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Exercice 2 : Théorème d inversion locale

Problème : Étude globale et locale d’un endomorphisme différentiable de R2\mathbb{R}^2

Section titled “Problème : Étude globale et locale d’un endomorphisme différentiable de R2\mathbb{R}^2R2”

Soit f:R2→R2f : \mathbb{R}^2 \to \mathbb{R}^2 l’application définie pour tout M=(x,y)∈R2M = (x, y) \in \mathbb{R}^2 par : f(x,y)=(excos⁡y−1,exsin⁡y)f(x, y) = \left( e^x \cos y - 1, e^x \sin y \right)

L’objectif de ce problème est d’étudier les propriétés différentielles de ff, en particulier l’inversibilité locale via le Théorème d’Inversion Locale (TIL), d’analyser son comportement global (injectivité, surjectivité) et d’aborder les limites inhérentes à l’utilisation de tels outils topologiques et différentiels.


Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale

Section titled “Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale”
  1. Justifier que ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R2\mathbb{R}^2 et calculer sa matrice jacobienne Jf(x,y)J_f(x, y) en tout point (x,y)∈R2(x, y) \in \mathbb{R}^2.
  2. Calculer le jacobien de ff, noté det⁡Jf(x,y)\det J_f(x, y), en tout point de R2\mathbb{R}^2.
  3. Déterminer l’ensemble Ω\Omega des points de R2\mathbb{R}^2 où ff est un C1\mathcal{C}^1-difféomorphismes local.
  4. Soit M0=(0,0)M_0 = (0, 0). Montrer qu’il existe un voisinage UU de M0M_0 et un voisinage VV de f(M0)f(M_0) tels que la restriction f∣U:U→Vf|_U : U \to V soit un C1\mathcal{C}^1-difféomorphisme.
  5. Expliciter l’application inverse g=(f∣U)−1g = (f|_U)^{-1} au voisinage de f(M0)f(M_0) et calculer la matrice jacobienne de gg au point f(M0)f(M_0) de deux manières différentes.

Partie II : Étude globale et limites du modèle

Section titled “Partie II : Étude globale et limites du modèle”
  1. L’application ff est-elle injective sur R2\mathbb{R}^2 ? Justifier précisément.
  2. Déterminer l’image f(R2)f(\mathbb{R}^2). L’application ff est-elle surjective de R2\mathbb{R}^2 dans R2\mathbb{R}^2 ?
  3. Analyse critique : Discuter des limites du Théorème d’Inversion Locale face au caractère global de l’application. En quoi le TIL est-il un outil intrinsèquement local et quelles précautions doit-on prendre lors de son application en physique ou en modélisation numérique ?

  • Q1-Q3 : Penser aux théorèmes généraux sur les fonctions composées et à l’expression de la différentielle d’une fonction holomorphe (ou vue via les nombres complexes). Le TIL requiert une différentielle inversible (déterminant jacobien non nul).
  • Q4-Q5 : Pour inverser explicitement le système, on peut poser u=excos⁡y−1u = e^x \cos y - 1 et v=exsin⁡yv = e^x \sin y, puis étudier 1+u1 + u et vv en passant en coordonnées polaires ou par le module et l’argument.
  • Q6-Q7 : Utiliser la périodicité de la fonction sinus/cosinus pour l’injectivité. Pour la surjectivité, résoudre le système en exe^x et yy.
  • Q8 : Réfléchir à la notion de connexité, de relèvement et au fait qu’un diffeomorphisme local n’est pas un diffeomorphisme global (ex: z↦ezz \mapsto e^z).

Partie I : Étude différentielle et Théorème d’Inversion Locale

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  1. Régularité et Jacobienne : Les fonctions (x,y)↦excos⁡y−1(x, y) \mapsto e^x \cos y - 1 et (x,y)↦exsin⁡y(x, y) \mapsto e^x \sin y sont composées et produits de fonctions usuelles C∞\mathcal{C}^\infty sur R2\mathbb{R}^2 (exponentielle, sinus, cosinus). Ainsi, ff est de classe C∞\mathcal{C}^\infty (donc C1\mathcal{C}^1) sur R2\mathbb{R}^2. Les dérivées partielles s’obtiennent par : ∂f1∂x(x,y)=excos⁡y,∂f1∂y(x,y)=−exsin⁡y\frac{\partial f_1}{\partial x}(x, y) = e^x \cos y, \quad \frac{\partial f_1}{\partial y}(x, y) = -e^x \sin y ∂f2∂x(x,y)=exsin⁡y,∂f2∂y(x,y)=excos⁡y\frac{\partial f_2}{\partial x}(x, y) = e^x \sin y, \quad \frac{\partial f_2}{\partial y}(x, y) = e^x \cos y La matrice jacobienne en (x,y)(x, y) est donc : Jf(x,y)=(excos⁡y−exsin⁡yexsin⁡yexcos⁡y)J_f(x, y) = \begin{pmatrix} e^x \cos y & -e^x \sin y \\ e^x \sin y & e^x \cos y \end{pmatrix}

  2. Calcul du Jacobien : det⁡Jf(x,y)=(excos⁡y)(excos⁡y)−(−exsin⁡y)(exsin⁡y)=e2x(cos⁡2y+sin⁡2y)=e2x\det J_f(x, y) = (e^x \cos y)(e^x \cos y) - (-e^x \sin y)(e^x \sin y) = e^{2x} (\cos^2 y + \sin^2 y) = e^{2x}

  3. Ensemble Ω\Omega : D’après le Théorème d’Inversion Locale, ff réalise un C1\mathcal{C}^1-difféomorphisme local au voisinage de tout point où la différentielle est un isomorphisme, c’est-à-dire là où le déterminant jacobien est non nul. Puisque pour tout (x,y)∈R2(x, y) \in \mathbb{R}^2, det⁡Jf(x,y)=e2x>0\det J_f(x, y) = e^{2x} > 0, la condition d’inversibilité locale est vérifiée partout. Par conséquent, Ω=R2\Omega = \mathbb{R}^2.

  4. Application au point M0=(0,0)M_0 = (0, 0) : On a f(0,0)=(e0cos⁡0−1,e0sin⁡0)=(0,0)f(0, 0) = (e^0 \cos 0 - 1, e^0 \sin 0) = (0, 0). Puisque ff est de classe C1\mathcal{C}^1 sur R2\mathbb{R}^2 et que det⁡Jf(0,0)=e0=1≠0\det J_f(0, 0) = e^0 = 1 \neq 0, le Théorème d’Inversion Locale garantit l’existence d’un ouvert UU contenant (0,0)(0, 0) et d’un ouvert VV contenant (0,0)(0, 0) tels que f∣U:U→Vf|_U : U \to V soit un C1\mathcal{C}^1-difféomorphisme.

  5. Explication de l’inverse local et de sa jacobienne : Soit (u,v)∈V(u, v) \in V tel que (u,v)=f(x,y)(u, v) = f(x, y). On a : {u=excos⁡y−1v=exsin⁡y  ⟹  {1+u=excos⁡yv=exsin⁡y\begin{cases} u = e^x \cos y - 1 \\ v = e^x \sin y \end{cases} \implies \begin{cases} 1 + u = e^x \cos y \\ v = e^x \sin y \end{cases} En élevant au carré et en additionnant : (1+u)2+v2=(ex)2(cos⁡2y+sin⁡2y)=e2x(1+u)^2 + v^2 = (e^x)^2 (\cos^2 y + \sin^2 y) = e^{2x} Puisque l’on cherche xx au voisinage de 00 (pour uu au voisinage de 00), on a x=12ln⁡((1+u)2+v2)x = \frac{1}{2} \ln((1+u)^2 + v^2). De même, en considérant le quotient v1+u=tan⁡y\frac{v}{1+u} = \tan y (pour 1+u>01+u > 0), on a y=arctan⁡(v1+u)y = \arctan\left(\frac{v}{1+u}\right) (en choisissant la determination principale au voisinage de (0,0)(0,0)). Ainsi, l’application inverse g(u,v)=(x,y)g(u, v) = (x, y) est explicites.

    • Calcul de la jacobienne de gg par le TIL : D’après le TIL, Jg(f(M0))=(Jf(M0))−1J_g(f(M_0)) = (J_f(M_0))^{-1}. On a Jf(0,0)(1001)=I2J_f(0, 0) \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} = I_2. Donc Jg(0,0)=I2−1=I2J_g(0,0) = I_2^{-1} = I_2.
    • Vérification par calcul direct : En dérivant les expressions de x(u,v)x(u,v) et y(u,v)y(u,v) au point (0,0)(0,0), on retombe bien sur l’identité.

Partie II : Étude globale et limites du modèle

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  1. Injectivité globale : L’application ff n’est pas injective sur R2\mathbb{R}^2. En effet, remarquons que pour tout x∈Rx \in \mathbb{R} et pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, on a : f(x,2kπ)=(excos⁡(2kπ)−1,exsin⁡(2kπ))=(ex−1,0)f(x, 2k\pi) = (e^x \cos(2k\pi) - 1, e^x \sin(2k\pi)) = (e^x - 1, 0) Si l’on prend par exemple x=0x = 0 et k=1k = 1, f(0,2π)=(0,0)f(0, 2\pi) = (0, 0). Or f(0,0)=(0,0)f(0, 0) = (0, 0). Puisque (0,0)≠(0,2π)(0, 0) \neq (0, 2\pi), ff n’est pas injective. (La périodicité de la variable yy détruit l’injectivité globale).

  2. Surjectivité globale : Cherchons quels sont les (u,v)ens∈R2(u, v)ens \in \mathbb{R}^2 tels qu’il existe (x,y)∈R2(x, y) \in \mathbb{R}^2 vérifiant f(x,y)=(u,v)f(x, y) = (u, v). On a vu que (1+u)2+v2=e2x>0(1+u)^2 + v^2 = e^{2x} > 0. Cela impose nécessairement que e2x>0e^{2x} > 0, ce qui est toujours vrai, mais surtout que (1+u)2+v2>0(1+u)^2 + v^2 > 0, c’est-à-dire que (u,v)≠(−1,0)(u, v) \neq (-1, 0). Si (u,v)=(−1,0)(u, v) = (-1, 0), le système devient excos⁡y=0e^x \cos y = 0 et exsin⁡y=0e^x \sin y = 0, ce qui implique ex(cos⁡2y+sin⁡2y)=0  ⟹  ex=0e^x(\cos^2 y + \sin^2 y) = 0 \implies e^x = 0, ce qui est impossible. Par conséquent, le point (−1,0)(-1, 0) n’a aucun antécédent. L’image de ff est donc f(R2)=R2∖{(−1,0)}f(\mathbb{R}^2) = \mathbb{R}^2 \setminus \{(-1, 0)\}. L’application ff n’est pas surjective.

  3. Analyse critique des limites du modèle : Cet exercice illustre magistralement la dichotomie fondamentale entre propriétés locales et propriétés globales en analyse :

    • Le TIL est un outil strictement qualitatif et local : Il garantit qu’au voisinage de chaque point, la fonction se comporte comme un isomorphisme (elle est bijective de UU sur VV). C’est une condition suffisante locale.
    • L’illusion de l’inversibilité globale : Avoir det⁡Jf(x,y)≠0\det J_f(x, y) \neq 0 partout sur R2\mathbb{R}^2 pourrait laisser supposer à tort un comportement global simple (type isomorphisme global). Or, ff n’est ni injective (à cause de la topologie cylindrique de la variable angulaire yy) ni surjective (le point (−1,0)(-1,0) est exclu de l’image).
    • Implications en modélisation et calcul numérique : En physique ou en optimisation (par exemple lors de changements de variables ou d’algorithmes de Newton-Raphson multidimensionnels), utiliser un théorème d’inversion locale n’autorise en aucun cas l’ingénieur à inverser globalement le système sans vérifier la validité topologique du domaine (convexité, simple connexité, injectivité globale via des conditions de coercivité ou d’injectivité stricte). Ignorer ces limites conduit à des pertes d’informations critiques (multiplicité des solutions, singularités cachées à l’infini comme le point (−1,0)(-1,0)).