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Exercice 1 : Polynôme annulateur et diagonalisation

🌐 Énoncé du problème / Étude de cas

Section titled “🌐 Énoncé du problème / Étude de cas”

Dans le cadre de l’étude de la stabilité d’un système dynamique linéaire discret intervenant dans la modélisation de réseaux de transport d’énergie, on s’intéresse à l’évolution d’un vecteur d’états Xn∈Mn,1(R)\mathbf{X}_n \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}) régi par la relation de récurrence vectorielle : Xn+1=AXn,∀n∈N\mathbf{X}_{n+1} = A \mathbf{X}_n, \quad \forall n \in \mathbb{N} où A∈Md(R)A \in \mathcal{M}_d(\mathbb{R}) est une matrice de transition représentant les taux de transfert entre différents nœuds du réseau.

Pour dimensionner correctement les infrastructures et garantir l’absence de saturation (explosion en norme lorsque n→+∞n \to +\infty), les ingénieurs doivent déterminer si la matrice AA est diagonalisable et évaluer le comportement asymptotique de ses puissances AnA^n.

Dans ce problème, on se propose d’étudier un critère de diagonalisation basé sur un polynôme annulateur particulier, puis d’appliquer ces résultats à une matrice de modélisation simplifiée d’un réseau à d=3d=3 nœuds.

Soit EE un K\mathbb{K}-espace vectoriel (avec K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}) de dimension finie dd, et uu un endomorphisme de EE.


  1. Préalable sur les polynômes annulateurs Soit P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] un polynôme annulateur de uu (c’est-à-dire P(u)=0L(E)P(u) = 0_{\mathcal{L}(E)}). Montrer que si λ\lambda est une valeur propre de uu, alors λ\lambda est nécessairement une racine de PP.

  2. Condition suffisante de diagonalisation On suppose qu’il existe un polynôme P∈K[X]P \in \mathbb{K}[X] scindé à racines simples sur K\mathbb{K} tel que P(u)=0P(u) = 0. À l’aide du théorème de décomposition des noyaux, démontrer que uu est diagonalisable.

  3. Application à une matrice concrète de réseau On considère la matrice AA associée au système de transport, définie par : A=(2−11010−110)∈M3(R)A = \begin{pmatrix} 2 & -1 & 1 \\ 0 & 1 & 0 \\ -1 & 1 & 0 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) Calculer le polynôme P(X)=X3−3X2+3X−1P(X) = X^3 - 3X^2 + 3X - 1 évalué en AA (on remarquera que P(X)=(X−1)3P(X) = (X-1)^3). AA est-elle annulée par un polynôme scindé à racines simples ? Conclure directement quant à la diagonalisation de AA par cette méthode.

  4. Recherche des sous-espaces propres Déterminer le spectre de AA et calculer la dimension de chaque sous-espace propre associé. La matrice AA est-elle diagonalisable ?

  5. Analyse critique du modèle et des limites physiques On suppose que le vecteur Xn\mathbf{X}_n représente la quantité d’énergie (en MWh\text{MWh}) stockée dans trois nœuds interconnectés.

    • Si un modèle linéaire conduit à une matrice non diagonalisable dont la valeur propre maximale est strictement supérieure à 11 en module, que peut-on prédire pour la stabilité physique du réseau à long terme ?
    • Discutez des limites inhérentes à un modèle linéaire stationnaire (Xn+1=AXn\mathbf{X}_{n+1} = A \mathbf{X}_n) pour simuler un réseau électrique réel soumis à des fluctuations de charge aléatoires et à des saturations physiques des lignes.

  1. Question 1 : Écrire la définition d’une valeur propre associée à un vecteur non nul xx, puis appliquer l’endomorphisme P(u)P(u) à xx.
  2. Question 2 : Rappeler le théorème de décomposition des noyaux pour un polynôme P=∏i=1k(X−λi)P = \prod_{i=1}^k (X - \lambda_i) avec des λi\lambda_i distincts. Quel est le lien entre le noyau ker⁡(u−λiid)\ker(u - \lambda_i \text{id}) et les espaces propres ?
  3. Question 3 & 4 : Calculez (A−I3)2(A - I_3)^2 puis (A−I3)3(A - I_3)^3. Utilisez la définition du polynôme minimal ou cherchez directement les vecteurs propres associés aux valeurs propres trouvées.
  4. Question 5 : Pensez à l’impact de la non-diagonalisation (apparition de blocs de Jordan et de termes séculaires en nλnn \lambda^n ou nkn^k) couplé à une valeur propre ≥1\ge 1.

📋 Corrigé détaillé et analyse des résultats

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  1. Préalable sur les polynômes annulateurs Soit λ\lambda une valeur propre de uu et x∈E∖{0}x \in E \setminus \{0\} un vecteur propre associé, de sorte que u(x)=λxu(x) = \lambda x. Par récurrence immédiate, pour tout entier k∈Nk \in \mathbb{N}, on a uk(x)=λkxu^k(x) = \lambda^k x. Soit P=∑k=0makXkP = \sum_{k=0}^{m} a_k X^k un polynôme annulateur de uu. Alors : P(u)(x)=∑k=0makuk(x)=∑k=0makλkx=(∑k=0makλk)x=P(λ)xP(u)(x) = \sum_{k=0}^{m} a_k u^k(x) = \sum_{k=0}^{m} a_k \lambda^k x = \left( \sum_{k=0}^{m} a_k \lambda^k \right) x = P(\lambda)x Puisque P(u)=0L(E)P(u) = 0_{\mathcal{L}(E)}, on a P(u)(x)=0EP(u)(x) = 0_E. Ainsi, P(λ)x=0EP(\lambda)x = 0_E. Comme x≠0Ex \neq 0_E, on en déduit que P(λ)=0P(\lambda) = 0.

  2. Condition suffisante de diagonalisation Puisque PP est scindé à racines simples sur K\mathbb{K}, il s’écrit sous la forme : P=∏i=1k(X−λi)P = \prod_{i=1}^k (X - \lambda_i) où les λ1,…,λk\lambda_1, \dots, \lambda_k sont des scalaires distincts. Le théorème de décomposition des noyaux s’applique car les facteurs (X−λi)(X - \lambda_i) sont premiers entre eux deux à deux. On obtient : E=⨁i=1kker⁡((u−λiid))E = \bigoplus_{i=1}^k \ker((u - \lambda_i \text{id})) Par définition, pour tout i∈{1,…,k}i \in \{1, \dots, k\}, le noyau ker⁡(u−λiid)\ker(u - \lambda_i \text{id}) est inclus dans le sous-espace propre Eλi(u)\text{E}_{\lambda_i}(u) (et réciproquement par définition d’une valeur propre). La somme directe de ces sous-espaces est égale à tout l’espace EE, ce qui est la définition même d’un endomorphisme diagonalisable.

  3. Application à la matrice AA Calculons A−I3A - I_3 : A−I3=(1−11000−11−1)A - I_3 = \begin{pmatrix} 1 & -1 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \\ -1 & 1 & -1 \end{pmatrix} Calculons (A−I3)2(A - I_3)^2 : (A−I3)2=(1−11000−11−1)(1−11000−11−1)=(000000000)(A - I_3)^2 = \begin{pmatrix} 1 & -1 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \\ -1 & 1 & -1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & -1 & 1 \\ 0 & 0 & 0 \\ -1 & 1 & -1 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 \end{pmatrix} On constate que (A−I3)2=0M3(R)(A - I_3)^2 = 0_{\mathcal{M}_3(\mathbb{R})}. Le polynôme Q(X)=(X−1)2Q(X) = (X-1)^2 est donc un polynôme annulateur de AA. Cependant, ce polynôme n’est pas à racines simples (la racine 11 est d’ordre de multiplicité 22). La condition suffisante du cours (racines simples) ne s’applique pas directement ici. Cela n’prouve pas que AA n’est pas diagonalisable, mais cela invite à chercher explicitement la dimension du sous-espace propre.

  4. Recherche des sous-espaces propres Le polynôme caractéristique de AA est : χA(X)=det⁡(XI3−A)=(X−1)3\chi_A(X) = \det(X I_3 - A) = (X-1)^3 La seule valeur propre de AA est λ=1\lambda = 1, de multiplicité algébrique 33. Déterminons le sous-espace propre E1(A)=ker⁡(A−I3)\text{E}_1(A) = \ker(A - I_3) en résolvant le système (A−I3)X=0(A - I_3)X = 0 : {x−y+z=00=0−x+y−z=0  ⟺  x−y+z=0\begin{cases} x - y + z = 0 \\ 0 = 0 \\ -x + y - z = 0 \end{cases} \iff x - y + z = 0 Ce sous-espace est donc défini par une seule équation cartésienne dans R3\mathbb{R}^3, il est de dimension 22. Puisque la dimension du sous-espace propre dim(E1(A))=2\text{dim}(\text{E}_1(A)) = 2 est strictement inférieure à la multiplicité algébrique (33), la matrice AA n’est pas diagonalisable.

  5. Analyse critique du modèle et des limites physiques

    • Stabilité à long terme : Une matrice non diagonalisable dont la valeur propre maximale est 11 (ou supérieure à 11 en module) engendre des termes séculaires du type nkλnn^k \lambda^n dans l’expression générale de Xn\mathbf{X}_n (via la réduction de Jordan). Si λ=1\lambda = 1 et que la dimension du bloc de Jordan est supérieure ou égale à 22 (ce qui est le cas ici avec un bloc de taille 22), la solution générale comporte des termes en n×1n=nn \times 1^n = n. Le vecteur d’état Xn\mathbf{X}_n diverge linéairement vers l’infini lorsque n→+∞n \to +\infty. Physiquement, le réseau d’énergie non contrôlé conduit à une accumulation infinie d’énergie, ce qui est absurde.
    • Limites du modèle :
      1. Linéarité et stationnarité : Le modèle suppose des coefficients de transfert constants dans le temps (AA indépendante de nn). En réalité, les impédances des lignes varient avec la température et la charge.
      2. Absence de saturation : Les infrastructures physiques possèdent des capacités maximales (effet Joule, limites thermiques des transformateurs). Un modèle linéaire pur ignore ces contraintes d’inégalités (Xn≤Xmax⁡\mathbf{X}_n \leq \mathbf{X}_{\max}).
      3. Caractère discret : L’approximation à pas de temps constant masque les dynamiques transCONTINUES rapides (oscillations électromécaniques à l’échelle de la milliseconde).