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Exercice 1 : Espaces vectoriels

PROBLÈME GUIDÉ : STRUCTURES D’ESPACES VECTORIELS ET SOMMES DE SOUS-ESPACES

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Examinateur (CPGE PCSI) : Ce problème aborde des notions fondamentales d’algèbre linéaire souvent piégeuses aux concours : la manipulation rigoureuse de la définition d’un sous-espace vectoriel, l’étude de la somme (directe ou non) de sous-espaces, et le raisonnement par analyse-synthèse appliqué aux endomorphismes ou aux décomposition de fonctions.


Partie I : Étude d’un ensemble de fonctions

Section titled “Partie I : Étude d’un ensemble de fonctions”

On considère l’espace vectoriel E=RRE = \mathbb{R}^{\mathbb{R}} des fonctions de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R}. Soit FF l’ensemble des fonctions f∈Ef \in E telles que : ∀(x,y)∈R2,f(x+y)=f(x)+f(y)\forall (x, y) \in \mathbb{R}^2, \quad f(x+y) = f(x) + f(y) (Il s’agit des équations fonctionnelles de Cauchy).

Montrer que FF est un sous-espace vectoriel de EE.

Correction guidée : Pour montrer qu’un sous-ensemble FF d’un R\mathbb{R}-espace vectoriel EE est un sous-espace vectoriel, on utilise le caractérisateur en trois étapes :

  1. Non-vacuité : La fonction nulle θE:x↦0\theta_E : x \mapsto 0 appartient-elle à FF ?
  2. Stabilité par addition : Si ff et gg sont dans FF, a-t-on f+g∈Ff + g \in F ?
  3. Stabilité par multiplication externe : Si ff est dans FF et λ∈R\lambda \in \mathbb{R}, a-t-on λf∈F\lambda f \in F ?

Rédaction :

  • Étape 1 : Soit θ\theta la fonction nulle définie par θ(x)=0\theta(x) = 0 pour tout x∈Rx \in \mathbb{R}. Pour tous x,y∈Rx, y \in \mathbb{R}, on a θ(x+y)=0\theta(x+y) = 0 et θ(x)+θ(y)=0+0=0\theta(x) + \theta(y) = 0 + 0 = 0. Donc θ(x+y)=θ(x)+θ(y)\theta(x+y) = \theta(x) + \theta(y), ce qui prouve que θ∈F\theta \in F. FF est non vide.
  • Étape 2 : Soient (f,g)∈F2(f, g) \in F^2 et soient x,y∈Rx, y \in \mathbb{R}. Calculons (f+g)(x+y)(f+g)(x+y) : (f+g)(x+y)=f(x+y)+g(x+y)(f+g)(x+y) = f(x+y) + g(x+y) Puisque f∈Ff \in F et g∈Fg \in F, on a f(x+y)=f(x)+f(y)f(x+y) = f(x) + f(y) et g(x+y)=g(x)+g(y)g(x+y) = g(x) + g(y). Ainsi : (f+g)(x+y)=f(x)+f(y)+g(x)+g(y)=(f(x)+g(x))+(f(y)+g(y))=(f+g)(x)+(f+g)(y)(f+g)(x+y) = f(x) + f(y) + g(x) + g(y) = (f(x) + g(x)) + (f(y) + g(y)) = (f+g)(x) + (f+g)(y) Donc f+g∈Ff+g \in F.
  • Étape 3 : Soient f∈Ff \in F, λ∈R\lambda \in \mathbb{R} et x,y∈Rx, y \in \mathbb{R}. Calculons (λf)(x+y)(\lambda f)(x+y) : (λf)(x+y)=λf(x+y)=λ(f(x)+f(y))=λf(x)+λf(y)=(λf)(x)+(λf)(y)(\lambda f)(x+y) = \lambda f(x+y) = \lambda (f(x) + f(y)) = \lambda f(x) + \lambda f(y) = (\lambda f)(x) + (\lambda f)(y) Donc λf∈F\lambda f \in F.

Conclusion : FF est bien un sous-espace vectoriel de EE.


Soit GG l’ensemble des fonctions constantes sur R\mathbb{R}. GG est-il un sous-espace vectoriel de EE ? Est-il en somme directe avec FF ?

Correction guidée :

  • Première partie : Testons GG. La fonction nulle est constante (égale à 00). Si ff et gg sont constantes (égales à aa et bb), leur somme f+gf+g est constante (égale à a+ba+b). Le produit λf\lambda f est constant (λa\lambda a). GG est donc un sous-espace vectoriel.
  • Seconde partie : Pour étudier F∩GF \cap G, soit h∈F∩Gh \in F \cap G.
    • Comme h∈Gh \in G, hh est constante : il existe c∈Rc \in \mathbb{R} tel que ∀x∈R,h(x)=c\forall x \in \mathbb{R}, h(x) = c.
    • Comme h∈Fh \in F, on a h(x+y)=h(x)+h(y)h(x+y) = h(x) + h(y) pour tous x,yx, y. En particulier, pour x=0,y=0x=0, y=0, h(0)=h(0)+h(0)  ⟹  c=2c  ⟹  c=0h(0) = h(0) + h(0) \implies c = 2c \implies c = 0.
    • Donc la seule fonction commune est la fonction nulle : F∩G={θ}F \cap G = \{\theta\}.
    • Qu’en est-il de la somme F+GF + G ? Toute fonction f∈Ff \in F vérifie f(0)=0f(0) = 0. Si h∈F+Gh \in F + G, alors h=f+gh = f + g où f∈Ff \in F et g∈Gg \in G. Donc h(0)=f(0)+g(0)=0+c=ch(0) = f(0) + g(0) = 0 + c = c (où cc est la valeur de la constante gg). Cela signifie que toute fonction de F+GF+G prend en 00 la valeur de la composante constante. Or, toute fonction de EE ne s’annule pas nécessairement en 00 (par exemple, x↦x+1x \mapsto x+1 ne peut s’écrire sous cette forme). Ainsi, F⊕G≠EF \oplus G \neq E, mais la somme F+GF+G est directe (F∩G={θ}F \cap G = \{\theta\}).

Partie II : Somme de sous-espaces de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R})

Section titled “Partie II : Somme de sous-espaces de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R})Mn​(R)”

On se place dans l’espace vectoriel E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) des matrices carrées de taille n≥2n \ge 2 à coefficients réels. On définit :

  • Sn(R)={M∈Mn(R)∣MT=M}S_n(\mathbb{R}) = \{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid M^T = M \} l’ensemble des matrices symétriques.
  • An(R)={M∈Mn(R)∣MT=−M}A_n(\mathbb{R}) = \{ M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \mid M^T = -M \} l’ensemble des matrices antisymétriques.

Montrer que Sn(R)S_n(\mathbb{R}) et An(R)A_n(\mathbb{R}) sont des sous-espaces vectoriels de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et que Mn(R)=Sn(R)⊕An(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) = S_n(\mathbb{R}) \oplus A_n(\mathbb{R}).

Correction guidée : La structure de sous-espace vectoriel se démontre de manière analogue à la Partie I (en utilisant la linéarité de l’opération de transposition : (M+N)T=MT+NT(M+N)^T = M^T + N^T et (λM)T=λMT(\lambda M)^T = \lambda M^T). Admettons cette partie pour nous concentrer sur la somme directe.

Pour montrer que Mn(R)=Sn(R)⊕An(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) = S_n(\mathbb{R}) \oplus A_n(\mathbb{R}), on utilise la méthode classique d’analyse-synthèse.

  • Analyse : Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Supposons qu’il existe S∈Sn(R)S \in S_n(\mathbb{R}) et A∈An(R)A \in A_n(\mathbb{R}) tels que : M=S+AM = S + A En transposant cette égalité, comme ST=SS^T = S et AT=−AA^T = -A, on obtient : MT=ST+AT=S−AM^T = S^T + A^T = S - A On a ainsi un système de deux matrices : {S+A=MS−A=MT\begin{cases} S + A = M \\ S - A = M^T \end{cases} En additionnant les deux lignes : 2S=M+MT  ⟹  S=12(M+MT)2S = M + M^T \implies S = \frac{1}{2}(M + M^T). En soustrayant les deux lignes : 2A=M−MT  ⟹  A=12(M−MT)2A = M - M^T \implies A = \frac{1}{2}(M - M^T). Ceci prouve l’unicité de la décomposition.

  • Synthèse : Montrons que les matrices SS et AA ainsi construites conviennent effectivement :

    • Posons S=12(M+MT)S = \frac{1}{2}(M + M^T) et A=12(M−MT)A = \frac{1}{2}(M - M^T).
    • On a clairement S+A=12M+12MT+12M−12MT=MS + A = \frac{1}{2}M + \frac{1}{2}M^T + \frac{1}{2}M - \frac{1}{2}M^T = M.
    • Vérifions que S∈Sn(R)S \in S_n(\mathbb{R}) : ST=(12(M+MT))T=12(MT+(MT)T)=12(MT+M)=SS^T = \left(\frac{1}{2}(M + M^T)\right)^T = \frac{1}{2}(M^T + (M^T)^T) = \frac{1}{2}(M^T + M) = S. Donc S∈Sn(R)S \in S_n(\mathbb{R}).
    • Vérifions que A∈An(R)A \in A_n(\mathbb{R}) : AT=(12(M−MT))T=12(MT−(MT)T)=12(MT−M)=−12(M−MT)=−AA^T = \left(\frac{1}{2}(M - M^T)\right)^T = \frac{1}{2}(M^T - (M^T)^T) = \frac{1}{2}(M^T - M) = -\frac{1}{2}(M - M^T) = -A. Donc A∈An(R)A \in A_n(\mathbb{R}).
  • Conclusion : Tout élément MM se décompose de manière unique comme la somme d’une matrice symétrique et d’une matrice antisymétrique. Par conséquent : Mn(R)=Sn(R)⊕An(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) = S_n(\mathbb{R}) \oplus A_n(\mathbb{R})


Analyse critique des résultats et conseils de l’examinateur

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  1. Piège classique sur les sev : Oublier de vérifier la non-vacuité en testant le vecteur nul. C’est éliminatoire aux concours. Le vecteur nul de E=Mn(R)E = \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) est la matrice nulle 0n0_n, pas l’identité InI_n.
  2. Méthode d’Analyse-Synthèse : C’est l’arme absolue pour démontrer qu’un espace est une somme directe de deux sous-espaces. L’analyse démontre l’unicité (et donne la forme forcée des éléments), la synthèse démontre l’existence.
  3. Dimension : Une fois la somme directe établie, on peut utiliser le théorème des dimensions pour calculer dim⁡(An(R))\dim(A_n(\mathbb{R})) connaissant dim⁡(Sn(R))\dim(S_n(\mathbb{R})) (ou inversement), ce qui constitue une application très fréquente à l’écrit comme à l’oral.