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Exercice 1 : Modèle de Lewis et VSEPR

Chapitre : Liaisons chimiques et géométrie — Thème : Modèle de Lewis et VSEPR

Section titled “Chapitre : Liaisons chimiques et géométrie — Thème : Modèle de Lewis et VSEPR”

Le modèle de Lewis et la théorie VSEPR (Valence Shell Electron Pair Repulsion, ou théorie de Gillespie) constituent des outils fondamentaux pour appréhender la structure et la réactivité des entités chimiques en solution ou en phase gaz.

Ce problème propose d’étudier la structure électronique et géométrique de trois espèces chimiques aux propriétés variées :

  1. L’ion hypochlorite ClO−\text{ClO}^-, intervenant dans la désinfection et l’action de l’eau de Javel.
  2. Le tétrafluorure de soufre SF4\text{SF}_4, molécule gazeuse réactive présentant une géométrie remarquable.
  3. Le radical dioxyde d’azote NO2\text{NO}_2, polluant atmosphérique majeur dont l’étude met en évidence les limites des modèles simples.

Données numériques et électroniques :

  • Numéros atomiques : Z(H)=1Z(\text{H}) = 1, Z(N)=7Z(\text{N}) = 7, Z(O)=8Z(\text{O}) = 8, Z(F)=9Z(\text{F}) = 9, Z(Cl)=17Z(\text{Cl}) = 17, Z(S)=16Z(\text{S}) = 16.
  • Électronégativités (échelle de Pauling) : χ(H)=2,2\chi(\text{H}) = 2,2 ; χ(C)=2,5\chi(\text{C}) = 2,5 ; χ(N)=3,0\chi(\text{N}) = 3,0 ; χ(O)=3,4\chi(\text{O}) = 3,4 ; χ(F)=4,0\chi(\text{F}) = 4,0 ; χ(Cl)=3,2\chi(\text{Cl}) = 3,2 ; χ(S)=2,5\chi(\text{S}) = 2,5.

  1. Ion hypochlorite ClO−\text{ClO}^-

    • Q1.1. Établir la configuration électronique des atomes de chlore et d’oxygène à l’état fondamental. En déduire le nombre d’électrons de valence de chacun.
    • Q1.2. Proposer un schéma de Lewis valide pour l’ion hypochlorite ClO−\text{ClO}^-. Préciser les charges formelles éventuelles.
    • Q1.3. En déduire la géométrie de l’ion en appliquant la méthode VSEPR.
  2. Tétrafluorure de soufre SF4\text{SF}_4

    • Q2.1. Écrire le schéma de Lewis de la molécule SF4\text{SF}_4 en veillant à minimiser les charges formelles (l’atome central est le soufre).
    • Q2.2. Déterminer la figure de repousse et la géométrie de la molécule SF4\text{SF}_4 selon VSEPR. Justifier l’orientation des doublets non liants.
    • Q2.3. Comparer qualitativement les angles de liaison Faxial−S−Faxial\text{F}_{\text{axial}}-\text{S}-\text{F}_{\text{axial}} et Feˊquatorial−S−Feˊquatorial\text{F}_{\text{équatorial}}-\text{S}-\text{F}_{\text{équatorial}} à la valeur idéale de la figure de repousse.
  3. Radical dioxyde d’azote NO2\text{NO}_2 et analyse critique

    • Q3.1. Établir le schéma de Lewis du radical NO2\text{NO}_2. Comment qualifie-t-on une telle espèce ?
    • Q3.2. Prévoir la géométrie de NO2\text{NO}_2 par la méthode VSEPR.
    • Q3.3. Analyse critique : Le modèle de Lewis et la théorie VSEPR permettent-ils de rendre compte de la stabilité thermodynamique et des propriétés magnétiques de toutes les espèces chimiques ? Discuter des limites de ces modèles à travers l’exemple de NO2\text{NO}_2 et de l’oxygène moléculaire O2\text{O}_2.

  • Piste 1 (Lewis) : Pour chaque entité, commencez par sommer le nombre d’électrons de valence de tous les atomes, sans oublier d’ajouter ou de soustraire les électrons correspondant à la charge globale de l’ion.
  • Piste 2 (VSEPR) : Utilisez la notation AXnEm\text{AX}_n\text{E}_m où A\text{A} est l’atome central, X\text{X} un ligand lié par une liaison simple (ou multiple, comptant pour un site), et E\text{E} un doublet non liant porté par A\text{A}.
  • Piste 3 (Géométrie de SF4\text{SF}_4) : La figure de repousse pour 5 paires d’électrons est la bipyramide trigonal. Rappelez-vous que les doublets non liants occupent de préférence les positions équatoriales (moins contraintes stériquement).
  • Piste 4 (Limites) : Pensez aux électrons célibataires (espèces paramagnétiques) et au fait que Lewis ne fournit qu’une vision localisée des liaisons, incapable d’expliquer la délocalisation électronique (mésomérie/orbitales moléculaires).

1. Ion hypochlorite ClO−\text{ClO}^-

Section titled “1. Ion hypochlorite ClO−\text{ClO}^-ClO−”
  • Q1.1.
    • Chlore (Cl,Z=17\text{Cl}, Z=17) : 1s22s22p63s23p51s^2 2s^2 2p^6 3s^2 3p^5. Il possède 77 électrons de valence.
    • Oxygène (O,Z=8\text{O}, Z=8) : 1s22s22p41s^2 2s^2 2p^4. Il possède 66 électrons de valence.
  • Q1.2.
    • Nombre total d’électrons de valence Nv=7(Cl)+6(O)+1(charge −)=14N_v = 7 (\text{Cl}) + 6 (\text{O}) + 1 (\text{charge } -) = 14 électrons, soit 77 paires.
    • En connectant Cl\text{Cl} et O\text{O} par une liaison simple (Cl−O\text{Cl}-\text{O}), il reste 66 paires à répartir pour satisfaire la règle de l’octet. L’oxygène porte 33 doublets non liants et le chlore en porte 22.
    • Charge formelle : Cl\text{Cl} neutre (7−1−6=07 - 1 - 6 = 0) et O\text{O} chargé négativement (6−1−6=−16 - 1 - 6 = -1). Schéma : [Cl−O¨:]−[\text{Cl}-\ddot{\text{O}}:]^-.
  • Q1.3.
    • Autour de l’atome central Cl\text{Cl} (ou en considérant l’entité diatomique, la question s’applique plus rigoureusement à des triatomiques, mais formalisons l’environnement du chlore) : l’atome Cl\text{Cl} est entouré de 11 liaison σ\sigma et 33 doublets non liants. L’entité est diatomique, donc nécessairement linéaire.

2. Tétrafluorure de soufre SF4\text{SF}_4

Section titled “2. Tétrafluorure de soufre SF4\text{SF}_4SF4​”
  • Q2.1.
    • Électrons de valence : SS (66 e−^-) + 4×F4 \times \text{F} (4×7=284 \times 7 = 28 e−^-) =34= 34 électrons (1717 paires).
    • Le soufre est l’atome central. Il est lié à 44 atomes de fluor par 44 liaisons simples. Cela consomme 44 paires. Il reste 1313 paires : 33 sur chaque fluor (1212 paires au total) et 11 paire restante sur l’atome central de soufre.
    • Le soufre possède donc 44 liaisons et 11 doublet non liant.
  • Q2.2.
    • L’atome central S\text{S} possède N=4 (ligands)+1 (doublet non liant)=5N = 4 \text{ (ligands)} + 1 \text{ (doublet non liant)} = 5 directions électroniques. La figure de repousse est la bipyramide trigonal.
    • Notation VSEPR : AX4E\text{AX}_4\text{E}.
    • Le doublet non liant E\text{E} occupe préférentiellement une position équatoriale, car l’angle d’une position équatoriale avec les autres doublets est de 120∘120^\circ (contre 90∘90^\circ en position axiale), ce qui minimise les répulsions électroniques.
    • La géométrie moléculaire obtenue est en forme de bascule (seesaw).
  • Q2.3.
    • En raison de la présence du doublet non liant équatorial (plus volumineux et exerçant une répulsion plus forte sur les liaisons adjacentes), les liaisons axiales sont repoussées vers l’arrière.
    • L’angle Faxial−S−Faxial\text{F}_{\text{axial}}-\text{S}-\text{F}_{\text{axial}} est inférieur à la valeur idéale de 180∘180^\circ (il vaut environ 173∘173^\circ).
    • L’angle Feˊquatorial−S−Feˊquatorial\text{F}_{\text{équatorial}}-\text{S}-\text{F}_{\text{équatorial}} est inférieur à 120∘120^\circ (il vaut environ 102∘102^\circ).

3. Radical dioxyde d’azote NO2\text{NO}_2 et analyse critique

Section titled “3. Radical dioxyde d’azote NO2\text{NO}_2NO2​ et analyse critique”
  • Q3.1.
    • Électrons de valence : NN (55) + 2×O2 \times \text{O} (2×6=122 \times 6 = 12) =17= 17 électrons.
    • Le nombre total étant impair, il est impossible de ne former que des paires d’électrons : l’azote possède un électron célibataire. C’est un radical libre.
    • Schéma de Lewis (avec résonance) : l’azote est lié à un oxygène par une liaison simple et à l’autre par une liaison double, tout en portant un électron célibataire et un doublet non liant.
  • Q3.2.
    • Autour de l’azote (considéré comme A\text{A} avec 22 sites liants X\text{X} et un site non liant constitué de l’électron célibataire ou du doublet, le modèle VSEPR s’adapte en comptant l’électron célibataire comme une demi-paire ou un site répulsif faible) : notation AX2E\text{AX}_2\text{E}. La géométrie est angulaire avec un angle inférieur à 120∘120^\circ (expérimentalement ≈134∘\approx 134^\circ).
  • Q3.3. Analyse critique des limites :
    • Caractère localisé : Le modèle de Lewis repose sur le concept de paires d’électrons localisées (liaisons covalentes strictes). Il est incapable de décrire adéquatement les molécules en déficit d’électrons (comme le diborane B2H6\text{B}_2\text{H}_6) ou les systèmes présentant une délocalisation électronique (mésomérie), où les électrons sont partagés sur l’ensemble de la molécule (nécessité de passer par la théorie des Orbitales Moléculaires - TOM).
    • Propriétés magnétiques : Le modèle de Lewis échoue à prédire le caractère magnétique. Par exemple, le dioxygène O2\text{O}_2 est représenté par une double liaison sans électron célibataire dans le modèle de Lewis usuel, ce qui suggérerait un comportement diamagnétique. Or, l’expérience montre que O2\text{O}_2 est paramagnétique (contient des électrons célibataires), ce que seule la théorie des orbitales moléculaires permet d’expliquer rigoureusement.
    • Cas des radicaux : Pour NO2\text{NO}_2, l’existence d’un électron célibataire rend le modèle de Lewis approximatif, nécessitant de recourir à la chimie quantique pour décrire la répartition réelle de la densité de spin.