. D’autre part, les concentrations de polluants dans les sols suivent généralement des distributions asymétriques à queue droite (présence de “points chauds” ou hot spots pollués par des rejets localisés).
    • Alternative proposée : Pour s’affranchir de la contrainte de positivité et de l’asymétrie, on modélise souvent la variable XX par une loi log-normale. On suppose alors que la variable Y=ln⁡(X)Y = \ln(X) suit une loi normale N(ν,ω2)\mathcal{N}(\nu, \omega^2). Ainsi, X=eYX = e^Y est nécessairement strictement positive, et l’application du théorème limite central peut alors être conduite sur le logarithme des concentrations mesurées.