Exercice 2 : Théorème d inversion locale
Problème : Étude globale et locale d’un endomorphisme différentiable de
Section titled “Problème : Étude globale et locale d’un endomorphisme différentiable de R2\mathbb{R}^2R2”Énoncé
Section titled “Énoncé”Soit l’application définie pour tout par :
L’objectif de ce problème est d’étudier les propriétés différentielles de , en particulier l’inversibilité locale via le Théorème d’Inversion Locale (TIL), d’analyser son comportement global (injectivité, surjectivité) et d’aborder les limites inhérentes à l’utilisation de tels outils topologiques et différentiels.
Questions
Section titled “Questions”Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale
Section titled “Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale”- Justifier que est de classe sur et calculer sa matrice jacobienne en tout point .
- Calculer le jacobien de , noté , en tout point de .
- Déterminer l’ensemble des points de où est un -difféomorphismes local.
- Soit . Montrer qu’il existe un voisinage de et un voisinage de tels que la restriction soit un -difféomorphisme.
- Expliciter l’application inverse au voisinage de et calculer la matrice jacobienne de au point de deux manières différentes.
Partie II : Étude globale et limites du modèle
Section titled “Partie II : Étude globale et limites du modèle”- L’application est-elle injective sur ? Justifier précisément.
- Déterminer l’image . L’application est-elle surjective de dans ?
- Analyse critique : Discuter des limites du Théorème d’Inversion Locale face au caractère global de l’application. En quoi le TIL est-il un outil intrinsèquement local et quelles précautions doit-on prendre lors de son application en physique ou en modélisation numérique ?
Pistes et Indications
Section titled “Pistes et Indications”- Q1-Q3 : Penser aux théorèmes généraux sur les fonctions composées et à l’expression de la différentielle d’une fonction holomorphe (ou vue via les nombres complexes). Le TIL requiert une différentielle inversible (déterminant jacobien non nul).
- Q4-Q5 : Pour inverser explicitement le système, on peut poser et , puis étudier et en passant en coordonnées polaires ou par le module et l’argument.
- Q6-Q7 : Utiliser la périodicité de la fonction sinus/cosinus pour l’injectivité. Pour la surjectivité, résoudre le système en et .
- Q8 : Réfléchir à la notion de connexité, de relèvement et au fait qu’un diffeomorphisme local n’est pas un diffeomorphisme global (ex: ).
Corrigé Détaillé
Section titled “Corrigé Détaillé”Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale
Section titled “Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale”-
Régularité et Jacobienne : Les fonctions et sont composées et produits de fonctions usuelles sur (exponentielle, sinus, cosinus). Ainsi, est de classe (donc ) sur . Les dérivées partielles s’obtiennent par : La matrice jacobienne en est donc :
-
Calcul du Jacobien :
-
Ensemble : D’après le Théorème d’Inversion Locale, réalise un -difféomorphisme local au voisinage de tout point où la différentielle est un isomorphisme, c’est-à-dire là où le déterminant jacobien est non nul. Puisque pour tout , , la condition d’inversibilité locale est vérifiée partout. Par conséquent, .
-
Application au point : On a . Puisque est de classe sur et que , le Théorème d’Inversion Locale garantit l’existence d’un ouvert contenant et d’un ouvert contenant tels que soit un -difféomorphisme.
-
Explication de l’inverse local et de sa jacobienne : Soit tel que . On a : En élevant au carré et en additionnant : Puisque l’on cherche au voisinage de (pour au voisinage de ), on a . De même, en considérant le quotient (pour ), on a (en choisissant la determination principale au voisinage de ). Ainsi, l’application inverse est explicites.
- Calcul de la jacobienne de par le TIL : D’après le TIL, . On a . Donc .
- Vérification par calcul direct : En dérivant les expressions de et au point , on retombe bien sur l’identité.
Partie II : Étude globale et limites du modèle
Section titled “Partie II : Étude globale et limites du modèle”-
Injectivité globale : L’application n’est pas injective sur . En effet, remarquons que pour tout et pour tout , on a : Si l’on prend par exemple et , . Or . Puisque , n’est pas injective. (La périodicité de la variable détruit l’injectivité globale).
-
Surjectivité globale : Cherchons quels sont les tels qu’il existe vérifiant . On a vu que . Cela impose nécessairement que , ce qui est toujours vrai, mais surtout que , c’est-à-dire que . Si , le système devient et , ce qui implique , ce qui est impossible. Par conséquent, le point n’a aucun antécédent. L’image de est donc . L’application n’est pas surjective.
-
Analyse critique des limites du modèle : Cet exercice illustre magistralement la dichotomie fondamentale entre propriétés locales et propriétés globales en analyse :
- Le TIL est un outil strictement qualitatif et local : Il garantit qu’au voisinage de chaque point, la fonction se comporte comme un isomorphisme (elle est bijective de sur ). C’est une condition suffisante locale.
- L’illusion de l’inversibilité globale : Avoir partout sur pourrait laisser supposer à tort un comportement global simple (type isomorphisme global). Or, n’est ni injective (à cause de la topologie cylindrique de la variable angulaire ) ni surjective (le point est exclu de l’image).
- Implications en modélisation et calcul numérique : En physique ou en optimisation (par exemple lors de changements de variables ou d’algorithmes de Newton-Raphson multidimensionnels), utiliser un théorème d’inversion locale n’autorise en aucun cas l’ingénieur à inverser globalement le système sans vérifier la validité topologique du domaine (convexité, simple connexité, injectivité globale via des conditions de coercivité ou d’injectivité stricte). Ignorer ces limites conduit à des pertes d’informations critiques (multiplicité des solutions, singularités cachées à l’infini comme le point ).